‹ L'art du boyaudierChapitre 14 sur 16 · DES CORDES A BOYAUX · texte numérisé non relu

DES CORDES A BOYAUX

La définition que nous avons donnée de l’Art du Boyaudier dans la première partie de ce Mémoire, est plus rigoureusement exacte pour la fabrication des cordes à boyaux. Ici la membrane musculeuse doit être entièrement débarrassée des membranes péritonéale et muqueuse, tandis que, dans la préparation des boyaux de bœufs , il reste environ les deux tiers de la membrane externe , qui est très-adhérente et très-ténue , ce qui fait qu’elle n’est pas nuisible. Elle resterait même tout entière sans diminuer leur bonté, si la partie qu’on enlève ordinairement échappait à l’instrument pendant le dégraissage. Si même on cherche à enlever la totalité de cette membrane , en travaillant les boyaux de bœufs comme ceux de moutons , pour la fabrication des cordes, les intestins de bœufs ne tiennent pas le vent, et ne peuvent point être livrés au commerce.

Dans cette partie de l’Art du Boyaudier, c’està-dire dans la fabrication des cordes , nous au-

rons des opérations aussi simples à décrire, mais qui demandent plus de soins. Nous pourrons être aidés par les savans qui nous ont devancés dans la carrière , et qui cependant, malgré leurs efforts, ont laissé encore du vague dans l’exposé de cette fabrication.

Avant de faire connaître la préparation des boyaux de moutons pour la fabrication des diverses cordes , nous allons décrire la manière de faire celle d’intestins de cheval, qui ne reçoit pour traitement préparatoire que le travail indiqué dans la première Partie; ensuite nous exposerons les diverses opérations qu’on fait subir à ceux de mouton, travail qui a été décrit avec soin dans /’ Encyclopédie , tome 5, Manufactures , mais auquel nous ajoutons des faits qui étaient inconnus au savant auteur de cet article; et enfin nous ferons connaître les manipulations qu’on emploie pour chaque espèce de corde , que nous distinguerons par les noms connus des ouvriers et des commerçans. Chaque sorte fera le sujet d’un chapitre particulier : ainsi nous traiterons , outre la corde des rémouleurs , dite des Lorrains , des diverses cordes faites avec les boyaux de moutons , et qu’on nomme ,

i°. Corde à raquettes.

cl0. Corde à fouets.

3°. Corde pour les chapeliers , dite d'arçon. 4°. Corde pour les horlogers.

5°. Et la Corde à instrumens de musique.

Corde pour les rémouleurs , dite des Lorrains.

Les cordes des rémouleurs, polisseurs , etc., se font avec des boyaux de cheval débarrassés delà membrane muqueuse parla fermentation, comme nous l’avons indiqué dans la première partie de ce Mémoire. Le boyau fétide est pris par un des bouts , dans lequel on fait entrer une boule en bois , fichée au bout d’un piquet scellé sur un établi. A la suite de cette boule sont quatre lames tranchantes : ou , pour rendre l’explication plus claire, qu’on se représente un couteau rond à quatre lames, surmonté d’une boule en bois. On tire également le boyau avec les deux mains , et au fur et à mesure il se coupe en quatre lanières égales. On prend quatre, six ou huit lanières, suivant qu’on veut faire la corde plus ou moins épaisse ; on attache par un nœud particulier les lanières à un double bout de ficelle préparée exprès, et qu’on nom $fè lacet ; on passe le lacet dans une cheville introduite dans un trou pratiqué sur un poteau fortement scellé. A une distance de 3o pieds, se

trouve un semblable poteau avec des chevilles , sur Tune desquelles on passe les lanières. On se rapproche du premier poteau, et l’ensemble des lanières est attaché à un nouveau lacet qu’on enfile à la cheville dont nous avons déjà parlé. Les ouvriers désignent ce premier travail par le mot ourdir. On coupe les lanières , on les attache de la même manière que ci-dessus , si elles sont assez longues , ce qui arrive presque toujours, attendu que les bouts sont recousus par de la filandre, après les avoir coupés préalablement en biais et disposés de manière que la couture ne fasse pas épaisseur inégale ; si elles sont assez longues , disons-nous , on fait une seconde longueur, jusqu’à ce qu’enfm le boyau soit tout employé. On les cheville entièrement garnies.

Sitôt Y ourdissage fini , l’ouvrier place convenablement le rouet, et passe dans le crochet de l’émerillon la ficelle qui tend la corde ourdie ; il met un second lacet : si le rouet est suffisamment fort , il donne quelques tours à la roue par le moyen de la manivelle , et place sur une cheville la corde déjà tordue. Il agit de même sifr chacune des cordes ourdies; ensuite il passe la main, en pressant convenablement, sur la corde , à partir du rouet , et coupe avec son couteau les filandres qui ne font pas corps avec

la Corde. Celle-ci ne diminue pas en longueur par la dessication , attendu que toujours elle est ramenée à la même dimension par les che-* villes ; mais par le tordage et la dessication , elle diminue beaucoup en épaisseur : après le premier tordage , elle est de la grosseur du doigt.

Quelques heures s’étant écoulées, on remet les cordes au rouet, on les tord de nouveau. Douze ou quinze heures après, on les prend l’une après l’autre , on enfile le lacet à une cheville qu’on tourne dans la main , le rouet n’étant pas ordinairement assez solide. Ce tordage opéré, on les frotte avec une corde en crin qu’on humecte avec de l’eau et dont on fait un paquet , qui les entoure et qu’on tient entre les mains : cette opération est nommée ètricher. Un autre tordage est fait trois heures après, et on étriche fortement encore après avoir remis les cordes à la cheville et celle-ci au poteau.

Si la corde, suffisamment séchée et tordue, n’est pas bien unie , on la polit avec de la peau de chien ; mais si l’on a passé la corde de crin assez de fois , cela devient inutile. La corde est séchée tendue; on ne la passe pas au soufre habituellement. Bien sèche , on coupe les deux bouts près du lacet, et on la ploie en rond pour la livrer au commerce.

