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DES CORDES A BOYAUX

La définition que nous avons donnée de l'Art du Boyaudier dans la première partie de ce Mémoire, est plus rigoureusement exacte pour la fabrication des cordes à boyaux. Ici la membrane musculeuse doit être entièrement débarrassée des membranes péritonéale et .muqueuse, tandis que, dans la préparation des boyaux de bœufs , il reste environ les deux tiers de la membrane externe , qui est très-adhérente et très-ténue , ce qui fait qu'elle n'est pas nuisible. Elle resterait même tout entière sans diminuer leur bonté , si la partie qu'on enlève ordinairement échappait à l'instrument pendant le- dégraissage . Si même on cherche à enleVer la totalité de cette men^brane, en travaillant les boyaux de bœufs comme ceux de moutons, pour la fabrication des cordes, les intestins de bœufs ne tiennent pas le vent , et ne peuvent point être livrés au commerce.

Dans cette partie de l'Art du Boyaudier, c'està-dire dans la fabrication des cordes ; nous au-

(95) 3^. Corde pour les chapeliers , dite d'arçon* 40. Corde pour les horlogers.

5^. £t la Corde à instnanens de musique.

Corde pour tes rémouleurs , dite des Lorrains,

Les cordes des rémouleurs , polisseurs , etc. , se foat avec des boyaux de, cheval débarrassés delà membrane muqueuse par la fermentation ^ comme nous l'avons indiqué dans la première partie de ce Mémoire. Le boyau £étide est pris par un des bouts , dans lequel on feit entrer une boule en bois , fichée au bout d'ua piquet scellé sur un établi*  la suite de cette boule sont quatre lames tranchantes: ou , pour rendre l'explication plus claire, qu'on se représente un couteau rond k quatre lames ^ surmonté d'une boule enbois^On tire également le boyau avec les deux mains , et au fur et à mesure il se coupe en quatre lanières égales* On prend quatre, six ou huit lanières, suivant qu'on veut fiiixe la corde plus ou moins épaisse ; on attache nar un nœud particulier les Lanières à un double bout de ficelle préparée exprès, et qu'on nomme lacet; on passe le lacet dans une cheville introduite dans un trou pratiqué sur un poteau fortement scellé. A une distance de 3o pieds, se

(96) irouveun semblable poteau av«c des chevilles, sur l'une (lesquelles on passe les lanières. On se rapjM'odie du premier poteau, et l'ensemble des lanières est attaché à un nouveau lacet qu'on enfile à la cheville dont nous avons déjà parlé. Les ouvriers désignent ce premier travail par le mot ourdir. On coupe les lanières , on les attache de la même manière qae ci-dessus , si elles sont assez longue* , ce qui arrive presque toujours, attendu que les bouts sont recousus par de la filandre , après les avoir coupés préalablement en biais et disposés de manière que la couture ne fasse pas épaisseur inhale ; si elles sont assez longues , disons-nous , on fait une seconde longueur, jusqu'à ce qu'enfin le boyau soit tout employé. On les cheville entièrement garnies.

Sitôt l'ourdissage fini , l'ouvrier place convenablement le rouet , et passe dans le crochet de l'émerillon la ficelle qui tend la corde ourdie;

(97) la corde. Celle-ci ne diminue pas en longaeuf par la dessicâtion , attendu que toujours elle est ramenée à la même dimension par les che-* villes ; mais par le tordage et la dessicâtion , elle diminue beaucoup en épaisseur : après le premier tordage , elle est de la grosseur du doigt.

Quelques heures s'étant écoulées, on remet les cordes au rouet, on les tord de nouveau.

Douze ou quinze heures après, on les prend l'une après Pautre, on enfile le lacet à une cheville qu'on tourne dans la main , le rouet n'étant pas ordinairement assez solide. Ce tordage opéré, on les frotte avec une corde en crin qu'on humecte avec de l'eau et dont on fait un paquet , qui les entoure et qu'on tient entre les mains : cette opération est nommée ètricher. Un autre tordage est fait trois heures après, et on étriche fortement encore après avoir remis les cordes à la cheville et celle-ci au poteau.

Si la corde, suffisamment séchée et tordue^ n'est pas bien unie , on la polit avec de la peau de chien ; mais si l'on a passé la corde de crin assez de fois , cela devient inutile. La corde est séchée tendue; oh ne la passe pas au soufre habituellefnent. Bien sèche , on coupe les deux bouts près du lacet, et on la ploie en rond pour la livrer au commerce.

Cette corde a ordinairement 3o pieds de long;

(98) mais le laboratoire daus lequel nous avons opéré ne nous a permis d'en faire que des longueurs de 1 5 pieds. Quelles que soient les dimensions , le mode d'opérer est le même.

Au moment où l'ouvrier qui fait les cordes dont nous venons de parler reçoit de Yécarisseur les intestins du cbeval , de l'âne ou du mulet, ils sont déjà en pleine putréfaction : en les recevant, l'ouvrier devra les laver pour les débarrasser des matières, les retourner, et les mettre macérer pendant la nuit dans un tonneau contenant deux seaux d'eau mélangée avec une livre '•l>i """■'» il* em-iAo id^iiin Catta miin tité pour et n'augi 10 centii

Le len le moyen baquet d et eu file nera le p

Si cett main, il cond tor publique pidemeni après le parler.

Des opérations préliminaires que les intestins de moutons subissent avant la confection des cordes ordinaires.

Les boyaux de mouton retirés du ventre de ranimai encore chaud, on en fait sortir les matières fécales , et du produit de chaque ventre on forme un paquet. Dans cet état, ils sont livrés au boyaudier; quelquefois il les reçoit sans être vidés : dans ce cas ils ne peuvent être utilisés que pour la corde à raquette , attendu que les matières séjournant dans les intestins les font fermenter, et prendre une couleur qiïi persiste lorsque la corde est fabriquée.

