LA CONFECTION DU MANCHE
Les manches des instruments du quatuor qu'on fabrique actuellement sont toujours en érable. Il convient de choisir un bois dont les ondes ont le plus d'analogie avec celles du fond et des éclisses, et on le dispose de manière à ce que ces ondes s'inclinent vers le fond de l'instrument. Ce détail était souvent négligé par l'ancienne lutherie italienne, surtout dans ses produits de deuxième ordre pour lesquels elle employait également le bois de poirier qui se coupe et se sculpte facilement. Quelques basses et violons des grands maîtres, même de Stradivarius, ont dés manches de ce bois.
J'ai vu beaucoup d'instruments, notamment des basses d'André Guarnerius et de bien d'autres, dont les têtes étaient en hêtre, en cormier et même en noyer. Mais, comme je viens de le dire, aujourd'hui tous les manches se font exclusivement en érable plus ou moins onde, plus ou moins riche. Les qualités de ce bois justifient suffisamment son emploi ; il est en efiet ferme et peu exposé à se fendre par suite de la disposition enchevêtrée de ses fibres, ce qui permet au chevillier, relativement délicat, de subir sans danger le forcement des chevilles et le tirage des cordes.
(1) On comprend sous le nom de manche : la poignée, le chevillier et la volute réunis.
Maugin, dans son petit Manuel du luthier (Encyclopédie Roret), donne sur la confection d'un manche de violon une explication assez claire. Je la reproduis ici avec quelques indications complémentaires.
On prend un morceau de plane (érable) de dix pouces de longueur ; on le dresse bien à la varlope d'équerre sur quatre faces. Deux de ces faces doivent avoir 20 lignes de largeur et les deux autres, qui deviendront les côtés du manche, 28 lignes. Ce morceau ainsi préparé, on pose le modèle du manche sur une de ses faces de côté, celle de 28 lignes, et on trace bien exactement ses contours au crayon (Voir la figure 25 de Roret).
Avec l'équerre, on tire sur les quatre faces, un trait transversal, en commençant au point G qui est l'endroit où commencera le chevillier, et l'on mesure, à partir de ce trait, en allant vers l'extrémité opposée du manche, une longueur de cinq pouces quatre lignes qu'on marque par un point. Cette longueur est celle du manche à partir du chevillier, jusqu'à l'extrémité qui doit s'enclaver dans le corps du violon et qu'on appelle le pied.
Prenant de nouveau l'équerre, on tire encore un trait transversal sur le point qu'on vient de marquer et l'on continue ce trait sur toutes les faces du morceau.
On prend alors le troussequin, on donne à sa pointe dix lignes d'ouverture et on tire sur les deux faces étroites du morceau, et dans toute sa longueur, un trait qui le partage en deux parties égales.
On prend ensuite un compas auquel on donne une ouverture de cinq lignes et demie, on pose une de ses pointes sur la ligne qu'on vient de tracer, juste au point où cette ligne se trouve coupée à angle droit par celle qui a été tracée transversalement au point G, et l'on marque à droite et à gauche, sur la ligne transversale, deux points qui se trouvant éloignés chacun de 5 lignes 1/2 de la ligne médiane, sont séparés l'un de l'autre par un écartement de 11 lignes. Ces 11 lignes représentent la largeur du manche à la naissance de sa poignée et celle du sillet qui se trouvera à cette même place.
Avec le même compas auquel on a donné cette fois une ouverture de 7 lignes 1/2, on marque sur la ligne transversale qu'on a précédemment tracée au bas du manche et de chaque côté de la ligne qui partage le manche en deux dans sa longueur, deux points qui sont séparés par une distance de 15 lignes. Ces 15 hgnes représentent la largeur du manche à son pied.
Lorsqu'on a terminé le tracé de longueur, de largeur et de contour, on coupe le manche de longueur à la ligne transversale du bas et on le chan-
tourne à la scie (1), en laissant une certaine distance entre le trait et le passage de la lame, de façon à pouvoir recaller au ciseau, au canif, à la lime et terminer définitivement sans laisser de bosses au contour de la volute qui doit tourner régulièrement sans ressauts ni méplats.
