FAUNE
du charbon de pierre, il suflira de raccourcir le foyer en fermant les deux portes placées dans la partie intérieure du fourneau, et de couvrir d’une plaqué de fer ou de fonte la porte du cendrier qui devient inutile. La grande et la petite porte extérieures du fourneau peuvent rester ouvertes ou fermées suivant le besoin, et ces portes empêcheront toute évaporation de fumée dans la brülerie. , |
La partie du fourneau qui est derrière le foyer, c'est-à-dire la partie HDIT, est ce que notre auteur appelle le bain des chaudières.
Ælle a une forme parallélogrammique CEFC partagée en deux par une cloison DD faite en briques, qui sépare les deux chaudières à droite de celles qui sont sur la gauche. Chaque chaudière repose sur deux barres de fer. A l'extrémité est le tuyau de la cheminée G qui est fort large par le bas pour recevoir la fumée qui lui arrive des deux côtés, et qui se rétrécit ensuite däns la proportion d'une cheminée ordinaire. |
L'auteur aurait pu pratiquer une cloison dans l’intérieur de cette cheminée jusqu’à une certaine hauteur, au-dessous de laquelle il aurait placé deux tirettes pour régler plus facilement le feu, et le diriger à volonté plus ou
D'EAUX-DE-VIE ËT ESPRITS. 248 moins vers le côté où son activité aurait été leplus nécessaire. C’est d'après cette disposition que nôus avons dessiné la figure 3.
Voyons actuellement comment la chaleur produite dans le foyer se communique au bain des chaudières. Nous avons fait observer qu’en. construisant le fourneau, on avait pratiqué deux ouvertures HH dans le: petit mur CC; c’est par ces ouvertures que la flamme, attirée par le courant d’air établi du foyer au tuyau de la cheminée, se précipite sous les chaudières et échauffe toute cette partie du: fourneau avec la plus grande intensité.
Cette idée heureuse fut suscitée à M. Moline par les fourneaux dont se servent les distillateurs d'eaux-fortes ; ils placent leurs appareils sur une ligne de dix-huit à vingt pieds de long; leur foyer, comme celui de M. Moline, est placé sur le devant, et la distillation s'opère sur
toute la série des vaisseaux aussi bien que si
chaque vase distillatoire avait un foyer particulier. L’on observe même souvent, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, que les dernières pièces recoivent plus de chaleur que les premières qui sont plus près du feu. Ces distillateurs nomment ces sortes de fourneaux galères.
L'idée de ce foûrneau en fit naître une autre encore plus heureuse à M. Moline. Au lieu de donner à son fourneau toute la largeur CC, pl. 3, fig. 3, il ne lui en donne que la moitié, et il place le tuyau de la cheminée dans l’autre moitié restante, à côté du foyer. Le petit mur de séparation DD, pl. 3, fig. 4, n’atteint pas tout-à-fait lemur EF, de manière que la flamme ct la fumée sont obligées de suivre toute l'étendue HE, la partie EF, et la troisième partie FH pour se rendre dans le tuyau de la cheminée qui se trouve dans ce cas à côté du foyer comme nous l’avons dit:
il tre ainsi parti de toute la chaleur. C’est le premier exemple que nous trouvons de ces cir: convolutions qu'on a fait faire dans la suite à la flamme et à la famée pour mettre à profit tous les produits du combustible destiné à échaufler de vastes chaudières.
Onne peut pas disconvenir que l’idée de ces fourneaux en galère ne soit très-ingénieuse. Le second surtout , où la flamme revient au point d’owelle ést partie, donne le moyen de mettre à profit ‘tout le calorique, pour échauffer les chaudières, avant de l’introduire inutilement dans, la cheminée. Combien d'applications |
. utiles n’a-t-on pas fait de ce principe! Une
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 247 idée encore trës-heureuse de notre auteur, c’est d’avoir trouvé le. moyen de faire dans l'instant d’un fourneau à bois®un fourneau à charbon.
.Voila ce qui nous a paru le plus digne d’être: remarqué dans le mémoire de M. Moline ; l& plupart des autres parties qu’il donne comme des améliorations, sont fondées sur de fausses. bases, c'est pourquoi nous les passons sous.
silence.
