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LE BARRAGE DE LA TABLE

La barre, qui s'adapte à la table longitudinalement, en dedans de l'instrument, sous le pied gauche du chevalet (côté du grave) est destinée à s'opposer à l'afiaissement de la voûte qui n'est pas soutenue de ce côté, tandis que l'âme la soutient de l'autre côté. La barre a une autre fonction : étant élastique, elle renforce en l'arrondissant la sonorité des basses de l'instrument, alors que l'âme tend au contraire, par sa rigidité, à communiquer aux dessus une acuité de son, un dehors et un brillant d'autant plus grands qu'elle se trouve plus près du pied droit du chevalet sans cependant être directement au dessous.

On se servira pour faire la barre d'un morceau de sapin suisse (épicéa). Ce bois, que je préfère à tout autre, ne saurait être ni trop franc, ni trop droit, ni trop sec; il faut, de plus, qu'il soit tout à fait sur maille dans le sens de sa hauteur qui se trouvera par conséquent être celui de la table. Certains violoniers emploient le sapin du Nord ou des Vosges. Victor Rambaux, mon maître, prétendait qu'il y a entre les barres en sapin ordinaire et celles en épicéa, la même différence qu'entre le fer et l'acier. J'ajoute que les barres en épicéa, étant beaucoup plus légères, ont moins d'inertie et laissent vibrer la table avec plus de liberté.

La barre d'un violon a généralement 40 pouces et 6 lignes de longueur sur 5 hgnes de hauteur et 2 lignes d'épaisseur. On doit commencer par la débiter à la hache, de façon à l'avoir tout à fait de fll ; on la met ensuite d'épaisseur et de largeur à la varlope en la laissant toutefois un peu plus longue, de façon à pouvoir la rogner encore et en arrêter les deux bouts ttès nets.

Lorsque la barre aura été ainsi préparée, on en déterminera la place

par deux petits traits en retour d'équerre sur la partie de la table où elle devra être ajustée et collée.

Pour ajuster la barre, on posera la table sur l'établi et on présentera la barre de champ à sa place. A une de ses extrémités, un signe quelconque au crayon marquera le sens dans lequel elle sera ajustée. On ouvrira alors un compas en donnant à ses branches un écartement représentant le vide qui existe entre la partie la plus creuse de la voûte et la barre; puis, en faisant porter une des branches du compas sur la table et Tautre sur la surface de la barre, on tracera, d'un bouta l'autre, un léger trait qui représentera assez exactement la forme de la voûte et qui indiquera le bois à enlever pour que le champ de cette barre puisse s'adapter exactement sur la table. Pour terminer lajustage, on observera que la table étant curvée dans deux sens, une partie du champ de la barre devra être moins haut que l'autre, afin que celle-ci soit parfaitement d'aplomb, une fois ajustée et ne déverse ni d'un côté ni de l'autre.

La barre, qui fait en quelque sorte fonction de ressort, doit forcer, dans une certaine mesure, de façon à contrebalancer et l'effort de la pression des cordes sur le chevalet et la tendance de l'àme à gauchir et à déprimer

Fig. C2. — Table terminée et potrvue de sa barre.

la table du côté du grave. C'est là une affaire de tact et d'habitude du violonier habile qui doit aussi savoir faire produire à l'instrument le •maximum de sonorité par tous les moyens possibles (1).

(i) J'ai toujours désapprouvé la tendance de certains luthiers à forcer outre mesure le barrage. Cet appui insolite, ce soulèvement factice qui fait saillir la bique supérieure

Pour les instruments neufs dont les surfaces sont unies, la voûte et les épaisseurs normales, barrer est un travail assez simple ; mais lorsqu'on doit opérer sur des vieilles tables criblées de dépressions et couvertes de doublures qui viennent augmenter le nombre des inégalités, le travail devient très difficile et il faut autant de patience que d'habileté pour bien faire adhérer ce soutien, pour le faire forcer régulièrement et pour obtenir que son collage soit parfait.

Afin de s'assurer si toutes les parties portent exactement, on fera basculer lentement la barre en la maintenant à chacune de ses extrémités par le pouce de chaque main. Si elle s'applique sans mouvement de déhanchement, alors qu'on l'appuie sans forcer alternativement de droite à gauche et vice versa, ce sera la preuve qu'elle porte également partout. Si le contraire se produit, c'est-à-dire si la barre oscille, c'est que des parties trop saillantes la font déverser tantôt d'un côté et tantôt de l'autre et qu'il y a, par conséquent, des retouches à faire dans ces endroits-là.

Lorsque l'ajustage paraîtra exact, on donnera, bien à plat, un léger coup de lime qui fera disparaître les petites côtes produites parle canif et on se disposera à coller la barre à sa place.