Cette corde a ordinairement 3o pieds de long;

mais le laboratoire dans lequel nous avons opéré ne nous a permis d’en faire que des longueurs de i5 pieds. Quelles que soient les dimensions, le mode d’opérer est le même.

Au moment où l’ouvrier qui fait les cordes dont nous venons de parler reçoit de Xécarisseur les intestins du cheval , de l’âne ou du mulet, ils sont déjà en pleine putréfaction : en les recevant, l’ouvrier devra les laver pour les débarrasser des matières , les retourner, et les mettre macérer pendant la nuit dans un tonneau contenant deux seaux d’eau mélangée avec une livre chlorure de soude alcalin. Cette quantité pourra servir pour quinze à vingt intestins, et n’augmentera la dépense du fabricant que de io centimes pour cette quantité.

Le lendemain, il décollera la muqueuse par le moyen usité , lavera les boyaux dans un grand baquet d’eau , ensuite les coupera en lanières , et en filera la corde pendant la journée et donnera le premier tors ; le lendemain , il la finira.

Si cette corde n’est pas assez sèche le lendemain, il sera toujours obligé de donner un second tordage : peu importe pour la salubrité publique, qu’il agisse ensuite plus ou moins rapidement , la fétidité étant peu considérable après le second tordage dont nous venons de parler.

Des opérations préliminaires que les intestins de moutons subissent avant la confection des cordes ordinaires.

Les boyaux de mouton retirés du ventre de l’animal encore chaud, on en fait sortir les matières fécales , et du produit de chaque ventre on forme un paquet. Dans cet état, ils sont livrés au boyaudier; quelquefois il les reçoit sans être vidés : dans ce cas ils ne peuvent être utilisés que pour la corde à raquette, attendu que les matières séjournant dans les intestins les font fermenter, et prendre une couleur qui persiste lorsque la corde est fabriquée.

Les paquets sont apportés à la boyauderie, et là déposés dans un baquet, dénoués et passés à la main pour les mettre dans un autre baquet avec de l’eau : cette manœuvre se nomme as sir le boyau. Les morceaux de suif qui ont pu rester sont enlevés en même temps ; ils sont peu considérables ; les petits bouts de chaque intestin sont mis sur le rebord du baquet, et ensuite noués ensemble : ceci est essentiel pour l’opération suivante. On laisse tremper le boyau pendant un ou deux jours pour pouvoir détacher les membranes péritonéale et muqueuse. L’eau est changée plusieurs fois pendant cet espace de temps.

Dès le lendemain, on prend le paquet de Loyaux noués, qu’on pose sur un banc incliné , dont la partie inférieure porte sur le baquet ; on gratte avec le dos de la lame du couteau un ou plusieurs intestins. Si le boyau est assez avancé, cet instrument déchire une moitié environ de la membrane péritonéale dans la longueur de 5 ou 4 pouces : alors l’ouvrière prend le boyau , pince en le tirant l’autre moitié de cette membrane externe qui suit dans toute la longueur de l’intestin, c’est ce qu’on nomme la filandre; elle est étendue sur une planche en la doublant sur elle-même, on la noue si elle casse. Cette opération se nomme filer . Une chose digne de remarque , c’est que si on cherche à l’enlever, en commençant par la partie la plus grosse de l’intestin, elle ne suit pas, et elle se déchire si souvent qu’à peine peut-on en retirer des morceaux de plus de 8 à io pouces de longueur. Serait-ce rationnel de considérer le tube intestinal, composé, dans toute sa longueur, du même nombre de fibres; et si cela est vrai, comme nous le croyons, ne trouverionsnous pas l’explication du fait dans la dilatation plus grande de ces fibres sur le bout le plus large de l’intestin, tandis qu’elles sont plus rapprochées dans le côté opposé? En pinçant la membrane péritonéale par la partie où les

fibres sont plus rapprochées, et tirant, ces fibres, étant plus fortes que celles qui suivent, les entraînent dans toute la longueur. Outre la force, la disposition des fibres y est pour quelque chose ; car en enlevant la péritonéale par le bout d’intestin le plus large, la portion de membrane péritonéale va toujours en diminuant de largeur jusqu’au moment où elle se rompt.

La filandre s’emploie pour coudre les boyaux , elle remplace le fil; de plus on Futilise pour faire la corde à raquette, comme nous le dirons plus loin.

Sitôt la filandre enlevée, les boyaux sont remis dans des baquets qu’on remplit d’eau de puits. Le lendemain, on les ratisse sur le banc incliné ; ils trempent d’un bout dans l’eau du baquet , l’autre bout est tenu de la main gauche, et de la main droite on tient un couteau dont la lame est arrondie par le dos, et pèse sur le boyau en tirant plus fort à droite. L’ouvrière tient ordinairement trois ou quatre bouts de boyaux ; on nomme cette opération curer le boyau. Au fur et à mesure du ratissage, la partie nettoyée est amoncelée sur le haut du banc, qui est long de 4 pieds et de io à 12 pouces environ de largeur. Les boyaux, tirés par la main gauche, glissent sur la planche de ce banc sans tomber sur les côtés , parce qu’on a pratiqué

à son bout incliné un creux arrondi en forme de croissant (i).

Après cette opération , les boyaux sont mis dans l’eau, et le lendemain celle-ci est remplacée par une solution dépotasse, que les ouvriers préparent comme il suit :

(1) Les plus gros bouts sont coupés par le boyaudier , de la-longueur de 8 pieds environ , qu’il lave avec soin , et dont il fait des paquets de cent morceaux , qui lui sont payés 3 ou 4 francs par le charcutier : ils servent à faire des saucisses.

