Tome I
pépins dés fruits que contient l’alambic lorsqu'on ÿ ‘met Fe marc. Nous n'avions pas à redouter es effets de cétte huile dans notre manière d'opérer, ‘puisque nous n'introdui:
Sons dans la ‘cucurbite aucune de ces sub- Stancés ; cependant nous fimes quelques expériences ! dati Ta vue de rechercher s'il ne scrait pas possible d'obtenir des liquetxs de bon goût, mêipe ‘en laissant les marcs Cans l’alambic, en nous servant de la chaux proposée par M. Cossighy, Qui garde le Siléñce sur le moyen mécanique qu'il avait employé. Nous süspeñdimes intérieurement au chapiteau de T'alambie un pétit panier plein de chaux éteinte à l'air, et après avoir préparé les matierés à la manière d'Higgins, nous miîmes le marc et la “Jiquéur däns Ta éhaudière. Dans la crainte de faite brûler ‘contre les parois de l'alambic les parties mucilagineuses, nous distillâmmes à la vapetr, par un procédé qui nous ést particulier, ét dont nots atlrons occasion de parleriplüs bas. Le résultat de notre distillation fut une ‘eaude-vie extrémement suave sans aucun goût d'émpyreunie, ét par une seule chauffe. Nous nous servimes du condensateur de Sélimani, que nous ferons connaître par la suite.
‘Après avoir démonté l'appareil , nous exa-
D'EAUX-DE-VIÉ ET ESPRITS. 467 minâmes la chaux et nous la trouvâmes imprégnée de beaucoup d'huile, nous la retirâmes. Elle avait un très-mauvais goût, “ce n’était cependant pas celui d’empyreume.
Nous combinâmes cette’huile avec de l’éther acétique, et aussitôt il se dégagea une odeur empyreumatique des plus désagréables. Pour rendre cette expérience complete , nous jetâmes cinq grammes de cuivre rouge en limaille très- fine, dans ce composé d’éther acétique et d’huile essentielle. Au bout de vingt-quatre heures, et à froid, après avoir agité le mélange dix à douze fois, nous apercûmes une faible dissolution, la liqueur avait pris une couleur verdâtre; très-légère. Nous placâmes le flacon dans'un bain de sable à une chaleur de quarante degrés Réaumur; la dissolution fut complète dans quinze heures, la liqueur fut d’un vert très - foncé et semblable à celle dont parle Ami Argand (x).
Nous nous proposons de reprendre ces expé- | -riences et de voir à quel'terme s’arrête la dissolution du cuivre par cet agent, lorsqu’ilen est enticrement saturé.
D'après ces expériences, on peut conclure
QG) pag. F4.
ao
68 L'ART DU DISTILLATEUR qu'il est incontestable que les substances qui jusqu'à ce Jour avaient donné de l’eau-de-vie de mauvais goût et imprégnée de qualités délétères, peuvent, à l’aide de quelques pré- <cautions préliminaires, être traitées en grand, et donner de l'eau-de-vie dégagée de tout ce qui «pouvait la rendre désagréable et nuisible à la santé, En traitant toutes les substances comme nous avons traité le vin du marc de raisin, on obtiendrait les mêmes résultats. Voici donc la manière dont les distillateurs doivent opérer.
Quelles que soient les substances - qu’ils mettent en fermentation, il faut qu’ils placent dans la cuve des paniers remplis de pierres calcaires eu de craie, pour absorber l'acide acétique qui se forme pendant la fermentation, laquelle deviendra plus active en raison de l’absence de cet acide. Lorsque la fermentation vineuse sera portée à son plus haut période, ils mettront le liquide dans des futaïlles bien bouchées, qu’ils laisseront en repos jusqu'à ce que la liqueur soit bien clarifiée.
Quand cet instant sera arrivé, ils soutireront le clair ,et distilleront au bain-marie , ou mieux au bain de vapeur, à la manière deSolimani; nous la décrirons plus bas.
Il y a de ces petits vins qui ne se garderaient
pas long-temps sans pousser à l’aigre ; il est par conséquent prudent de les visiter souvent, et de les distiller aussitôt que la liqueur sera claire. Pour connaître l'instant propice, sans. être obligé d'ouvrir la Futaille, dans la crainte de déterminer la fermentation acide parle contact de l’air extérieur, il faut remplir du même vin une bouteille de verre blanc qu’on bouchera exactement, et, sans ouvrir la bouteille, on s’apereevrade la limpidité plus ou moins grande du liquide, ce qui décidera du moment où l’on pourra distiller.