Reprenant le troussequin dont la pointe a encore 10 lignes d'ouverture, on retrace la ligne centrale sur la partie du manche qu'on vient de chantourner depuis A jusqu'à E, ce qui indiquera la place de la nervure centrale. On trace ensuite à la pointe et avec une règle deux lignes droites partant des deux points qu'on a marqués à la hgne transversale qui sépare le cheVillier du manche (sillet) et allant rejoindre les deux autres points qu'on a également marqués au bas du manche. On fixe alors la pièce sous le valet et sous une cale, on enlève à la scie, de chaque côté du manche, tout ce qui est en dehors de ces deux hgnes qu'on vient de tracer et Ton prolonge les deux traits de scie jusqu'à la ligne pointée K E. (Voir figure numéro 33 Roret). On peut alors finir plus facilement le dégorgement du cou.
II reste à faire la volute. On trace exactement les spires de celle-ci avec un modèle (gabarit).
Le tracé de la tête est plus difficile à obtenir que celui d'une table ou tfun fond, parce qu'on n'a plus à faire à une surface plane dont il est toujours facile de suivre les contours, mais bien à une coquille étagée.
Voici comment on procède généralement : après avoir enlevé les chevilles, on applique d'un côté (droit ou gauche) la volute sur une feuille de papier et l'on trace avec un crayon préparé comme pour le tracé des tables, le contour de cette volute et de son chevillier. Ensuite on complète ce tracé du contour en y imprimant avec le gras du pouce les spires de la volute sur cette même feuille de papier et on rectifie au crayon les manques et les défauts. On colle ce tracé sur une planchette en érable qu'on découpe soigneusement et on indique la continuation des spires de la volute, au moyen de petits trous partant de la gorge et venant aboutir au bouton terminal. Ces petits trous permettront d'y introduire une pointe destinée à marquer le tracé sur le bois de la tête et à guider l'ouvrier dans son travail (Fig. 49).
On obtiendra le tracé de la largeur de la tête et de la coulisse, en introduisant sous la volute une bande de papier qui en fera le tour jusqu'au talon. On pourra ainsi (toujours par le môme procédé d'impression avec le pouce) prendre la largeur, la nervure centrale et le développement
(1) En fabrique, ces manches sont généralement chantournés à la scie mécanique, dite sauteuse.
entier de la tête. On opérera d'une façon analogue pour tracer le chevillier.
Une fois le modèle tracé sur le bois, on ébauche en donnant d'abord deux coups de scie à la moitié du premier tour de la volute, et l'on continue à la gouge (1) en ménageant toujours sur le bord de la volute la largeur du chanfrein qui se fera à la fin du travail. Une fois les deux côtés ébauchés (car on doit toujours opérer parallèlement), on donnera quatre légers coups de scie qui entoureront le bouton et faciliteront le dégagement des spires terminales. On réserve toujours la largeur du chanfrein dont je viens de parler et qui doit border toute la tête d'une façon régulière et ininterrompue. Il faut éviter de trop creuser le flanc des spires et regarder souvent sou manche dans tous les sens et surtout de face, afin de s'assurer si en coupant à la gouge on n'a pas trop plongé ; car, pour qu'un manche soit bien fait^ il faut non seulement que la volute tourne sans s'arrêter et gracieusement, mais aussi qu'en regardant ce manche de face, les deux boutons donnent l'impression d'une cheville cylindrique qui traverserait la tête.
On termine la volute à l'aide de ratissoirs arrondis à la courbe voulue.
On continue la confection du manche par l'évidement intérieur de ta tête (la mortaise). On en trace les joues au compas béquet, on fixe le manche sous le valet, en interposant une cale dessus et dessous la poignée, et l'on ébauche d'abord cette mortaise par trois ou quatre trous pas trop profonds faits à la mèche anglaise. Puis, on se sert du ciseau en laissant un peu de talus à la base de façon à ne pas trop affaiblir la portion de bois debout qui tient au manche. Le haut de cette mortaise doit se terminer carrément dians le dégagement du cou, mais sa paroi de ce côté doit remonter obliquement vers le fond, de façon à donner de la facilité à la deuxième cheville.