Pour expédier au dehors les boyaux de moutons , l’ouvrier les sale , et cette opération est bien simple : il prend le boyau ratissé, coupé de la longueur convenue, et non lavé 5 il en réunit une douzaine ou davantage , qu’il tourne en rond pour en former une espèce de galette , qu’il pose sur une couche de sel marin 5 il recouvre le paquet de ce même sel , et met successivement une couche de boyaux et une couche de sel de cuisine. Après quelques jours, la saumure est décantée et les boyaux emballés avec un peu de nouveau sel.

On peut aussi sécher les boyaux ratissés , pour en fabriquer des cordes dans une saison favorable. Nous ignorons si on peut en faire de bonnes cordes à instrumens, mais nous en avons vu préparer des cordes à fouets. Il faut mettre les boyaux à sécher sitôt le ratissage opéré , et sans les passer à l’eau. On réunit un ou plusieurs intestins , qu'on double et qu’on accroche à une corde exposée à l’air. On expose les paquets à la vapeur du soufre , ensuite on les conserve dans un lieu sec.

Un seau d’eau de fontaine de i4 ou i5 litres est mis dans une tinette ou terrine de grès, on verse dessus 4 onces de potasse et 4 onces de perlasse. Les ouvriers ignorent que ces deux sous-sels sont la même substance de qualité différente. La solution opérée , ils laissent déposer , et déterminent si cette eau est trop forte , par l’action qu’elle exerce sur la peau de leur main ; ils ajoutent de l’eau s’il le faut. Quand elle est au point convenable, ils en versent une quantité suffisante sur les boyaux ; on les change trois ou quatre fois de cette eau potassée, en laissant agir chaque fois quelques heures, et en passant au dé une ou deux fois, selon que l’intestin est destiné pour telle ou telle espèce de corde. La plupart des ouvriers croient plus convenable de préparer deux sortes d’eaux de potasse , la seconde avec la perlasse seule, qui, disent-ils, rend le boyau plus sec : ils ont observé que si l’on employait cette dernière solution seule, la corde est trop sèche, et se casse, disent-ils, plus facilement.

L’opération de passer au dé se fait en prenant un des bouts du boyau, le pressant contre l’ongle; celui-ci est remplacé par un dé ouvert en cuivre, qui au fur et à mesure qu’on tire, ratisse sur le boyau et le débarrasse de plus en plus des corps étrangers à la membrane muscu-

]euse. Pour la corde à instrumens, par exemple, on passe au dé bien plus de fois que pour les autres cordes, comme nous l’observerons en son lieu.

Les boyaux , passés suffisamment au dé et à la potasse, sont triés, les plus gros et les plus longs pour la corde de chapelier, qui doit être sans nœuds ni coutures; la seconde qualité pour la corde à fouet; la plus inférieure pour la corde à raquettes. Si la quantité nettoyée présente de beaux boyaux fins et très-blancs, on les met de côté pour la corde à instrumens; mais cela n’a pas toujours lieu, parce que peu d’ouvriers savent faire cette qualité.

Les autrespréparations se rapportent àchaque espèce de corde, et en décrivant leur mode de fabrication nous les exposerons.

Corde à raquettes.

Les boyaux de moutons de qualité inférieure, soit qu’ils aient subi les opérations par la potasse, soit qu’ils aient été bien lavés et dégorgés dans l’eau de puits seulement, sont coupés en biais, s’ils sont en plusieurs morceaux, et cousus étant mouillés avec de la filandre, en ayant soin de mettre un biais supérieur et l’autre inférieur , afin d’éviter que les coutures rendent la corde inégale. Cela opéré et le

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boyau ne faisant qu’une seule longueur, on ourdit comme nous l’avons déjà indiqué; ensuite on réunit un, deux, trois ou quatre boyaux qu’on attache à un lacet; on continue à les attacher de la meme manière, en mettant chaque fois un lacet; à la cheville opposée à ce lacet l’intestin fait deux tours pour l’empêcher de glisser. Les attaches étant terminées, l’ouvrier prend un des lacets, le met au crochet de l’émérillon du rouet; il en place même deux ou trois autres, et donne quelques tours de manivelle. Le tordage fait diminuer la corde, mais l’ouvrier la ramène en tirant par le lacet, qu’il enfile à la cheville supérieure. Quand celle-ci est garnie, il promène sa main en pressant la corde à partir du rouet , pour faire sortir l’humidité, et faire qu’elle soit tordue également dans toute sa longueur : une ou deux heures après , il les remet au rouet, et passe la corde de crin.

Après que le tordage est effectué et que la corde est convenablement étrichèe , on la met en couleur ; et voici comment les ouvriers s’y prennent : une des chevilles qui enfilent les lacets est enlevée; la corde est ployée à l’entour, on la réunit avec la cheville opposée, et on laisse tremper la corde dans du sang de bœuf pendant quelques minutes; on la tord de

nouveau jusqu’à dessication complète ; quelquefois on la passe une seconde fois au sang de bœuf ; il arrive aussi fort souvent que les boyaux sont mis en couleur avant le tordage : dans ce cas, on met les boyaux tremper dans le sang de bœuf avant l’ourdissage. La corde tordue est ensuite polie avec la corde de crin , suffisamment séchée; on coupe les bouts, et on la ploie en rond : dans cet état, elle est propre aux usages auxquels on l’a destinée.

Pour les qualités inférieures de corde à raquettes, on met un boyau seul et deux ou trois filandres, et on opère de la manière que nous avons indiquée.

Corde à fouets.

Les boyaux de moutons préparés à la potasse, et mis de côté pour la corde à fouets, sont pris par l’ouvrière, les bouts coupés en biais et cousus avec de la filandre, toujours de façon que les coutures ne fassent pas épaisseur inégale. On ourdit la corde et on tord chaque bout sépa rémeut, car il est rare qu’on fasse de la corde à fouets à deux brins ou boyaux. On la soufre une ou deux fois. Quelquefois on la met en couleur, soit en noir, rose ou vert. Les boyaux prennent bien la teinture. Le noir se donne avec l’encre ordinaire ; le rose avec

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l’encre rouge , que l’acide sulfureux fait virer au rose ; le vert par la couleur de cette nuance > que les marchands de couleurs vendent aux boyaudiers.

