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LES ÉCLISSES

Je suppose que les éclisses ont été sciées à peu près d'épaisseur et qu'il n'y a plus qu'à les débiter de long et de large. Pour le faire exactement et sans perte, on prendra, à l'aide d'une bande de carton mince, le contour de chaque partie : celui du devant allant du centre du tasseau de devant à la pointe du coin; puis le contour du C; ensuite celui du centre du tasseau de derrière allant à la pointe inférieure de ce C. Ces trois longueurs serviront au débit des éclisses ; il faudra avoir cependant la précaution de laisser un peu de longueur en plus. Mais avant de débiter de long et de large, il faut raboter ces éclisses en bandes, les égaliser d'épaisseur et les ratisser.

On comprendra en effet que si ces parties étaient débitées d'avance, ce travail délicat présenterait des difficultés spéciales, en entraînant une ^^'^-^'^-^^''''^'''^^^ '•''^''' ""^^ '''' ''''''^^^

^ ' KT SES CONTRK-PARTIKS.

perte de temps inutile.

L'érable onde, communément employé aujourd'hui, ne se coupe bien qu'en travers. Sa contexture présente à la surface, quand il est sur maille, des alternatives de bois de fil et de bois debout qui prédisposent l'outil (gouge ou rabot) à faire sauter des éclats d'autant plus profonds que le bois est plus richement onde. Cependant, comme il n'est pas possible d'amincir et de régler des éclisses en les prenant par le travers, il faut se résoudre à les travailler en long et cela sans y faire d'éclats, ce qui est de toute nécessité, car l'épaisseur faisant défaut il serait impossible de faire disparaître ces éclats, de les rattraper, comme on dit en terme de luthier. Pour réussir cette opération, je conseillerai d'avoir une planche de tilleul ou de peuplier de 20 centimètres environ de largeur, de 3 centimètres d'épaisseur et d'une longueur allant de la griffe de l'établi à son extrémité

opposée. On dressera celle planche exactennent dans les deux sens, car c'est sur elle que reposera la feuille d'éclisse à raboter. On la butera à la griffe par une de ses extrémités et par Tautre on la fixera au moyen d'une presse mise la vis en bas et qui pourra retenir, en môme temps, la cale maintenant Téclisse et la planche. Ainsi maintenue, cette feuille résistera sans se déplacer aux efforts de traction du rabot. Le rabot dont on se servira sera à dents, le biseau en dessus; on lui donnera très peu de fer. Il faut avoir le soin de souvent changer de face et de bout Téclisse sur laquelle on opère, et éviter surtout de laisser s'introduire les copeaux entre la planche et redisse, ce qui causerait des inégalités. On ne rabotera jamais en remontant vers le point d'attache de Téclisse; ce serait tout compromettre. Le parement ne sera terminé au ratissoir, que lorsque l'épaisseur sera entièrement régularisée (1).

Lorsqu'on aura ainsi préparé les éclisses, on reprendra le moule qui est garni de ses tasseaux et de ses coins non terminés, et on affleurera ces derniers au rabot du côté où ils sont de niveau avec la surface du moule; puis on leur donnera la forme extérieure et définitive en présentant bien à sa place les contre-moules, véritable gabarit dont on tracera à la pointe tous les contours sur les coins et les tasseaux ; enfin on chanfreinera jusqu'au trait avec le canif, et on terminera au ciseau, à la gouge et à la lime, en évitant les éclats et en consultant souvent l'équerre.

Pour débiter définitivement les éclisses d'un violon, on se servira des bandes de carton dont j'ai parlé plus haut ; on tracera au crayon sur Je €ôté qui aura été ratissé et on coupera au canif et à la règle suivant la largeur dont on a besoin. Cette largeur sera de 15 lignes pour le violon. Il faut couper plutôt long que court et terminer les bouts d'équerre. Pour régulariser la largeur on se servira de la varlope sur le bois à dresser.

Les éclisses ainsi préparées seront étalées sur l'établi afin qu'on en dispose les ondes d'une façon symétrique sur les deux côtés de l'instrument. Il sera bon alors de faire un signe au crayon sur chaque parement, de manière à éviter les erreurs dans le sens du ployage.

(1) Pour un môme instrument du quatuor, l'épaisseur des éclisses peut varier suivant les auteurs, et aussi suivant la nature du bois employé. C'est ainsi que lorsque les ondes de l'érable sont très vives, le bois étant plus rétif et plus cassant, on tient les éclisses plus minces de manière à obtenir facilement les courbes d'un faible rayon sans s'exposer à une rupture. Il n'y a donc rien d'absolu dans l'épaisseur des éclisses ; voici cependant les plus ordinairement employées par la facture moderne :

Violon, i millimètre faible. Violoncelle, i millimètre fort.

Alto, i millimètre. Contrebasse, 2 millimètres faible.

Les éclisses sont généralement sciées à une ligne d'épaisseur (2 millimètres fort).

Le fer à ployer (Kig. 53), étant chaud à point, sera fixé à Texlrémité de l'établi en posant le valet sur son manche et en interposant une cale entre ce manche et rétabli ù une certaine distance du point d'appui, ce qui lui fera

Fig. 511 — Fkr a PLovEd.

relever un peu la tête et le maintiendra solidement à sa place. Cette cale portera une entaille dans laquelle se logera le manche de fer pour éviter tout déplacement latéral.