La longueur de la mortaise sera de 31 lignes pour un chevillier de violon ; l'épaisseur de ses joues au fond sera de 3 lignes 1/2, mais leurs bords n'auront que 2 lignes environ. Cette différence est nécessaire pour que les joues paraissent nwins lourdes sans cependant que leur solidité soit moindre.
Il reste encore à creuser les» dieux cooKsses qui vont siéger l'aspect de la tète et de sa volute. Celles-ci sont paralièles et séparées par une nervure centrale partant du deasocfôr de cette volute pour se terminer au lalon. Elles se fiont g^>érftlei3aent demi cremei' dans les bons ateliers de Paris et
(î) On doit avoir à sa disposition pour ce travail une série de gouges bien affûtées, cWBses, demi» creuBea et demi plâtesf, dont la: gradatîitjn sera en rapport avec tes courbas à obteniir.
c'est, en cela encore, Stradivarius qu'on copie. La facture commerciale les fait plus creuses, ce qui en facilite l'exécution au détriment de l'élégance.
Est-il besoin de répéter que tout ce travail se fait avec des gouges et des ratissoirs de différentes courbes? Le chanfrein, dont on a ménagé la place et qui doit entourer la tête, se fait lorsque celle-ci est complètement terminée et polie. Ce chanfrein est assez délicat à exécuter : il faut qu'il soit d'une régularité absolue, ni trop gros ni trop fin; il doit s'arrêter au-dessus de la place du sillet. La lime demi douce, à mon avis, sera le meilleur outil pour le bien traiter, et la lime à feuille de sauge servira à atteindre les parties curvées concaves du dégorgement du cou et du dessous du chevillier.
En dernier lieu, il faudra ébaucher la poignée et se préparer à l'enclavement.
Malgré la longueur des explications que j'ai cru devoir donner pour faire comprendre la manière de bien traiter une volute, j'engage ceux qui sont soucieux de réussir, à se procurer un instrument de bon facteur ayant une tête bien faite et à s'en inspirer. Cela facilitera certainement la compréhension de tout ce que j'ai dit. Il ne faut pas se dissimuler que la volute est une pièce de sculpture, nécessitant un travail artistique qui se dérobe quelque peu à la description. Il en est d'ailleurs de même pour le corps de l'instrument, et cela est tellement vrai que, malgré les proportions les plus rigoureusement observées, le cachet particulier du travail d'un facteur artiste se révèle de suite au connaisseur qui ne prendra jamais un instrument de fabrique pour un instrument de maître. Et c'est pour cela, soit dit en passant, que je fais fort peu de cas des tracés purement géométriques comme celui de Bagatella.
L'ENCLAVEMENT DU MANCHE
Je vais décrire l'opération de l'enclavement qui consiste à emboîter le manche sur le corps de l'instrument. .
Quelques opérations préhminaires s'imposent afin d'éviter les tâtonnements et les erreurs. Tout d'abord, il convient de tracer au crayon et à l'aide d'une règle plate et flexible une hgne médiane parfaitement exacte allant du haut en bas de la table et passant naturellement entre les ff. Sur cette ligne, on marquera un point central à l'intersection d'une autre ligne imaginaire rejoignant les crans internes des deux ff. Lu première de ces hgnes sera la continuation de celle qu'on aura préalablement tracée
sur le plat et dans l'axe du manche; elle permettra de s'assurer que le manche ne penche ni à droite ni à gauche. Quant au point marqué à Tintersection des deux lignes dont je viens de parler, il délimitera la longueur du diapason, étant dans Taxe qu'occupera le chevalet. Ce sera donc en ce point qu'on mesurera la hauteur du renversement.
Quelques luthiers se fiant sur une grande habitude qui, chez les plus habiles, substitue le coup d!œil aux tracés, négligent d'indiquer la ligne médianedont je viens de parler et se contentent du point. Je maintiens cependant l'utilité de cette ligne, même lorsque les tables sont de deux pièces. En effet, la moindre déviation qui se serait produite lorsqu'on a fixé ces. pièces sur les éclisses, ou bien au moment où l'on a chantourné et rogné, pourrait amener des écarts très sensibles dans le montage des manches. J'en dirai autant pour le fond, dont il est important d'indiquer la ligne médiane pour poser le talon exactement à sa place.