Les soins pour la fabrication de ces cordes sont plus grands que pour la corde à raquettes ^ mais moindres que pour celle des chapeliers. Après l’avoir bien polie à la corde de crin, on la laisse sécher, on la coupe par les bouts, et on la ploie par grosses pour la livrer aux fabricans de fouets.

Corde pour les chapeliers , dite d’arçon.

Les boyaux de moutons les plus longs , les plus gros, après avoir été passés convenablement à la potasse , sont ourdis par quatre , six , huit , dix ou douze , selon la grosseur dont on veut faire la corde , qui est ordinairement de i5 à 25 pieds de long. Pendant et après Y ourdissage , on place sous la longueur de la corde une caisse longue, de 18 à 20 pouces de large, ayant à l’entour un rebord de quelques pouces ; elle doit être très-propre , étant destinée à empêcher le boyau qui traîne de se salir : on la nomme le rafraîchi.

Cette corde ne doit avoir ni coutures ni noeuds ; aussi l’ouvrier, en ourdissant, double les boyaux, met un lacet aux bouts réunis, qu’il

place à la première cheville ; il tire les boyaux doublés , et si dans la longueur il s’en trouve qui n’arrivent pas à la seconde cheville , il prend un bout de boyau qu’il passe dans celui qui est trop court , et double le bout pour arriver à ladite cheville : s’il y en a plusieurs, il agit de la même manière ; enfin il les attache à un lacet, qu’il place sur la cheville. Ce travail fini, il applique au rouet et agit comme pour les autres cordes, en étrichant avec le plus grand soin et à plusieurs reprises chaque fois qu’il tord de nouveau. A demi séchées , ces cordes sont soumises deux fois à la vapeur du soufre. Après chacune de ces opérations, la corde est tendue, étrichée , en arrosant la corde de crin avec assez grande quantité d’eau de potasse. On la laisse sécher tendue , ensuite on la coupe et ploie comme il a été déjà dit.

Corde pour les horlogers.

Cette corde à boyau doit être extrêmement mince: aussi pour la faire prend-on des intestins très-petits, bien travaillés par la potasse, ou le plus souvent des boyaux coupés en deux par un couteau approprié à cet effet. C’est une espèce de lance surmontée d’une boule en plomb ou en bois. Cet outil est placé sur le bout d’un établi , et on tire avec les deux mains

également le boyau, dans lequel on a introduit la boule. Le boyau mouillé se coupe assez régulièrement en deux lanières, qui tombent chacune dans une terrine. Il est inutile de dire que chaque main tire une lanière , et que les deux marchent en même temps.

Les horlogers se servent aussi de cordes de diverses grosseurs, et contenant un plus ou moins grand nombre d’intestins : on les fabrique comme les cordes à instrumens dont nous allons parler , mais avec beaucoup moins de soins.

Cordes à instrumens .

11 est reconnu de temps immémorial que les cordes à instrumens préparées en France par d’habiles ouvriers, sont aussi bonnes que celles qui nous viennent d’Italie, excepté cependant les chanterelles, que nos fabricans ne sont parvenus à faire aussi bien qu’en très-petite quantité ; ce qui tient a la nature des boyaux de moutons , qui à Paris proviennent de trop grands animaux. Les chanterelles nous forcent donc à être tributaires de Naples , et tous les efforts qu’on a faits jusqu’à présent pour nous affranchir de ce tribut ont ete sans succès. Quand on a pu en faire quelques-unes de qualité égale, on n’y est parvenu qu’en choisissant sur une

très - grande quantité de boyaux , et en prenant les plus minces.

Nos fabricans ne vendent que les produits de leur industrie. Le commerce français ne fait venir d’Italie que des chanterelles, qui arrivent par paquets de trente cordes ployées dans du papier tellement huilé, qu’elles nagent pour ainsi dire dans ce liquide; et les luthiers ne peuvent se procurer les cordes que chez les marchands qui les tirent d’Italie , ou chez les fabricans. Il nous paraît évident d’après cela, que les consommateurs ne peuvent employer (en bonnes cordes) que des chanterelles de Naples, et que toutes les autres cordes dont ils se servent sortent de nos fabriques. Cependant il est vrai de dire que les marchands , pour faire valoir leur marchandise, assurent, dans cette partie comme dans bien d’autres , que leur article vient de loin. Les musiciens peuvent bien en être dupes relativement au prix d’achat ; mais ils ne le sont pas relativement à la qualité, puisqu’ils ont ce qu’on connaît jusqu’à présent de meilleur.

D’après ce que nous venons de dire, nos recherches doivent principalement se porter sur les chanterelles ; il nous faut surmonter cette grande difficulté , contre laquelle tant d’artistes ont échoué; savoir, de faire à Paris des chan-

terelles aussi fortes , sans être plus épaisses, avec des boyaux trop gros, tandis que les Napolitains se servent des intestins de moutons beaucoup plus petits. Avant d’exposer nos tentatives , nous croyons de notre devoir d’exposer l’art du fabricant de cordes à instrumens de musique. Notre description différera en quelques points de celle de X Encyclopédie : ce qui provient de plusieurs opérations simplifiées et des améliorations que cet art, comme tant d’autres, a éprouvées depuis que cet immortel monument des arts a été imprimé.

pénétrés de cette vérité , que pour contribuer aux progrès d’un art , il faut le bien connaître , nous nous sommes appliqués à pratiquer toutes les opérations que la fabrication des cordes à instrumens exige pour leur entière confection. Nous allons les exposer successivement.

