Carboneres, 3i
zième siècle l'usage de Ventrames, ou tréteau ambulant, était connu et pratiqué à Valencia*.
Sur la construction des entramesos, un procès, dont les pièces ont été conservées aux Archives générales du royaume de Valencia, nous renseigne avec quelque précision. Il s'agissait d'un règlement de compte entre le couvent des Frères Prêcheurs et un peintre nommé Riera, auquel le couvent avait commandé, en lAi^, pour la procession du Corpus (( une muntanya ou entrâmes avec quelques figures"^ ». Un menuisier avait d'abord préparé dans son atelier une charpente en bois, qu'il avait ensuite montée dans le dortoir des Frères Prêcheurs. Là le peintre, aidé de deux ouvriers, d'un apprenti et parfois d'un troisième ouvrier, avait consacré huit ou neuf journées « à peindre et à dessiner » Ventrames, c est-à-dire qu'il avait simulé, j)uis enluminé un décor et des personnages. La disposition et le plan de Ventrames sendjlent avoir été réglés par un moine du couvent, Fière Bernard \ incent, qui est désigné du titre de « capitaine » ou « directeur » de ce travail. Les ouvriers auxquels il avait recours n'étaient que ses auxiliaires, et le salaire modeste des peintres, qui était de 4 sous 6 deniers par jour, confirme dans l'opinion qu'ils étaient non des artistes, mais des manœuvres. Encore leur imposait-on l'obligation d aider, pendant la procession, au transport de Ventrames, que l on plaçait, en vue de cette promenade, sur des charrettes, tandis qu'à Barcelone, même à une date sensiblement postérieure (i446), les entramesos étaient portés au moyen de brancards sur les épaules de quelques hommes robustes'^.
1. A Barcelone, si Ventremes, au sens culinaire apparaît dès i38i (il s'agissait d'un paon rôti et paré; Miià, VI, 235), Ventremes, accessoire dramatique» n'est nulle part nommé avant i!\2.l\. (Milâ, VI, 256). Par contre, à Saragosse' on le trouve dès i3()9. (Milâ, VI, 236.)
2. Curia del gobernador. Lilium, i^ i6. Mano 33, î^ 7 ; mano /|6, fo 7 ; mano48, fo 28.
3. Milà, VI, 254-255. Par contre, à Saragosse, en i[\i!\, le procédé de la voiture à bras était employé pour le couronnement de D. Fernando de Antequera : v Salia de la Iglesia una villa fecha de niadçra sobre carretones, que
De ces entramesos, qui supportait les frais ? La plupart étaient construits par les soins de congrégations religieuses ou de corporations laïques; il se peut même que des particuliers, insignes par leur piété et leur fortune, aient contribué à la dépense, comme le donne à penser l'exemple du marquis de Dos-Aguas, qui, fidèle à une tradition de famille, fournissait encore à la fin du dix-neuvième siècle les déguisements et les accessoires de la Sainte-Famille. Mais les couvents, comme de juste, se montrèrent les ^\us empressés : en i432, les Frères Mineurs, les Frères Prêcheurs, les Frères Augustins exhibaient respectivement un ou ])\us\eurs entramesos, ce qui ne veut pas dire qu'ils en aient soldé la dépense de construction ou d'entretien. De bonne heure, l'usage s'introduisit chez les constructeurs d'implorer du trésor municipal des subventions que celui-ci accordait libéralement, soit pour construire un entraînes nouveau, soit pour réparer et remettre à neuf un entrâmes déjà connu. Le moine, qui dans chaque couvent était délégué à l'organisation de la fête et que l'on appelait « administrateur » des entramesos, touchait du sous-syndic de la cité une somme qui pouvait être assez élevée, puisque les Frères Augustins, en certaine occasion, ne reçurent pas moins de 35 florins ^ Les corporations laïques n'inspiraient-elles point une égale confiance? Le fait est qu'elles se croyaient obligées, avant même de solhciter l'assistance financière de la cité, à justifier leur requête par document notarié. Ainsi les agents de change (curritores aiiris, — corredors dorella o de canilns) se réunirent au nombre de cinquante-deux, le dimanche 28 octobre i453, dans le cloître du monastère du bienheureux François, et un procès-verbal dûment légalisé^ nous a gardé le souvenir de leur réunion, qui avait pour objet de constater l'insuffisance
la Uevaban homes que de dentro ivan. » Milâ, VI, 289. Mais ces entramesos de Saragosse avaient été prèles par la ville de Valencia. (Cf. Carboneres, l\i-l\2 et n. I de la page ^2.)
1. « Que per fer un entrâmes fossen donats als frares agostins xxxv florins. » A. A. V. Manuel de Conseils, t. XXX, fo Lxij.