Tome I
374 L'ART DU DISTILLATEUR * B , parois intérieures du fourneau.
Nous avons présenté ces figures sur une grande échelle, afin qu’on pût bien concevoir tous les détails de cette construction im- portante.
Le fourneau que nous venons de décrire n'est pas, à proprement parler, un fourneau de distillateur ; mais, comme Curaudau développe dans cette description les principes d'aprés lesquels on doit toujours opérer dans la construction des fourneaux, principes auxquels on n'avait pas fait assez d’attention jusqu'à lui , nous avons cru devoir en donner connaissance à nos lecteurs. D’un autre côté, cette descriplion , jointe aux vérités fondamentales déja posées , facilitera l’intelligence des fourneaux du distillateur que le même auteur va décrire.
Fourneau de Curaudau pour la distillation des liqueurs spiritueuses.
La forme que mous avons donnée à notre alambic , exige un fourneau tout autrement construit que ceux qu’on fait ordinairement.
Car, comme Je l'ai déja observé, ce n’est pas la grande quantité de combustible qui chauffe
le mieux, mais bien la manière de le brûler.
Aussi illest prouvé que les fourneaux d’évaporation , tels qu'ils sont construits aujourd’hui, ne peuvent avantageusement servir aux usages auxquels on les destine. J'ai démontré, dans un mémoire que j'ai eu l'honneur de lire à l’Institut, que le fond de la chaudière est continuellement entretenu au même degré de chaleur par l’évaporation: du :liquide en ébullition, et qu'il s'oppose constamment à l'élévation de température, . d’où il résulte que la chaleur, qui est insuflisante pour favoriser la combustion totale des principes inflammables , doit plutôt en opérer la gazéification que l’oxigénation. Ce sont ces observations qui, d'accord avec les phénomènes de la combustion, m'ont conduit à faire les changemens qu’on remarque dans tous les fourneaux dont j'ai fait connaître la construction. | J'avais annoncé que cette innovation dans la manière de construire les fourneaux -conduirait à faire de nouvelles observations ; ce qui, probablement , ajouterait à leur perfection. J'ai été assez heureax pour être celui qui, depuis , a reconnu qu'on pouvait augmenter les effets du calorique sans augmenter
sa masse, L'application que j'ai faite de ce principe aux fourneaux en général, a fourni la preuve de la solution de ce problème.
Le fourneau que nous allons décrire sera donc construit d’après ces nouveaux principes. Nous assurons d'avance que l’économie qu'il procurera sur le combustible sera de plus des. trois quarts, et que le temps qu’il abrégera sera de plus de moitié. Certainement c'est un beau présent fait à l’économie manufacturière, que de lui procurer économie de temps et éco® nomie de combustible. Alors, ce qui ne se brûlera pas dans Îles tetes; servira avantageusement à la société. Je ne doute pas que la propagation de ces principes, et leur application dans les arts et aux-usages domestiques, ne procurent annuellement à la France une économie de combustible de plus de cinq cent millions. Alors, d’après des moyens aussi efficaces pour réduire ainsi la consommation du bois , on n’aura plus à craindre que la disette nous en arrive de si tôt.
La planche 2, fig. 9, représente le fourneau ‘en coupe; on en voit la porte à travers la flamme. Tl'a été nécessaire de présenter cette coupe sous ce point de vue pour ne rien cacher de là construction du fourneau.
À , porte du foyer ; elle a quatorze pouces de large et autant de hauteur,
B, ouverture de la voûte du foyer : elle a un pied de large sur deux pieds de long, ce qui donne à cette ouverture la forme d’un sphéroïde , dont le plus grand axe se dirige dans le sens de-la profondeur de la voûte du foyer. Foyez planche 3, fig. 8.
Le foyer a deux pieds de large, trois pieds et demi de profondeur; de l’angle D à l'ouverture B, il y à vingt pouces de hauteur.
Le rétrécissement qu'on observe à lou verture B est destiné à augmenter l'énergie des rayons calorifiques : une plus grande ouverture en diminuerait l’action, même en augmentant la qasse du corps en ig tion. C’est donc dans la construction de cette partie du fourneau qu’il faut porter toute son attention, si l’on veut tirer parti de toute la chaleur qui résulte de la combustion.