Aux abattoirs de Paris, les boyaux grêles de moutons sont remis aux boyaudiers après avoir été débarrassés des matières fécales ; on en fait des paquets dont chacun contient l’intestin de l’animal. Parvenus à l’atelier, on les met dans un baquet plein d’eau de la Seine ; on les dénoue, et on les fait passer dans un second baquet ou terrine d’eau fraîche , en posant le plus mince bout de l’intestin sur le rebord. On continue ainsi jusqu’à ce que tous les boyaux soient pas-

sés. Alors on en fait un paquet , qu’on met tremper dans l’eau, et on change ce liquide dans la journée. Si la température est élevée , on essaie de les curer le soir même ou le lendemain : cette opération se fait comme nous l’avons indiquée en parlant des autres espèces de cordes de moutons; il faut toujours qu’elle se fasse le plus tôt possible, attendu qu’une macération trop longue diminue leur force. On se sert peu maintenant de morceaux de roseau arrondis : quelques fabricans ont conservé cette manière d’opérer ; mais on va plus vite avec le dos de la lame d’un couteau , et on déchire moins souvent l’intestin. Si l’on met à l’eau courante les boyaux , au lieu de les laisser tremper dans des baquets ou terrines pleines d’eau , le curage peut s’effectuer bien plus promptement, et la matière est entraînée par le courant.

Ce premier ratissage opéré avec encore plus de soin que pour les autres espèces de cordes , et en se servant toujours d’eau de Seine, les boyaux sont mis dans les eaux alcalines, qu’on prépare de la manière suivante :

Dans une fontaine de grès de six voies , qu’on remplit d’eau de Seine , on met 3 livres de potasse, on remue bien et on laisse déposer. Semblable vase également plein d’eau est placé à côté : on y ajoute 5 livres de cendres gravelées,

et on laisse ainsi déposer. Si l’on est presse de se servir de cette solution, on y verse dessus un peu d’eau d’alun, qui la clarifie promptement , et c’est pour ce seul motif que l’alun est ajouté. Ce fait, qui n’avait pas été expliqué, probablement par ignorance de l’ouvrier, paraît avoir embarrassé beaucoup l’auteur de l’article du Dictionnaire encyclopédique , car il y revient souvent ; et en effet comment concevoir l’emploi simultané de l’alun avec la cendre gravelée, si ce n’est pour produire la clarification de la liqueur par la précipitation de l’alumine?

On met les boyaux ratissés dans des terrines de grès ou vernissées, de manière que chacun de ces vases en contienne près de la moitié , on les remplit de suite d’eau de potasse coupée de partie égale d’eau ; on change les solutions deux fois par jour, en augmentant leur force avec la solution de cencbes gravelées , et en diminuant la dose de l’eau, et cela progressivement, de manière que les dernières eaux sont les plus fortes. Les boyaux blanchissent de plus en plus et se gonflent. Après avoir laissé macérer de trois à cinq jours, ou davantage, selon la température , on passe aux opérations suivantes.

Chaque fois qu’on change l’eau alcaline, les terrines sont placées sur une caisse de 6 pieds

environ de long, sur 18 à 20 pouces de large, ayant un rebord de 4 à 5 pouces; cette caisse se nomme rafraîchi , et est posée sur une table ou sur des appuis, toujours ayant une pente douce pour faciliter l’écoulement des eaux. Elle est de grandeur convenable pour tenir solidement les métiers sur lesquels les cordes sont étendues. On passe les boyaux dans une nouvelle terrine, et on les ratisse avec une espèce d’ongle de cuivre, qu’on met au pouce de la main gauche, il a la forme d’un dé à coudre ouvert ; anciennement on se servait d’un pareil outil en fer-blanc, mais on s’est aperçu que le fer déchirait souvent le boyau. On applique l’index contre ce dé, tandis que de la main droite on tire une portion d’intestin qui est pressée entre le bord supérieur du dé et l’index. On continue de passer ainsi chaque boyau, et quand la terrine est épuisée, on verse de la solution plus forte que celle d’où les boyaux sortent, comme nous l’avons déjà dit. Cette opération est essentielle pour que le dégraissage de l’intestin soit parfait, et que les cordes soient de belle qualité.

Pendant cette opération l’on a devant la poitrine une planche nommée plastron, bouclier, etc. , de 1 5 à 18 pouces de hauteur sur un

pied de large; elle est armée d’une coulisse, qui permet de la faire glisser devant chaque terrine , et elle est destinée seulement à empêcher qu’on ne soit mouillé par l’eau alcaline, qui éclabousse quand on passe rapidement au dé les boyaux.

Quand on s’aperçoit que les boyaux gonflent davantage, et qu’il se présente quelques bulles à leur surface (car dans ce cas ils montent sur l’eau), il est instant de filer la corde ; autrement, on verrait tourner le boyau, ce qui arrive quelquefois , sur-tout en été : dans ce cas , les matières premières et le travail sont perdus. A une haute température, le dégraissage se fait plus facilement; mais il faut que l’ouvrier redouble d’attention, et que les lessives soient augmentées de force plus promptement : en hiver il marche avec plus d’ordre, et la confection de ses produits est meilleure. En général les fabricans de cordes à instrumens travaillent dans des locaux frais et un peu humides.

Les boyaux en état d’être filés, on décante toute la lessive dans laquelle ils nagent, on dit alors qu’ils sont au sec. D’autres fabricans les jettent dans l’eau , les lavent bien et décantent ensuite; dans ce cas, les boyaux prennent mieux le soufre, et les cordes sont plus blanches: n’est-ce pas aux dépens de leur force?

