I. Voici la liste des expositions de Debucourt
178 1. Le Genùlhomme bienfaisant. — Un seigneur ouvre sa bourse pour soulager une famille dont le père expire dans l'instant que l'on vient, pour dettes, enlever les meubles de la maison (20 pouces de large sur 17 de haut).
L'Instruction villageoise (15 pouces de large sur 12 de haut).
Le Juge de village (même grandeur).
La Consultation redoutée (de 13 pouces sur ii).
Plusieurs petits tableaux sous le même numéro.
1783. — Vue de laHalle^ prise à l'instant des réjouissances publiques données par la ville, le 21 janvier 1782, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin (3 pieds et 8 pouces de large, sur 2 pieds 9 pouces de haut).
Un Charlatan (6 pouces de large, sur 6 de haut).
Deux Petites Fêtes (même grandeur).
Plusieurs petits tableaux sous le même numéro.
(Il exposait la même année au salon de la Correspondance
des réjouissances publiques données en 1782 à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin » obtenait des brochures et des critiques, l'honneur d'une discussion accordée aux peintres les plus connus, aux morceaux
de la Blancherie : Intérieur d^un ménage flamand , du cabinet de M. le comte de Cossé.)
1785. — La Feinte Caresse. — Un vieillard sourit en regardant le portrait de sa jeune épouse qu'il fait peindre tirant le sien en médaillon, tandis qu'appuyée sur son épaule, elle lui caresse la joue et profite de sa folle confiance pour glisser un billet au jeune artiste qui lui baise la main (15; pouces de large, sur 12 de haut).
Autres tableaux sous le même numéro,
Debucourt, tout entier à la gravure en couleur, n'expose pas les années suivantes. Il ne reparaît au Salon qu'en l'an XII (1804), avec une gravure : le Chasseur au tir^ d'après Carie Vernet. Dans les Salons qui suivent, outre ses gravures et un essai de lithographie (1819), voici les tableaux qu'il expose :
18 10. — La Consultation, \qs Voyageurs, le Colin- Maillard^ un Ermite distribuant des chapelets à de jeunes filles .
18 14. — Un Médecin consulté par une jeune fille , une Fête de village j un Charlatan (dessin).
18 17. — Une Procession dans un village aux environs de Paris j dessin.
1834. — Le Lendemain d'une tioce de village ou la Présence de la Mariée, intérieur d'une ferme : danse de paysans.
En 1829, il expose à la salle Lebrun un trait d'humanité "de Louis XVI, peint en 1785. Guyot a gravé en couleur ce tableau de Debucourt. Debucourt a encore été gravé par Legrand : Réception du décret du ï% Jtoréal avec les trois états apportés par
les plus en vogue. Changez-moi cette tête ou Lustucrii ail Salon lui reconnaissait une grande facilité, une touche spirituelle, et ne blâmait dans son tableau qu'une infinité d'échos de lumière du même ton sur tous les plans, un dessin mesquin dans les figures, et surtout
les trois changements de gouvernement; par Moitte : les Voisines laborieuses ; par Robinson : V Heureuse Famille; par Leveau : le Juge ou la Cruche cassée^ sujet dont Debucourt s'est amusé à faire une eau-forte, la seule qu'on connaisse de lui.
Debucourt, on le voit, n'expose de dessins que sur la fin de sa vie. Ses jolies planches du XVIll'' siècle font rêver des gouaches qu'il aurait traduites par la gravure ; mais les ventes depuis vingt ans, toutes les collections ne nous ont pas montré un seul dessin de ce genre et de ce temps. Faut-il croire que c'était sur ces tableaux qu'il se gravait, comme la planche des Deux Baisers gravée d'après la Feinte Caresse donnerait à le penser? ou bien ne faisait-il que des croquis? Quoi qu'il en soit, les dessins de Debucourt d'avant le Directoire et l'Empire, les dessins entièrement purs, assez signés par le faire pour n'être pas confondus avec des Greuze ou des Fragonard, ces dessins sont d'une singulière rareté; et nous ne saurions en citer que trois : une étude de la vieille Annette pour le petit médaillon en bas d'Annette et Luhin, chez M. Jazet; une esquisse à l'encre de Chine, chez M. de Chennevières, qui semble la première idée de la gouache de Paignon-Dijonval : une femme assise près d'un poêle, aveuglée par la fumée, tandis qu'un jeune homme embrasse sa fille; et un autre grand dessin gouache : les travaux pour la Fédération du Champ de Mars, chez M. Delbergue-Cormont, présentant tous les caractères de dessin et de coloris du petit maître.