Si, par hasard, le distillateur avait laissé pouêser un peu son vin à laïgre, il ne doit jamais se permettre de distiller sans avoir débarrassé la liqueur de cette pointe d’acide. Il s'en emparera au moyen de la craie, qu'il placera dans. des paniers et plongera dans le liquide, après l’avoir versée dans la cuve ou dans des tonneaux défoncés.
Le procédé que propose Rozier aux distillateurs de marc de raisin, ne peut être que trèsavantageux sous tous les rapports, quelle que soit la substance qu'on distille; nous allons le transcrire (1).
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(1) Cours complet d'Agriculture, tome IV, pag. 30.
« J'ai déjà répété cent fois que la partie sucrée forme l'esprit ardent. D’après ce principe reconnu de tous les chimistes et: de tous les physiciens, il est aiséde conclure que l’art peut enrichir ces petites eaux-de-vie, et leur fournir plus d’esprit. Il suffit donc d'ajouter une substance sucrée à ce marc, mis en fermentation ; je ne dis pas d'y ajouter du sucre, ilest trop cher ; de la mélasse ou sirop de sucre, elle augmente les mauvaises qualités de l’eau-devie (1), quoiqu'’elle en produise davantage : le miel commun est la substance qui m'a toujours le mieux réussi (2). Sur un marc qui aura fourni vingt à vingt-cinq barriques de vin, de deux cent vingt à deux cent trente
(1) L'abbé Rozier ne connaissait pas la cause qui produit ces mauvaises qualités, il n'aurait pas proscrit la mélasse, nous la conseillons au contraire,
: (2) Le sirop, ou la conserve de raisin, préparés d’après la méthode de Parmentier, serait encore préférable sous plusieurs, rapports. 1° Cette substance serait plas analogue; 2° elle serait moins chère. Une livre de sucre ou sirop de raisin remplace une livre de miel, et une livre de conserve de raisin remplace quatre livres de sirop de raisin, Ce sirop peut être fait avec du raisin roûgé ; comme avec du raisin blanc; il suflit de choisir les plus sucrés et les plus communs dans Le pays où l'on se trouye. Avec quelques
D'EAUX-DE-VIE ET ESPRITS. 47I pintes, mesure de Paris, ajoutez autant de livres de miel qu'il y aura eu de barriques; on ne risque rien de doubler la dose. Ainsi, avant de jeter La première eau sur le marc, délayez le miel dans cette eau, qui doit être fluide; et, après l'avoir distribuée, que des hommes armés de fourches ramènent par-des- :
sus le marc de dessous, afin que l’eau miellée - mouille légèrement tout le marc. La fermentation ne tardera pas à paraître, et se souliendra vive et bien décidée. Un tel vin gagnera beaucoup en esprit pendant tout l’hiver; j'en réponds, d’après une expérience de plus de vingt ans (1).» | 1e
Une autorité pareille ne peut être révoquée en doute, d'autant qu’elle est basée sur les principes de la chimie. Le distillateur qui la
précautions ,' on peut se le procurer aussi blanc avec le raisin rouge, qu'on l’obtiendrait avec du raisin blanc. Du reste, quelque couleur qu’ait ce sirop, pourvu quil ne la doive pas au brûlé , peu importe pour l'usage que nous indiquons ici,
(1) Le bouilleur qui ne soumettra à la distillation que des vins parfaitement clairs et limpides, préparés avec de la craie pour en ôter l'acidité , sera assuré de préserver ses eaux-de-vie du goût d’empyreume et des qualités délétères qui s’ensuivent, |
mettra en pratique y trouvera un bénéfice considérable , et la dépense qu’il aura faite, par ses déboursés en miel, mélasse , sucre, sirop ou conserve de raisin , sera placée à un intérêt tres-élevé. |
Si l’addition de la pierre calcaire ou de la craie est absolument nécessaire pour la fabrication des eaux-de-vie qui ne sont pas immédiatement extraites du vin, à combien plus forte raison est-elle indispensable pour les vins qui commencent à pousser.