Pour filer et terminer la corde, on prend un métier, espèce de châssis de 2 pieds de large sur 5 pieds de long; à un des côtés de la longueur, sur la traverse sont placées à demeure un grand nombre de chevilles. Le côté opposé présente sur la traverse également un nombre double de trous faits avec une grosse vrille , et de manière que quand la cheville y est placée , la corde qui la tire ne la fasse pas sortir. Les boyaux sont choisis selon leur grosseur, et les bouts placés par ordre sur le rebord de la terrine de façon à les distinguer, pour les faire servir à telle ou telle grosseur de corde. Alors on prend deux , trois bouts de boyaux , ou plus, qu’on attache à une petite cheville; elle est ensuite placée dans un des trous , et les boyaux sont portés sur la grosse cheville opposée. On fait deux tours pour les empêcher de glisser , et on vient avec les boyaux trouver le côté d’où 011 est parti : ils sont attachés à une autre cheville, qu’on fiche dans son trou, et l’excédant est coupé; ils sont très-peu tendus, parce que la corde diminue en longueur par le tordage, et que pour la ramener au trou pour placer la cheville, on risquerait de la casser; ce qui arrive souvent.

S’il y a un ou plusieurs intestins qui ne soient

pas assez longs, alors on les remplace par des bouts qui le sont davantage, et on fait la ligature près de la grosse cheville, pour que la cor de n’offre pas d’inégalités; car dans ce cas elle serait fausse.

Tout le métier étant garni comme nous ve- * nons de le dire, une ou deux petites chevilles sont mises aux crochets, si le rouet en porte plusieurs, et on donne quelques tours de roue en promenant les doigts sur la corde à partir du rouet jusqu’à la grosse cheville. On passe successivement toutes les cordes, et une fois ce premier tordage opéré, le métier est mis au soufroir avec plusieurs autres, attendu qu’on fait ‘rarement cette opération pour un seul.

Le soufroir est établi dans un endroit humide, où l’eau ruisselle pour ainsi dire de tous les côtés ; une terrine contenant de la fleur de soufre en quantité suffisante y est placée dans l’intérieur, on l’allume et on calfeutre les ouvertures ; après deux ou trois heures , on ouvre le soufroir. Les métiers se trouvent dans une espèce de buée aqueuse et acide : les cordes ont conservé leur grosseur et leur humidité; on enlève les métiers les uns après les autres; ils sont placés sur le rafraîchi : là on entrelace une corde de crin entre chaque corde de boyau.

L’ouvrier en prend ordinairement huit ou dix de cette manière , les frotte avec force , en promenant la corde de crin. Quand un côté du métier est ainsi frotté, ou ce qu’on nomme étriché , on donne un second tors aux cordes et on retourne le métier pour faire subir pareille manœuvre aux cordes qu’il contient: on remet les métiers au soufroir , et cela opéré, on les tord de nouveau pour les soufrer encore, ensuite on les laisse sécher ; ce qui demande plus ou moins long-temps selon la température de l’air.

On connaît que les cordes sont assez sèches lorsqu’après avoir enlevé une petite cheville, la corde ne revient pas sur elle-même , et qu’en la tenant droite quelques pouces au-dessous , elle reste ferme sans se pencher. Si elles possèdent ces qualités , on les huile avec de bonne huile d’olives , et enfin on les coupe près des chevilles pour les mettre en rond et en paquets. Dans cet état, elles sont propres à être livrées au commerce. Elles sont meilleures quelque temps après leur fabrication , aussi ne vend-on que les plus anciennement faites.

Pour faire la quatrième de violon , ou toute autre grosseur de corde à boyau entourée de fil métallique , on prend une longueur d’environ

o pieds, qu on adapte par un bout au crochet du rouet ; l’autre bout est attaché à la boucle d’un émerillon tournant, lequel fait tendre la corde par le moyen d’un poids suspendu à une ficelle, qui passe sur une poulie pour venir se lier à l’émerillon. L’ouvrier prend le bout de son fil, et le passe au bout de la corde près de f'émerillon. Un ouvrier tourne le rouet d’une manière égale , la corde fait tourner l’émerillon ; l’ouvrier la soutient de la main gauche, et de la main droite dirige le fil métallique sur la corde , de façon à ce qu’il soit légèrement pressé et qu’il s’applique d’une manière égale. Ce travail se fait avec promptitude et avec la plus grande facilité; cependant on pourrait le rendre encore plus simple au moyen -d’une mécanique qu’il nous semble facile d’établir. Pour couvrir une corde à boyau de fil métallique, il faut prendre la corde non soufrée et avant d’être huilée.

Le secret des plus habiles ouvriers consiste dans leur habitude du travail , dans l’observation journalière de l’état du boyau pour lui donner la lessive plus ou moins forte, un tordage et retordage plus ou moins considérable, et d’arrêter le soufrage à point; enfin de diriger la corde dans toutes ses préparations d’une

manière convenable. Ce sont autant de moyens que l’expérience donne, mais qui ne comportent pas une description.

Si l’on consulte ces ouvriers sur la fabrication des chanterelles, ils répondent : C’est une chose impossible ; nous avons essayé souvent et toujours en vain ; l’espèce de moutons qui se consomment à Paris ne permettra jamais de faire des chanterelles aussi fines que celles qu’on fabrique à Naples , où les boyaudiers ont les intestins des moutons du pays, qui sont trèspetits.

Malgré ces assurances désespérantes , nous avons cru devoir entreprendre des expériences, persuadés, comme nous le sommes, que les savans qui ont rédigé le programme du prix proposé par la Société d’Encouragement ne pouvaient demander une chose impossible : la suite prouvera si nous avons été trompés dans la confiance qu’ils nous ont inspirée.

