‹ L'art du comédienChapitre 11 sur 11 · I. \li i im COMEDIEN · texte numérisé non relu

I. \li i im COMEDIEN

lyrique... Il ae m'a pas été possible, je le confesse, d'y sentir autre chose, el je n'ai pu le jouer autrement, l'u ce sens, je l'ai dit, Victor Hugo ne me parait pas l'égal de Molière ou de Shakspeare, dans les personnages di qui Tonne senl pas l'auteur, mais l'humanité. Mais il ne faudrait pas conclure de cel aveu que je me range parmi les détracteurs du Maitre et que, parce que je le mets, au théâtre, au-dessous il'- Sh ak-|icari' et de Molière, je le fasse passer en poésie derrière Lamartine ou Musset. Inférieur à ses deux rivaux di tiques, en tant que créateur d'hommes, Hugo esl supérieur à tous en les dépassant. Il a en lui Homère. Pindare, Anacréon, Horace, Lucrèce, Juvénal, Agrippa d'Aubigné, Ronsard, Régnier, Chénier. II a le souffle immense de ces épopées de l'Inde, ivres de panthéisme, comme l'héroïque el rude simplicité des romanceros du moyeu miracle.

lira que je me contredis, au moins pour Molière et Shakspeare, quand j'avance, dîme part, qu'on ne les trouve jamais dans leur œuvre, et que, d'autre part, j'invite à les j chercher pour les jouer d'une certaine manière. La contradiction esl plus apparente

<que réelle. Les personnages créés par ces grands hommes vivent d'une vie propre et indépendante. Shakspeare ni Molière ne se peignent ni ne se répètent en eux. Ce sont des hommes, des hommes que nous connaissons, que nous allons rencontrer tout à l'heure dans la rue. Mais, quand nous les rencontrerons, confondrons-nous les hommes de Shakspeare avec ceux de Molière? Non. Nous saurons très bien faire la différence et restituer à l'un ou l'autre les types qui de droit lui reviennent.

C'est que, dans la vue qu'ils jettent sur l'humanité, ces génies choisissent leur- figures selon certaine impulsion qui résulte de Leui manière à eux-mêmes. Molière va au type large, franc et sûr; Shakspeare au type exorbitant, passionné, tumultueux. Non seulement ils choisissent leurs ligures, mais ils choisissent encore, dans les mille traits par où L'homme se trahit, ceux qui leur sen les plus caractéristiques, el ils en colorent l'expression à leur manière. Ils disposent delà faculté de créer des hommes, mais aussi de celle, non moins merveilleuse, de créer L'espace où ils les fonl vivre. L'atmosphère qui

L'ART l'i COMÉDIEN

remplit cet i-space, la lumière i|ui baigne atmosphère. Voilà ce qui leur esl particulier. C'esl ce choix des types, ce chois des expressions, cette diversité de couleur el de milieu, c'est toul cela qui, conforme à l'intimité de leur génie, constitue leur style, leur manière, el c'est par là que leur personnalité apparaît. Le fond est universel, la forme est à eux.

Dans l'humble cercle de son action, l'acteur doit réaliser quelque chose de semblable. Il peul marquer de son empreinte les rôles qu'il interprète : mais cette empreinte doit si bien s.- fondre dans la réalité du personnage, qu'elle ne devienne sensible au spectateui qu'à la réflexion et par comparaison.

Il est nécessaire qu'en le voyant jouer, le iteur L'oublie et ne voie que son personnage; il est excellent, et c'est la preuve de sa supériorité, qu'en relisant la pièce, ou en voyant La pièce jouée par un autre, le spectateur se le rappelle et se dise : Il n'y avait que lui!

Qui sait? c'est peut-être parce que Shakspeare et Molière ont appartenu à notre art 'iifils onl -il à ce point bannir le moi d<

théâtre, si profondément marqué cependant du sceau de leur génie.

Étudions-les donc sans cesse, chélifs que nous sommes, et par-dessus, ou \ côté, pour vérifier et compléter, ne nous lassons pas plus qu'eui de regarder dans la Nature, l'éternelle, la Divine Comédie.

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