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LA TOUCHE

Avant de réunir le manche au corps de l'instrument par l'enclavement, on confectionnera la touche.

Les touches actuelles se font presque toujours en bois d'ébène pour tous les instrumenls du quatuor (1). Ce bois, dont la couleur noire fait valoir la teinte du vernis de l'instrument, a encore l'avantage d'être susceptible de recevoir un beau poli, surtout si l'on emploie l'ébène Maurice au grain fin, bien supérieur à celui du Portugal qui a les pores très ouverts, et dont la teinte est souvent inégale et marbrée de taches blanchâtres.

Les luthiers du xvi« au xviiic siècles étaient moins exclusifs que ceux d'aujourd'hui pour le choix du bois employé à la fabrication de leurs

(i) Pour la contrebasse, on emploie quelquefois le palissandre ou le bois de fer qui sont moins coûteux.

touches, car on rencontre d'anciennes violes et d'autres instruments où cette pièce est en cormier, en alisier, en buis, même en érable et plus souvent encore plaquée d'ébène. Les touches portaient fréquemment des ornements : les unes étaient simplement filetées (1), les autres portaient des incrustations d'os, quelques-unes enfm étaient plaquées d'écaillé et enrichies avec des arabesques d'ivoire ou des niellures d'argent. Le Musée du Conservatoire de Paris possède de forts beaux spécimens de ces touches décorées avec luxe.

Les touches anciennes étaient courtes et plates, ce qui s'explique par ce fait que le démancher ne se pratiquait guère autrefois. Il n'en est pas de même aujourd'hui que la virtuosité a tant progressé et que le démancher ne connaît plus d'autre limite que le chevalet. On a été ainsi amené à allonger les touches et à les rendre beaucoup plus convexes afin de permettre aux doigts et à l'archet de l'exécutant d'attaquer les cordes intermédiaires sans atteindre les voisines.

La longueur d'une touche terminée sera de 10 pouces moins 1 hgne; sa largeur sera de 11 lignes, dans sa partie la plus étroite (sillet) et de 19 lignes dans sa partie la plus large.

Pour pouvoir lui donner la convexité voulue, il faudra employer un morceau d'ébène de 5 lignes d'épaisseur. Cette convexité sera, au bout le plus large, l'arc d'une circonférence dont le rayon est de un pouce 8 lignes environ; la convexité de son extrémité opposée correspondra à. une circonférence de un pouce 3 lignes de rayon environ. L'épaisseur de la louche au sillet sera de 2 lignes 1/2 et son épaisseur sur les bords de 2 lignes environ.

Toutes ces mesures ont été relevées sur des instruments sortis des meilleurs ateliers de Paris. La fantaisie des artistes et des amateurs les modifie un peu quelquefois sans que cependant on s'en écarte jamais très sensiblement.

Pour fabriquer une touche, on prendra un morceau d'ébène sain et sans gélivures ; on le mettra d'épaisseur, de longueur et de largeur suivant les mesures que je viens d'indiquer et en se servant d'un modèle en bois mince. On aura la précaution de toujours ménager les traits, afin de pouvoir terminer entièrement la pièce sans être exposé à en réduire les proportions. Lorsque celle-ci sera ainsi préparée, on l'insérera dans une entaille qui la maintiendra fixe et solide, ce qui permettra de l'arrondir

(1) Une touche de ce type, ayant appartenu à un violon de Stradivarius, se trouve au Musée du Conservatoire de Paris.

avec facilité. On aura fait, au préalable, deux gabarits en bois mince, ou mieux encore, en zinc ou en cuivre, dont on se servira pour tracer les deux courbes indiquant la convexité de la touche à chacune de ses extrémités; puis on chanfreinera ces deux tracés, ce qui indiquera jusqu'où le rabot devra aller en arrondissant, sans que pour cela on soit obligé de sortir la pièce de son entaille. Cette entaille se fera avec un morceau de bois de hêtre ou d'érable uni de 5 centimètres d'épaisseur environ, qui sera de 5 centimètres plus long que la touche. L'entaille aura la forme de la touche, mais sera plus large qu'elle de 5 millimètres environ de chaque

Fig. 64. — Entailles pour toiches de violon et de basse

ET modèle de TOL'CHE DE BASSE.

côté. En posant le modèle de la touche sur le milieu du morceau de bois ainsi préparé, on tracera, des deux côtés, deux lignes qui se trouveront donc à 5 millimètres du bord. On donnera deux traits de scie sur les deux lignes marquées, et cela à une profondeur de trois millimètres ; puis, à l'aide du guillaume, on enlèvera le bois qui se trouve entre ces deux traits. C'est dans cette entaille ou coulisse qu'on insérera la touche. Avant de commencer à arrondir celle-ci, on fixera l'entaille sur l'établi, en serrant sous le valet une de ses extrémités réduite à la moitié de son épaisseur et en butant solidement l'autre extrémité à la griffe. Pour pouvoir plus facilement arrondir la touche, on pourra chanfreiner les bords de l'entaille. Revenons à la touche. Il est prudent de laisser à celle-ci un peu d'épaisseur en plus vers la partie étroite, ce qui permettra, au cas où le renversement serait insuffisant, de le régler exactement en enlevant un peu de bois dessous pour faire ainsi basculer la touche. Il faut évider le dessous de la touche, vers le bout large, pour en diminuer le poids inutile. Cetévidement sera en forme de cuiller et pourra commencera 2 pouces 6 lignes environ de son extrémité ; on l'ébauchera à la gouge, on

continuera au petit rabot et on finira au ralissoir arrondi en laissant une épaisseur uniforme de une ligne 8 dixièmes au bout large. L'évidement ne devra pas atteindre les bords latéraux qui conserveront la même épaisseur dans toute leur longueur.

On fera bien aussi de donner un coup de gouge en forme de gouttière au centre de la touche et dans toute la longueur de la partie qui sera collée sur la poignée. Cette gouttière, à laquelle on pourra donner 4 lignes de largeur, allégera encore la touche, aura l'avantage de la mieux faire joindre et d'en faciliter le décollage plus tard s'il devenait nécessaire sans risquer de faire éclater le manche.

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