Les paquets sont apportés à la boyauderie, et là déposés dans un baquet , dénoués et passés à la main pour les mettre dans un autre baquet avec de Teau : cette manœuvre se nomme assir le boyau. Les morceaux de suif qui ont pu rester sont enlevés en même temps ; ils sont peu considérables ; les petits bouts de chaque intestin sont mis sur le rebord du baquet, et ensuite noués ensemble : ceci est essentiel pour l'opération suivante. On laisse tremper le boyau pendant un ou deux jours pour pouvoir détacher les membranes péritonéale et muqueuse.

L'eau est changée plusieurs fois pendant cet espace de temps.

Dès le lendemain , on prend le paquet Je boyaux fioués, qu'on pose sur un banc incliné, dont la partie inférieure porte sur te baquet ; on gratte avec le dos de la lame du couteau un ou plusieurs intestins. Si le boyau est assez avancé , cet instrument déchire une moitié environ de h gueur de Z le boyau, cette mem longueur i la filandre la doublar casse. Cet chose dign à l'enlevei plus gross elle' se déi en retirer i de longue) le tube in gueur, du ■vrai, comi nous pas 1 plus gran( large de rapproché la roembi

( lOï )

fibres sont plus rapprochées , et tirant, ces fibres, étant plus fortes que celles qui suivent, les entraînent dans toute la longueur. Outre la force, la disposition des fibres y est pour quelque chose ; car en enlevant la péritonéale par le bout d'intestin le plus large , la portion de membrane péritonéale va toujours en diminuant de largeur jusqu'au moment où elle se rompt.

La filandre s'emploie pour coudre les boyaux , elle remplace le fil ; de plus on l'utilise pour faire la corde à raquette, comme nous le dirons plus loin.

Sitôt la filandre enlevée^ les boyaux sont remis dans des baquets qu'on remplit d'eau de puits. Le lendemain, on les ratisse sur le banc incliné ; ils trempent d'un bout dans l'eau du baquet , l'autre bout est tenu de la main gauche , et de la main droite ou tient un couteau don| la lame est arrondie par le dos, et pèse sur le boyau en tirant plus fort à droite. L'ouvrière tient ordinairement trois ou quatre bouts de boyaux; on nomme cette opération curer le boyau. Au fur et à mesure du ratissage , la partie nettoyée est amoncelée sur le hayt du banc , qui est long de 4 pieds et de i o à 1 2 pouces environ de largeur. Les boyaux, tirés par la main gauche, glissent sur la planche de ce banc sans tomber sur les côtés , parce qu'on a pratiqué

à son bout incliné un creux arrondi en forme de croissant (i).

Après cette opération , les boyaux sont rais dans l'eau, et le lendemain celle-ci est remplacée par une solution de potasse, que les ouvriers préparent comme il suit :

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(i) Les plus gros bouts sont coupés par le boyaudier , de la longueur de 8 pieds environ , qu^il lave avec soin ^ et dont il fait des paquets de cent morceaux , qui lui sont payés 3 ou 4 francs par le cbarcutier : ils servent à faire des saucisses.

Pour expédier au dehors les boyaux de moutons, Pouvrier les sale , et cette opération est bien simple : il prend le boyau ratissé j coupé de la longueur convenue , et non lavé ; il en réunit une douzaine ou davantage , qu^il tourne en rond pour en former une espèce de galette y qu'il pos& snr une couche de sel marin ; il recouvre le paquet de ce même sel , et met successivement ime couche ^e bpyaux et une couche de sel de cuisine. Après quelques jours y la saumure est décantée et les boyaux emballés avec un peu de nouveau sel.

On peut aussi sécher les boyaux ratisses , pour en fabriquer des cordes dans une saison favorable. Nous ignorons si on peut en faire de bonnes cordes à instrumens, mais nous en avons vu préparer des cordes à fouets. Il faut mettre les boyaux à sécher sitôt le ratissage opéré , et sans les passer à Peau. On réunit un ou plusieurs intestins, qu'on double et qu'on accroche à une corde exposée à l'air. On expose les paquets à la vapeur du soufre , ensuite on les conserve dans un lieu sec.

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Un seau d'eau de fontaine de 1 4 ou 1 5 litres est mis dans une tinette ou terriùe de grès , on verse dessus 4 onces de potasse et 4 onces de perlasse. Les ouvriers ignorent que ces deux sous-sels sont la même substance de qualité différente. La solution opérée , ils laissent déposer , et déterminent si cette eau est trop forte ^ par l'action qu'elle exerce sur la peau de leur main ; ils ajoutent de l'eau s'il le faut. Quand elle est au point convenable, ils en versent une quantité suffisante sur les boyaux ; on les change trois ou quatre fois de cette eau potassée, en laissant agir chaque fois quelques heures , et en passant au dé une ou deux fois , selon que l'intestin est destiné pour telle ou telle espèce de corde. La plupart des ouvriers croient plus convenable de préparer deux sortes d'eaux de potasse, la seconde avec la perlasse seule, qui, disent-ils, rend le boyau plus sec : ils ont observé que si l'on employait cette dernière solution seule, la corde est trop sèche, et se casse, disent-ils , plus facilement.

L'opération de passer au dé se ùàt en prenant un des bouts du boyau, le pressant contre l'ongle ; celui-ci est remplacé par un dé ouvert en cuivre, qui aif fur et à mesure qu'on tiré, ratisse sur le boyau et le débarrasse de plus en plus des corps étrangers à la membrane muscu-

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lense. Pour lâ corde à instrumens, par exemple, on passe au dé bien plus de fois que pour les autres cordes, comme nous l'obseryerons en son lieu.

Les boyaux , passés suffisamment au dé et à la potasse, sont triés, les plus gros et les plus longs pour la corde de chapelier , qui doit être sans nœuds ni coutures ; la seconde qualité pour la corde à fouet; la plus inférieure pour la corde à raquettes. Si la quantité nettoyée pré- S3nte de beaux boyaux fins et très-blancs, on les met de côté pour la corde à instrumens ; mais cela n'a pas toujours lieu, parce que peu ,d'ouvriers savent faire cette qualité.