Avant de faire l'entaille dans le tasseau, on ébauchera le manche et on le mettra de largeur d'après le modèle de la touche. Son pied sera entièrement terminé, coupé de longueur bien carrément par rapport à la ligne d'axe qui passe par le milieu de la poignée depuis la nervure de la tête et en tenant compte du surplus de longueur qui sera enclavé dans l'entaille. Le pied sera coupé à l'angle de 85 degrés et non à 90, de façon à ce que le mouvement plongeant que fera le bout du talon du manche pour donner le renversement, n'affaiblisse pas le tasseau outre mesure. On finira à la lime, et pour ne plus y revenir, la semelle du pied sous laquelle on reportera exactement la ligne d'axe. Celle-ci servira à poser le manche bien à sa place et à marquer au compas la largeur du talon, en sa partie la plus large et en sa partie la plus étroite, ce qui permettra immédiatement de terminer entièrement cette partie du manche.
La forme pyramidale du manche, y compris le talon, entraine nécessairement pour l'entaille qu'on va exécuter dans le tasseau une disposition à queue dans tous les sens, très favorable à la solidité de ce manche (1). Mais il faut pour cela que l'ajustement soit parfait, que les quatre joints portent partout et soient, comme on dit en mécanique, à frottement gras. La lime devra adoucir ce que le ciseau et le canif auront laissé d'inégal.
Maugin donne sur ia manière d'enclaver (Manuel du luthier de l'Ency-
(1) Straclivarius procédait difTéremment : ses manches de violons et d'altos, simplement collés à plat sur les éclisses avant de tabler, étaient maintenus et consolidés par trois clous enfoncés dans le tasseau qu'ils traversaient pour aller s'implanter dans le talon. Cette disposition n'avait rien de bien régulier : elle impliquait nécessairement l'usage des touches cunéiformes dont je parle plus loin et qui rendaient le bas des manches si ^ros et si incommode.
clopédie Roret) des indications assez claires qu'on lira avec fruit et que, pour cette raison, je crois devoir reproduire ici :
a Prenant, dit-il, le manche, vous posez son pied sur les éclisses à la T> place qu'il doit occuper, en ayant soin que la ligne centrale qui partage » sa poignée en deux parties égales, se trouve exactement vis-à-vis de la T> ligne que vous venez de tracer sur la table. Prenez de la main droite la i> pointe à tracer, et, en maintenant de la main gauche le pied du manche i> dans la position que je viens d'indiquer, tracez avec la dite pointe deux T& traits qui, partant du talon du fond, viennent finir à la table, marquant » ainsi l'ouverture dans laquelle le pied du manche sera enclavé. Posez le T> manche sur l'établi, et avec le canif coupez, juste à ces deux traits, les y> éclisses et la partie de la table comprise entre eux. Donnez trois lignes » de profondeur à cette entaille, en ayant soin de n'enlever que le bois i> nécessaire^pour que, lorsque vous présenterez le pied du manche dans i> l'entaille, il rie puisse y entrer qu'en forçant un peu. Sans cette précaui> tion, il n'y aurait point de solidité dans Touvrage.
» Quand le pied du manche est ajusté dans l'entaille et qu'il s'élève à » deux lignes juste au-dessus de la table, il faut s'occuper de donner au T> manche la pente en arrière ; c'est ce qu'on nomme renversement -»,
Ici, Maugin semble ignorer l'influence de l'angle des cordes sur la sonorité, car il donne pour motif au renversement une toute autre cause. Il ajoute en effet :
« Celte position du manche sert à faciliter le jeu de l'instrument dans i> les passages où il faut se servir du démancher. Pour s'assurer que le » manche a le renversement convenable, voilà comment on procède :
D La touche préparée, comme nous l'avons dit au chapitre précédent, 3> on la pose sur le manche qui est ajustent mis dans l'entaille comme si » on voulait le coller.
i> Vous tenez de la main gauche le manche et la touche, et prenant une i> règle plate bien dressée, vous la posez de champ sur le centre de la » touche. Vous maintenez encore cette règle ainsi placée avec la main » gauche, et prenant de la droite le pied-de-roy que vous placez debout » sur la table à l'endroit précis où se trouve le point, vous regardez si i> dans cet endroit la règle s'élève de 12 lignes 1/4 au-dessus de la table.
