‹ L'art du comédienChapitre 10 sur 11 · I. A HT in COMEDIEN · texte numérisé non relu

I. A HT in COMEDIEN

La stature humaine a diminué, voua êtes

sous Louis XIV; mais ce" qu'on a perdu eu altitude, on l'a gagné en politesse : on est du beau ton. mais on est sobre; plus de dissertation que de grande éloquence, plus d'élégie que de lyrisme; pas de poudre aux veux; Racin tiarmer plus qu'à éblouir. Ra-

cine, 1'' plus féminin de nos auteurs, veut être joué avec discrétion et délicatesse; même Phèdre doivent garder dans le jeu la mesure qu'il leur a. laissée dans Le style. C'est par là que triomphait Rachcl.

Vous avez à jouer Molière : prenez son ampleur; prenez son admirable précision, si peu soucieuse du scintillement de l'esprit, si curieuse au contraire des grands traits francs de vérité; prenez sa gaieté qui était si bien L'état naturel de son âme, que c'est surtout dans ses dernières pièces qu'elle est le plus débordante et que maladie ni chagrin n'empêchèrent ce brave rire, où ne se ne le. quoi qu'on en ait dit. nulle amertume misanthropiquel Parlez avec la largeur qui convient cette belle langue comique, la plus belle du théâtre!

Vous pouvez prendre plus de libertés avec [ui remplace souvent L'observation

par la fantaisie : mais soyez tout allégresse et ne craignez pas de débrailler un peu cette verve plantureuse, mais négligée, légère au pourchas, dirait Rabelais, et bardie à la rencontre.

Beaumarchais, ce n'est point cela. Puint de sève coulant involontaire d'une âme naturellement joyeuse. De l'esprit, de l'esprit de combat, pointilleux, provocant; l'auteur en a tant qu'il en donne à tous ses personnages; cet âne bâté de Brid'oison, il a de l'esprit. L'aplomb, l'audace, le front : voilà ce qu'il faut qu'on voie quand vous jouez Beaumarchais.

Marivaux se sauve de l'esprit par la grâce : sans cela, ce serait trop. Il est cependant plus vrai qu'on ne pense, et, chez lui, c'est l'expression qui, par ce qu'elle a d'alambiqué, nuit à l'observation toujours juste. Ainsi le comique de ses valets, qui est un peu gros, me semble toutefois nature] el bien de caractère. 11 ne faut pas le forcer, il détonnerait, mais il l'aii( le faire très franc; contraste utile avec la préciosité délicate du reste et ce qu'elle pourrait avoir d'un peu fade à la longue. Ce sont petits chemins tout parsemés de roses... où il ne faut pas laisser le spectateur s'endormir.

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De ii"- contemporains, c'esl sans oui doute \.ugier qui se rapproche le plus de Molière, quoiqu'il ail bien L'accenl moderne el que sa Lionne pauvre el Giboy r soienl des figures les plus significatives de notre temps. Il a dans le trail du ramassé, de la précision du maître. II affectionne comme lui le tour juridique; sa langue, moins riche, a de ■ rigueurs el de belles sonorités, surtout en prose; il faut le jouer large; c'esl du grand répertoire.

Meilhac el Gondinet sont de lins observateurs, qui, volontairement, restent des fantes. Ii- se jouent à la siu face en imaginations charmantes, que leste an bon grain de rérité; mais de certains traits fonl voir qu'ils connai ssous comme personne.

Seulement, chez Gondinet, ces traits-là ne ls de Qel; Meilhac, au contraire, les aiguise, les envenime et darde jusqu'au vif. Leurs fantaisies ne peuvent donc se jouer de même. Tous deux veulent de la légèreté, bon enfant pour l'un, enfant terrible pour l'autre, inel est gai, .-ans rancune; il peut pousser jusqu'à la charge, toutefois il garde un fond de bon sens. Meilhac est talon rouge,

impertinent, sifflant ; ne craignez pas plus que lui d'enlever le morceau, mais enlevez-le avec dextérité, dans un éclat de rire. Sa gaieté plus voulue, peut verser dans l'abracadabrance; sauvez-la par la désinvolture.

Halévy aussi est fin, moins recherché peut-être , mais aussi très délicat. On sent dans ce qu'il écrit seul la vibration du cœur, et que tout en étant de ceux qui ne sont pas dupes, il ne veut pas être de ces dilettantes qui préfèrent à une vertu tout, unir un vice joliment troussé ou une monstruosité rare.

Spirituel comme Mcilhac , Pailleron a .

comme Halévy, une pointe de sentiment, et, à force d'art, esprit et sentiment paraissi ni chez lui naturels. Il ne faut pas oflieier Pailleron, il faut le jouer délibérément, librement et gaiement, très à la française.

Feuillet demande plus de nerfs. Il esl théo ricien comme Dumas, mais romanesque el fatal. De la tenue, l'air du monde, un grain de romantisme. Il y a encore 'lu Lara dans ses héros; mais ils sont catholiques, et, même dans le crime, respectent les convenances. J'avoue oui', pour ma part, j'en rai-

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foie... I. auteur est celui qui met le plus d'idéal dans ce qu'il fait.

Connue Scribe celui '|M| en mettait lcmoins. Aucun inconvénient à le jouer, lui, avec la familiarité <|u'on trouve dans son œuvre. Il ne parle pas une langue avec laquelle il y ait lieu de se gêner. Du reste, habile nomme, faiseur Incomparable, si Sardou n'était venu, quilui est bien supérieur en étendue d'esprit ; Sardou, le Protée du théâtre, si preste, si fertile, adroit jusqu'au génie, inventeur extraordinaire, exécutant sans égal, qui lait revenu- dans sa table tous les esprits frappeurs de la scène ou de la fantaisie, Aristophane, Shakspeare, Hoffmann, qui sail tout jouei h tout déjouer et passer sans effort du drame héroïque à la féerie, de la comédie sociale au vaudeville!.., 11 faudrait le jouer comme il lit!... Car c'est un merveilleux lecteur. Il faut le jouer connue il indique... Comme on le voit aux répétitions, se multipliant, rendant tous les rôles et les rendant tous en perfection...

Je ne dis pas comment il faut jouer Musset: tout le monde se rappelle encore, Dieu merci, les créations de Delauna\.

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Il a marqué ce théâtre de sa griffe, et l'on se demandera longtemps si Musset esl possible sans lui. Rien ne montre mieux la vérité de ce que j'essaye en ce moment de prouver : que chaque auteur demande , en quelque sorte, des qualités spéciales. Toutes celles requises pour jouer le poète du Ch indelier et île On ne badine pas avec l'amour, Delaunay les avait au degré idéal. 11 étail mussétique, comme d'autres shakspeariens. Mais il n'étail pas que cela, et d'autres qualités encore lui permettaient de ne pas jouer Horace de VEcole des femmes, ni Dorante du Ment ur, comme Fortunio ou Perdican. Il ne mussétisaii pas Molière. Certains acteurs n'ont pas cette envergure; et, de même qu'il y en a qui sont l'homme d'un seul rôle, on en rencontre qui sont l'homme d'un seul auteur.

Hugo doit être joué en lyrique. Il est cela avant tout, el les situations les plus dramatiques qu'il ait trouvées, il les traite lyriquement, à ce point que certain.- oe semblent que des prétextes à de magnifiques développement- poétiques. Personne plus présent que lui sous la peau de ses personnages. Qu'est-ce que Don César, de Ruy-Blasl lu fantaisiste

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