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LA MISE D'ÉPAISSEUR

Les bois sont loin d'avoir toujours la même densité et la même résistance. Dans l'érable, la partie près des racines (la patte) est coriace, lourde, mal de fil et difficile à travailler ; la partie médiane, entre les racines et les branches, est plus homogène et généralement bien de fll. Cette partie est incontestablement la meilleure, celle qui se coupe le plus facilement. Quant au bois qui avoisine les branches, il est un peu dans les mêmes conditions que la patte et c'est pour cette raison qu'on l'emploie peu. Le sapin présente à peu près les mêmes différences de qualité : !a partie la meilleure est la portion médiane de la bille. Nous avons vu de

(1) La gouge dont on se sert pour pratiquer cette gorge dans la table d'un violon doit être un segment de 18 miHi mètres d'ouverture environ.

plus, en parlant des fournitures, que Tàge, Torientation et la nature du terrain influent sensiblement sur la densité du bois.

Il est bon de connaître ces considérations diverses au moment de procéder à la mise d'épaisseur du fond et de la lable. En partant de ce principe fondamental que dans les instruments à cordes frottées les vibrations les plus étendues des tables donnent la plus grande amplitude et la plus grande intensité de son, il convient de régler les épaisseurs suivant la qualité des bois employés à leur construction.

Les instruments trop épais en bois ont le son sec, étriqué, pointu et sans portée ; leur sonorité pourrait se comparer à rémission vocale de la lettre é. Par contre, les instruments trop minces ont le son caverneux, mou, voilé et sans brillant. Cette nature de son se rapproche de l'émission de la syllabe ou. Par conséquent, ce sont les instruments dont les parois sont d'une épaisseur parfaitement en rapport de résistance avec les fonctions qu'elles doivent remplir qui donnent la plus large et la plus belle sonorité. Cette qualité de son peut alors se comparer à l'émission vocale de la voyelle a, toute qualité de bois égale d'ailleurs (1).

Les mesures habituelles, dont je donne ailleurs le tableau, ne sont que des généralités que les luthiers habiles modifient suivant la nature et la qualité des bois, en donnant notamment moins d'épaisseur aux bois durs. Mais dans quelles proportions? C'est ici que l'ouvrier doit faire place à l'artiste.

y On commence généralement la mise d'épaisseur par le fond, les contreéclisses du côté du moule où il se collera étant déjà préparées pour le recevoir. On tracera exactement les surfaces plates sur lesquelles porteront les tasseaux, coins et contre-éclisses stvec le compas béquet. Un gabarit des tasseaux indiquera la place et la forme de ceux-ci ; les coins seront tracés entre les extrémités des contre-éclisses, aux quatre côtés.

Il y a deux manières d'opérer. La première consiste à maintenir la pièce d'une main, pendant que l'autre, aidée de l'épaule, manœuvre la gouge. Il est prudent d'avoir préalablement garni le plateau de l'étabU d'un morceau de feutre pour éviter d'écorcher et de fouler la voûte terminée. On bute la pièce à une cheville en bois tendre enfoncée dans un trou de l'établi et dont la saillie est de 8 à 10 centimètres. Lorsque l'établi est placé près d'un mur, une planche peut servir de butée. La seconde

(1) C'est encore une erreur et un préjugé cher à certains artistes de croire que des instruments trop épais deviendront bons en les jouant. Ils sont et resteront toujours aussi mauvais tant qu'ils n'auront pas été modifiés. C'est donc un défaut préférable à celui des instruments aux parois trop minces et qui ne peuvent pas être renforcées.

manière, celle que je préfère, parce qu^elle me parait plus pratique, et qui est d'ailleurs la plus usitée, consiste à préparer deux supports de 5 centimètres environ de hauteur sur une largeur de 6 à 7 centimètres (pour le violon) et d'une épaisseur de 4 centimètres. On fixe solidement ces deux supports sous la place du tasseau de devant et sous celle du tasseau de derrière, après avoir eu soin de les ajuster à la courbure de la voûte. Les deux extrémités de la pièce ainsi posée à 5 centimètres au-dessus de la table de l'établi, sont maintenues chacune sous une cale ayant la largeur du tasseau correspondant et assujettie par deux presses ou happes mises la tête en bas. De cette fa(;on, il sera très facile de faire passer le compas d'épaisseur sans rien déranger, et de vérifier fréquemment l'épaisseur du bois afin de ne pas dépasser le point qu'on veut atteindre. On ne sera pas exposé à rayer la surface de la voûte terminée, puisque la pièce sera immobilisée et, comme on aura les deux mains libres pour manœuvrer la gouge, on travaillera avec une sécurité parfaite et avec toute la précision voulue.

On évitera, en ébauchant à la grande gouge, d'approcher trop près du trait qui limite les parties plates des bords qui doivent rester intactes; c'est en finissant avec les petits rabots qu'on atteindra le tracé.

On commencera par régler l'épaisseur du miheu de la pièce (1), ce qui guidera l'œil pour le devant et le derrière par lesquels on terminera l'opération. L'ébauchage à la gouge terminé, on dégagera la pièce de ses supports pour en finir les épaisseurs aux rabots en la butant à la cheville dont j'ai parlé plus haut et en l'appuyant sur l'établi dont la surface sera toujours couverte d'un morceau de feutre ou de tapis. On ratissera ensuite les petites inégalités et l'on ajustera et collera sur le joint central, du côté de la voûte, 6 à 7 taquets de sapin de 8 à 9 millimètres de côté. On polira au papier n^ 0 et on arrondira le demi bord interne qui est celui du côté des éclisses, en évitant de l'aplatir, car sa section doit présenter la courbe d'une portion de circonférence et n'avoir pas la forme méplate. II faut également que ce bord soit parfaitement régulier dans tout son pourtour.

A ce moment, le fond sera prêt à être collé sur les écUsses qui, de ce côté, auront été dressées et dont on se sera assuré à la règle de la parfaite planéité en travers et en long.

(i) Voir au chapitre des mesures générales.

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