‹ L'art du boyaudier: mémoireChapitre 5 sur 6 · CHOIX DU LOCAL · texte numérisé non relu

CHOIX DU LOCAL

Une des fabriques les plus coaosidérablies de bojaux insufflés est celle qui est située à Clichy f sur le bord de la rivière, près le bac d'Asnières. Son éloignement a^ez grand de la capi* taie , son isolement d'autres habitations , et sa proximité de Teau, nous £ant émettre le vceu que toutes les boyauderies soient réunies dans ce lieu. Toutefois le boyaudier qui ne travaille que le boyau de mouton, pourrait obtenir d'avoir un local plus rapproché de Paris, et même renfermé dans les murs de cette ville, où il existe depuis long-temps plusieurs fabriques qui n'exr citent pas de réclamations, attendu que leur travail n'est pas de nature à répandre des exha-

laisoos fétideii, su]>tout si les déchets et matières putrescibles sont esdevés fréquemment.

La voirie étant transportée dans le bel éta« blissement que là ville de Paris a fait construire dans la forêt de Bondi, il serait impossible que les boyauderies qui sont en activité à la petite Yillette fussent tolérées; car on leur doit une bonne partie de l'infection qui se répand dans les environs , et qui rend de ce coté l'arrivée de la capitale si désagréable. A l'époque de cette translation , l'administration devra faire opérer leur déplacement. On nous objectera sans doute et avec raison que dans un moment où l'art du boyaudier n'o0re pas de grands bénéfices , il y aurait de la dureté de la part du gouvernement à forcer ceux qui l'exercent à de fortes dé* penses ; mais l'autorité pourrait les aider dans ce déplacement, ou au moins les dispenser pendant un nombre d'années plus ou moins grand de toutes impositions , et de cette manière elle aurait pourvu à la salubrité publique san$ porter préjudice à ces fabricans. Dans cette hypothèse , nous croyons que leur atelier devrait être construit de la manière suivante.

M4IfUFAGTUR£.

Un bâtiment de 4^ pieds de long, sur x 6 on 1 8 pieds de large , non compris l'épaisseur des murs,

pavai

ékrvé d'un étage , et le grenier au-dessus. L'alclier serait à une des extrémités, ao pieds de long, i6 ou i8 pieds de large et la de haut, trois larges croisées sur une face, à Topposé la porte d'entrée , et une croisée de chaque côté ; ces ouvertures correspondant entre elles de manière à pouvoir aérer facilement le local. Au milieu ; de 4 en 4 pieds , une solive scellée à terre , et soutenant le plancher supérieur. Ces pièces de bois sont destinées à placer, à hauteur convenable , les agrafes ; il y en aura une de chaque côté si le besoin l'exige. Contre le mur et sur des chantiers en bois ou en pierre, des tonneaux en bois blanc résineux , cerclés en fer, enduits en dehors de plusieurs couches de peinture à l'huile ; une bonde dans la partie la plus déclive. A l'entour de l'atelier , un conduit en plomb , avec des robinets versant l'eau à volonté sur les tonneaux, et un à* l'extrémité de l'atelier: celuici devra être dallé et offrir une pente douce à partir de ce robinet jusqu'à la gargouille destinée à l'écoulement des eaiix, lesquelles seront conduites par un caniveau en maçonnerie jusqu'à la rivière. A l'entrée de la gargouille sera placée une grille , pour éviter que les portions de boyaux ne soient entraînées dans la Seine , ce qui offre un spectacle dégoûtant pour les habîtans qui bordent ce fleuve.

Èd.^. ,JU

(85) i Chaque soir, au moment où les ouvriers quittent l'ouvrage , ils devraient terminer leur journée par le lavage de l'atelier, et laisser au moins deux croisées correspondantes ouvertes. Notre procédé admis, la fermentation ne sera plus nécessaire, et à chaque instant l'air pourra être renouvelé sans que pour cela la marche des opérations soit ralentie ; avant le lavage donit nous venons de parler, les immondices, morceaux de boyaux , etc. , seront enlevés dans une brouette faite exprès, et déposés dans une fosse dont nous parlerons dans la suite.

A côté de l'atelier , le sol sera creusé de 4 ou 5 pieds dans un espace de lo pieds sur i6; cette pièce sera destinée pour la désinsufflation , et l'humidité qui se concentrera dans cette espèce de cave, servira à humecter convenable»

ment les boyaux pour les disposer au soufrage.

A côté sera construit l'escalier, et après , l'espace sera ouvert pour remiser les voitures, placer des tonneaux vides, baquets ou autres ustensiles , etc.

Au premier, seront des chambres pour le fabricant, ses ouvriers, et le magasin pour con-server la marchandise fabriquée; au-dessus, le grenier pourra servir de séchoir pendant l'hiver ou en temps de pluie.

Une pompe sera établie près de l'atelier, et

pourra fournir de Teau pour laver la cour , qui doit être pavée et avcûr une pente qui porte ses eaux sik* le caniveau.

Le séchoir sera vaste et f ara suite à la cour ; sur chaque piquet seront incrustées quatre plaques d'ardoise pour empêcher les rats , qui sont en grand nombre dans les boyauderies , de grimper sur le séchoir, et par conséquent de ronger les boyaux.