Les éclisses devront être immergées un instant dans de Teau propre, avant d'être présentées au fer et ensuite souvent humectées avec une petite éponge pendant le ployage. Pour empêcher les ondes du bois de se relever sous TefTet de la chaleur, on appliquera dessus, au moment du ployage, une mince feuille d'étain dépassant un peu la largeur de la bande d'éclisse. L'opérateur agira prudemment en tenant dans la main droite une cale en bois qui servira à appuyer carrément l'éclisse contre le fer et le préservera des brûlures. Pendant l'opération, qui doit être conduite avec soin et sans précipitation, on aura le moule devant soi et on présentera souvent à sa place la partie d'éclisse à ployer afin d'obtenir la courbe voulue. Autre recommandation utile : promener toujours l'éclisse perpendiculairement au fer afin d'éviter le gauchissement.

Les contre-éclisses, qui auront dû être préparées d'avance, devront être ployées dans la même séance, afin de profiter du chaufi^age du fer, ce chauflage étant toujours une besogne laborieuse et délicate. Le degré de chaleur de cet outil est très important : trop chaud, il brûle, noircit et rend cassant le bois qu'on en approche ; trop peu chaud, il ne produit plus d'effet. C'est l'habitude qui fait connaître le degré de chaleur nécessaire pour dilater les fibres du bois sans les torréfier.

On peut remplacer avec avantage le fer à ployer par le fourneau à ployer dont font usage les guitariers (Fig. 51).

LA CONSTHUCTIOiX.

Cet ingénieux instrument, dont j'ai donné la description dans le chapitre des outils, permet de ployer suivant des courbes de tous les rayons et offre en outre l'avantage de pouvoir être maintenu à une température constante, grâce à son mode de chaufTage avec du charbon de bois. Malgré cela, le fourneau à ployer n'est guère employé que par les facteurs de guitares qui n'utilisent pas le fer à ployer. Je n'en saurais donner d'autre motif que cette rivalité qui a toujours existé entre violoniers et guitariers. La raison est ridicule ; elle a cependant prévalu sur les tentatives mêmes d'hommes tels que Gand père et Bernardel qui, après avoir essayé d'introduire l'usage du fourneau à ployer dans les ateliers de Paris, ont du finir par céder, de guerre lasse, devant l'opposition et la routine des ouvriers de Mirecourt. Seul Victor Rambaux refusa de s'incliner et continua à se servir de cet outil jusqu'à la fin de sa carrière (1870).

Les éclisses étant ployées, il faut les coller sur les tasseaux et les coins. Mais auparavant, il ne faut pas oublier de passer au savon sec toute la périphérie du moule, en évitant toutefois d'en mettre aux tasseaux et aux coins. Cette précaution est absolument indispensable afin d'éviter le grave inconvénient qui résulterait d'un collage accidentel de l'éclisse au moule. Pour les moules de violoncelle et de contrebasse, on ajoute même, près des tasseaux, des bandeà de papier savonné à sec de 3 à 4 centimètres de largeur qui isolent l'éclisse du moule.

Les ce se collent les premiers : ils sont fixés au moule et aux coins par des contre-parties qui en ont la forme exacte, moins l'épaisseur de l'éclisse. Ces contre-parties seront serrées par des happes et maintenues jusqu'à la terminaison de la pose complète des éclisses autour du moule.

Les ce étant suffisamment secs, on en rognera les extrémités qui doivent cependant dépasser les coins de la portion qui formera onglet. Cette

Fig. 54. — KoillNKAU A PLOYKH.

opération est délicate, car on doit couper en biais dans le sens de l'épaisseur et d'équerre dans celui de la largeur. De plus, la coupe doit être bien nette et en suivant la courbure du coin, car c'est Texl rémité de l'autre portion d'éclisse qui viendra recouvrir cette coupe en se terminant carrément (Fig. 55).

Pour les autres parties d'éclisses, on commencera à les coller soit par le tasseau du devant soit par celui de derrière, mais on aura préalablement tracé à la pointe sur les tasseaux collés au moule le centre de

Fig. 55. — MON'IWGE DIN MOL'LK KN DKSSl'S.

l'instrument marqué par une ligne qui permettra de placer les éclisses de derrière, de façon que leur joint soit bien au milieu et donnera un repère pour la pose du fond et de la table. Ces deux portions d'éclisse seront collées sur le tasseau, maintenues sous une contre-partie et serrées avec une happe. Puis, on les ramènera sur les coins qu'elles devront recouvrir et même dépasser un peu pour permettre de les régulariser comme je viens de le dire. Il est superflu de décrire ces contre-parties dont j'ai déjà parlé à propos de la construction d'un moule.

S'il est indispensable que les dédisses se rejoignent p«Trfaitement sur le tasseau de derrière, il n'en est pas de même» pour le tasseau de devant. En effet, la place de Tenclavement du manche en enlèvera une certaine portion.

Comme je viens de le dire, il est néressaire que le joint du tasseau de derrière soit bon, puisqu'il reslera visible; mais, s'il y avait un défaut dans ce joint, il serait facile de le dissimuler en y ajustant un filet noirblanc-noir, pareil à celui du lourde Tinstrument.

Comme le moule du violon a 9 lignes d'épaisseur dans toute son étendue, il en résulte que les éclisses qui sont collées sur leurs tasseaux, â l'affleurement d'un côté du moule, dopassent de Tautrecôté de 3 lignes. C'est ce qui permettra de coller, chanfreiner et de finir complètement les oontre-éclisses de ce côté, sur lequel le fond sera collé le premier.

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