Nous avons pris un morceau de véritable chanterelle de Naples , et l’avons mis tremper dans de l’eau de potasse très-faible , afin de pouvoir la pénétrer , vu que cette corde était trèsfiuilée. Au bout de quelques heures, elle avait gonflé, et nous sommes parvenus à séparer les trois intestins dont elle était formée ; après plu-

sieurs tentatives nous avons pu, au moyen d’un tuyau de plume , souffler un de ces morceaux de boyau , et nous avons observé qu’en effet la capacité est bien moindre que celle de l’intestin de nos moutons , et qu’il est extrêmement fin et propre. Au premier aspect, on serait presque porté à croire que c’est l’intestin de tout autre animal que le mouton. Cette sorte d’analyse mécanique a fait naître en nous une foule d’idées pour tenter divers procédés pour la fabrication des cordes à instrumens , nous en relaterons la partie que nous croirons devoir intéresser les savans. Nous avons pensé sur- tout qu’outre la petitesse des boyaux, les Napolitains pouvaient bien aussi avoir des manipulations particulières ou des agens chimiques, au moyen desquels ils font rentrer pour ainsi dire le boyau en luimeme : nous avons cherché à les deviner ou à y suppléer.

Nous avons pris des boyaux de nos moutons et à l’époque de l’année où on tue les plus gros, c’est-à-dire en mars et avril 1822 (1). Après les

(0 C’est sur-tout dans les mois qui, par leur température , sont les plus propices à la fabrication des cordes a instrumens, qu’elle pourra s^effectuer, comme on peut en jugGr Par l’exposé suivant :

En janvier et février , on aura des moutons champe-

avoir ratisses au couteau comme il a été dit , nous les avons placés dans trois terrines par égale quantité.

La première terrine a été traitée par des eaux de potasse seule, à force progressive, comme nous l’avons déjà décrit.

La seconde avec de l’eau de potasse et de cendres gravelées , selon la méthode usitée.

nois , qui pèsent de 36 à 4-0 livres. Les autres sortes qu’on tue pendant ces deux mois pèsent de 4o à 70 livres.

En mars et avril , ceux des Ardennes , qui , il est vrai , arrivent en petite quantité , vu leur prix trop élevé ; ils pèsent de 32 à 4° livres. Les boucliers trouvent plus d’avantage à tuer ceux dits hollandais et allemands , qui pèsent de 5o à 7 5 livres, les droits d’entrée se payant par tête , et non d’après le poids de l’animal.

En mai , ceux de Vallière ou du Bocage , et ceux de Ber ri , de 28 à 36 livres.

En juin, ceux des alentours de Paris , de 3o à l\o livres de poids.

En juillet , août , septembre , les moutons de la Sologne, du Perche et de l’Anjou : ils sont du poids de 3o à 45 livres.

En octobre , novembre et décembre , les plus petits et les plus maigres de l’année. Et c’est dans ce trimestre qu’on pourra , nous croyons , espérer des chances certaines de succès pour la fabrication des chanterelles. On verra plus loin que nous avons réussi dans une saison moins favorable.

La troisième avec de la potasse unie avec d’autres sels, que nous ne nommons pas, le programme de la Société nous permettant cette réticence.

On a observé que les boyaux des deux premières terrines ont constamment été de plus en plus blancs, qu’ils se sont gonflés, qu’ils étaient de peu de consistance en les touchant , et qu’en passant au dé ils faisaient peu de bruit : tandis que ceux traités par la potasse unie ou combinée faisaient un bruit beaucoup plus fort pendant cette opération. Du reste ils présentaient le meme aspect que ceux des autres terrines 7 seulement ils se tenaient plus au fond du liquide et gonflaient moins ; ils étaient aussi blancs.

Les boyaux arrivés à point pour filer la corde, le métier a été garni; la corde convenablement tendue et tordue, avec une foule de minutieuses attentions peu intéressantes à décrire , peut-être utiles néanmoins pour la réussite, et que nous devons à notre première idée de souffler le boyau de la corde de Naples.

Dans cet état, le métier a été mis au soufroir, que nous avons fait construire comme suit : quatre montans en bois de chêne de la hauteur de 4 pieds et demi, avec des traverses de 5 pieds

et demi de long , 2 pieds de large. Le fond en planches bien assemblées, le haut couvert par un châssis tenu par des charnières : le tout a été enveloppé par de la toile, qui a été recouverte par du fort papier y adhérant par de la colle d’amidon. Sur un des côtés a été ménagée une petite porte, pour introduire la terrine contenant le soufre. Quand la terrine est placée , elle se trouve recouverte par une plaque en tôle de i5 à 18 pouces en tous sens, et qui est placée de telle manière que la flamme du soufre vient la frapper dans son milieu à environ 8 pouces d’élévation. Elle est destinée à empêcher que la chaleur ne se porte en majeure partie sur le milieu des cordes du métier, et à faire éparpiller la vapeur de soufre en même temps. Toute la vapeur d’acide sulfureux est concentrée dans cette espèce de caisse et ne peut s’échapper , le couvercle et la porte étant entourés de bandelettes de papier collé.

Au bout de quelque temps , nous avons entendu plusieurs cordes casser : cet accident n’est pas dû à la vapeur du soufre, mais bien à la chaleur trop vive; ce qui ne nous empêchera pas d’examiner la force comparative des cordes soufrées ou non soufrées.

Après deux heures d’exposition à la vapeur

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du soufre, le métier a été retiré; les cordes avaient peu blanchi, elles avaient séché trop vite. Dans les soufroirs ordinaires , comme nous l’avons déjà observé, l’humidité est extrême, et ce non succès pour le soufrage nous prouve que dans les arts ce qui paraît le plus insignifiant , peut quelquefois n’être pas à négliger. Notre soufroir était placé au milieu d’un laboratoire sec et aéré. Dans les opérations suivantes, nous l’avons chargé d’humidité, et nous avons réussi à faire des cordes très-blanches (i).

