MANUFACTURE
Un bâtiment de 45 pieds de long, sur 1 6 ou 1 8 pieds de large , non compris l’épaisseur des murs,
élevé d’un étage , et le grenier au-dessus. L’atelier serait aune des extrémités, 20 pieds de long, 16 ou 18 pieds de large et 12 de haut, trois larges croisées sur une face, à l’opposé la porte d’entrée , et une croisée de chaque côté ; ces ouvertures correspondant entre elles de manière à pouvoir aérer facilement le local. Au milieu, de 4 en 4 pieds, une solive scellée à terre , et soutenant le plancher supérieur. Ces pièces de bois sont destinées à placer, à hauteur convenable , les agrafes ; il y en aura une de chaque côté si le besoin l’exige. Contre le mur et sur des chantiers en bois ou en pierre, des tonneaux en bois blanc résineux , cerclés en fer, enduits en dehors de plusieurs couches de peinture à l’huile ; une bonde dans la partie la plus déclive. A l’entour de l’atelier, un conduit en plomb , avec des robinets versant l’eau à volonté sur les tonneaux, et un à l’extrémité de l’atelier: celuici devra être dallé et offrir une pente douce à partir de ce robinet jusqu’à la gargouille destinée à l’écoulement des eaux , lesquelles seront conduites par un caniveau en maçonnerie jusqu’à la rivière. A l’entrée de la gargouille sera placée une grille , pour éviter que les portions de boyaux ne soient entraînées dans la Seine, ce qui offre un spectacle dégoûtant pour les habitans qui bordent ce fleuve.
Chaque soir , au moment où les ouvriers quittent l’ouvrage , ils devraient terminer leur journée par le lavage de l’atelier, et laisser au moins deux croisées correspondantes ouvertes. Notre procédé admis, la fermentation ne sera plus nécessaire, et à chaque instant l’air pourra être renouvelé sans que pour cela la marche des opérations soit ralentie ; avant le lavage dont nous venons de parler, les immondices, morceaux de boyaux , etc. , seront enlevés dans une brouette faite exprès, et déposés dans une fosse dont nous parlerons dans la suite.
A côté de l’atelier, le sol sera creusé de 4 ou 5 pieds dans un espace de io pieds sur 16; cette pièce sera destinée pour la désinsufflation , et l’humidité qui se concentrera dans cette espèce de cave, servira à humecter convenablement les boyaux pour les disposer au soufrage.
A côté sera construit l’escalier, et après , l’espace sera ouvert pour remiser les voitures, placer des tonneaux vides, baquets ou autres ustensiles , etc.
Au premier, seront des chambres pour le fabricant, ses ouvriers, et le magasin pour conserver la marchandise fabriquée ; au-dessus, le grenier pourra servir de séchoir pendant l’hiver ou en temps de pluie.
Une pompe sera établie près de l’atelier, et
pourra fournir de l’eau pour laver la cour, qui doit être pavée et avoir une pente qui porte ses eaux sur le caniveau.
Le séchoir sera vaste et fera suite à la cour ; sur chaque piquet seront incrustées quatre plaques d’ardoise pour empêcher les rats , qui sont en grand nombre dans les boyauderies , de grimper sur le séchoir, et par conséquent de ronger les boyaux.
A l’extrémité du séchoir ou aufond du jardin, se trouveront quatre fosses de 6 pieds carrés , pour y placer les déchets et matières fécales; chaque jour, la litière de l’écurie formera une couche, ensuite les immondices et ainsi de suite. La fosse presque pleine, on la couvrira d’un pied de terre. Au bout d’un an, elle sera vidée et fournira un excellent terreau : lorsqu’une fosse est remplie, on passe à une autre et successivement. A côté , sera construite une écurie pour trois ou quatre chevaux avec grenier à fourrage au-dessus.
Non loin delà, on établit le soufroir, qui, étant de 6 pieds carrés, sera assez grandpour une exploitation de trois cents bœufs par semaine; la porte fermera le plus exactement possible.
A côté pourra être construit un fourneau pour la fonte des suifs , et sur le modèle de ceux qui sont usités pour ce travail.
Si le fabricant joint les deux parties de son art, c’est-à-dire la fabrication des cordes à boyaux et celle des boyaux soufflés , une ou deux pièces de plus au rez-de-chaussée lui seront nécessaires ; mais il faudra quelles soient éloignées de l’atelier où se fait la fermentation des boyaux de bœufs , attendu que ces exhalaisons font tourner l’intestin de mouton, selon l’observation des ouvriers. Notre procédé admis, les deux fabrications pourront se faire dans le même local ; dans l’un ou l’autre cas , la propreté la plus soigneuse est désirable, et si le fabricant y tient la main, nous ne doutons pas qu’avec les modifications que nous avons exposées , il ne puisse exercer sa profession sans gêner personne , et à la satisfaction de l’autorité qui veille sur la salubrité publique.
Mais avant comme après le déplacement si désirable dont nous avons parlé, le boyaudier devrait être soumis à une surveillance que nous nommerons de police sanitaire. Elle ne lui paraîtra gênante que dans les premiers momens; une fois l’habitude contractée, il en éprouvera le premier les heureux effets: il serait obligé de se conformer en tout point à l’instruction ci -après.