A Textrémité du séchoir ou aufond du jardin, se trouveront quatre fosses de 6 pieds carrés , pour y placer les déchets et matières fécales; chaque jour, la litière de l'écurie formera une couche, ensuite les immondices et ainsi de suite. La fosse presque pleine, on la couvrifra d'un pied de terre. Au bout d'un an , elle sera vidée et fournixa un excellent terreau : lorsqu'une fosse est remplie, on passe à une autre et successivement. A coté , sera construite une écurie pour trois ou quatre chevaux avec gre< nier à fourrage au-dessus.

Non loin delà, on établit lesoufroir, qui, étanlt de 6 pieds carrés, sera assez grand pour une exploitation de trois c^its bœufs par semaine ; la porte fermera le plus exactement possible.

A coté pourra être construit un fourneau pour la fonte des suUTs , et sur le modèle de ceux qui sont usités pour ce travail.

Si le fabricant joint les' deus parties de son art, c'est-à-dire la fabricatipn des cordes à boyaux et celle des boyaux soufflés , une ou deux pièces de plus au rez-de-cbaussée lui seront nécessaires; mais il faudra qu'elles soient éloignées de l'atelier où se fait la fermentation des boyaux de bœufs , attendu que ces exha- , laisons font tourner l'intestin de mouton, selon l'observation des ouvriers. Kotre procédé ad mis, les deux fabrications pourront se faire dans le même local ; dans l'un ou l'autre cas , la propreté la plus soigneuse est désirable, «t si lelabricant y tient la main, nous jxe doiitoas pas qu'avec les modifications que nous avons eX' posées , il ne puisse exercer sa profession sans gêner personne , et à la satisfaction de l'autorité qui veille sur la salubrité publique.

Mais avant comme après le déplacement si désirable dont nous avons parlé, leboyaudier devrait être soumis à une surveillance que nous nommerons de police sanitaire. £Ile ne lui paraîtra gênante que dans les premiers momens; une fois l'babttude contractée, U en éprouvera le premier les heureux effets: il serait obligé de se conformer en tout point à l'instruction ci -après?

déjà. Le pavage sera fait sur chaux et ciment , soit avec des briques à plat, des pavés degrés, ou des dalles de pierre ; dans tous les cas , offrant une pente douce pour l'écoulement des eaux* On veillera à ce que cet écoulement existe aux environs de la fabrique , afin d'éviter les mare^ d'eau , parce que celle-ci étant chargée de matières animales, se putréfie avec facilité. L'atelier devra être aéré- Chaque jour, avant lo heures du matin, les boyaux des bœufs tués la veille devront être enlevés des abattoirs , sous peine de punition.

Si le fabricant a une forte exploitation, il les enlève dans une charrette; elle devra être construite de manière à ne point laisser filtrer le liquide. Ainsi supposons une plus ou moins grande caisse en bois de chêne, ayant son couvercle et offrant une séparation au quart environ, pour contenir les intestins de moutons, si le fabricant confectionne en même temps des cordes ; cette caisse sera doublée avec des lames de zinc ou d'autres métaux , soudées ensemble, attendu que le bois s'imprègne des matières animales, et exhale ensuite une odeur infecte. Cette précaution ne devra pas empêcher de brosser et laver à grande eau , chaque jour , ladite caisse et la charrette. Si l'exploitation est moins considérable ^ les boyaux seront enlevés

(89) dans des hottes de boîs blanc résineux avec couvercle : arrivé à l'atelier , le boyaudier devra les laver, et les tenir pleines d'eau jusqu'au moment de s'en servir de nouveau.

Parvenus à la fabrique, c'est-à-dirê avant midi du même jour , les boyaux de bœufs seront jetés dans une grande cuve avec suffisante quantité d'eau, et immédiatement lavés. En les rétirant de cette cuve ou baquet , et toujours dans la même journée , ils seront dégraissés , ensuite retournés , mis en paquets et placést dans les tonneaux. On versera sur cinquante boyaux grêles de bœuf deux seaux d'eau contenant une livre et demie d'eau de Javelle faite avec la soude ; on laissera séjourner pendant la nuit. Si les boyaux ne trempent pas assez, on peut ajouter un seau d'eau en remuant bien le tout.

Sitôt le dégraissage effectué, les morceaux de suif seront içamassés et mis dans un baquet plein d'eau, contenant une demi livre d'eau de Javelle à base de soude sur six seaux d'eau ; le suif, après ce lavage, sera étendu de suite sur des claies pour le faire sécher promptement.

Immédiatement après le dégraissage , les déchets de boyaux seront enlevés , mis dans la fosse, recouverts de fumier dans la journée, et l'atelier lavé à grande eau. Dansl'été^ les croisées

qu'on aura préalablement mêlé avec 2 onces d'eau.

Le dimanche matin , l'atelier sera aéré et le fourneau enlevé. Les ouvriers pourront faire leur toilette, en se lavant avec de l'eau contenant une livre d'eau de Javelle à base de soude pour dix seaux d'eau. Cette eau , outre l'avantage de les débarrasser de l'odeur dont ils se trouvent imprégnés , décrassera leur peau trèsexactement et leur santé n'en sera que meilleure.

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