Nôus avons souvent vu fabriquer , dans les départemens méridionaux une quantité prodigieuse d’eau-de-vie avec des vins gâtés ; nous avons communiqué à tous les distillateurs de notre connaissance, nos sollicitudes à cet égard; nous leur avons indiqué les moyens de prévenir les fâcheux accidens qui en devaient être la suite ; aucun n’a voulu nous écouter. Nous aurions désiré qu’il existât des moyens de répression pour un commerce aussi dangereux ; mais, hélas! nous n’avons pu que gémir, et nous espérons que le gouvernement ne restera pas impassible sur les suites funestes que doivent nécessairement avoir des fabrications de cette nature.
De quelques appareils pour distiller les marcs
de raisin , les lies de vins et les autres substances, qui ne sont pas des produits de la vigne. |
Nous avons déjà fait connaître plusieurs appareils qu'on avait imaginés pour distiller les substances qui ne sont pas du vin proprement. dit ; nous allons en décrire plusieurs qui formeront le complément de ce que nous nous étions promis de dire sur cette matière.
Appareil de M. Reboul.
M. Reboul , recommandable par ses vastes connaissances en physique"et en chimie, établit à Pézenas, en 1806 , une distillerie de mârc de raisin , dont nous ne pouvons nous empêcher de parler ici.
Après avoir préparé les marcs de raisin, suivant la première méthode que nous avons décrite ci-dessus , il distille ces marcs à la vapeur de l’eau bouillante ; et en obtient les plus heureux résultats. Il y a apparence qu'il ne s'empare pas de l'acide du vin, puisque les eaux -det vie conservent encore un petit goût d’empyreume. Son appareil est imposant:
Au centre de Ja brûlerie est placé un vaste alambic rempli d’eau. Tout autour sont de grandes cuves en bois, cerelées en fer, et fermées hermétiquement. Ces cuves sont remplies de marc de raisin. À côté des cuves sont autant de réfrigérans garnis, chacun d’un serpentin. La vapeur de l’eau en ébullition échauffe le marc contenu dans les euves, et la distillation s'opère avec beaucoup d’ économie.
La distillation terminée, M. Reboul tire parti des résidus. Après avoir fait sécher ou a-peu-près les marcs de raisins distillés, sous un vaste hangar, il les fait brûler dans un fourneau à reverbère, et en tire des cendres graselées qui augmentent considérablement les :
produits de sa distillerie,
JL n’est pas douteux qu'en ajoutant aux procédés de M. Reboul le perfectionnement proposé par M. Higoins , on n’obtint des résuitats beaucoup meilleurs. |
L ‘ingénieux Curaudau a donné la description de deux appareils ils, dont l’un pour la distillation des lies , et l’ a pour la distillation des marcs. Tout ce qui est sorti de la plume de cet homme vraiment recommandable par ses inventions, qui sont toutes marquées ax coin de l'utilité, mérite d’être eonnu.
Appareil de Curaudau pour la distillation des lies , ou toute autre substance visqueuse.
Cet appareil ne diffère de celui que nous avons décrit, page 326, que par la forme qu’on a donnée à la partie du fond perpendiculaire au foyer, et par une manivelle qui sert à faire circuler une chaîne au fond de l’alambic, afin d'empêcher que la matière n’y brüle. |
Ainsi, sauf ces deux additions, la chaudière est semblable à celle qu’il emploie pour la distillation des vins. Nous observerons que cet alambic peut servir indistinctement à la distillation de toutes sortes de liquides, et que sa formeloin d’être opposéeau succès de l’opération , lui est favorable. s
Explication de la Planche 6, fio. 4.
L’alambic et le fourneau sont absolument construits d’après les mêmes principes que ceux pour la distillation des vins ; seulement nous avons changé la forme de la chaudière dans l'endroit où la chaleur exerce la plus forte action ; et pendant l'opération, nous y:
476 L'ART DU DISTILLATEUR faisons circuler une chaîne , afin d'empêcher que les matières qui se déposent n’y brülent.
À , cette partie de la chaudière, qui est perpendiculaire au foyer , est bombée : son élévation au-dessus du fond de la chaudière est de six pouces , et son diamètre est de trois pieds.