Voici comment on procédera à cette opération :

On se servira pour presser la barre contre la table de pince-barres, nom qui indique bien la fonction de l'outil (Voir la figure 35 au chapitre des outils), mais, avant tout, il faudra tailler le champ supérieur de la barre ea dos d'àne, ce qui se fera de deux coups de canif, un à droite, l'autre à gauche, de façon à ce que le serrage de la pièce se porte sur le centre et non sur une arête, ce qui la ferait déverser inévitablement et rendrait par conséquent le collage défectueux (1).

Le nombre des pinces ou presses à mettre au serrage d'une barre ne peut guère s'indiquer. Cela dépend de l'état de la table, du forçage, du genre de voûte, etc. Je ferai remarquer seulement qu'une table alourdie par tous ces outils qui l'étreignent devient très fragile et c'est pour cela que je conseillerai, afin d'éviter des accidents, de mettre cette table barrée sur un plateau en attendant que la colle sèche.

de Vf hors de la surface de la table, ce qui est de plus disgracieux, présente de plus le ^Tftve inechavéaieDt de rendre Ténaission du son difficile pajr la eoitti^ainie qae subH 1% fil fe \fûi^

(1) Dans quelques aiel»ers, on emploie actueNement, pour ooller les havres, ées presses à longues mâchoires. Ce procédé a ses avantages et ses inconvénients ; en tout cas, il dispepse cJq tjiiller le dessus d^ la barrQ en dos d'âne, puisque ce dessus reçoit le bout <te. Iji vis.

On devra aussi se munir d'une règle plate et mince que Ton interposera entre la surface de la table et la branche inférieure de la pince. Sans cette précaution, la compression considérable de cet outil ferait des éraflures et des dépressions à la table. Avant de coller, on mettra tout en place : règle, barre et pince, de façon à ne pas avoir de surprise au dernier moment, car la colle, ainsi que je l'ai dit, n'attend pas. Dès que celle-ci sera prête, on fermera les fenêtres pour que l'air ne la fasse pas figer trop vite, on chauffera légèrement la partie de la barre qui devra la recevoir et on appliquera celle-ci demi épaisse. Je recommande de se servir de colle neuve et d'en mettre un peu plus sur les parties curvées, qui procè* dent un peu du bois debout et qui, par conséquent, en sont plus avides.

Le collage de la barre a une importance sur laquelle il serait superflu d'insister. On terminera l'opération en lavant légèrement avec un pinceau et de l'eau chaude les bavures de la colle. Lorsque celle-ci sera sèche, on terminera la barre et on réglera sa hauteur, en abaissant un peu là portion correspondant aux flancs hauts et bas, comme on peut le voir dans la figure 62 (1); on arrondira son champ à ses deux extrémités; oiî abattra un petit congé sur lequel on mettra une goutte de colle que l'on étendra jusqu'à la table afin d'empêcher le décollage des deux bouts ; enfin on arrondira la portion interne des bords, comme on l'avait fait pour le fond et on sera prêt pour tabler.

Tout ce travail de finition se fera au rabot, à la lime et au papier de verre.

LE DÉMOULAGE ET LE TABLAGE

Avant de procéder à l'opération du tablage, il faudra naturellement enlever le moule sur lequel on a construit l'instrument. Ce travail est simple; encore faut-il y procéder avec quelques précautions pour éviter les avaries.

On prendra un ciseau dont la largeur n'excédera pas celle des tasseaux et des coins ; on en présentera le taillant dans le joint, le côté plat du côté du moule; par des coups de marteau secs et légers, on détachera successivement les tasseaux et les coins du moule, auquel nous avons dit plus haut qu'ils sont adhérents par une simple goutte de colle, et on fera ainsi sortir le moule, carrément et sans rien abîmer.

(1) Quelques luthiers, Rambaux en tête, n'efflanquaient pas leurs barres, prétendant que ce soutien, étant donné son peu d'épaisseur, ne doit pas être affaibli vers la partie qui fatigue précisément le plus.

Lorsque le moule aura été extrait de Tintérieur de Tinstrument, on collera les contre-éclisses du côté de la table où elles n'ont pu être mises auparavant et on taillera et finira les tasseaux en se servant du gabarit dont j'ai déjà parlé. Les contre-éclisses seront traitées comme celles du fond : on les affleurera au rabot de fer et à la lime. Ensuite on encollera le bois debout des coins et des tasseaux, après quoi on arrondira et polira les bords extérieurs du fond, ceux de la table (des deux côtés) et on sera prêt à tabler.

On vérifiera une dernière fois Tintérieur de l'instrument pour s'assurer que tout est bien et on profitera de ce qu'il est encore ouvert pour coller à sa place, sur le fond, l'étiquette traditionnelle, celle-ci se posant en face de l'ouïe de gauche (côté du grave) et en suivant la direction de Vf,

Pour tabler, on procédera de la même manière que pour adapter le fond sur les éclisses. Je crois donc inutile de me répéter. La seule modification consiste dans l'emploi d'une colle très légère en prévision de l'éventualité d'un détablage nécessité par une réparation ou par un rebarrage.

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