Fourneau de D. Poissonnier:
: * Le fourneau de M, Poissonnier est à l'usage du charbon de terre ; il à, par cette raison, une grille et un on La construction du ne ne présente rien qui diffère de velui de M. Ricard (1): c'est dans le tuyau de la cheminée que consistent ses améliorations. TI adopta le tuyau en hélice. et lui.fit faire trois révolutions autour de la chaudière, de manière que la troisième révolution se termine à six pouces au-dessous du niveau du liquide, lorsque la chaudière vient d’être chargée. I] fit ensuite ce raisonnement : si l’on continue la distillation sans aucune modification dans cette construc-
{1} Voyez page 227,
248 «L'ART DU DISTILLATEUR tion, le liquide diminuant de volume, la troisième et ensuite la seconde révolution porte-. ront la flamme et la chleur dans des parties de la chaudière qui, n'étant plus eu contactavec la liqueur, se détérioteront en très-peu detemps, et Îa liqueur contractera nécessairement le goût de brûlé. Pour remédier à cet inconvénient, il construit, à chaque tour d’hélice, un tuyau de cheminée qui se rend daüs la cheminée principale, et il y dirige la flamme et la fumée à volonté, au moyen de deux tirettes placées sur le côté du fourneau. Ces tirettes sont construites de manière que, lorsqu'elles sont ouvertes, elles laissent un libre passage à la fumée , qui parcourt les trois révolutions d’hélice avant d’entrer dans la cheminée ; et'alors les ouvertures des cheminées latérales sont fermées; mais s’il s’apercoit que la liqueur s’est abaissée de huit pouces, il ferme la première tirette, il intercepte à l’instant le passage avec la troisième révolution, et la même tirette ouvre le passage du tuyau latéral de la cheminée. S'il s’apercoit que la liqueur baisse encore jusqu'à la naïssance de la seconde révolution d’hélice, il ferme de la même manière la seconde tireite.
Pour connaître , sans être obligé d’ouvrir
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 249 l'alambic, à quelle hauteur est le liquide, il place sur le tuyau de décharge un petit tube vertical en cuivre, dans lequel il ajuste un tube de verre : la hauteur de la liqueur dans ce tube indique constamment son niveau dans la cucurbite. Cet appareil se concoit facilement sans gravure.
Voici les principes qui ont dirigé M. Poissonnier dans la construction de ses fourneaux. C’est lui qui parle : « De très-simples réflexions feront sentir combien nos fourneaux sont défectueux. Un fourneau , quel qu’il soit , n’est, à proprement parler, que l’inverse d’un réfrigérant. L'objet, dans les deux cas, est de combiner de la manière la plus avantageuse l’effet de l’échauffement, si l’on peut se permettre cette expression, et du refroidissement de la chaleur acquise, avec celui de la chaleur communiquée. Mais cet objet est souvent manqué dans nos fourneaux : dans la plupart, l’air froid s’introduit librement dans le foyer, et va frapper le fond de la chaudière qu’il refroidit au lieu de léchauffer ; tandis que, d’un autre.
côté, une portion de l'air échauffé s'échappe avant de s’être dépouillée de sa chaleur et de l'avoir transmise dans la chaudière.
« Les principes relatifs à la construction des
256 L'ART DU DISTILLATEUR fournéaux, sont de faire en sorte, 1° qu'aucune portion d’air froid ne puisse pénétrer dans le foyer et frapper le fond de la chaudière ; 2° que tout l'air qui s’introduit dans le.foyer traverse. en entier, avant que d’y arriver, la masse de matière embrasée; 3 que cet air ainsi échaufté ne sorte du fourneau qu'après avoir circulé autour de la chaudière dans toute son étendue couverte de liquide; qu'après s'être appliqué, en quelque facon, à tous les points de sa surface, et s'être dépouillé en sa faveur de toute la chaleur qu'il avait contractée : en sorte qu'après être arrivé, le plus chaud possible, à la chaudière, il en sorte le plus froid possible. » C'est en suivant ces principes, qu'il veut qu'on tienne constamment la porte du foyer, fermée, ne l'ouvrant absolument que pour introduire le combustible, en ayant soin de diriger le courant. d'air dans le milieu du
foyer.