dans les extrémités. Sans quartier au Salon trouvait la scène pleine de détails intéressants^ les figures fines et spirituelles. Mais il en critiquait la couleur générale froide « quand on la consulte dans le miroir convexe » . Il reprochait à Debucourt, après avoir fait une si grande étude de Téniers, « de ne rien rappeler de sa palette », de n'avoir que Fesprit de sa touche, et d'abuser de cet esprit. Du reste il reconnaissait le succès de la composition, faite pour amuser tout le monde et pour donner au public Fillusion d'être à Vaugirai'd, ou dans une rue de la Gourtille. Le Songe faisait une allusion moqueuse à l'habitude du peintre de peindre ses figures d'après des petites poupées en bois 5 et interrogeant les personnages du tableau, il leur mettait dans la bouche cette satire : « Not' maître a été au chantier de la Boule-Rouge acheter une voie de bois noir ; il en a fait de petits bonshommes, tant bien que mal, quelques-uns d'après un bon vivant qui est mort depuis longtemps qui s'appelait Te... Téniers; quelques autres d'après son imagination; il les a pris pour modèles, et nous v'ia. De cette affaire, j 'avons des maisons de
27a L'ART DU XVIIP SIECLE.
bois, des têtes de bois, des habits de bois, des voix de bois... » Enfin le critique de la brochure Messieurs, a7nt de tout le inonde, écrivait : « Ses petits tableaux sont toujours charmants ; effets de lumière piquants , touche hardie, fini du précieux le plus séduisant, tout se joint au faire le plus agréable et souvent très-savant. La Halle renferme des vérités de détails sans nombre et sûrs de plaire; mais toutes ses maisons ont Tair de tomber. Au reste, il serait cruel de traiter sévèrement un artiste estimable qui donne de si belles preuves de ses talents. Quel est celui qui eût fait d'aussi charmants tableaux, après avoir perdu une épouse aimable et chérie, qu'il a possédée si peu de temps ? Je m'étonne même que l'artiste ait pu être assez maître de sa douleur, pour donner encore à son art des moments si bien employés. »
Tel est l'ensemble des jugements sur la peinture de Debucourt. Sans doute il y a à rabattre des éloges donnés par le goût du temps à ces petits tableaux de cabinet qui ont la minceur des procédés de l'artiste, la petitesse des pinceaux microscopiques, des ves-
sies minuscules que Debucourt faisait préparer pour son usage particulier. Mais s^il est de récole porcelainée des Boilly, des Wille, des Taunay, des Defrance, si le vernissé de sa peinture la fait comparer par une critique du temps à un panneau de carrosse *, il est juste de reconnaître qu^il sait conserver là-dessous un peu de la blonde chaleur du coloris français, un fond de claire harmonie, sur lequel il fait agréablement tapager le bouquet de tons de révantailliste et le papillotage des fraîches couleurs. Dans presque tous les tableaux des petits peintres de son école, en dépit du luisant, de la recherche du brillant, la couleur est noirâtre ; il y a ime froideur et une sécheresse de lumière qui n^a jamais le jour ni la tiédeur du ciel : Debucourt, lui, est lumineux. Il est lumineux comme s'il y avait du lait dans sa pâte. Il cherche et trouve la blancheur, qui est sa note favorite, dans une sorte de rayonnement crémeux qu^il endort ou fait éclater toujours sur du blanc, sur le blanc d'une femme, d'une robe, dont il aime à faire le milieu
I. Entretiens sur les tableaux exposés au Salon de 1783. II. t8
et comme le cœur de son tableau. Cet éclairage nacré avec des bleuissements si iins, est sa signature; c'est ce qui le fait reconnaître à première vue, et ce qui le distingue de ses camarades et de ses confrères en pastiche flamand. Un caractère encore le particularise : l'accent de ce Français qui refait des Téniers à la mode du xviii^ siècle n'est pas tout à fait français. Quelque chose encore là, dans les tableaux de Debucourt, sent l'Angleterre, et quand on les regarde, il vous revient peu à peu involontairement un souvenir de Wilkie. Il est bien entendu qu'ici nous ne jugeons pas Debucourt sur ces grandes mauvaises toiles de l'Empire, sur ses grossissements lâchés de ses premières kermesses, toiles vides et plates qu'on dirait délavées des tons de la peinture à la colle et maigrement relevées çà et là comme par des piqûres de traits de plume. Pour le goûter, l'apprécier, il faut le voir dans son bon temps, dans son vrai cadre, dans ces petits morceaux, assemblées de villages, danses, scènes de charlatans, à peine grands souvent comme un dessus de tabatière. Il faut aller le retrouver dans un petit bijou
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entrevu par nous, sous le marteau du commissaire-priseur à une vente près du Châteaud'Eau, et que nous avons été heureux de revoir chez M. Jazet. Dans un porcelainage gras, doux et larg-e, sous un ciel d'une limpidité émaillée, rosé de petits nuages volant sur des pâleurs de bleu, une noce de village joue, chante, danse et boit. Une goutte de lumière semble tomber du verre d'eau de Rembrandt dans le fond du cabaret sur les buveurs; une ombre molle glisse d'une tente sur le ménétrier, sur les groupes attablés ; et du fond plein de foide se lève un petit coup de jour argenté qui rappelle, en écho mourant, cette clarté d'un lis dont la délicieuse petite femme du premier plan a sa robe toute pleine. Une petite perle, — voilà ce tableau.