T> Cette élévation de 12 lignes 1/4 est la règle juste du renversement » qui ne peut manquer d'être exacte si l'on n'a pas oublié de donner au » pied du manche les deux lignes d'élévation au-dessus de la table j> (saillie), ainsi que nous l'avons recommandé.
» Si donc en essayant votre renversement, vous voyez que la règle ait
LA CONSTKUCTION.
» plus de 12 lignes 1/4 d'élévation, il faut avec le canif enlever dans Ten- » taille un peu du bois du tasseau du côté de la table et essayer de » nouveau jusqu'à ce que vous ayez enfin atteint la hauteur voulue.
D Dans le cas où la règle n'atteindrait pas les 12 lignes 1/4 de hauteur; » il faudrait enlever un peu de bois du côté de l'entaille vers le talon du y> fond.
» Je crois devoir avertir ici que cette opération est très délicate et que, » nnal faite, elle influe sensiblement sur la qualité de son de l'instrument.
ï> Avant de coller le manche dans son entaille, il faut s'assurer qu'il est D parfaitement droit.
» Pour cela, on a une règle de bois de noyer qui n'a pas plus de cinq i> quarts de ligne d'épaisseur, afin qu'elle puisse plier. Posant donc cette 10 règle sur la ligne que l'on a tracée au crayon sur le centre de la table et » sur le trait central du manche, il est facile de voir s'il penche d'un côté D ou d'un autre, et s'il en est ainsi, on y remédie en enlevant dans l'entaille 10 un peu de bois où la chose est nécessaire pour le redresser ï>.
Les anciens violoniers ne connaissaient pas ce qu'on appelle le renversement du manche, qui a pour but de donner aux cordes l'angle favorable à leur plus grande somme de sonorité. Un document que je cite dans la notice qui est placée en tète de ce livre atteste que cette invention n'apparut que vers la seconde moitié du xviie siècle et qu'elle est bien
Fijj. (xi. — Touche cunéiforme ayant appartenu a un violon de Guarnerius.
française. Antérieurement, onf y suppléait tant bien que mal par une disposition particulière de la touche qui, mince au sillet et très épaisse vers le bas du manche, donnait une inclinaison permettant au chevalet d'être assez élevé pour que l'archet atteigne les cordes extrêmes sans toucher les bords de l'instrument (Fig. 63). Il est vrai qu'on avait des chevalets peu cintrés et qu'on se contentait d'une faible sonorité.
J'ai consacré à la question du renversement un article que j'ai publié précédemment et qu'on trouvera à la fin de ce livre sous le titre de : Quelques considérations sur la Lutherie,
Un trop grand nombre d'ouvriers ont négligé la pratique du renverse-
ment n'en comprenant pas toute l'importance. Voici les conséquences quipeuvent résulter de celte erreur. Si leviolonier a manqué l'ajustement ou s'il a tâtonné et que par suite il a trop enfoncé le talon pour arriver à faire joindre, il se trouvera avoir trop peu de saillie pour conserver la hauteur habituelle du chevalet. Il donnera alors un peu plus de renversement sans se préoccuper du grave inconvénient qui en résultera pour rémission du son.
Si, au contraire, l'ouvrier en enclavant a donné trop de saillie, et si pour aller plus vite il a laissé subsister ce défaut, la hauteur du chevalet n'étant pas modifiée, l'angle des cordes deviendra trop ouvert et l'instrument n'aura ni brillant, ni dehors, ni énergie. On aura beau changer la place de son âme, le bois de son chevalet; toutes ces modifications resteront sans portée ou à peu près.