C'était déjà beaucoup que d’avoir trouvé le moyen d’obtenir les plus grands eflets de chaleur dans les fourneaux d’évaporatiôn ; mais il restait encore à trouver les moyens d'en tirer parti dans le même fourneau , après avoir exercé sa première action sur le fond de la chaudière. C’est dans la manière de di-
278 L'ART DU ‘DISTILLATEUR viser l'intérieur du fourneau que j'ai le mieux réussi pour obtenir , de la chaleur , tous les effets qu’elle peut produire avant son émission au-dehors. L'exemple le plus frappant que je puisse fournir, pour prouver combien je perds peu dechaleur ,c’est qu’un thermomètre, placé dans la cheminée, est toujours au même degré que celuiquiestplacé dans la chaudière. Ainsi, la chaleur perdue n’est pas à un degré plus élevé que celui que prend le liquide soumis à l’évaporation. Dans les fourneaux actuels, au contraire , la chaleur des cheminées y est présque toujours égale avec celle du foyer.
D'après cela, combien de bois perdu, ou plutôt combien de bois. économisé, si l’on applique fes moyens aux fourneaux en général. | | sh À partir de l'ouverture B , les deux lignes
cc vont toujours en s’approchant du fond de la chaudière, de manière à ce que chaque angle n’en soit distant que d’un pouce et demi. Ces deux angles sont à cinq pieds l’un de
l’aûtre. D est une feuille de tôle qui traverse . da largeur du fourneau; elle a huit pouces de large ; la partie supérieure touche le fond de la chaudière! et la partie inférieure est à trois pouces du fond du fourneau.
E est également une feuille de tôle ; mais:
celle-ci est éloignée de deux pouces du fond de la chaudière, et la partie inférieure touche fe fond du fourneau ; cette disposition alternative: force successivement le courant d’air chaud à monter et à descendre, ce qui lui donne le temps, avant qu'il arrive à la cheminée, de déposer, sur les parois de la chaudière, toute la chaleur qu’il retenait encore.
Ainsi, à droite et à gauche de l'ouverture B , il y à des feuilles de tôle disposées comme nous venons de lindiquer ; nous avons même prolongé cette division de manière à l'appliquer à des bassins posés à chaque-extrémité du fourneau, ce qui assure que toute:la chaleur produite dans le foyer , ne peut s'échapper qu'après avoir perdu toute son énergie. Ainsi ceux qui seront jaloux de ne rien perdre, pourront faire pratiquer, à chaque extrémité du fourneau, deux bassins H ; ils serviront à remplir l'alambic de liqueur déjà chaude, à chaque fois qu’on le renouvellera.
M M sont deux soupapes à clé, qu'onouvre et ferme à volonté pour arrêter le courant d'air, lorsqu'on le juge convenable.
O O sont les deux cheminées par où s'échappent les gazqui résultent de la combustion.
LA
: LL sont des massifs élevés extérieurement
.n briques.
L'on s’apercevra , sans doute, que; pour.
avoir une parfaite intelligence de la construction de ce fourneau, il faut avoir en même temps sous les yeux les figures quis’appliquent
aux deux derniers fourneaux que nous venons
de décrire, c’est-à-dire , planche 3, fig. 5,6, 7'et. 8, ét:planche 2, fig 9:
Le lecteur nous saura gré, nous l’espérons, d’avoir réuni sous un même cadre tout ce que Curaudau à écrit sur une partie si importante de l’art de la distillation , et qui avait été tant négligée: Ce que l’on vient de. lire est extrait d’une infinité de mémoires.que cet auteur. à publiés en différentes circonstances sur celte matière. nier
ni
GHLAPETRE UV:
Description de quelques appareils qui ont précédé la découverte d’Edouard Adam.
Pendant que l’on S'occupait en France de perfectionner l’art de la distillation, nos voisins faisaient des efforts pour tâcher d'obtenir plus de célérité dans les mêmes opérations. En France,on cherchait à améliorer la qualité, sans négliger les moyens d'obtenir une plus grande quantité de produits ; en Angleterre, on cherchait à faire plus de travail en mains de temps. L'un et l’autre moyen tendaïent au même but, l'avantage du commerce, le bénéfice du fabricant.: Economie de temps, économie dedépense, amélioration des produits , voilà le but que doit chercher à atteindre celui qui forme un établissement en grand. S'il réussit dans ses tentatives , il aura acquis une mine inépuisable et d’autant plus riche , qu’elle ne donnera presque aucune peine à exploiter.
Personne n’a porté plus loin la diligence et l’économie dans l’art de la distillation que les Ecossais. Leurs procédés méritent de trouver
299 L'ART DU DISTILLATEUR place ici, quoiqu’ils ne présentent absolument que peu d'améliorations sur les procédés anciens, et toujours d'après le même système.