Debucourt était né en 17$$ ^ d'une honnête famille bourgeoise. Sa mère avait ses
I. « Paroisse Saint-Nicolas-des-Champs. Le 1 3 février 1755, « a été baptisé Philibert-Louis, né d'aujourd'hui, fils de
parents dans le commerce. Son père était huissier à cheval au Châtelet. En 1789, il se trouvait procureur fiscal à la Chapelle-Saint- Denis. L'on a de lui, datée du lendemain de la prise de la Bastille, le 15 juillet, à huit heures du matin, une demande, comme commandant en chef de la milice bourgeoise, à Messieurs les électeurs de Pans, de deux cents fusils pour armer ses hommes et assurer Tapprovisionnement de la capitale. Poussé par le goût de la peinture, son fils Philibert était entré dans Fatelier de Vien; mais une certaine indépendance de caractère, une vivacité d'originalité, un précoce entraînement vers les petits maîtres flamands, faisaient vite abandonner au Jeune homme les leçons et Tatelier du précurseur de David.
Il épousait à vingt-six ans une fille du
« Jean -Louis Debucourt, huissier à cheval au Châtelet « de Paris, et de Marie-Luce Dieu, son épouse, demeurant rue « Saint-Martin, le parrain Philibert Petit, marchand galonnier, « demeurant rue Saint-Denis, de cette paroisse; la marraine i( Marie-Edmée Dieu, épouse de Judocus Couvent, marchand « fabricant d'étoffes, demeurant rue Saint-Sébastien, paroisse « Sainte-Marguerite, cousine de l'enfant, lesquels ont signé. » (Communiqué par M. E. Bellier de la Chavignerie.)
sculpteur Mouchy % qui l'apparentait avec ses deux oncles Pigalle et Allegrain. Courte union que brisait au bout de quinze mois la mort de
I. « Paroisse S'-Gertnain-l'Auxerrois. Du 29 janvier 1782, « sieur Philibert-Louis de Bucourt, peintre, âgé de vingt- « six ans et demi passés, fils de sieur Jean-Louis de Bucourt, a procureur fiscal, et de dame Marie-Luce Dieu, d'une part; et « demoiselle Marie-Elisabeth-Sophie Mouchy, âgée de dix- « neuf ans et demi passés, fille de sieur Louis-Philippe Mou- « chy, sculpteur du roi, et de demoiselle Elisabeth-Rosalie « Pigale, d'autre part, de droit et tous deux de fait aux gale- « ries du Louvre de cette paroisse, ont été mariés de leur mu- « tuel consentement par moi, soussigné, prêtre vicaire de cette « paroisse, après que les fiançailles et publications de trois « bans ont été faites en cette église, du consentement et en « présence des père et mère du mari. Lt encore du consente- « ment et en présence des père et mère de la mariée, comme « aussi en présence de sieur Adrien de Bucourt, marchand « mercier, rue Saint-Honoré de cette paroisse, cousin du « marié; de sieur Charles Le Dreux, bourgeois de Paris, rue « Saint-Germain de cette paroisse, cousin du marié; de sieur a Jean-Baptiste Pigalle, chevalier de l'ordre royal de peinture « et de sculpture , rue Saint-Lazare , paroisse de Saint-Pierre « de Montmartre; de sieur Christophe - Gabriel Allegrain, « adjoint-recteur de l^Académie royale de peinture et sculp- « ture, rue Meslée, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs , tous « deux oncles de la mariée, lesquels nous ont attesté le domi- « cile, la liberté et la catholicité des contractants sous les « peines portées par les ordonnances et déclarations du roi. Et « ont signé : Debucourt, Mouchy, Pigalle, Le Dreux, Allegrain, « Granchez, vicaire. » (Archives de l'état civil de Paris.)
la jeune femme % lui laissant un fils. Ce fils, dont Debucourt a dessiné le portrait aimé et la silhouette élégante dans le jeune homme à Torang-e du Jugement de Paris, mourait en 1801 dans l'apprentissage de son art et le début d'un talent qui s'annonçait déjà. L'isolement où cette mort laissait le père lui faisait épouser, près de la cinquantaine, M"* Marquant % tante de M. Jazet, qui entrait alors dans l'atelier de Debucourt pour apprendre l'aquatinte. La famille Jazet conserve de cette seconde femme de Debucourt un curieux por-