LA FORME DES TOUCHES D'ALTO ET DE VIOLONCELLE
Les touches d'alto et de violoncelle doivent présenter, dans leur section, une disposition de courbe particulière. Cette section n'affecte pas en effet, dans toute sa largeur, la forme d'un arc régulier, car on pratique un méplat sous la quatrième corde afin d'éviter un frisement désagréable qui se produirait lorsqu'on joue fort et qui serait provoqué par le frôlement de cette corde contre la touche.
C'est à Bernard Romberg (1), le célèbre violoncelhste autrichien, qu'on doit l'idée première de ce dispositif. Ce musicien avait remarqué le ventre que produisent les vibrations des cordes basses, ventre d'autant plus accusé que les sons deviennent plus graves. Il avait donc imaginé vers 1820, de pratiquer dans la touche une sorte de gouttière dans laquelle la quatrième corde pouvait vibrer librement. J'ai vu, dans mon enfance, plusieurs basses munies de ces touches dites à la Romberg (2).
Cette gouttière n'était pas facile à exécuter suivant le principe qui veut que, pour qu'une touche soit bien conçue et rende l'instrument facile à
(1) La section du petit bout de la touche du violoncelle de B. Romberg était un arc d'une circonférence de G centimètres de rayon ; la section du gros bout était extrêmement irrégulière et procédait d'une série de courbes de différents diamètres. La courbe de son chevalet était Tare d'une circonférence de 108 millimètres de rayon environ.
(2) Romberg était certainement, après mon maître Vashn, toutefois, l'artiste le plus maniaque de son temps. C'est ainsi qu'il changeait perpétuellement de place l'àme de son violoncelle et que, pour mieux surveiller cet inutile labeur, il avait fait percer un trou dans l'éclisse du bas de son Stradivarius. (V^oir sa méthode publiée cliez H. Lemoine).
jouer, il faut que la place de la quatrième corde soit creuse dans sa longueur d'environ 2 millimètres, celle de la troisième d'un millimètre, celle de la deuxième à peine, et celle de la chanterelle absolument droite. C'étaient les dispositions qu'avaient adopté Franchomme, Vasiin, Servais, Norblin, etc. Bernardel père, essaya de substituer un méplat à la gouttière, ce qui était bien plus facile à exécuter. Cette modification, qui eut un plein succès, fut généralement adoptée par toute l'école moderne et s'étendit même aux touches d'alto. C'est donc à ce dernier luthier que nous sommes redevables de ce perfectionnement.