‹ L'art du dix-huitième siècleChapitre 3 sur 63 · Journal de Paris ^ 1 juin 1790. Notice sur Cochin · texte numérisé non relu

Journal de Paris ^ 1 juin 1790. Notice sur Cochin

3. Portraits intimes du XVIIP siècle^ par Edmond et Jules de Concourt, série II, Le Bas.

qui lui apprennent durement, pour l'avenir, la science du buriniste. A cette école, le jeune homme finit par prendre à la longue tant d'ennui et de dég-oùt que son père, craignant un découragement complet, lui permet la distraction qu'appelle sa vocation : F eau-forte. Et dans l'œuvre du jeune homme apparaissent une Fuite en Egypte, un Christ guérissant les malades, pièces fort peu retouchées de burin, et qui se font jour à travers nombre de gravurettes de commerce. Mais c'est seulement en 173$ que Cochin s'annonce par une petite estampe, une Vénus semant le corail et les bijoux dans un encadrement de roseaux et de madrépores, petite figurine pour l'adresse de Stras, le marchand joyalier du Roi, qui promet déjà le dessinateur et l'ornemaniste; planche curieuse pour l'histoire du talent de Cochin : c'est la première gravure qu'il exécute d'après un dessin de sa composition, car le jeune artiste est déjà depuis longtemps un dessinateur. Il crayonnait à l'âge où il gravait, presque enfant, copiait les estampes, les académies, ce qui lui tombait sous la main, sous les yeux, surtout la] rue vivante, les jeux du pavé, le II. 4

jo L'ART DU XVIII« SIECLE.

spectacle des passants. Jombert gardait de lui une suite de dessins, déjà très-habiles, que le précoce petit observateur avait faits en 173 1, à lâg-e de seize ans, et auxquels il avait donné le titre de : Diverses charges des rues de Paris. Cette espèce d'école buissonnière de son crayon, hors de l'atelier, entre les heures du travail d'interprétation et de commande, devint une habitude à laquelle Cochin resta £dèle. Avec le temps, il se fortifia dans le goût de ces croquis d'enfance. 11 y revint, les reprit, les continua avec un talent plus mûr; et en 1737, alors qu'on ne le connaissait que comme le dessinateur de quelques sujets des Contes de la Fontaine, estropiés par des graveurs médiocres, mal payés par un marchand vitrier nommé Célis, le public s'arrêtait étonné devant une suite d'estampes dessinées parle graveur: la Ravaudeuse, la Charbonnière, le Maçon, V Ouvrière en dentelle, la Blanchisseuse, le Tailleur pour femme, cette curieuse planche de l'histoire de la mode, montrant la main du tailleur qui mesure le buste d'une jolie femme pour la confection d'un corps. Et d'autres planches de mœurs suivront : la Charmante Catin montrant

COCHIN. ^i

la marmotte , et le Chanteur de cantiques^ le Retour du bal où la fatigue chatouille de sommeil tous les yeux d'une société. Malheureusement Cochin ne s'arrêtera pas là. Le succès des Chardin et de ses enfants à micorps l'entraîneront à de malheureuses imitations de la Maîtresse d'école et du Joueur de toton; il signera ces maladroites et gauches compositions : le Camouflet et le Château de caries.

L'année même de cette enseigne de Stras, en 1735, Cochin rencontre sa fortune et sa veine dans la chance qui lui vient de graver à l'eau-forte le tableau de Panini chargé d'immortaliser le feu d'artifice donné par le cardinal de Polignac à Rome, le 30 novembre 1729, pour la naissance de monseigneur le dauphin. La gravure de ce tableau était pour Cochin la révélation de sa vocation. Sa pointe, en contournant la spirituelle et galante silhouette des personnages du peintre, apprenait à son crayon l'esprit, l'élégance d'une foule, le joli et le léger du bel air, ce piquant que le pinceau de l'Italien savait jeter et faire circuler dans une fête. Cochin devenait un Panini ,

mais un Panini de Versailles , vraiment maître dans le goût et la science des représentations de cour, dans la croquade microscopique de son public. Et presque aussitôt, en 1736, commence dans son œuvre la longue suite de ces illustrations des fêtes et des deuils royaux, princiers ou publics : d'abord la Décoration de l'illumination et du feu d'artijîce doiiné à Monseigneur le Dauphin à Meudon le 3 février 173$, puis V Illumination de la rue de la Ferronnerie donnée le 29 août 1739 par les soins des six corps de marchands à Voccasio7i du mariage de Madame Pi^emière avec l'infant doJi Philippe, et en 1745 pour la Convalescence duRoj"; V Audience donnée par le Roy à V ambassadeur de Turquie dans la grande galerie de Versailles eii janvier 1740; la Pompe funèbî^e de la reine de Sar daigne célébrée en l'église Notre-Dame de Paris le 22 septembre 1741. En 1745 et i746,Cochin est Fhistoriographe de la courte existence de cette infante d'Espagne devenue dauphine de France, et de la brusque aventure de sa vie et de sa mort, dans ces planches qui se suivent et se pressent : la Cérémonie du mariage du Dauphin de France célébrée dans la chapelle de Versailles le

2'^ février 1745; — ^^ Décoration de la salle de spectacle construite dans le manège couvert de la grande écurie de Versailles pour les fêtes du mariage du Dauphin /e 23 février 1745? — 1^ Décoration du Bal pai^é doimé par le Roj' le 24 février 1745 ; — la Décoration du Bal masqué donné par le Roy dans la nuit du 25 au 16 février 1745 5 — et enfin la Pompe funèbre de la Dauphine dans l'église de Notre-Dame le 24 novembre 1746; grandes a machines » auxquelles Cochin ajoute encore, en se jouant, la gravure de ces jolis billets d'entrée aux fêtes qui semblent des contre-marques pour un spectacle d'Olympe.

C'est vers ces années que Cochin devient l'artiste couru, demandé, recherché par la cour et la ville, tourmenté par les intendants des Menus et les libraires pour toutes les grandes et les petites choses du dessin et de la gravure, alors si mêlés au luxe courant de la vie sociale. Sa facilité, son abondance, triomphent du temps, du nombre des commandes, de la variété et de la multiplicité des travaux. L'heure va venir où les vignettes ne s'appelleront plus des vignettes , mais des

Cochin ^ Un en- tête, un fleuron, l'artiste arrive à les enlever en quelques heures à leau-forte et au burin, en attaquant sa planche d'après une esquisse croquée et lavée du premier coup à l'encre de Chine. Jamais il n'est à court, et sa verve ne se lasse pas. De son imagination, comme d'une corne d'abondance d'illustrations, sortent intarissablement tous les g-enres de vignettes : des cartels baroques, des adresses d'orfèvres, des premières pages d'almanach , des lettres grises , des Flore, des Neptune, des Diane, des Bacchus, miniatures de dieux; — et pêle-mêle : un frontispice pour le diocèse de Bayeux, des estampes de Don Quichotte, des images pour les Nouvelles ecclésiastiques, des titres pour les cartes publiées par les fameux marchands de cartes Nolin et Bénard, des gracieusetés aimables pour orner les classiques de Coustellier et faire rêveries yeux des collèges d'alors, jusqu'à de petites planches amusantes pour le Calcul diffch^entiel et intégral, jusqu'à de petitesfigurines égayant une Démonstration des pro-

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