GREUZE
Grétry, qui avait épousé une fille de Grandon et non Gromdon, comme l'appelle M'"« de Valori, donne dans ses Essais sur la Musique une curieuse anecdote sur le tempérament amoureux de Greuze, pendant son passage dans l'atelier du peintre Lyonnais. Greuze brûlait en secret pour la femme de son maître, qui était fort belle. Et un jour la femme de Grétry, encore toute jeune, le trouvant couché par terre dans l'atelier, lui demanda ce qu'il faisait : « Je cherche quelque chose, » dit-il ; mais elle avait vu un soulier de sa mère qu'il dévorait de baisers.
» 28 janvier i/siî.
« M. l'abbé Gougenot, conseiller au grand conseil,
vient d'arriver à Rome, après son voyage de Naples, accompagné de M. Greuse, nouvellement agréé à l'Académie, et dont la réputation nous annonce les talens. Il les fera voir dans ce païs-cy par quelques morceaux qu'il compte y faire. »
« 22 février 1757.
« J'ai fait part à M. Greuse de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 janvier à son sujet,
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touchant les deux tableaux que vous lui demandiez et que vous consantez 9 attendre son retour en France pour qu'il les fasse. Il est toujours sensible aux bontés que vous avez pour luy. Il vient de finir le pendant d'un tableau pour M. l'abbé Gougenot, où il y a beaucoup de mérite, ce sera presque son dernier ouvrage de Rome. »
Voici la lettre intéressante où se trouve cette commande, que Greuze, conformément à l'ordre du 13 janvier, n'exécuta qu'à son retour :
« A Versailles, le 28 novembre 1756.
« J'apprends, Monsieur, avec bien du plaisir, que le S'' de Greuze s'applique entièrement à cultiver ses talents pour la peinture; et j'ay vu à Paris des tableaux qu'il a envoyé de Rome ec dont j'ay été si content, que sachant que ses facultés du coté de la fortune, sont extrêmement bornées, j'ay résolu de lui procurer les occasions de se soutenir par son travail, et par ce moyen de se perfectionner dans son art. Voyez, je vous prie, à détacher du logement qu'occupait à l'Académie feu M™*^ de Wleugelles une chambre qu'il put habiter et dans laquelle il eut le jour nécessaire à son travail, et donnez-la luy : il épargnera son loyer, dont la dépense, quelque mince qu'elle puisse être, sera un petit soulagement pour luy. Vous trouverez icy inclus, coupé en ovale, une mesure que vous aurez agréable de luy remettre, afin qu'il fasse deux tableaux de la même grandeur que cet ovale. Je luy laisse la liberté de son génie pour choisir le sujet qu'il voudra. Ces deux tableaux sont destinés à être placés dans l'appartement de M'"* de Pompadour au château de Versailles. Exhortez le à y donner toute son application.
Ils seront veus de toute la cour, et il pourroit en naistre de gros avantages pour luy s'ils sont trouvés bons. Recommandez-lui aussy ces deux tableaux et assurez- le que je saisirai avec plaisir les occasions de son avancement lorsqu'elles se présenteront.
« Le marquis de Marigny. »
Greuze partit de Rome au mois d'avril suivant (lettre du 20 avril 1757).
Académie de France à Rome par Lecoy de la Marche. Gaiette des Beaux-Ans (septembre iSjo-iSyi^.
M. Renouvier cite, d'après « la Revue universelle des Arts, 1855 » une note de l'abbé Gougenot, qui est une révélation sur le caractère et le travail de Greuze à Rome : u Greuze était le plus capricieux des artistes. Pour le satisfaire, il fallait réunir en toute hâte les personnages nécessaires à la composition du tableau dont il s'occupait dans le moment. Puis, une fois les personnages rassemblés, sa verve, disait-il, était éteinte; il ne se sentait plus en état de travailler, et il congédiait ses modèles, qui recevaient cependant le prix convenu pour la séance. De pareilles fantaisies étaient fréquentes chez cet homme bizarre, «
Une caricature curieuse du temps satirise les méchants ridicules de la femme de Greuze , en même temps qu'elle égratigne la vanité du peintre et moque la rapacité de Levasseur, le graveur préféré du ménage. C'est à propos de la publication de l'estampe de la Belle-mère. L'eau-forte représente un obélisque où se voit au-dessus de l'estampe
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une tête sans cervelle avec ce nom : Creuse. L'obélisque est rendu tout branlant, par le remuement sous son piédestal d'une tête fumant une pipe, dont la fumée trace le phylactère suivant : la bourse et mes écus j^""^. Derrière se dresse dans une verticalité inébranlable, un autre obélisque avec le médaillon de Flipart, surmonté du mot virtus couronné. Voici ce que la pointe du pamphlétaire aqua-fortiste a tracé :
Dédié à très haute^ très puissante^ très ridicule dame femme de J B Greuie, reçu jadis peintre de genre sur un tableau d'histoire — par son historiographe.
Un jour près de sa vieille haquenée. poussé par un reste de vent. G... dit à Jeannette. Je veux te couvrir de gloire, je veux enfanter un sujet qui fasse horreur aux honnêtes gens. Tu me serviras de modèle, ma mie, je veux peindre une méchante femme .
EXPLICATION DE l' OBELISQUE
M. le Vasseur (qui a gravé la belle-mère) écrasé par la chute de l'obélisque élevé à la défunte gloire de Greuie — accident causé par une piqûre d'épingle faite à l'une des vessies qui servaient de base à l'édifice sur lequel on voit le portrait de Greuie couronné de chardon, plumes de paon... le tout terminé par un sifflet.
Nouvelle édition revue, corrigée et augmentée ^ la première ayant été épuisée en trois jours.
Miger trace un curieux portrait de la vanité de Greuze. fl II n'y a donc, écrit-il, que des sots remplis de vanité qui puissent se croire des êtres parfaits. Tel était le peintre Greuze, des tableaux duquel on n'avait pas le plus petit
éloge à risquer, parce qu'il se chargeait d'en faire les honneurs en personne. Il ne manquait chez cet artiste qu'une cassolette avec de l'encens pour en brûler devant lui en son honneur et gloire. Voici un petit propos de lui. Dans le temps qu'il y avait des expositions générales de tableaux, il disait qu'un amateur devait courir le Salon comme en poste, le fouet à la main, et dire s'il le voulait : Ah! que c'est beau! mais qu'un vrai connaisseur devait, dès le matin, aller en robe de chambre et pour ainsi dire en bonnet de nuit, s'arrêter devant ses tableaux et passer toute la journée en extase. Ecce homo. (Biographie du graveur Miger par Bellier de la Chavignerie, 1856.J
Dans les toutes dernières années de sa vie, Greuze, qui n'avait plus exposé à partir de l'année 1769, se décide à reparaître au Salon,
Salon de l'an VIII.