B , morceau de fer courbé suivant la courbure du fond de la chaudière : il supporte une chaîne qui est disposée de manière à frotter le fond de la chaudière. On voit cette disposition un peu au-dessus de cette figure, sur une plus grande échelle. Ce grattoir est combiné avec une tige verticale D, qui, au moyen d’une force motrice quelconque , lui donne un mouvement continuel de rotation. Cette tige ‘ traverse l'ouverture C , laquelle est recouverte d’un tampon qui empêche la vapeur de s'échapper. Cette manière de faire circuler ainsi un grattoir au fond d’un alambic, est une invention fort ingénieuse ; ce sont les Ecossais qui , les premiers, Foùt mise en usage (1).
(1) Curaudau se trompe : c'est à un Français, M. Devanne , pharmacien à Besançon, qu’en est due la première idée : il la communiqua en 1767. Voyez pages 155 et 454.
Æppareil de Curaudau pour la distribution des marcs de raisin.
La forme de cet alambic n’a rien qui se rapprochede celle de l’appareil précédent. C’est en surface que sont les deux alambics de Curaudau , et celui-ci est en profondeur.
Nous avons donné, dit-il, à ce vaisseau distillatoire une forme particulière, afin d'éviter que l’eau-de-vie obtenue de cette subtance , ne se ressentit de la mauvaise odeur qu’on lui com munique par les procédés ordinaires.
Explication de la planche 6, fig. 5.
À , porte du foyer ; elle a dix pouces de large, et neuf pouces de haut.
B, cette partie du foyer est disposée de la même manière que celle des fourneaux déjà décrits ; car nous pouvons changer la forme de la chaudière sans varier les moyens de la chauffer.
C, représente le fond de la chaudière ; elle est bombée en dedans, au lieu de l'être en dehors. Cette forme est infiniment préférable à la forme ordinaire ; elle favorise l'action du
calorique, au lieu de le laisser échapper librement, si cette partie était arrondie.
D, chaudière de seize pouces de profondeur, et de trois pieds de diamètre. A l’ouverture de cette chaudière il y a une gorge pour recevoir le cuvier. pre |
E , cuvier de trois pieds de haut, et de même diamètre que la chaudière.
Dans l'intérieur du cuvier il y a, de neuf pouces en neuf pouces, des tasseaux pour recevoir. une grille en bois. Chaque grille en bois est traversée par plusieurs conduits de chaleur; K L'O représentent trois de ces conduits. Dans un cuvier de ce diametre il en faut neuf, un au milieu , et huit autour. Ces conduits de chaleur sont destinés à porter les’ vapeurs d’eau bouillante alternativement de case en case, lesquelles sont échangées par la partie spiritueuse contenue dans le marc.
Ainsi ; on suppose que la chaudière ’soit à moitié remplie d’ean , aussitôt que cette eau aura acquis le degré d’ébullition , elle travérsera les conduits de chaleur , et se répandra nniformément sur toute la masse du marc contenu dans la première case; alors la partie spiritueuse gazcifiée s’élèvéra en vapeur de préférence à l’eau , et ne tardera pas ensuite
à gagner le chapiteau. Ce qui se sera passé à célie première case, se passera à la seconde, | ét alternativement de même. De ceîte manière l'eau-de-vie n’a aucun des goûts désagréables que lui communique la méthode usitée,
M N , chapiteau de l’appareil ; il se termine à la manière de ceux en usage : a a indique l'endroit du fourneau où il faut donner issue à l'air qui a traversé le foyer du fourneau.
b, ouverture pour la cheminée : elle est pratiquée dans le mur extérieur du fourneau.
C, soupape destinée à arrêter le courant d'air, lorsque le fourneau chauffe trop fort.
d , cheminée du fourneau : son diamètre doit avoir le tiers de l'ouverture de la porte
du foyer.
L'on s’apercoit que tous les appareils dont nous avons parlé jusqu’à présent, sont basés sur l’ancien système. Nous les avons décrits avec impartialité ; nous avons fait connaître leurs vices-et-les améliorations qui ont été-proposées. Nous allons actuellement nous occuper de la description des procédés nouveaux qui ont totalement changé la face de l'art du distillateur. Les principes sont totalement diliérens , les résultats sont améliorés ; les
appareils dont nous allons nous occuper ne ressemblent en rien à ceux dont on a fait usage en grand jusqu’à la fin du dix-huitième Siecle. Le dix-neuvieme commence , et l’art de la distillation prend une marche nouvelle, Heureuse révolution qui ne coûte aucune goutte de sang au peuple chez lequel elle s’opére!
Fin du, Tome premier.