Les fabriques de boyaux de bœufs existantes devrontêtre pavées ou dallées , si elles ne le sont
déjà. Le pavage sera fait sur chaux et ciment, soit avec des briques à plat , des pavés de grès , ou des dalles de pierre ; dans tous les cas, offrant une pente douce pour l’écoulement des eaux. On veillera à ce que cet écoulement existe aux environs de la fabrique, afin d’éviter les mares d’eau, parce que celle-ci étant chargée de matières animales, se putréfie avec facilité. L’atelier devra être aéré.
Chaque jour, avant io heures du matin, les boyaux des bœufs tués la veille devront être enlevés des abattoirs, sous peine de punition.
Si le fabricant a une forte exploitation, il les enlève dans une charrette; elle devra être construite de manière à ne point laisser filtrer le liquide. Ainsi supposons une plus ou moins grande caisse en bois de chêne, ayant son couvercle et offrant une séparation au quart environ, pour contenir les intestins de moutons, si le fabricant confectionne en même temps des cordes ; cette caisse sera doublée avec des lames de zinc ou d’autres métaux, soudées ensemble, attendu que le bois s’imprégne des matières animales, et exhale ensuite une odeur infecte. Cette précaution ne devra pas empêcher de brosser et laver à grande eau, chaque jour, ladite caisse et la charrette. Si l’exploitation est moins considérable, les boyaux seront enlevés
dans des Lottes de bois blanc résineux avec couvercle : arrivé à l’atelier , le boyaudier devra les laver, et les tenir pleines d’eau jusqu’au moment de s’en servir de nouveau.
Parvenus à la fabrique, c’est-à-dire avant midi du même jour, les boyaux de bœufs seront jetés dans une grande cuve avec suffisante quantité d’eau, et immédiatement lavés. En les retirant de cette cuve ou baquet, et toujours dans la même journée, ils seront dégraissés, ensuite retournés, mis en paquets et placés dans les tonneaux. On versera sur cinquante boyaux grêles de bœuf deux seaux d’eau contenant une livre et demie d’eau de Javelle faite avec la soude ; on laissera séjourner pendant la nuit. Si les boyaux ne trempent pas assez, on peut ajouter un seau d’eau en remuant bien le tout.
Sitôt le dégraissage effectué, les morceaux de suif seront ramassés et mis dans un baquet plein d’eau, contenant une demi livre d’eau de Javelle à base de soude sur six seaux d’eau ; le suif, après ce lavage, sera étendu de suite sur des claies pour le faire sécher promptement.
Immédiatement après le dégraissage, les déchets de boyaux seront enlevés, mis dans la fosse, recouverts de fumier dans la journée, et l’atelier lavé à grande eau. Dans l’été, les croisées
seront ouvertes nuit et jour; dans l’hiver, ou quand la température sera au-dessous de dix degrés, il suffira de renouveler l’air le matin et le soir, ou pendant l’heure des repas des ouvriers. Le lavage s’étendra sur les futailles, et celles qui ne contiennent pas des intestins devront être maintenues pleines d’eau qu’on devra renouveler avant qu’elle ne soit altérée.
Les boyaux qui ont été enlevés des abattoirs la veille, dégraissés et mis à macérer dans l’eau de Javelle à base de soude, étendue d’eau, sont repris le lendemain, et ratissés avec l’ongle, pour enlever la membrane muqueuse interne, qui se trouve externe, vu le retournage : c’est ce que les ouvriers nomment enlever lamatière ; ensuite on les mettra dans une cuve d’eau, qu’on devra changer trois ou quatre fois dans la même journée, et le lendemain on soufflera ces boyaux , et on les étendra sur des perches.
Une fois la dessication opérée, on fait sortir le vent , on les humecte et on les met au soufroir, dans la partie inférieure duquel on devra pratiquer une petite porte, et à la partie supérieure une soupape. Quand l’opération est terminée, on ouvre la porte et on lève la soupape; le courant d’air enlève la vapeur de soufre.
On ploie ensuite le boyau en carottes, qui
doivent contenir expressément i5 aunes, et on les dépose dans un magasin sec et aéré.
La fabrication marchant continuellement, on voit que jusqu’à onze heures ou midi, moment où doivent arriver de nouveaux boyaux, les ouvriers sont occupés à enlever ce qu’ils nomment la matière, ou à souffler ceux qui ont assez dégorgé dans l’eau. Le boyau, jusqu’au moment où on le met sur la perche, ne demande que trois jours de travail, et on doit tenir rigoureusement la main, dans l’intérêt de l’ouvrier lui-même , à ce que ce délai ne soit pas dépassé : de cette manière , la putréfaction n’a pas pu se montrer; d’ailleurs l’eau de Javelle à base de soude l’aurait détruite, et le décollement de la membrane muqueuse par son moyen aura pu s’opérer.
Une fumigation sera très-utile le samedi soir. On devra fermer les croisées et portes de l’atelier , déposer sur des perches ou des cordes les hardes dont les ouvriers se servent dans leur travail , et mettre une terrine de terre vernissée sur un petit fourneau portatif contenant quelques charbons allumés. Dans cette terrine on mettra une once et demie oxide de manganèse en poudre , 4 onces sel de cuisine; on mêlera et on versera dessus 5 onces d’acide sulfurique ,
qu’on aura préalablement mêlé avec 2, onces d’eau.
Le dimanche matin , l’atelier sera aéré et le fourneau enlevé. Les ouvriers pourront faire leur toilette, en se lavant avec de l’eau contenant une livre d’eau de Javelle à base de soude pour dix seaux d’eau. Cette eâu , outre l’avantage de les débarrasser de l’odeur dont ils se trouvent imprégnés / décrassera leur peau trèsexactement et leur santé n’en sera que meilleure.
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