Les autres préparations se rapportent à chaque espèce de corde, et en décrivant leur mode de fabrication nous les exposerons.

Corde à raquettes.

Les boyaux de moutons de qualité inférieure, soit qu'ils aient subi les opérations par la potasse, soit qu'ils* aient été bien lavés et dégorgés dans l'eau de puits seulement, sont coupés en biais, s'ils sont en plusieurs morceaux, et cousus étant mouillés avec de la filandre, en ayant soin de mettre un biais supérieur et l'autre inférieur , afin d'éviter que les coutures rendent la corde inégde. Gela opéré et le

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( i«>5 ) boyau ne faisant qu'une seule longueur^ on ourdit comme nous l'avons déjà indiqué; ensuite on réunit uii, deux, trois ou quatre boyaux qu'on attache à un lacet; on continue à les attacher de la même manière, en mettant chaque fois un lacet ; à la cheville opposée à ce lacet l'intestin fait deux tours pour l'empêcher de glisser. Les attaches étant terminées , l'ouvrier prend un des lacets, le met au crochet de l'émérillon du rouet ; il en place même deux ou trois, autres, et donne quelques tours de manivelle. Le tordage fait diminuer la corde , mais l'ouvrier la ramène en tirant par le lacet, qu'il enfile k la cheville supérieure. Quand celle-ci est garnie , il promène sa main en pressant la corde à partir du rouet , pour faire sortir l'humidité , et faire qu'elle soit tordue également dans toute sa longueur : une ou deux heures après , il les remet au rouet, et passe la corde de crin.

Après que le tordage est effectué et que la corde est convenablement étrichée^ on la met en couleur ; et voici comment les ouvriers s'y prennent : une des chevilles qui enfilent les lacets est enlevée; la corde est ployée à Tentour, on la réunit avec la cheville opposée, et on laisse tremper la corde dans du sang de bœuf pendant quelques minutes; on la tord de

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nouveau jusqu'à dessication complète; quel** quefois on ]a passe une seconde fois au sang de bœuf; il arrive aussi fort souvent que les boyaux sont mis en couleur avant le tordage ; dans ce cas , on met les boyaux tremper dans le sang de bœuf' avant Tourdissage. La corde tordue est ensuite polie avec la corde de crin , suffisamment séchée; on coupe les bouts, et on la jiloie en rond : dans cet état, elle est propre aux usages auxquels on Ta destinée.

' Pour les qualités inférieures de corde à ra*-quettes, on met un boyau seul et deux ou trois filandres, et on opère de la manière que nous avons indiquée.

Corde à fouets^

Les boyaux de moutons préparés à la potasse, et mis de côté pour la corde à fouets, sont pris par l'ouvrière , les bouts coupés en biais et cousus avec de la filandre , toujours de façon que les coutures ne fassent pas épaisseur inégale. On ourdît la corde et on tord chaque bout séparément, car il est rare qu'on fasse de la corde à fouets à deux brins ou boyaux. On la soufre une ou deux fois. Quelquefois on la met en couleur, soit en noir, rose ou vert. Les boyaux prennent bien la teinture. Le noir se donne avec l'encre ordinaire; le rose avec

( I07 ) l'encre rouge , que l'acide sulfureux fait virer au rose ; le vert par la couleur de cette nuauce ^ que les marchands de couleurs vendent aux boyaudiers.

Les soins pour la fabrication de ces cordes sont plus grands que pour la corde à raquettes^ mais moindres que pour celle des chapeliers.

Après l'avoir bien polie à la corde de crin , on la laisse sécher , on la coupe par les bouts , et on la ploie par grosses pour la livrer aux fabri* çans'de fouets.

Corde pour les chapeliers , dite d'arçon.

Les boyaux de moutons les plus longs , les plus gros, après avoir été passés convenable -^ ment à la potasse , sont ourdis par quatre j six , huit , dix ou douze , selon la grosseur dont on veut faire la corde , qui est ordinairement de i5 à 1^5 pieds de long. Pendant et après l'owrdissage , on place sous la longueur de la corde une caisse longue, de i8 à 26 pouces de large, ayant à l'entour un rebord de quelques pouces ; elle doit être très-propre , étant destinée à empêcher le boyau qui traîne de se salir : on la nomme le rafraîchi.

Cette corde ne doit avoir ni coutures ni nœuds ; aussi l'ouvrier, en ourdissant, double les boyaux, met un lacet ^ux bouts réunis, qu'il

place à la première cheville ; il tire les boyaux doublés , et si dans la longueur il s'en trouve qui n'arrivent pas à la seconde cheville, il prend un bout de boyau qu'il passe dans celui qui est trop court , et double le bout pour arriver à ladite cheville : s'il y en a plusieurs, il agit de la même manière ; enfin il les attache à un lacet, qu'il place sur la cheville. Ce travail j

fini , il applique au rouet et agit comme pour les autres cordes, en étrichant avec le plus grand soin et à plusieurs reprises chaque fois qu'il tord de nouveau. A demi séchées , ces cordes sont soumises deux fois à la vapeur du soufre. Après chacune de ces opérations, la corde est tendue, e/ncA^^, en arrosant la corde de crin avec assez grande quantité d'eatt de potasse. On la laisse sécher tendue , ensuite on la coupe et ploie comme il a été déjà dit.

Corde pour les horlogers.

Cette corde à boyau doit être extrêmement mince: aussi pour la faire prend-on des intestins très-petits, bien travaillés par la potasse, ou le plus souvent des bojaux coupés en deux par un couteau approprié à cet efFet. C'est une espèce de lance surmontée d'une boule en plomb ou en bois. Cet outil est placé sur le bout d'un établi , et on tire avec les deux mains

également le boyau, dans lequel on a introduit la boule. Le boyau mouillé se coupe assez régur lièrement en deux lanières , qui tombent chacune dans une terrine. Il est inutile de dire que chaque main w^ une lanière , et que les deux marchent en même temps.

Les horlogers Èe servent aussi de cordes de diverses grosseurs, et contenant un plus ou moins grand nombre d'intestins : on les hrbrique comme les cordes à instrumens dont nous allons parler , mais avec beaucoup moins desoins.