F OUrnEaUT du comte de Rumford..
Nous n ’entreprendrons. pas de décrire tous les fourneaux que le comte de Rumford. a imaginés; nous nous attacherons ? à faire connaître le principe qui l'avait dirigé dans les
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. a 54
efforts qu'il fit pour les perfectionner. Nous allons donner la description de celui qui fut construit sous ses yeux avec le plus de soin, et qui servit de terme de comparaison dans l’expérience que rapporte Curaudau et qu'on lira dans l’article suivant, page 260.
Les principales bases sur lesquelles reposent les constrfictions pyrotechniques dont Rumford a si bien développé les avantages (r) sont :
1°. De faire que le courant d'air vienne de dessous le foyer, de manière que la flamme, chassée par l'ait qui alimente le feu, puisse frapper le fond de la chaudière perpendiculairement de bas èn haut, et non pas obliquement, comme dans la plupart des fourneaux et des poêles ; l'air, dans ce dernier cas, poussant le feu de côté, la flamme ne faït que glisser contre la chaudière, et elle y dépose beaucoup moins de chälèrir,
2°. De faire en sorte que letuyau par Lada s'échappe la fumée, fasse plusieurs circuits au-dessous et à l’entour de la chaudière, afin de lui communiquer la plus grande partie de sa chaleur. :
(r) Essais politiques économiques et philosophiques.
3, De pouvoir à volonté augmenter ou diminuer l’activité du feu, par le moyen de registres et de bascules qui, adaptés'au céndrier etaux tuyaux de fumée, y laissent passer un courant d'air plus ou moins fort.
Voici, d’après ces principes, la construction du fourneau dont nous avons parlé. Le feu est placé sur une grille de fer de 27 éentimètres (10 pouces) de diamètre. Cette grille repose Sur une rainure faite à un trou pratiqué à la partie supérieure d’une voûte semi-sphérique qui sert de cendrier. On retire les cendres par l'ouverture latérale du cendrier. Cette ouverture a une porte de fer qui doit s'ouvrir et se fefmer aussi exactement qu'il est possible:
elle a dans le milieu un registre, c’est-à-dire deux demicercles de fer vides, tournant l’un sur l’autre et susceptibles d’être plus ou moins ouverts. |
La grille est élevée de 57 centimètres (2# pouces) au-dessus du sol du cendrier; elle doit être en barreaux dé fer posés sur les angles, éloignés de 9 millimètres (4 lignes), et formant comme une espèce de calotte dont la concavité est par-dessus afin que les tisons puissent se rapprocher.
Une seconde ouverture latérale est pratiquée
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 293 au-dessus de la porte du cendrier; elle sert à introduire le bois dans le foyer ; elle est horizontale et cylindrique de 17 centimètres (7 pouces environ ) de diamètre. Ceite ouverture est élevée de 63 centimètres (27 pouces) audessus du sol du cendrier. La porte qui forme cette ouverture est un bouchon cylindrique qui pourrait être fait en pierre avec un manchede bois; mais il est plus léger lorsqu'on le construit en tôle, garnie par le fond extérieur d’une plaque de bois et d’une poignée.
La maconnerie s'élève tout autour de la grille jusqu’au fond de la chaudière qui repose dessus, excepté au milieu , et dans l’espace qu'occupe ün canal re dont nous allons parler. Par cette construction, la flamme renfermée dans un tuyau cylindrique de dix pouces de diamètre, va frapper le fond de la chaudière au milieu, fait un tour dans un ca-
Mnal en spirale pratiqué sous le fond de la chaudière; de là elle s'élève et fait encore un tour
d’hélice autour de la chaudière pour gagner le tuyau de la cheminée. . dm Les canaux dans lesquels circule la flamme sont ménagés dans la maconnerie. Ce tuyau a 19 centimètres (7 pouces) de largeur sur 9 centimètres et demi (3 pouces et demi) de
hauteur ; il faut que les angles opposés à la chaudière soient arrondis, sans quoi la flamme va s'y jeter et ne frappe plus la chaudière.
