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Archives de l'Art français. Notice de M.Tardieu

6o L'ART DU XVIII» SIECLE.

tolaire aveugle. La planche s'appelle, dans le catalogue de l'œuvre de Cochin les Chats angola de M'"' la juarquise 'du Deffand (dessinés et gravés en 1746). Un coin de cheminée à côté duquel s'évase une ample bergère aux pieds de bois, aux bras rustiques, aux larges coussins mollets; sous la bergère, un panier à laine, en osier, à l'apparence de charpagne; contre la cheminée, une petite servante, audessus une petite étagère-bibliothèque à trois planchettes de livres; dans l'angle de la pièce, une encoignure avec quelques porcelaines; au fond, dans la boiserie unie et plate, sans ornement et sans moulure, une porte vitrée donnant sur le noir d'un cabinet; et dans l'alcôve qui suit, la tête d'un lit qui paraît recouvert d'une perse à ramages, garnissant également le mur où l'on aperçoit un petit cartel : telle est la chambre à coucher de M'"^ du Defîand ; Chardin n'arrangerait pas plus simplement celle d'une de ses plus simples bourgeoises. Et pour tous habitants, la tranquille pièce n'a que deux chats, deux chats ayant au cou l'énorme collier de faveur qu'ils portent gravés en or sur le dos des livres possédés par

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la marquise : Tun, tout noir, prêt à descendre de la bergère pour disputer à l'autre, tout blanc, une aile de poulet posée à terre sur une assiette.

Cochin avait bientôt ce qu^on appelait a ses entrances » à la cour même et chez M'"" de Pompadour, à laquelle il oiFrait Tépitre dédicatoire des œuvres de Métastase, où il Tavait représentée sous la ûgure de Minerve, protectrice des arts. M""® de Pompadour était alors fort occupée de préparer la position et Tavenir de son frère. Dès 1746, elle l'avait fait nommer à la survivance de la place de directeur et ordonnateur général des bâtiments , alors remplie par M. deTournehemj et, quand plus tard, après les trois ans d'apprentissage et d'étude qu'elle imposait à M. de Vandières pour le rendre digne de sa place, elle pensait à lui faire compléter son éducation de connaisseur par un voyage en Italie, c'était sur Cochin qu'elle jetait les yeux pour servir de Mentor à son goût; et Cochin accompagnait avec Soufflot et l'abbé Leblanc, le futur surintendant des Beaux-Arts « à cette source, comme il l'appelle, où se puise la connaissance des

vraies beautés de l'art ^ » . Les voyageurs partaient le 20 décembre 1749. Us revenaient à la fin de septembre 175 1, Cochin si chargé de notes et si bourré de descriptions, qu'il en remplira trois volumes.

Au retour, Cochin se trouve être l'ami de l'ex-marquis de Vandières devenu M. de Marigny, lié à lui par tous les rapprochements du voyage ; et la faveur que lui accordent le frère et la sœur ne tarde pas à éclater. Presque au débotté, le 27 novembre 175 1, Cochin est reçu par acclamation à l'Académie 5 et Coypel venant à mourir l'année suivante, il est aussitôt nommé garde des dessins du roi (23 juin 1752). La marquise lui ouvre le spectacle des petits appartements, lui en fait exécuter la carte d'entrée badine, se laisse peindre par lui à l'aquarelle, montée sur ce petit théâtre intime et royal de ses talents, dans une représentation d'Acis et Galathée - ; elle le choisit encore pour retoucher à ses eaux-fortes , pour mener au fini l'estampe commencée par elle pour cette

1. Voyage d'Icalie ou Recueil de notes^ par M. Cochin. Jombert, 1769.

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