L'on verra un exemple frappant de ce que peut enfanter la nécessité que l’on donne proverbialement et avec raison pour mère de liudustrie. Nous ajouterons. même avec M. Barbier Vémars (1), que le moyen le plus sûr et le plus efficace de hâter le perfectionnement progressif des arts industriels, est de stimuler l'intérêt des fabricans. |
Les distillateurs écossais chercherent Îles moyens de parvenir à donner à leurs eauxde-vie les qualités indispensables pour leur faire soutenir la concurrence du prix avec celles des distillateurs de Londres ; malgré les droits exorbitans qu'ils étaient obligés de payer àl’entrée de cette ville. Ils furent forcés de trouver dans l’accélération de léur travail, et dans J'économie du combustible, des moÿens suffisans pour que les frais de transports n’absorbassent pas leur gain ; il fallait qu’au contraire ils pussent donner: leurs eaux-de-vie de même qualité que celles des distillateurs de Londres, même à plus bas prix que ces
(+) Annales des Arts et Manufactures, tom. 3, pag: 60,
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 263 derniers. Dès l'année 1770, on commença à s’apercevoir qu’on avait dû trouver en Ecosse des moyens économiques pour la distillation; mais il fut impossible de pénétrer le secret des distillateurs qui les mettaient en usage. Les bouilleurs de Eondres se ruinèrent presque tous pour soutenir la concurrence, et finirent par porter leurs réclamations au pied du trône. Le gouvernement , pour soutenir Îles distillateurs de la capitale et entraver la rivalité de ceux d’Ecosse , établit en 1786 un impôt par lequel les distillateurs écossais furent taxés à une Somme égale au plus fort produit que pouvait donner leur distillation , en supposant qu’on tirât, en vingt-quatre heures, toute l’eau-de-vie que pouvait contenir leur alambic chargé une seule fois pendant cetemps. Les distillateurs de Londres n’avaient jamais pu dé- ‘passer cette proportion ; peu d’entre eux sis vaient même l’atteindre.
* Successivementles Ecossais perfectionnèrent | Jeurs procédés. D'abord ils trouvèrent lemoyÿen . de vider leur alambic cinq ou six fois en vingtquatre heures ; cinq ans après ils parvinrent à * le vider vingt fois dans le même espace de 1émps; et'en 1797 ils découvrirent le moyen de charger et de vider leur alambic soixante.
douze fois en vingt-quatre heures. À chaque réclamation , on imposait les Ecossais proportionnellement aux produits, de manière que l'alambic qui, en 1786, payait, en raison de sa capacité, un droit annuel d’une livre et demie sterling (trente-six francs de France environ ), paya en 1796, cinquante-quatre livres sterling (environ douze cent quatre-vingt-seize francs de France ) par an. Nous allons décrire succinctement ce dernier appareil.
Ê « À Q ; . Q , Appareil distillatoire écossais, qui distille soixante -douze charges en vingt-quatre heures. ;
La chaudière est cylindrique;elle a un mètre cinquante centimètres de diamètre; sa hauteur est de quinze centimètres ; le fond est concave du côté du feu ; le couvercle, ou si l’on veut la plaque de dessus, a une convexité plus grande que le fond. Cette cucurbite forme une espèce de boîte parfaitement ronde et qui ne s'ouvre pas. Dans la partie supérieure est pratiquée une douille pour introduire le liquide. Elle a dans. le fond un tuyau de décharge.
Au centre du plateau supérieur est pratiqué un trou de trente-cinq centimètres de diametre, sur lequel est soudé le chapiteau , qui s'élève de
deux mètres vingt centimètres, pour porter les vapeurs dans le condenseur. |
À une hauteur de six décimètres du plateau , le tuyau qui sert de chapiteau se dévie un peu ; pour donner passage à la tige du grattoir qui porte une manivelle, et dont nous parlerons dans un instant. |
Le tuyau est placé sur le devant du fourneau, et la houille qu'on ÿy consume brûle à flamme renversée, de manière qu’elle lèche tout le cul de la chaudière, etaucune portion de calorique n'est perdue.
Comme on ne distille en Angleterre que de l’eau-de-vie de grains,ou de matières visqueuses ou mucilagineuses, on a pratiqué un grattoir que l’on fait mouvoir circulairement par une mécanique quelconque, et qui, frottant continuellement le fond de la chaudière, empêche les matières mucilagineuses de s’y attacher, afin qu’elles ne puissent pas , en s’y brûlant, donner un goût d'empyreume aux produits de la distillation. Ce grattoir est fort simple et trèsingénieux. Une tige de fer verticale porte un pivot inférieur qui roule dans une grenouille fixée au centre du fond de la chaudière; elle porte une tringle de fer un peu moirs longue que le diamètre de la chaudière, afin qu’elle ne
puisse jamais en toucherles parois; cette tringle est fixée horizontalement à la tige, à la moitié de la hauteur de la chaudière; une petite chaîne de fer est attachée le long de cette tringle en formantplusieurs ondulations, de manière que, quand la tringle tourne; la chaîne frotte continuellement le fond de la chaudière, et empêche les matières de s’y attacher.
