‹ L'art du luthierChapitre 42 sur 106 · L'ACHÈVEMENT DES VOUTES · texte numérisé non relu

L'ACHÈVEMENT DES VOUTES

Après avoir fileté les pièces, on terminera les voûtes avec les petits rabots.

Je conseille d'adapter la pièce dont on façonne les voûtes sur un plateau (1) où elle sera maintenue avec deux ou trois pointes saillantes sans têtes de 3 ou 4 millimètres enfoncées l'une au centre et les deux autres aux extrémités. Ces pointes seront limées plates dans le sens de la longueur du plateau et on devra éviter de les mettre sur une seule ligne et trop au milieu, car en s'enfonçant dans le joint central elles pourraient le faire partir.

Les voûtes se terminent au rabot. Le rabot plat sert à régler les bords.

(1) On nomme plateau une planche de peuplier de 3 centimètres d'épaisseur et qui a la forme un peu amplifiée d'un fond ou d'une table d'instrument.

Quant aux rabots convexes, ils s'emploient de la façon suivante : le plus petit (la noisette) sert pour atteindre le plus près possible de la gorge ; le moyen vient ensuite, et le plus gros sert surtout à mettre d'épaisseur après que la pièce a été ébauchée. On évitera de faire des creux et des bosses ; on tâchera de mener le rabot par des mouvements en rapport avec le sens du bois sur lequelon opère : en diagonale et en travers pour l'érable et en long pour le sapin, en évitant le contre-fil. On se rendra compte souvent, en regardant par le travers, et en se servant de gabarits (1), de la forme que prend la voûte dans le sens de la longueur et dans celui de la largeur, afin d'en modifier ce qui paraîtrait inégal ou non parallèle, et l'on ménagera les flancs qu'on a toujours une tendance, comme je l'ai dit plus haut, à amaigrir.

Quand on aura fini de travailler avec les rabots, on terminera au ratissoir en commençant par la gorge. On se servira, pour cette partie, d'un ratissoir dont la forme aura la courbure voulue ; puis on continuera avec les ratissoirs plats et flexibles, en faisant mordre en diagonale autant que possible, et en faisant disparaître les ondulations produites par le rabot, inégalités qui s'aperçoivent facilement lorsqu'on travaille à la lumière d'une lampe.

Cette dernière opération est le triomphe des ouvriers de Mirecourt qui arrivent, par l'habitude, à régulariser les surfaces des plus médiocres instruments, sans laisser la moindre ondulation, ce qui est d'autant plus nécessaire pour la vente des instruments inférieurs qui sortent de leurs mains, que l'apparence fait tout.

Pour la hauteur des voûtes des instruments du quatuor, je renvoie le lecteur au chapitre des mesures générales. Je puis dire ici, en passant, que ce sont les mesures des violons de Stradivarius qui sont généralement adoptées dans les meilleurs ateliers.

LA CONFECTION DE LA GORGE ET LA (c RAGREYURE ^

Les filets étant encastrés et secs, la partie la plus délicate du travail commence et c'est là que s'éprouve le mieux l'habileté de main du violo*

(1) Ces gabarits s'établissent sur des plancijettes do bois de 2 niilliniêtres d'épaisseur, de la même facjon que les modèles pour les contours, en ayant soin de relever les courbes sur les instruments les plus remarquables. Ils ne font que la n)oitié de la voûte complète.

nier. II s'agit de creuser à la gouge (1) et en suivant le cxDntour de la pièce, à une certaine distance du bord, une gorge dont la courbure en

creux doit se marier avec celle en saillie de la voûte. Cette gorge est très difficile à obtenir nette, sans éclat et surtout sans que les reprises de Toutil soient visibles. C'est dans le sapin de la table que cette difficulté de couper net s'accroît par la différence de densité du bois de la nrioelle à la côte. Les ouvriers habiles n'ont pas l'habitude de trousquiner la distance qui doit exister entre le bord extrême et le commencement de cette creusure ; l'oBil seul les guide et ils prétendent que le trait du troussequin, si petit qu'il soit, fte voit toujours. Celte distance est nécessaire pour permettre d'arrondir le bord suivant une courbe dont l'intersection

^'^' ^^' It^G^o^R'îfE'^^^^ ^'^^""^ ^^^^ ^^'*^ ^^ '^ Sorge sera marquée par

une petite arête amortie. La distance de celte crête jusqu'à l'extrême bord est pour le violon d'une ligne et la profondeur de la gorge d'une 1/2 ligne environ ; je dis : environ, car en lutherie, comme en musique, il n'y a rien d'absolu, et chacun imprime à ce qu'il fait la marque de sa personnalité (Fig. 59).

Page 1