‹ L'art du luthierChapitre 13 sur 106 · FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FRANÇAISE

vure elle-même , constituent des documents très insuffisants pour déterminer la façon dont on tendait les crins de l'archet primitif. Mais si, comme le dit Fétis, nous devons attribuer à T « immobile Orient d l'invention des instruments à cordes frottées qui ne s'y est pas modifiée depuis des siècles, nous pouvons voir aujourd'hui qu'une simple baguette de bois flexible, aux deux extrémités de laquelle se trouve attachée une mèche de crins, doit avoir été la première manière et la plus simple de construire un archet. Ce que nous montre un joueur de crouth du xie siècle ne nous apprend que fort peu de chose : le personnage,

Fig. 24. — Contrebasse à 5 cordes de MM. Gand et Bernardel.

l'instrument et son archet révèlent un art du dessin bien incorrect et bien primitif.

Ce qui rend particulièrement difficile la représentation de l'archet, c'est

la fragilité et la délicatesse de sa construction qu'il est presque impossible à la sculpture de reproduire.

Les plus anciens archets que j'aie pu examiner et dont je puisse parler avec certitude étaient du xvf siècle. Ils avaient un mode de tension très primitif: à la tête, qui était très allongée, se trouvait une mortaise, comme aujourd'hui, et un coin y fixait les crins qui étaient au préalable réunis en un petit toron serré par un fil. A l'autre extrémité de la baguette, une autre mortaise, dans le plan de celle de la tête, permettait d'introduire l'autre extrémité des crins munie du même toron et ici, comme à la tête, se trouvait un coin jouant le même rôle que le premier. Une fois la mèche retenue par ses deux extrémités, on glissait dessous une hausse qui se trouvait arrêtée à sa place par un cran dans la baguette. Plus tard, on comprit que cette façon de bander les crins était peu pratique, puisqu'il n'était pas possible d'en régler la tension. On imagina alors la hausse à crémaillère permettant de tendre plus ou moins les crins. Dans ce procédé, la hausse était munie d'une bride mobile et sur le dos de la baguette, un peu plus bas que cette hausse, se trouvait une petite crémaillère en laiton ; le système fonctionnait à la façon d'un serre-joints de menuisier. Les crins étaient fixés à la tête et dans la hausse qui avait également sa mortaise. On les tendait en faisant fléchir la baguette et en engageant la bride de la hausse dans le cran correspondant à la tension voulue.

Vers la fin du xviie siècle, on eut l'idée de faire mouvoir la hausse par un pas de vis passant dans l'intérieur de la baguette et venant rencontrer dans une mortaise un écrou fixé dans la hausse. C'est l'archet de nos jours dont je crois superflu de donner une description spéciale. Remarquons seulement qu'autrefois la cambrure de la baguette était généralement à l'opposé de ce qu'elle est actuellement : elle était extérieure, à la façon d'un arc, tandis qu'aujourd'hui elle est intérieure. La longueur des archets variait aussi suivant les époques. Les plus anciens sont les plus courts d'après les représentations qui en sont parvenues jusqu'à nous. Au xviic siècle, leurs baguettes étaient généralement en bois de Chine (Jean Rousseau), le plus souvent rondes et unies, quelquefois finement cannelées.

On se sert généralement aujourd'hui de crins blancs pour les archets de violon, alto et basse ; les crins noirs ne sont employés que pour l'archet de contrebasse.

Autrefois, les violistes préféraient les crins noirs pouvla viola da gamba^ ce dont témoigne le passage suivant de Jean Rousseau : a II est vrai que i> le blanc est plus doux et qu'il est fort propre pour le dessus de viole,

» mais pour les basses le crin noir est plus propre à tirer le son que le y> blanc. »

Ce fut Tourte le jeune qui donna la dernière perfection à la facture des archets. C'est lui qui en fixa les dimensions et qui fit adopter les hausses à recouvrement ; depuis, rien n'y a été modifié sérieusement. On a essayé des hausses fixes dont le mécanisme de tension était intérieur à la hausse ; on a fait même Tessai d'archets en acier. Mais toutes ces inventions prônées, brevetées, etc., sont abandonnées depuis longtemps et ne sont plus connues qu'à titre de curiosité.

Voici la longueur des archets actuels que nos archetiers modernes construisent généralement en bois de Fernambouc :

Archet de violon, 72 centimètres ; — archet d'alto, 74 centimètres ; — archet de basse, 68 centimètres ; —archet de contrebasse, 64 centimètres.

La largeur des mèches des archets de violon et d'alto est d'à peu près 11 millimètres à la hausse et de 1 centimètre à la tête ; pour le violoncelle, elle est de 13 millimètres à la hausse et de 11 à la tête ; pour la contrebasse, de 17 millimètres à la hausse et à la tête.

Je n'ai pas la prétention d'avoir épuisé le sujet que j'ai essayé de traiter dans cette courte notice. J'ai simplement voulu marquer les étapes parcourues depuis les temps anciens jusqu'à nos jours par un art qui s'est condensé en quelque sorte dans le quatuor actuel, c'est-à-dire dans une série de quatre instruments d'une même famille, dont je crois avoir démontré la composition incomplète, par suite de la disparition du ténor, mais qui retrouvera certainement la voix essentielle qui lui manque le jour où la simple logique, soutenue par l'autorité d'un homme de talent, en aura fait décider l'emploi.

La notice qui précède a eu pour but de faire connaître au lecteur ce qu'on pourrait appeler la généalogie du violon et des instruments qui complètent sa famille; je vais aborder immédiatement ce qui constitue le fond même de cet ouvrage, Tart proprement dit du violonier (1).

Je commencerai par ce qui logiquement doit précéder Tétude de la construction et je parlerai d'abord des outils, ne faisant qu'énumérer les uns et donnant quelques explications sur les autres, lorsque leur maniement ou leur emploi présente des particularités intéressantes.

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