Nous avons fait observer que le tuyau qui sert de chapiteau se dévie un peu à 6 décimètres de hauteur : c’est à ce coude qu'est placée une douille conique, dans laquelle passe la tige du grattoir, qui se termine par une manivelle à la partie supérieure. Pour empêcher les vapeurs de sortir par le trou de cette douille, entre la barre de fer , on la fait passer au travers d’un tampon vissé, rembourré de suif et de laine, comme cela se pratique dans les boîtes à vapeur des pompes à feu.
L'on voit ici le premier exemple des alambics en surface. Les Ecossais avaient observé que l’évaporation a lieu en raison de la surface, et-non en raison de la profondeur du liquide; aussi ils ont tiré le plus grand avantage de ces sortes de chaudières, qui, pour nous servir de leur expression, sont zoutes fond.
L’alambic que nous venons de décrire contient de 160 à 200 pintes.
L'industrie des distillateurs écossais ne s’arrêta pas à des résultats aussi étonnans ; ils por tèrent bien plus loin leurs améliorations. Nous allons faire connaître un autre appareil, imasiné en Ecosse, dont les effets sont infiniment plus prodigieux.
Appareil distillatoire inventé par M. Millar, distillateur écossais, au moyen duquel il distille quatre cent quatre-vingts charges en vingt-quatre heures.
En 1709, il fut fait un rapport à la chambre des communes, d’après lequel on voit que le distillateur Millar avait imaginé un alambic qui distillait quatre cent quatre-vingts fois par jour; et que depuis deux ans il en tirait de trèsgrands avantages dans sa brülerie. Ce dernier trait de perfectionnement paraît incroyable, et nous l’aurions, sans contredit, révoqué en doute, si nous n'avions sous les yeux le rapport que fitle docteur Jeffrey, à un comité de la chambre des communes, après avoir été chargé par les lords de la trésorerie d'examiner les travaux des distillateurs écossais, |
Le premier pas vers le perfectionnement de
cet instrument, dit l’estimable rédacteur des Annales des Arts et Manufactures (1), a été d’accroître son diamètre et de diminuer sa profondeur, pour exposer une plus grande surface à l’action du feu , et produire une plus prompte évaporation, 11 fallait cependant empêcher que le mélange destiné à la distillation ne s’élevât dans le serpentin , et obtenir que la condensation et le départ de la vapeur alcoholisée se fissent très-prompiement. Le docteur Jeffrey, dans son rapport , décrit l’alambic inventé par M. Millar, homme du plus grand mérite.
Le docteur Jeffrey Jui avait dit que Baumé avait imaginé un alambic avec plusieurs ouvertures dans le chapiteau, et que plus il fai-
(1) Tome 4, page 152. La collection précieuse des Annales des Arts et Manufactures devrait se trouver dans la bibliothèque de tous ceux qui soupirent ‘après le per— fectionnement de l'industrie. Cet ouyrage, dont nous ne saurions assez recommander la lecture, est un recueil complet de tout ce qui peut intéresser les arts. On souscrit chez Chaignieau aîné, rue de la Monnaie, n. 11. Il en paraît tous les. mois un numéro de sept feuilles d'impression , accompagné de trois ou quatre planches. Le nom de M. Barbier Vémars, qui l'a constamment rédigé de- * puis l’origine, est un titre qui suflit seul pour en garantir ja bonté et l'utilité. |
faisait d'ouvertures, plus il obtenait de célérité dans la distillation : le génie inventif de M. Millar , aidé de ce trait de lumière, concut l’alambie dont nous allons faire connaître la construction.
PI. 4, fig. 1. Vue en plan des ouvertures dans le dessus de l’alambic, avant qu'on y ajoute les tuyaux de conduite dans le chapiteau.
B,B,B, etc., épaule ou espace plein entre les tuyaux À, À, A, À, etc.
On a proposé un perfectionnement qui tend à simplifier la construction de ce chapiteau , en augmentant son ouverture, dans la vue de donner une plus libre issue aux vapeurs. Ce changement consiste à ôter toute cette platine et les neuf tuyaux, et à y substituer un chapiteau fait d’une autre manière. La figure 3 représente ce chapiteau vu par-dessous.
Ce chapiteau, en place, présente, à l’extcrieur, la forme d’un cône tronqué dont C, E est le grand diamètre, égal à celui de l’alambic; FE, G, le petit diamètre ou le diamètre supérieur, portant en dehors un rebord sur lequel s'ajuste et se fixe, par trois vis, le couvercle de la vannerte, que M. Millar assujétissait avec une chaîne de fer , comme on le verra plus bas, et que le rédacteur des Annales des Aris ét