‹ L'art du dix-huitième siècleChapitre 58 sur 63 · LATOUR · texte numérisé non relu

LATOUR

M. Desmaze a découvert chez M""' Varenne, une descendance de La Tour, ec publié dans la Petite Revue de Saint- Quentin, un certain nombre de lettres adressées à La Tour. Ces lettres confirment la liaison de La Tour avec M"'= Fel, dont M. Desmaze publie trois lettres'. Une première, qui semble adressée au peintre relativement à un dîner donné en commun, finit par ce post-scriptum : « J'ai pris de la mane ce matin pour me délivrer de mes lanterneries, je me trouve mieux. » Une seconde lettre, adressée le 5 janvier 1783 au frère de La Tour, remercie le chevalier de la confirmation faite par lui de l'usufruit des meubles du peintre sa vie durant. Dans la jouissance des meubles semble comprise la jouissance des pastels ainsi que l'indique cette phrase : « M. Dorizon a du vous mander que, d'après l'avis qu'a donné M. Paquier, pour les dangers et le domage que la fumée pourrait causer aux pastels de M. de La Tour, il est instant que vous veniés faire fermer les écartemens du mur. » Une troisième, datée du 5 janvier 1788, donne de tristes détails sur la folie dn peintre : « Je suis charmée que la santé de votre pauvre frère se soutienne, il ne faut pas s'étonner si les forces diminuent à son âge ; le temps met à tout des pro-

portions; il faut compter sur cela. Je crois pourtant qu'il serait à propos de lui persuader que la hier te trouve mauvais qu'il boive de son urine ec qu'il reste deux jours sans manger. »

M. Desmaze possède une autre lettre de M"" Fel, non publiée encore, qui est une réponse de M^'« Fel, du reste sans intérêt biographique, à une demande de renseignements de l'historien d'Argenville.

Parmi les autres correspondants, il y a des billets de l'évêque de Verdun, à propos d'un changement de séance demandé par le cardinal du Tencin ; des billets du comte d'Egmont, qui donne au peintre rendez-vous à l'Opéra comique pour le mener souper à Passy, sans doute chez la Popelinière ; des billets du duc d'Aumont, de l'abbé Pommyer, de Voltaire; d'une M™* Thellenon, qui, pour remercier La Tour de son portrait, lui écrit : « Mon mari part demain matin et vous ferez, monsieur, très bonne œuvre en me faisant l'amitié de venir dîner avec moi. «

Terminons ces citations par ce fragment de lettre de La Tour, du 6 novembre 1770. a Je viens d'essuyer deux maladies consécutives^ Vunè causée par un accident sur l'œil^ Vautre par une transpiration interceptée dans laquelle il s'est mêlé de la goutte. J'ai vu deux fois mon dernier moment dans Vespace d'un mois. »

M. Mantz me fait observer avec toute usticf' que les relations de La Tour avec Rigaud et Largilliére sont antérieures à la date que je leur assigne. La Tour a eu son logement au Louvre en 1750, sept ans après la mort de Rigaud, trois ans après la mort de Largilliére. M. Mantz me signale,

NOTULES, ADDITIONS, ERRATAS. 529

parmi les amis du peintre, le sculpteur Pajou, au mariage duquel (27 janvier 1761) Latour assiste comme témoin.

Dans son arc, La Tour affectionnait les tours de force. Un jour, ne s' imagina- t-il pas de vouloir faire, avec les détails les plus minutieux, les plus détaillés, les plus précis, le portrait d'une femme habitant la province? Le curieux de ce tour de force, c'est que le portrait n'était pas le moindrement du monde ressemblant. (Mélanges de Suard, vol. L)

Page 1