INSTRUMENTS MONTÉS EN L'AIR
Ce système de montage, abandonné aujourd'hui, dispensait le violonier d'avoir un moule; mais il exigeait de sa part une certaine habitude et une grande habileté de main. Comme instruments montés par ce procédé, j'ai vu des violons anciens de Mirecourt, quelques violons allemands, des vielles très anciennes et un petit nombre de violoncelles.
Pour monter un violon en Vair, voici comment on procédait : le fond chantourné, fini de contours, rogné d'équerre servait de modèle. On y pratiquait une rainure à une certaine distance du bord, comme si on avait voulu fileter l'intérieur. Cette rainure était assez large pour recevoir l'épaisseur de l'éclisse que l'on devait y insérer après le collage des tasseaux. Le tasseau de devant était généralement muni de son manche auquel il était attenant étant fait du même morceau de bois. Deux
rainures latérales y étaient pratiquées; elles étaient destinées à recevoir le bout des éclisses du devant. Quand cet échafaudage était collé et sec, on posait, pour son acquit de conscience, quelques semblants de contre-éclisses ou sinnplement des bandes étroites de toile afin d'empêcher la disjonction; mais, le plus souvent, il n'y avait de contre-éclisses qu'à la partie attenante à la table. Quant aux coins, on s'en passait.
Le fond de ces instruments ne pouvait être fileté, car les deux rainures se seraient rejointes et les bords se seraient détachés. Il convient de dire que cette façon de construire ne s'employait que dans la lutherie commune; car elle produisait des instruments peu solides, mal d'aplomb, et auxquels il était très difficile de faire des réparations. Elle parait avoir été abandonnée vers le commencement du xix^ siècle.
Je n'ai jamais vu d'instruments italiens faits parce procédé.
Avant d'aborder celte étude, je tiens à présenter une simple observation. Le litre de celle partie de mon livre indique que je vais parler de la construction du violon. Tai pris en effet cet instrument pour type, mais les règles que je vais énoncer, les conseils que je vais donner s'appliqueront également à la construction d'un alto, d'un ténor ou d'une basse, ces instruments ne différant du premier que par leurs dimensions. Enfin, je dois prévenir le lecteur que les procédés que je décris sont inspirés de la pratique des ateliers parisiens et de mon expérience personnelle ; on y chercherait en vain les secrets d'une fabrication assez répandue aujourd'hui et qui consiste à confectionner des violons comme des boîtes de fer blanc ou des bicyclettes, avec les ingénieuses ressources de la machinerie moderne.