Jusqu’ici nous sommes , à très-peu de chose près, arrivés à résoudre le problème que nous nous sommes proposé; savoir, de faire avec de gros boyaux de petites cordes. Celles que nous avons obtenues contiennent trois intestins , et sont infiniment moins grosses que par le procédé usité jusqu’à ce jour : elles ne sont pour-

(1) Peut-être MM. les commissaires auraient -ils fait une chose utile en consignant dans leur rapport que nous avions opéré dans un laboratoire, et non dans un atelier de boyaudier : cette vérité aurait sans doute été un motif pour engager les chimistes à se livrer à des recherches sur la fabrication des cordes à instrumens , art qui ne sera perfectionné d’une manière complète qu’avec le secours de cette science, et sur lequel on peut croire ne pouvoir expérimenter que dans une fabrique.

tant pas aussi fines que celles de Naples ; malgré cela, nous trouvons en elles un motif qui nous encourage à tenter de nouvelles expériences. Nous sommes intimement convaincus qu’en choisissant les intestins des petites espèces de moutons qu’on tue à Paris, nous parviendrons à obtenir des chanterelles au moins aussi bonnes que celles de Naples, et qui conserveront mieux la note. On pourra en juger par les échantillons qui accompagnent ce mémoire , et qui sont le résultat d’opérations subséquentes.

Une des cordes de notre premier essai a été remise au musicien, il a dit: C’est une petite seconde que vous me donnez, elle ne pourra servir de chanterelle; mais lui ayant assuré qu’au violon elle monterait au ton convenable avec facilité, il l’a placée à l’instrument, et il a observé en effet que cette corde , tendue pour la première fois baissait moins vite de ton , une fois arrivée au diapazon de l’Opéra. Sur notre prière, et encore après l’avoir maniée entre ses mains humides, il l’a tendue de manière à arriver à quatre tons au-dessus du diapazon . alors elle a cassé. La partie restante, remontée sur l’instrument, a été tendue à un ton de moins, c’est-à-dire à trois tons au-dessus du diapazon de l’Opéra; arrivée Jà; elle a cassé: l’humidité

ou la sueur des mains influe donc sur la ténacité des cordes. Une corde a été placée sur le violon, et montée rapidement au diapazon de l’Opéra; l’artiste a exécuté un assez long morceau , la corde a baissé de deux sixièmes de ton. Il nous a assuré qu’une chanterelle de Naples neuve aurait baissé bien davantage. Le violon étant accordé a été déposé dans un appartement clos, et examiné deux jours après (i) il a trouvé que la corde avait baissé d’un demi-ton. Le temps était sec lorsque le violon a été accordé; le lendemain il a plu assez abondamment; le jour de l’examen , l’air était chargé de plus d’humidité que deux jours avant ; vingt-quatre heures après cet examen, l’instrument a été examiné de nouveau et la trop grosse chanterelle s’est trouvée juste.

Les intestins de chien et de chat ne présentent rien de remarquable dans leur préparation particulière, pour en faire des cordes. Celui de

(1) Nous avons le malheur de ne pas être musicien, et cela nous oblige à renoncer à cette sorte d’examen , que la Société d’Encouragement voudra bien faire exécuter. Quant à nous , les forces comparatives des diverses chanterelles que nous aurons fabriquées , en prenant pour point de comparaison celles de Naples de mêmes dimensions, nous serviront à établir leurs qualités réciproques.

chat n’a guère qu’une longueur cle 5 à 6 pieds,

il est d inégale grosseur. Aussi, en ayant fait

une corde avec un seul boyau, un bout se

trouve assez mince pour faire chanterelle , et

1 autre moitié peut servir de seconde. La corde

est très-cassante et très-sèclie. En faisant la

corde avec deux boyaux, de façon à mettre un gros bout avec un mince, on l’obtient égale, mais elle est trop grosse.

L'intestin du chien est un peu plus égal; il a une longueur d’environ i5 pieds, du moins ceux que nous nous sommes procuré; nous en avons fait des cordes à deux et trois boyaux , elles paraissent solides et nous croyons qu’elles doivent être justes.

Nous nous sommes procuré aux abattoirs les boyaux de trente moutons, dont nous n’avons pu connaître le poids : environ les deux tiers étaient moyens, les autres assez gros; nous les avons traités de trois manières différentes , avec des modifications de détail que l’étude des sciences exactes nous a suggérées , et ces expériences ont été faites avec le soin dont nous pouvons être capables', sans toutefois qu’elles comportent plus qu’une intelligence ordinaire; » elles peuvent être exécutées par un ouvrier soigneux ; on obtiendra les mêmes résultats,,

et toujours avec succès. Tous ces boyaux n’ont fourni que des chanterelles , la plus grande partie aussi fines que celles de Naples, comme on pourra s’en convaincre en les présentant à la filière que nous joignons aux échantillons.

Nous avons aussi traité des intestins de moutons qui nous sont parvenus d’Àvranches , département du Calvados, et du département des Ardennes : ils étaient très-bien conservés au moyen de la saumure, après les avoir laissés dégorger dans l’eau pendant deux jours, en renouvelant matin et soir ce liquide; nous leur avons fait subir les autres opérations et nous en avons fait des cordes très-fines , mais qui sont ternes, sèches , et qui se cassent très-facilement : on ne peut point , d’après cela, espérer de faire des cordes à instrumens avec des .0^ boyaux qui auront été salés.

Nous croyons superflu de donner plus de détails sur nos expériences , ce qui rendrait d’ailleurs ce mémoire trop étendu ; peut-être sera-t-il trouvé déjà trop long. Nous nous bornerons donc à donner le tableau du poids que nos chanterelles peuvent porter sans se casser , en prenant une chanterelle de Naples de même dimension, pour juger comparativement leurs forces ; et ce tableau prouvera jusqu’à quel point nous avons réussi.

Force comparative de nos chanterelles avec celles

de Naples.

Hauteur du mercure dam le baromètre , 27 pouces 10 lignes. Il n’a point varié pendant les expériences.

Hygromètre de Saussure, 77 degrés d’humidité ; deux heures

après , 78 degrés.

Thermomètre de Réaumur , 12 degrés et demi. A la fin de nos expériences, il marquait i3 degrés et demi. Ce dernier instrument n’a pas éprouvé de variations au moment où ont été faites les deux principales expériences. Nous avons eu soin de fermer exactement le laboratoire , pour éviter les courans d’air.

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