Cordes à instrumens.

11 est reconnu de temps immémorial que les cordes à instrumens préparées en France par d'habiles ouvriers , sont aussi bonnes que celles qui nous viennent d'Italie , excepté cependant les chanterelles 9 que nos fabricans ne sont par^ venus à faire aussi bien qu'en très-petite quantité; ce qui tient à la nature des boyaux de moutons , qui à Paris proviennent de trop grands animaux. Les chanterelles nous forcent donc à être tributaires de Naples , et tous les efforts qu'on a faits jusqu'à présent pour nous affranchir de ce tribut ont été sans succès. Quand on a pu en faire quelques-unes de qualité égale, on n'y est parvenu qu'en choisissant sur une

très 'grande quantité de boyaux , et en prenant les plus minces.

Nos fabricans ne vendent que les produits de leur industrie. Le commerce français ne fait venir dltalie que des chantereTOs , qui arrivent par paquets de trente cordes ployées dans du papier tellement huilé, qu'elles nagent pour ainsi dire dans ce liquide; et les luthiers ne peuvent se procurer les cordes que chez les marchands qui les tirent dltalie , ou chez les fabricans. Il nous paraît évident d'après cela, que les consommateurs ne peuvent employer (en bonnes cordes) que des chanterelles de Naples, et que toutes les autres cordes dont ils se servent sortent de nos fabriques. Cependant il est vrai de dire que les marchands, pour fair\& valoir leur marchandise, assurent, dans cette partie comme dans bien d'autres ^ que leur ar-^ticle vient de loin. Les musiciens peuvent bien €n être dupes relativement au prix d'achat ; mais ils ne le sont pas relativement à la qualité, puisqu'ils ont ce qu'on connaît jusqu'à présent de meilleur. \

D'après ce que nous venons de dire, nos recherches doivent principalement se porter sur les chanterelles ; il nous faut surmonter cette grande difficulté , contre laquelle tant d'artistes ont écholié; savoir, de faire à Paris des chan>-

terelks aussi fortes , sans être plus épaisses, avec des toyaux trop gros, tandis que les Napolitains se servent des intestins de moutons beaucoup plus petits. Avant d'exposer nos tentatives , nous croyons de notre devoir d'exposer l'art du ^bricant de cordes à instrumens de musique. Kotre description différera en quelques points de celle de V£nçyclopédie ; ce qui provient de plusieurs opérations simplifiées et des améliorations que cet art, comme tant d'autres, a éprouvées depuis que cet immortel monu-^ ment des arts a été imprimé.

Pénétrés de cette vérité , que pour contribuer aux progrès d'un art , il faut le bien connaître , nous nous sommes appliqués à pratiquer toutes les opérations que la fabrication des cordes à instrumens exige pour leur entière confection. Nous allons les exposer successivement.'

Aux abattoirs de Paris , les bojaux grêles de moutons sont remis aux boyaudiers après avoir été débarrassés des matières fécales ; on en fait des paquets dont chacun contient l'intestia de l'animal. Parvenus à l'atelier, on les met dans un baquet plein d'eau delaSeine ;on les dénoue, et on les fait passer dans un second baguet ou terrine d'eau fraîche , en posant le plus minée bout de l'intestin sur le rebord. On continue ainsi jusqu'à ce que tous les boyaux soient pas-

(lia) séA. Alors on en fait un paquet, qu'on met tremper dans l'eau , et on change ce liquide dans la journée. Si la température est élevée , ' on essaie de les curer le soir même ou le lendemain : cette opération se fait comme nouï l'avons indiquée en parlant des autres espèces de cordes de moutons; il faut toujours qu'elle se ^sse le plus tôt possible, attendu qu'une macération trop longue diminue leur force. On se sert peu maintenant de morceaux de roseau arrondis : quelques fabricans ont conservé celte manière d'opérer ; mais on va plus vite avec le dos de la lame d'un couteau , et on déchire moins souvent l'intestin. Si l'on met à l'eau courante '■=» >>"■"•""' "'• *'•"" ^^ i"» i-i^»— »™«per dans le curage ment, et 1 Ce pre; de soin q et en se boyaux SI prépare d Dans ui remplit d' tasse, on blable vaj côté : on 3

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et on laisse ainsi déposer. Si Ton est pressé de se servir de cette solution , on y verse dessus un peu d'eau d'alun, qui la clarifie promptement , et c'est pour ce seul motif que l'alun est ajouté. Ce fait , qui n'avait pa^s été expliqué , probablement par ignorance de l'ouvrier, paraît avoir embarrassé beaucoup l'auteur de l'article du Dictionnaire encyclopédique, car il y revient souvent ; et en effet comment concevoir l'emploi simultané de l'alun avec la cendre gravdlée, si ce n'est pour produire la clarification de la liqueur par la précipitation de l'alumine ?

On met les. boyaux ratisses dans des terrines de grès ou vernissées, de manière que chacun de ces vases en contienne près de la moitié ; on les remplit de suite d'eau de potasse coupée de partie égale d'eau ; on change les solutions deux fois par jour, en augmentant leur force avec la solution de cendres gravelées , et en diminuant la dose de l'eau, et cela progressivement, de manière que les dernières eaux sont les plus fortes. Les boyaux blanchissent de plus en plus et se gonflent. Après avoir laissé macérer de trois à cinq jours, ou davantage, selon la température , on passe aux opérations suivantes.

