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LA CONSTRUCTION DES MOULES

Il y a deux espèces de moules : le moule en dessus et le moule en dedans. Le moule en dessus représenté plus loin par la figure 51 et dont je vais m'occuper d'abord, est au violon ce que la forme est à la chaussure. On me pardonnera cette comparaison vulgaire, mais qui a du moins l'avantage d'être claire. C'est sur ce moule qu'on appliquera les éclisses, après l'avoir au préalable garni de ses deux tasseaux et de ses quatre coins, qui sont destinés, avec les contre-éclisses, à donner une assise plus complète aux bords du fond et de la table et à servir en quelque sorte de fondation à l'instrument.

D'après ce que je viens de dire du moule en dessus, on voit combien il est important qu'il soit établi dans de bonnes conditions de rectitude, sur un dessin irréprochable et avec d'excellents matériaux.

Pour construire ce genre de moules, on dressera et mettra d'épaisseur un morceau de bois de noyer, d'érable uni ou de hêtre. Il est important que ce bois sort très sec et bien de fil. On lui donneraO lignes d'épaisseur sur 44 pouces 9 lignes de longueur et 9 pouces 4/2 de largeur. Cela fait, on tracera au centre un trait que l'on reportera sur l'autre face; puis on présentera sur ce morceau ainsi préparé le contre-moule dont j'ai parlé précédemment, en observant de le poser bien au centre afin qu'en le renversant pour faire ensuite la seconde moitié du tracé, on puisse avoir les deux côtés exactement semblables. Puis on tracera la place des tasseaux et des coins. Les tasseaux auront 7 lignes d'épaisseur et 2 pouces de largeur; les coins auront 7 lignes d'épaisseur et 4 pouce de largeur.

Lorsque tous ces préparatifs auront été terminés, j'engage celui qui construira le moule à le faire chantourner dans une scierie avec une sauteuse rectiligne^ ce qui abrégera singulièrement la besogne. Il aura la

précaution de faire scier à l'intérieur du trait du tracé, de façon à ce que le passage de la scie représente l'épaisseur de l'éclisse. Ce sera le contraire lorsqu'il fera chantourner le moule en dedans. II aura du même coup le moule et ses contre-parties des côtés. Quant aux contre-parties des tasseaux et des coins, elles seront faites en bois de fil, c'est-à-dire prises dans le sens du travers et seront naturellement de l'épaisseur du moule lui-même. Inutile d'insister sur le parti qu'on peut tirer de ces chutes déjà ajustées au moule.

Il n'y aura plus, pour finir le moule, qu'à effacer les stries du passage de la scie et à y percer les huit trous nécessaires pour recevoir les griffes des happes.

Si on n'avait pas la possibilité de faire scier mécaniquement, on serait obligé de le faire à la scie à chantourner, puis de finir au canif, à la lime, au ratissoir et de construire par le même moyen les contre-parties des tasseaux, des coins, des CC, etc. Il est essentiel, dans tous les cas, que la coupe des contours soit exactement d'équerre par rapport aux deux faces du moule, sans ressauts ni méplats et que les contre-parties s'ajustent parfaitement.

Si on veut construire un moule en dedans, on le tracera et on le découpera dans un plateau d'un bois analogue à celui du moule dont je viens de parler. On devra y ajouter une frette en feuillard à chaque extrémité de manière à prévenir les fentes que la sécheresse ou l'effort du serrage des CC par le coin central pourraient déterminer. On lui donnera 13 lignes 1/2 d'épaisseur avant de le faire découper; mais après, on réduira progressivement l'épaisseur de son devant d'une ligne (2 millimètres) que l'on prendra également sur chacune des deux faces, de façon à avoir un montage absolument régulier par rapport au plan central d'épaisseur, ce qui ne se fait pas généralement, mais bien à tort, pour la construction du moule en dessus, où souvent on ne baisse que sur le côté du fond ou celui de la table.

Tous les instruments bien faits ont une différence de hauteur entre le devant et le derrière des éclisses. C'est une loi de perspective qui s'impose ; si on la transgresse et si on donne une élévation égale au devant et au derrière, cette dernière partie étant plus développée, parait plus étriquée, plus étroite, et le devant paraît trop large. A qui devons-nous ce raffinement d'architecture? Je ne saurais le dire, car j'ai vu et je possède encore des violes très anciennes construites sur ce principe.

Voici du reste les différences de hauteur d'éclisses entre le devant et le derrière généralement adoptées pour les instruments du quatuor à cordes :

1 ligne pour le violon ; 1 ligne 1/2 pour Talto; 2 lignes pour le ténor (4);

3 lignes pour le violoncelle et 20 lignes pour la contrebasse.

La construction des nnoules des gros instruments (ténor, violoncelle et contrebasse) est un peu différente de celle des moules d'un violon ou d'un alto. En effet, pour pouvoir monter d'équerre un jeu d'éclisses de violoncelle, par exemple, on est obligé d'avoir un moule et des contre-parties très épais. Afin d'éviter le poids considérable qui résulterait d'un moule massif (il s'agit du moule en dessus), on en fait deux qui ont chacun 2 centimètres d'épaisseur et on les met l'un sur l'autre en laissant entre eux un espace dont l'écartement est maintenu par deux traverses qui permettent cependant de laisser la place nécessaire au collage des contre-éclisses.

La figure 50 représente un moule de basse de viole construit d'après ce

principe.

Fig. 50. — MoiTi.E d'l'NE basse

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