‹ L'art du boyaudierChapitre 3 sur 16 · IO · texte numérisé non relu

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Il est superflu de dire combien cette solution serait indispensable dans un cas d’exhumation, pour examiner judiciairement le corps d’un individu inhumé depuis des semaines. Les médecins légistes ne pouvaient pas, sans danger, se livrer à scruter les organes , et la visite ne pouvait se faire, dans beaucoup de cas, que d’une manière rapide. Je crois qu’après quelques minutes de macération dans une très -grande baignoire ou cuvier d’eau contenant deux ou trois livres de chlorure de chaux, on pourra se livrer à une étude minutieuse du cadavre; car toute odeur fétide aura disparu. La quantité de chlorure de chaux nécessaire devra être proportionnée à l’état plus ou moins avancé de la putréfaction. Je recommande particulièrement le chlorure de chaux , parce qu’il raffermit les chairs , et que la propriété désinfectante est encore plus forte que dans les autres chlorures. Le transport de cette substance est facile, et le prix très-peu élevé.

D’après ce que je viens de dire , on voit que ce moyen pourra devenir très-utile dans toutes les professions qui traitent des matières animales : le fabricant de colle, le tanneur, etc., etc., en tireront un très-grand avantage sous le rapport de la salubrité.

Ce que j’avance devrait être appuyé d’expé-

riences ; elles seront faites, quoique je les juge inutiles , vu la réussite que j’ai constamment obtenue sur de grandes masses d’intestins fétides.

Les changemens que j’ai cru pouvoir me permettre sans manquer aux égards que je dois à MM. les Commissaires qui m’ont jugé, ont consisté à avoir intercalé dans mon Mémoire la note qui leur fut remise lorsqu ils m’invitèrent à faire connaître la substance désinfectante , et la description des procédés employés pour fabriquer la baudruche des batteurs d’or : j’espère qu’on ne m’en saura pas mauvais gré.

J’éprouve le besoin de justifier une sorte de réticence sur la description complète de l’art de fabriquer les cordes à instrumens : je ne dis pas tout ; les bons fabricans me devineront, et apprécieront les efforts que j’ai dû faire pour parvenir à fabriquer avec de gros intestins des chanterelles fines à trois boyaux. La chimie m’a été d’un grand secours ; car pour arriver à ce point, il faut dégraisser ou amincir l’intestin, en conservant la ténacité de la partie musculeuse. Les Napolitains ont des boyaux de moutons un tiers plus petits , si mon procédé leur était connu , ils pourraient augmenter le nombre de boyaux pour chaque corde fine , et dans ce cas nous ne pourrions plus les égaler. Je crois

bien fermement avoir atteint ce but, quoique cette partie du programme, jugée avec raison comme très-secondaire , n’ait point paru résolue d’une manière aussi complète à MM. les Commissaires, lesquels, du reste, n’ont pas eu une preuve assez convaincante que les intestins employés par les divers concurrens étaient réellement des moutons tués à Paris. Et en effet on pourrait faire venir des intestins bien ratissés et parfaitement séchés de Naples , et ensuite en confectionner des cordes sous les yeux des savans. Ce soupçon n’était pas entré dans mon esprit, et justifie la remise du concours pour cette intéressante partie de l’Art du Boyaudier. Je désire que la publication de mon Mémoire puisse servir à faire naître des idées nouvelles aux nombreux concurrens qui se présenteront, et que ce soit à l’avantage de l’art.

On me pardonnera de faire connaître en entier le Rapport sur V Art du Boyaudier : le blâme , comme la louange , me paraît utile quand il s’agit des arts. Plus heureux que mes concurrens, je dois le succès que j’ai obtenu à l’étude des sciences , et je le déclare dans l’intention de faire naître le besoin de les étudier à tous les hommes qui désirent étendre les progrès de l’industrie.

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