Chaque fois qu'on change l'eau alcaline, les terrines sont placées sur une caisse de 6 pieds

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euTiron dé long, sur 18 à ao pouces de large, ayant un rebord de /i k 5 pouces; cette caisse se nomtiie rafirokhi^ et est posée sut* une table où sûr des appuis , toujours ayant une pente douce pour faciliter Fécoulement des eaux. Elle est de grandeur convenable pour tenir solidement les métiers sur lesquels les cordes sont étendues* On passe les boyaux dans une nou- Telle terrine, et on les ratisse avec une espèce d'ongle de cuivré, qu'on met au pouce de la main gaucbe, il a la forme d'un dé à coudre ouvert ; anciennement on se servait d'un pareil outil en fer-blanc , mais on s'est aperçu que le fer déchirait souvent le boyau. On applique l'index contre ce dé, tandis que de la main droite on tire une portion d^intestin qui est pressée entre le bord supérieur du dé et l'index. On continue de passer ainsi chaque boyau, et quand la terrine est épuisée, bn verse de la solution plus forte que celle d'où les boyaux sortent, comme nous l'avons déjà dit. Cette opé* ration est essentielle pour que le dégraissage de l'intestin soit parfait, et que les cordes soient de belle qualité.

Pendant cette opération l'on a devant la poitrine une planche nommée plastron^ bou^ elier^ etc« , de 1 5 a 1 8 pouces de hauteur sur un

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pied de large ; elle est armée d'ane coulisse, qui permet de la faire glisser devant chaque terrine , et elle est destinée seulement à empêcher qu'on ne soit mouillé par Féau alcaline, qui éclabousse quand on passe rapidement au dé les boyaux.

Quand on s'aperçoit que les boyaux gonflent davantage , et qu'il se présente quelques bulles à leur surface (car dans ce cas ils montent sur l'eau), il est instant de filer la corde ; autrement, on verrait tourner le boyau, ce qui arrive quelquefois , sur'tout en été : dans ce cas , les matières premières et le travail sont perdus. A une haute température, le dégraissage se fait plus facilement; mais il faut que l'ouvrier redouble d'attention, et que les lessives soient augmentées de force plus promptement : en hiver il marche avec plus d'ordre, et la confection de ses produits est meilleure. En général les fabricans de cordes à instrumens travaillent dans des locaux frais et un peu humides.

Les boyaux en état d'être filés , on décante toute la lessive dans laquelle ils nagent, on dit alors qu'ils sont au sec. D'autres fabricans les jettent dans l'eau , les lavent bien et décantent ensuite; dans ce cas, les boyaux prennent mieux le soufre, et les cordes sont plus blanches : n'est-ce pas aux dépens de leur force?

Pour filer et târminer Ia«corde , on prend un métier, espèce de châssis de a pieds de large sur 5^ieds de long; à un des côtés de la longueur /sur la, traverse sont placées à demeure un grand nombre de chevilles. Le côté opposé présente sur la traverse également un nombre double de trous faits avec une grosse vrille ^ et de manière que quand la cheville y est placée, la corde qui la tire ne la fasse pas sortir. Les boyaux sont choisis selon leur grosseur, et les bouts placés par ordre sur le rebord de la terrine de façon à les distinguer, pour les faire servir à telle ou telle grosseur de corde. Alors on prend deux, trois bouts de boyaux, ou plus, qu'on attache à une petite cheville; elle -est ensuite placée dans un des trous , et les boyaux sont portés sur la grosse cheville opposée. On fait deux tours pour les empêcher de glisser , et on vient avec les boyaux trouver le côté d'où on est parti: ils sont attachés à une autre cheville, qu'on fiche dans son trou, etf l'excédant est coupé ; ils sont très-peu tendus , parce que la corde diminue en longueur par le tordage, et que pour la ramener au trou pour placer la cheville, on risquerait de la casser; ce qui arrive souvent.

S'il y a un ou plusieurs intestins qui ne soient

pas assez longs, alors on les remplace par des. bouts qui le sont davantage, et on fait la ligature près de la grosse cheville, pour que la corde n'offre pas d'inégalités; car dans ce cas elle serait fausse.

Tout le métier étant garni comme nous venons de le dire, une ou deux petites chevilles sont mises aux crochets, si le rouet en porte plusieurs, et on donne quelques tours de roue en promenant les doigts sur la corde à partir du rouet jusqu'à la grosse cheville. On passe successivement toutes les cordes, et une fois ce premier tordage opéré, le métier est mis au soufroir avec plusieurs autres , attendu qu'on fait rarement cette opération pour un seul.

Le soufroir est établi dans un endroit humide, où l'eau ruisselle pour ainsi dire de tous les côtés ; une terrine contenant de la fleur de soufre en quantité suffisante y est placée dans l'intérieur, on l'allume et on calfeutre \ç& ouvertures; après deux ou trois heures, on ouvre le soufroir. Les métiers se trouvent dans une espèce: de buée aqueuse et acide : les cordes ont conservé leur grosseur et leur humidité; oh enlève les métiers les uns après les autres ; ils sont placés sur le rqfraichi: là on entrelace une ^ corde de crin entre chaque corde de. boyau»

on les laisse sécher ; ce qui demande plus ou moins long-temps selon la température de l'air.

Od connaît que les cordes sont assez sèches lorsqu'après avoir enlevé une petite cheville, la corde ne revient pas sur elle-même, et qu'en la tenant droite quelques pouces au-dessous , elle reste ferme sans se pencher. Si elles possèdent ces qualités, on les huile avec de bonne huile d'olives, et enfin on les coupe près des chevilles pour les mettre en rond et en paquets. Dans cet état , elles sont propres à être livrées au commerce. Elles sont meilleures quelque temps après leur fabrication , aussi ne veod-oo que le& plus anciennement faites.

Pour faire la quatrième de violon, ou toute autre grosseur de corde à boyau entourée de fil métallique, on prend une longueur d'environ

( "9 ) 5 pieds , quV>ta adaj^te par tm bout au crochet du rouet ; Vautre bout eit attaché à la boucle d'uD émerillon tournait ^ lequel fait tendre la corde par le moyen d'Un poids suspendu à une ficelle , qui passe $ur une poulie pour Tenir se lier à Fémerillon. L'ouvrier prend le bout de son fil, et le passe au bout de la corde près de 1 émerillon. Un ouvrier tourne le rouet d'une tnanière égale , la corde fait tourner Fémerillon ; l'ouvrier la soutient de la main gauche , et de la main droite dirige le fil métallique sur la corde , de façon à ce qu'il soit légèrement pressé et qu'il s'applique dWe tnanière égale. Ce travail se fait avec promptitude et avec la plus grande facilité; cependant on pourrait le rendre encore plus simple au moyen d'une mécanique qu'il nous semble facile d'établir. Pour couvrir une corde k boyau de fil métallique, il faut prendre la corde non soufrée et avant d'être huilée.