Lorsque la flamme a achevé le tour d’hélice ascendant qu’elle fait autour des parois de la chaudière, elle sort du fourneau par un tuyau de cuivre qui bientôt traverse une petite chaudière remplie d’eau pour le service de l'atelier, ou de vin pour remplacer celui qui s’évapore par la distillation et qui rentre bouillant par un petit filet continu dans la grande chaudière. On règle par un robinet la grandeur de ce filet. Une bascule placée dans le tuyau de la cheminée, au-dessus de la petite chaudière, sert à modérer la combustion à volonté.
Ces fourneaux doivent être construits en briques ou en pierres ; mais les parties qui approchent du feu, telles que le foyer, le petit mur au-dessous de la chaudière, doivent être de tuileaux ou de briques qui résistent au feu EL assemblés avec de la terre à four , et non avec du plâtre. |
Nous pensons que la description que nous venons de donner n’a pas besoin d’être accompagnée d’une gravure pour être bien concue.
Ce fourneau est d’ailleurs très-connu; il est répandu dans un grand nombre d'ateliers, et
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 258 lon verra dans l’article suivant qu’il n’est pas à beaucoup près aussi avantageux y Sous tous les rapports, qué celui dont nous devons l’invention à Curaudau.
Fourneaux de Curaudau.
L'ingénieux et savant Curaudau s’est occupé avec beaucoup de succès de tout ce qui a rap- port aux arts et particulièrement des constructions pyrotechniques. T1 avait fait la même remarque , que nous avons souvent répétée, . qu’en s’occupant de la perfection des alambics, on négligeait trop la construction des fourneaux. On est surpris de voir les Ecossais mêmes, qui ont porté si loin le perfectionnement de leurs appareils distillatoires, négliger absolument de s’occuper de l’art de perfection- ner les fourneaux.
Curaudau va nous faire connaître la théorie dans laquelle il a puisé les principes de construction de ses ingénieux fourneaux, qui lui font obtenir, avec trois fois moins de combustible, six fois plus de produits. Cette amélioration, dans nos ateliers de distilleries, est d’une haute importance pour la France, et d'un grand intérêt pour les distillateurs ; car le
combustible entre pour beaucoup dans les frais de la distillation. Nous allons faire parler Curaudau Jui-même; son langage est infiniment précieux (1).
Démonstration des vices des fourneaux actuels.
Quelques tentatives qu’on ait faites jusqu’à ce jour pour apporter de l’économie dans l'emploi du combustible nécessaire aux manufactures, on n’est point encore parvenu à l’employer sans perte : partout on consomme beaucoup plus de bois qu’il n’en faut pour entretenir l’ébullition dans les fourneaux d’évaporation, ou pour élever la température dans ceux qui ont une autre destination. .
On concoit combien cette consommation superflue dans les grands établissemens doit être préjudiciable aux entrepreneurs, et combien à l’avenir elle peut atoir de l'influence sur la rareté du combustible : il importe donc,
(1) Annales des Arts et Manufactures ; tom. 14, p. {o. Cours d'Agriculture de Rozier, tom. 11, art, Distillation. Nouveau Çours d'Agriculture, tom. 3 , art. Distillation. Annales de Chimie, tom. 46, pag. 270.
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 957 sous ces deux rapports, de chercher à prévenir une disette, dont les générations futures pourraient, avec juste raison, nous accuser d’être les auteurs, si nous ne nous occupions pas de chercher le moyen de brüler le bois avec plus d'économie. À la vérité, depuis quelques années, on. est parvenu à apporter, dans Ja construction des fourneaux, des améliorations très-remarquables; mais ce ne sont là que des perfections relatives et bien éloignées encore d’être portées au degré absolu; if en sera de même des changemens que je vais proposer de faire aux fourneaux en général, parce que, mettant à même de faire de nouvelles observations , ils pourront conduire à des innovations de plus en plus utiles. |
Des fourneaux d'évaporation.
ÿ à el +
L'impossibilité physique qu'il y à d'élever la température dans les fourneaux d'évaporation tels qu’ils sont construits aujourd’hui, est une des causes qui m'a toujours paru contraire à leur perfection ; car il ne faut pas croire que l'intensité de chaleur soit en raison de la masse du corps en ignition, ni qu’une même quantité de bois ge doive pas produire