‹ L'art du comédienChapitre 6 sur 11 · I. ART DT' C(.)Mi;niEN · texte numérisé non relu

I. ART DT' C(.)Mi;niEN

strophes ailées, tontes frissonnantes de cette éternelle aurore qu'il a dans le cœur !

Un mot encore sur la physionomie de l'acteur en scène. C'est l'œil qui la résume : il en est la lumière, la transparence, la vie. i '( -1 là que le public vous cherche, là qu'A veut vous déchiffrer : songez-y donc toul entier. — Si vous laissez le regard inexpressif errant, désintéressé de ce qui se «lit ou se passe, le public se déroute, il ne sait où il en est, il se demande : « Tiens! Il n'écoute pas... Qu'est-ce qu'il a?... 11 regarde dans la salle... Qui doue regarde-t-il?... Celte dame, là aux secondes loges... Maintenant il regarde les frises... Diable ! Est-ce qu'il y aurait le feu i • Et pendant que le public se fait ces réflexions que devient la pièce? Vous avez un récit à faire : que votre œil voie la chose que vous racontez, le public la verra par reflet dans votre œil. G'esl pourquoi, entre parenthèses, vous ne pouvez faire un récil de profil. Une

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vous l'entamiez ainsi, faisant face à votre interlocuteur, bien : mais petit à petil vous \ irez, vous voici enfin Face au public, votre œil se fixe sur un point dont il ae bouge plus, parce que c'est Là que vous voyez ce que vous racontez. Cet œil fixe fait haleter le j m 1 >lîe sur ce que vous 'lit'1-. Ce que vous allez dire y est déjà avant d'être dans votre bouche, et la parole ne fait en quelque sort.' qu'enfoncer d'un second coup, dans L'attention du spectateur, le trait déjà lancé par le regard.

Cette fixité ne doit guère être moindre quand vous écoutez : >i votre œil ae suit pu-, ce que vous dil votre interlocuteur, le public n'ajoute plus foi à l'importance de ce que vous semblez écouter si peu. ou bien il est choqué de votre indifférence.

Qui pourrait souffrir, par exemple. Iloiaee tournant le dos au public pendant Les imprécations de Camille ? Je sais tout ce qu'on peut dire sur les effets de dos; certains acteurs bien doués sous le rappoii de La plastique, Les ont en affection : le dos a ses moyens d'expression H 3e courbe, il se tasse, il se redresse, il se cambre, i! peut à la rigueur avoir l'air d'écouter; mais quand nue amante exaspérée

vous lance au visage trente vers d'insulteformidables, ce n'est pas votre dos que le publie veut voir ; ce n'est pas sur votre dos qu'il suivra le mouvement croissant de La surprise, de l'indignation, de la colère, jusqu'à ce paroxysme où le meurtre se déchaînera. Vous ne ferez jamais que votre dos ait, pour exprimer ces nuances, autant de ressources que votre œil, et le public, qui ne verra que votre dos, croira que vous vous moquez de Corneille ou de lui.

Rien d'absolu au théâtre, d'ailleurs, et il y a mille manières de diriger, de mesurer, d'éteindre, selon la situation, cette fixité de l'œil que je recommande ;\ qui écoule. L'œil doit toujours être à l'action : mais il peut écouter sans en avoir l'air : il peut avoir l'air île ne pas écouter du tout. Vous avez à jouer, dans Mademoiselle de la Sciglière, la scène où le marquis reçoit, en présence de l'avocat Destournelles, la note que celui-ci lui a fait parvenir : il faut que Destournelles ait l'air d'ignorer ce qu'est cette note ; mais il faut en même temps qu'il étudie sur le visage du marquis l'impression qu'elle produit. Chaque Fois donc que le marquis tienl le nez baissé

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