Le secret des plus habiles ouvriers consiste dans leur habitude du travail , dans l'observation journalière de l'état du boyau pour lui donner la lessive plus ou moins forte, un tordage et retordage plus ou moins considérable » fît d'atréter le soufrage à point; enfin de diriger la corde dans toutes ses préparations d'une

( lao ) manière convenable. Ce sont autant de moyens que l'expérience donne, mais qui ne comportent pas une description.

Si l'on consulte ces ouvriers sur la fabrication des cbanterelles, ils répondent : Cest une chose impossible ; nous avons essayé souvent et toujours en vain ; Tespèce de moutons qui se consomment à Paris ne permettra jamais de faire des chanterelles aussi fines que celles qu'on fabrique à lïaples-, où les boyaudiers ont les intestins des moutons du pays, qui sont trèspetits.

Malgré ces assurances désespérantes , nous avons cm devoir entreprendre. des expériences, persuadés, comme nous le sommes, que les savans qui ont rédigé le programme du prix proposé par la Société d'Encouragement ne pouvaient demander une chose impossible : la suite prouvera si -nous avons été trompés dans la confiance qu'ils nous ont inspirée.

INous avons pris un morceau de véritable chanterelle de iNaples , et l'avons mis tremper dans de l'eau de potasse très-faihle , afin de pouvoir la pénétrer , vu que cette corde était trèshuilée. Au bout de quelques heures, elle avait gonflé,~et nous sommes parvenus à séparer les trois intestins dont elle était formée ; après plu-

sieurs tentatives nous avons pu, au moyen d'un tuyau de plume , souffler un de ces morceaux de boyau , et nous avons observé qu'en effet la capacité est bien moindre que celle de l'intestin de nos moutons , et qu'il est extrêmement fin et propre. Au premier aspect^ on serait presque porté à croire que c'est l'intestin de tout autre animal que le mouton. Cette sorte d'analyse mécanique a fait naître en nous une foule d'idées pour tenter divers procédés pour la fabrication des cordes à instrumens , nous en relaterons la partie que nous croirons devoir intéresser les savans. Nous avons pensé sur -tout qu'outre la petitesse des boyaux , les Napolitains pouvaient bien aussi avoir des manipulations particulières ou des agens chimiques , au moyen desquels ils font rentrer pour ainsi dire le boyau en luimême : nous avons cherché à les deviner ou à y suppléer.

Nous avons pris des boyaux de nos moutons

et à l'époque de l'année où on tue les plus gros,

I c'e^-à-dire en mars" et avril iSaa (i). Après les

(i) C'est sur-tQut dans les mois qui^ par leur température , sont les plus propice^ à la fabrication des cordes à instrumens^ qu'elle pourra s'effectuer , comme on peut en juger par Pexposé suivant :

£n janvier et février j on aura des moutqns cliampe-

avoir ratisses au couteau conune il a été dît , nous les avons placés dans trois terrines par égale quantité.

La première terrine a été traitée par des eaux de potasse seule, àr force progressive , comme nous l'avons déjà décrit.

La seconde avec de l'eau de potasse «t de cendres gravelée», selon la méthode usitée.

nois, qui pèsent de 36 à 4o livres. Les autres sortes qu'on tue pendant ces deux mois pèsent de 4o à 70 livres.

En mars et avril, ceux des Ardennes, qui, il est vrai, urÎTent en petite quantité , ra leur prix trop élevé ; ils pèsent de 3z à 40 Hvres. Les bouclier* trouvent plus davantage à tuer ceux dits kollandaia et allemands, qui pèsent de 5o k-jS livres, les droits d'entrée se payant par tête , et non d'après le poids de l'animal.

En mai , ceux de Valliére ou du Bocage , et ceux de Berri , de 38 à 36 livres. .

En juin, ceux des alentours de Paris , de3oà 49 livres de poids.

En juillet , août , s^tembre y les moutons de la Sologne, du Perche et dci l'Anjou : ib sont du poidf de 3o à 45 lÎTces.

En octobre , novembre et décembre , les plus petits et les plus maigres de l'année. El c'est dans ce trimestre qu'on pourra , nous croyons , espérer des chances certaines de snccès pour la fabrication des chanterelles. On verra plus loin que nous avons réussi dans tine saison moins favorable.

oïDee latsaieac ud urutt oeaucoup pius ion pendant cette opération. Dt; reste ils présentaient le même aspect que ceux des autres terrines , seulement ils se tenaient plus au fond du liquide et gonflaient moins ; ils étaient aussi blancs.

' Les boyaux airivés à point pour filer la corde, le métier a été garni; la corde convenablement fendue et tordue, avec une foule de minutieuses attentions peu intéressantes à décrire y peut-être utiles néanmoins pour la réussite, et que nous devons à notre première idée de souffler le boyan de la corde de Naples.

Dans cet état, le métier a été mis au soufiïiir, que nous avons fait construire comme suit :

quatre montans en bois de cbêne de la hauteur de 4 pieds et demi , avec des travei'ses de 5 pieds

laire éparpiller la vapeur ae souire en merae temps. Toute la vapeur d'acide sulfureux est concentrée dans cette espèce de caisse et ne peut s'échapper , le couvercle et la porte étant entourés de bandelettes de papier collé.

Au bout de quelque temps , nous avons entendu plusieurs cordes casser : cet accident n'est pas du à la vapeur du soufre, mais bien k la chaleur trop vive; ce qui ne nous empêchera pas d'examiner la force comparative des cordes soufrées ou non soufrées.

