‹ L'art du comédien (volume 2)Chapitre 2 sur 4 · AG A · texte numérisé non relu

AG A

L’ART

par là, sinon l’interprétation de la nature, de la vérité, plus ou moins pénétrée d’un certain rayonnement, qui n’altère pas les proportions, mais qui, néanmoins, accuse le trait ou le colore, met la vie en relief, de manière que notre esprit en soit plus vivement et plus profondément frappé?

Est-ce que le comédien ne fait pas cela?

Seulement le poète apour matière les mots ; le sculpteur, le marbre ou le bronze ; le peintre, les couleurs et la toile; le musicien, les sons : la matière de l’acteur, c’est lui-même. Pour réaliserune pensée, une image, un portrait de l’homme, c’est sur lui qu’il opère! Il est son propre clavier, il joue de ses propres cordes, il se pétrit comme une pâte, il se sculpte, il se peint!

Mais, direz-vous, ce n’est, pas là travail d’artiste, parce que cette pensée qu’il réalise n’est pas la sienne, et que le propre de l’art, c’est la création. Ah! la création! Voyez si le bon sens populaire ne répond pas tout de suite à l’objection, puisque ce mot de création est précisément celui dont il se sert pour exprimer la première réalisation d’un rôle. Et le mot est rigoureusement vrai. Si vous ne

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m’en croyez pas, croyez-en Victor Hugo, qui dit de Mlle George, dans Marie Tudor : « Elle crée dans la création môme du poète quelque chose qui étonne et qui ravit l’auteur lui-même. »

Je trouve aussi dans les Mémoires de Marmontel (t. Ier, p. 290) :

« . (Mlle Clairon) fut plus sublime encore

dans le rôle d’Électre. Ce rôle, que Voltaire lui avait fait déclamer avec une lamentation continuelle, acquit une beauté inconnue à lui-même, puisqu’en le lui entendant jouer sur son théâtre, à Ferney, il s’écria : « Ce n’est pas moi qui ai « fait cela, c’est elle ; elle a créé son rôle ! »

C’est donc à la fois l’avis de Voltaire et de Marmontel, et le mot créé semble être une création même de Voltaire.

Voilà qui est significatif, cet étonnement du poète. Si celui-là l’éprouve, à plus forte raison les autres. Ils n’y manquent pas; du reste, lisez leurs préfaces, leurs postfaces, souvent leurs dédicaces.

Et je vous demande la permission de vous en citer quelques-unes.

L’ART

Lu sur l’exemplaire du Fruit défendu :

« Mon cher Régnier,

« En vous offrant ce petit livre, il m'est doux de consigner sur la première page l’expression de ma cordiale gratitude. Outre le précieux secours de votre talent, je vous ai dû les plus utiles conseils et les meilleurs encouragements.

« Recevez donc, je vous prie, en échange, les remerciements que j'adresse à l’artiste, au confrère^ et à l’ami.

« Camille Doucet. »

« Au grand comédien qui a crée Jean Baudry.

« Son admirateur et son ami, <i Aug. Vacquerie. »

Sur l’exemplaire de Julie :

« A moucher et excellent Régnier, en le remerciant bien cordialement de son dévouement si sympathique, si empressé, si éclairé, pour l’œuvre et pour l’auteur.

« O. Feuillet. »

A propos de Comme il vousplairct! Mme Sand écrivait aussi à mon excellent maître et ami :

« Au moment où vous allez terminer le travail d’étude et de mise en scène de cet essai drama-

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tique, je veux vous remercier de tant d’intelligence, de conscience et de coeur mis par vous au service de Y art que vous aimez et de l’auteur qui vous aime... »

Et sur l’exemplaire d’une jolie petite pièce qui fut jouée ali Vaudeville, que M. Régnier avait fait répéter, et qui s’appelait la Soupe au choux :

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