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LA MANIÈRE DE TRACER ET DE PERCER LES OUÏES

Lorsqu'on aura bien mis d'épaisseur et ratissé la table, qu'on aura arrondi la partie interne des bords, on fera au crayon un trait partageant bien exactement cette table en deux parties égales dans le sens de la longueur et on marquera par un petit trait transversal la place du cran interne de Vf. Ce cran servira de repère pour poser le modèle d'/ découpé dans du bois mince (2 millimètres environ) et qu'on appliquera bien à sa place et concordant parfaitement avec la courbure du G correspondant. Puis, avec un crayon bien fmement taillé et dont la mine sera demi tendre, on tracera l'/d' un côté; après quoi on renversera le modèle en le repérant avec soin de Tautre côté et on tracera le second /.

Ces deux tracés étant terminés, on creusera légèrement avec le petit rabot noisette la portion de table qui se trouve à l'extrémité inférieure de la hique de l'/'en venant terminer à zéro vers le trou du bas. Cette légère creusure doit se perdre dans la gorge du bord vers le milieu de 1'/. Avec un ratissoir arrondi, on terminera ce bout d/ curvé, ce qui donnera, une fois l'ouïe ouverte, une grande élégance à la table. Tous les instruments de l'école de Stradivarius ont les /'/traités de cette manière.

Lorsque les //auront été tracés au crayon et que l'allégement dont je viens de parler aura été terminé, on percera d abord les trous du haut et du bas avec un canif étroit, dit canif à découper, qui doit être très effilé et bien affûté. Puis on introduira la lame de celui-ci dans un des trous après l'avoir préalablement piquée dans un morceau de savon sec, de façon à favoriser son passage, qui s'effectuera plus facilement encore si on imprime au manche de l'outil un léger mouvement en avant et en arrière. Pour commencer, on évite d'atteindre le trait; ce n'est que lorsque T/est ébauché dans son entier, que l'on doit le fmir complètement. Il faut que sa coupe soit très nette, parfaitement d'aplomb, et surtout que les pointes des hique,^ haute et basse ne touchent point la portion extérieure de la courbe de 1'/, sans quoi le vernis, la poussière et la colophane en venant

se loger dans cet endroit rétréci, pourraient déterminer dans la production du son des frisementsdont on chercherait peut-être longtemps la cause. Quelques luthiers anciens chanfreinaient intérieurement le bord des// de leurs instruments. C'était même habituel dans Técole des Gaspar da Salo, Magini, etc. Beaucoup de belles basses de violes, ont également leurs ouïes ouvertes avec cette disposition, ce qui leur donne, il est vrai, une certaine légèreté; mais, comme la lutherie classique et moderne s'inspire toujours de la manière de Stradivarius, qui n'avait pas Thabitude de chanfreiner ses ouïes à Tintérieur, je ne saurais mieux faire que de conseiller d'imiter ce maître.

Fig. &\. — OrïKS KT CORDIERS DE VIOLES ANCIENNES.

Dans les instruments du Moyen-Age et de la Renaissance, la place des ouïes est très variable. Au début, ces ouvertures sont au nombre de

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quatre, placées sur les flancs hauts et bas de la table (Fig. 8 et 9) ; plus tard, elles ne sont plus qu'au nombre de deux. Dans certaines violeâ, elles àdnt secondées d'une rosette, ronde ou ovale, découpc^e à jour datis le ftiilieu de la table et à l'extrémité de la touche qui était très courte à cette époque. Les anciennes représentations d'instruments dans les tableaux de l'école italienne nous montrent ces ouïes toujours placées au-dessus du chevalet. C'est ce que nous montrent également les figures de l'Harmonie universelle de Mersenne et de la Musurgia universalis de Kirchef. Ce n'est que plus tard, au xviif siècle, après bien des tâtonnements et sous l'inspiration des grands luthiers italiens, que le cran de l'/fut pris comme point délimitatif absolu de la longueur du diapason.

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