Après deux heures d'exposition à la vapeur

que daos les arts ce qui paraît le plus insignifiant, peut quelquefois n'être pas à négliger. IN'otre soufroir était placé au milieu d'un laboratoiresec et aéré. Dans les opérations suivantes, nous Tavons chargé d'humidité , et nous avons réussi à faire des cordes très-blanches (i).

Jusqu'ici nous sommes , à très-peu de chose près, arrivés à résoudre le problème que nous nous sommes proposé ; savoir , de faire avec de gros boyaux de petites cordes. Celles que nous avons . obtenues contiennent trois intestins , et sont infiniment moins grosses que par le procédé usité jusqu'à ce jour : elles ne sont pourri) feut-étre MM. les commissaires auraient-ils &it Ime chose u^ en consignant dans leur rapport que nous avions opéré dans iin laboratoire , et non dans on atelier de boyaudier ; cette vérité aurait sans doute été un motif pour engager tes chimistes à se livrer à des recbercbes sur lu fabrication des cordes à instrumens , art qui ne sera perfectionné d'une manière complète qu'avec, le «ecours de cette acïence , et sur lequel on peut croire ne pouvoir expérimenter que dans une fabrique.

tant pas aussi fines que celles de Napks ; malgré oda, Doos trotiTfHis en elles nn motif qnt noos encourage à tenter de nourdles expëriences.

Koos sonnnes intiraenient convaïncns qu'en dioisissant les intesdDs des petites espèces de montons qu'on tue à Paris, nous parviendrons à obtenir des chanterelles an moins aussi bonnes que celles de Naples, et qni conserveront mieux la note. On pourra en juger par les échantillons qui accompagnent ce mémoire , et qui sont le résultat d'opérations subséquentes. Une des cordes de notre premier essai a été remise au musicien, il a dit: C'est une petite seconde que tous me donnez, elle ne pourra servir de chanterelle; mais lui ayant assuré qu'au violon elle monterait au ton convenable avec facilité, il l'a placée à l'instrument, et il a observé en effet que cette corde , tendue pour la première fois baissait moins vite de ton , une fois arrivée au diapazon de l'Opéra. Sur notre prière, et encore après l'avoir maniée entre ses mains humides, il l'a tendue de manière à arriver à quatre tons au-dessus du diapazon : alors elle a cassé. La partie restante, remontée sur l'instrument, a été tendue à un tonde moins, c'est-à-dire à trois tons au-dessus du diapazon de l'Opéra; arrivée là, elle a cassé: l'humidité

Texamen , l'air était chaîné de plus d'humidité que deux jours avant ; vingt-quatre hcuresaprès cet examen , l'instrument a été examiné de nouveau et la trop grosse chanterelle s'est trouvée juste.

Les intestins de chien et de chat ne présentent rien de remarquable dans leur préparation particulière, pour en faire des cordes. Celui de

(i) NottSKTona le nUtUisur da n«pM4tremiitîcjen,et cela noua oblige à mioncvr 4 ç«tto aorte d'exAmen y que la Société d'Encoungement voudra bien fure exAcuMr. Quant k noua , les forcea comparativos dei dÏTertes chanterelles que noua aurona fabriquéea , «n prenant pour point de comparaison cellea de Naploa de mémea ilimonaiona^ noua aaiTiront à établir leura qualités réciproquea.

ceux que nous nous sommes procuré; nous en avons fait des cordes à deux et trois boyaux, elles paraissent solides et nous croyons qu'elles doivent être justes.

Nous nous sommes procuré aux abattoirs les boyaux de trente moutons, dont nous n'avons pu connaître te poids : environ les deux tiers étaient moyens, les autres assez gros; nous les avons traités de trois manières différentes, avec des modifications de détail que l'étude des sciences exactes nous a^uggérées , et cea expériences ont été faites avec le soin dont nous pouvons être capables, sans toutefois qu'elles comportent plus qu'une intelligence ordinaire ; elles peuvent être exécutées par un ouvrier soigneux;, oo obtiendra les mêmes résultatSt

forces; et ce tajileau prouvera jusqu'à quel point iious avons réussi.

n». 3 dé la filière.

} mtesdns entranl si

n^-SdelaflUèie.

2 iiitesiina entrant a

n°, 1 de la filière.

T«p ..ufr*.. EU.

pgiU 1» pold. «.

Si l'on veut examinerlea cordes à instmmenSr il feudra, suivant nous, à finesse- égale et au même nombre d'intestins, mettre la corde sur riostrameut , savoir combien de tours il faudra donner à' la cheville pour arriver au dia^azon de l'Opéra. On se servira alors de l'instrument, ou on laissera la corde tendue pendant un temps donné ; on examinera la qualité du son , et on noiera de combien la corde a baissé. On la mettra au ton, et on laissera ensuite l'instrument pour l'examiner de nouveau un ou plusieurs jours après. Pendant cet espace de temps , les variations de Patmosphère devront être notées.

Ensuite ou avant il faut examiner, sur une longueur donnée , quelle est celle des cordes de même dimension qui porte le plus de poids avant de casser : car celle qui porte davantage sera celle qui monte le plus haut ; et si elle monte, par exemple,un ou deux tons déplus, nécessairement étant fixée au ton juste , elle résistera plus facilement et plus long-temps sous l'archet.

La corde la meilleure et qui doit faire le plus long usage, est celle qui change le moins d'aspect quand on la monte sur l'instniment : celles qui se ternissent et perdent leur transparence ne doivent pas résister. Les musiciens^ s'ils y ont fait attention , doivent avoir observé ce fait<

( 15= ) La corde qui arrivera plus vite au ton , qui variera moios, et qui aura le son le plus plein , le plàs sonore, et qui pour ainsi dire fera la clocbe , sera la meilleure. Il faut que le son ùt soit ni maigre , ni criard , ni faux.

. Pent-étre les musiciens ont -ils d'autres moyens pour apprécier la bonté des cordes ; mais ceux qui viennent d'être indiqués paraissent essentiels.

Pour compléter la description de l'Art du Boyaudier, nous n'aurions qu'à faire connaître la manière de préparer Ta baudruche dont se servent les batteurs d'or , et aussi celle de préparer letœcamdes moutons. D'après l'usage auquel est consacré ce dernier, il nous répugnerait de nous en occuper. D'ailleurs fe détail de ces deux fabrications n'est pas eiigé par le programme.

