‹ L'art du dix-huitième siècleChapitre 4 sur 63 · I. VAn deux mille quatre cent quarante · texte numérisé non relu

I. VAn deux mille quatre cent quarante

priétés de la Cycloïde! Car c'est par excellence Tenjoliveur de la science, que Cochin. Il a Tesprit, la légèreté d'ing-éniosité d'une espèce de Fontenelle. C'est l'homme inimitable, dans ce siècle de M'"® du Châtelet, pour faire escalader un compas par des g-amineries d'amours, semer leurs jeux des nuages et des fleurs, dans la géométrie de Leclerc, égayer de petits culs de lampe les horreurs même de la guerre, et faire de l'éclat d'un obus ou de l'explosion d'une mine un dessin amusant à l'œil comme un dessus de boîte dvi temps.

Cependant, au milieu de cette production énorme et parfois un peu lâchée de Cochin, les artistes remarquaient quelques œuvres travaillées, des morceaux d'ambition plus sérieuse, parmi lesquels il faut placer au premier rang des académies encore un peu taillées dans le type de Boucher, mais d'une étude carrée et ressentie, remarquables par l'accentuation des méplats, l'indication à la fois nette et grasse des attaches de muscles, une savante distribution des lumières, le détaillé des plans dans la masse : excellents, sains et agréables dessins de nature, dont Cochin a fait les plus

Spirituelles et les plus savantes eaux-fortes avec un travail simple et brillant^ des tailles larges et souples mourant en traînées de pointillé sur le renflement de la forme, un modelé de pointe qui donne à ces £gures, à distance, le relief et comme le coup d'ébauchoir d'une terre. C'est au moment de ce succès et de cette reconnaissance générale que Cochin faisait im grand dessin sur papier bleu au crayon noir : on y voyait le génie du Dessin au milieu des Arts, s'élevant au temple de l'Immortalité, sous la protection du Roy, pendant que dans le lointain des vieillards décidaient du mérite des ouvrages qu'on leur présentait. Sur ce dessin l'Académie s'empressait de l'agréer le 29 avril 1741 % et lui en commandait la gravure pour son morceau de réception. L'honneur de cet agrément si rarement accordé à un dessinateur augmente les commandes et les travaux du graveur à la mode, à ce point que les années se passent sans qu'il trouve le

I. Cochin expose en 1741, 1742, 1743, 1745, 1750, 1755^, 1765, 1767, 1769, 1771, 1773, ^775) 1781. Nous renvoyons au catalogue Jombert pour les dessins et les estampes exposés à ces salons.

temps de graver ce morceau de réception : en 1761, il prie l'Académie de vouloir bien accepter, au lieu et place de la gravure commandée, son dessin de Lyciirgue blessé dans une sédition. Plus de repos : il faut du Cochin à tous les livres qui paraissent. L'infatigable et intarissable artiste illustre Xsi Religion, le poëme de M. Racine £ls, Bossuet, V Histoire de V Académie française, par Pellisson et d'Olivet, Salhistius , Cornélius Nepos , Virgilius Maro, la Bible de Roj^aumont, le Règlement pour V Opéra, V Abrégé chronologique de l'Histoire de France par le président Hénault, la Gierusalemme liberata, la Manière de graver à Veau -forte par Abraham Bosse, une édition des Contes de la Fontaine, Angola, V Histoire des Voj^ages de l'abbé Prévost, etc.; et ne croyez pas encore qu'il s'arrête? — Tous les jours après son travail, venant passer quelques heures de récréation chez Jombert, il jette en s'amusant, sur la table, un dessin dont il fait, chaque soirée, cadeau à son ami.

Ce labeur infini, incessant, ne l'empêche pas de se pousser dans le monde avec ce qu'il a pour y plaire et y réussir : de la gaieté, de

Tesprit, du parlag-e d'art, une instruction supérieure à ses pareils, de la tournure, une jolie mine fine, cet air que Diderot lui voit, dans le portrait de Vanloo, à toujours vouloir dire « une malice ou une ordure^», et encore de la souplesse, du « manège » dans la conduite, à en croire le peu bienveillant Mariette^. Il est entré en relations avec les gens de la cour par son talent, son genre de dessin, les commandes officielles. Il est en rapports sympathiques avec le parti des dévots qui semble l'honorer du monopole de toutes leurs illustrations, de tous les petits dessins dont la religion d'alors fait le passe-port du livre de piété. Il est assez attaché de ce côté-là pour avoir osé, presque seul parmi les artistes, une caricature contre Voltaire dans la Malebosse. Il est intime avec Diderot^ qui l'admire, le gronde, lui emprunte souvent son expérience, et dé-

1. Le portrait de Cochin a été peint par Vanloo, Roslin, etc., gravé en petit médaillon d'après lui-même, par J. Daullé,

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