Cette dernière raison ne nous a pas empêchés de faire des expériences suffisantes, pour être à même de tracer succinctement 1 art de préparer la baudruche des batteurs d'or, art peu connu , et que nous n'avoins point trouvé décrit d'une manière satisfaisante dans aucun aateiir.

De la baudruche des batteurs d'or, Les bouchers , boyaudiers et charcutiers entendent par le mot baudruche l'intestin cœcum

aoune avec le suif, dont on ne peut la débarrasser «ans-qu'dle se déchire- Une fois que l'ouvrier a décolIé la portion de membnsine péritonéate qui entoure la partie fertmèe du cœcnm , il la tire , et elle suit de la longueurda s pieds'à 3-pieds et demi. Elle revient 8urelle**nièine,'on laniet à sécher. Etant sèche, elle Eessembleà>uùe ficelle: L'ouvner qai prépare la baiidrudie^prend cette membrane desséahëè , la met trèitiper dans une solution de potasse très-iitiblè. SiUfisamment humectée , il la plaoe sur une planche pour la ratisser avec le couteau. Quand ces pellicules sont bien propres et snffîsamnifint dégorgées dans l'eau , il les '^tend sw npe 'espèce de châssis eu bois de 3 à ' -4 fieds de long sur lo pouces de large; il est iocwé de;déux ntiontans assemblés par deux traverses : ces quatre morceaux de bois offrent dans leuE langueiir une rainure de 2 A 3 lighes dç large.

Pour étendre cette membrane, l'ouvrier la ■ 9 *

jl^rend dans ses mains et place sur le haut du châssis un des bouts, ayant soin que la partie de cette membrane qui était extérieure étant sur l'intestin de l'animal , soit la portion qui s'applique SOT le châssis ; il la tire en tous sens et la &it adhérer sur le bord dudit châssis ; une fcôs cela opéré , il prend une autre membrane , qu'il ^plique sur celle qui est déjà tendue, ayant soin de laisser à l'extérieur ce qu'il nomme k fleur du boyau, c'est-à-dire plaçant les deux membranes , de êiçoq que la partie qui adhérait à la membrane musculeusé se trouTS l'une contre l'autre. De celte manière , eUes se colleoC par&itement et ne font qu'un seul coi^s.

Ces deux membranes sèchent promptement, excepté les extrémités, qui sont collées sur les traverses du châssis. Quand le tout est bien sec, l'ouvrier coupe ta baudruche arec un bon couteau et en suivant la rainure dont noiu avons parlé.

Les bandes de baudruches sont ensuite livrées à un autre ouvrier pour les recouvrir de ce qu'on nomme le fond, leur donner le dernier apprêt et les couper de grandeiv convenable.

Quand l'ouvrier veut terminer la baudruche, il prend chaque bande , les colle sur uu châssis comme celui dont nous aTons parlé, mais qui

la presse pour les aplatir ; od les met en tas ou livrets , et on les livre au batteur d'or.

Ce dernier travail se rapproche beaucoup de celui qu'on est obligé de faire pour préparer le tafetas d'Angleterre.

Crùi à pécher.

Le crin à pécher n'est pas le produit de l'Art du Boyaudier. N^ous croyons, sans pouvoir l'affirmer , que cette substance provient du ver à soie. Nous pensons qu'elle est retirée des co-

( .56) coBS les plwi beaux, lesquels sont réservés pour la propag&tion de l'espèce. Quand le papillon s'est fait jour, ces cocons sont pris et jetés' dans une chaudière pleine d'eau bien chaude, oa prend une foule de brins avec un-balai de bruyère; ils s'agglutinent et ne suivent au rouet qye très-pçu, en raison du trou dont le cocon çstpercé; on soufre ces brios pour les blanchir, et on les met en paquets. L^ matière animale résineuse, qui entoure ce fil le rend imperméable à l'eau. Ces détails , nous les devons au souvenir .{Confus qui est resté dans notre esprit depuis notre jeune âge. A cette époque, par des circop^tances particulières, nous nous trouvions aux.environsd'Uzès, où l'on élève beaucoup de vers à soie; mais alors guidé» par d'autres idées nous n'avons pas apporté à ces travaux l'attention que nous y apporterions aujourd'hui.

Quelques personoes croient que le crin à pêcher se fait en prenant le ver à soie, le. brisant ei^ deux, tirant en sens inverse, et tenant chaque moitié d'une main ; ce qui lui a mérité le nom que les marchands lui donnent, de boyau de ver à soie (i) : quoi qu'il en soit de

(>) Après la remise de ce mémoire au coiicoùrs> nous avons voulu noua assurer de ce fait, M. Rcgaart , docteur en médecine et dentiste , a bien voulu nous céder des

petîti bitons ; il prend alors une gronde consistance.

& on rom.pt la tête aa ver à soie avant de le (aire macérer dans le vinaigre f le fil suit , mais en offrant l'image d'un mucus qui ne prend pas de consistance.

Ce £1 provient évidemment de la substance dont le ver se sert pour filer la soie: effectivement, en rompant la tête k cet insecte ^ on rompt aussi le vaisseau qui contient cette matière et qui vient aboutir & l'ouverture que l'on . remarque sous la lèvre inférieure ; mais cette matière, qui remplit le vaisseau dans toute son étendue, s'étend AU lieu de se rompre , et son déploiement forme le fil en question : ce n'est donc pas avec l'intestin quel'on focme ce fil, comme semble l'indiquer la dénomination de £1 de boyau de ver à soie.

Tel est le procédé à t'aide duquel j'ai préparé plusieurs de ces fils. S'il existe quelques modifications , ce ne peut être que pour donner au £1 plus de blancheur et plus d'égalité dans son épaisseur : du reste ceux que j'ai obtenus ressemblaient à ceux qui sont livrés au commeice.

Votre dévoué , etc.

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