LE FAÇONNAGE DE UAME ET SA POSE
Nous arrivons à la confection et à la pose de l'âme. On commencera par prendre un morceau de sapin (épicéa) bien sec de 40 centimètres de longueur environ et dont les couches médullaires seront un peu serrées, on le fendra pour être sûr de la rec|itude de son fll on le dressera à la var-
lope et on en fera une petite règle carrée de 6 millimètres de côté (1). On mettra ensuite cette règle à huit pans, après quoi on abattra les huit côtes en la tenant de la main gauche et en la rabotant de la main droite. La lime finira de donner la forme cylindrique et le papier de verre n^l et n^O terminera cette petite tige dans laquelle on coupera une âme à la longueur voulue.
On remarquera qu'il est plus simple de confectionner une tige d'une certaine longueur dans laquelle on taillera plusieurs âmes que de ne faire qu'une âme à la fois. On en fait, il est vrai, aujourd'hui, à la machine ; mais comme elles sont débitées à la scie, que, dans ces conditions, il n'est guère tenu compte du fil, enfin qu'elles sont généralement en sapin du Nord, je leur préfère de beaucoup celles qu'on fait de la manière que je viens de décrire et en se servant de la même essence de bois que la table qui a l'avantage d'être plus légère et tout aussi résistante.
Pour prendre la hauteur de l'âme, on introduira par le trou supérieur de Vf une petite tige de sapin qui reposera bien perpendiculairement sur le fond ; puis, au ras de la table, on fera sur celle-ci une marque au crayon qui indiquera à peu de chose près la hauteur de l'âme. Comme le fond et la table ne sont pas plats, mais voûtés, il faudra couper les bouts de l'âme légèrement en biais pour assurer un contact complet en observant surtout de mettre le sens des fils du sapin en travers de ceux de la table. Sans cette précaution, l'âme, sous la pression des cordes, pénétrerait dans la table.
On introduira l'âme dans l'instrument en se servant d'un outil appelé pointe aux âmes dont une des extrémités courbée est terminée par une pointe un peu aplatie et dont l'autre extrémité, courbée dans le sens opposé, se termine par une palette carrée portant sur ses différents côtés une série d'échancrures en forme de demi-cercles, du diamètre de l'âme, permettant d'attirer celle-ci ou de la pousser en avant (Fig. 32). On piquera l'âme à ajuster dans le fil avec la pointe, à 10 ou 12 millimètres de sa tête et, en essayant de la mettre à sa place, on réglera exactement sa hauteur. Cet ajustage dépend de l'adresse et de l'habitude du violonier. Quand on jugera que l'âme va bien, on donnera aux deux extrémités un léger coup de lime, puis on fera disparaître les bavures au papier de verre.
L'âme ne doit pas forcer outre mesure, mais elle doit se maintenir solidement à sa place en faisant équilibre à la poussée exercée sur la
(1) C'est la dimension pour l'âme d'un violon ; elle sera de 8 millimètres pour l'alto ; 10 millimètres pour le ténor ; 12 millimètres pour la basse et 20 millimètres pour la contrebasse. Ces mesures, généralement adoptées, ne sont cependant^ pas toujours applicables à cause de l'étroitesse des ouïes»
table par la barre. Un frottement gras de ses extrémités indiquera que celles-ci portent bien partout, ce dont on pourra s'assurer encore en regardant par le trou du bouton, ou en se servant même d'un fragment de miroir qu'on introduira par Vf. Ces moyens permettent, dis-je, de constater l'adhérence du pied et de la tête.
La place que doit occuper l'âme est très importante, parceque celle-ci n'est pas simplement un étai, mais qu'elle joue encore un rôle dans la transmission des vibrations de la table au fond de l'instrument.
On ne peut pas déterminer d'une façon absolue et d'avance la place exacte que devra occuper l'âme ; cette place dépend en effet de plusieurs facteurs : la hauteur des voûtes, l'épaisseur de la table et du fond, la qualité du bois et enfin la nature du son qu'on veut obtenir.
Néanmoins, voici la règle : le centre de l'âme se place sur une ligne parallèle à Taxe de l'instrument passant par le miheu du pied droit du chevalet, à l'opposé de la barre, c'est-à-dire à 20 millimètres environ de cet axe, et de façon que le bord extérieur de la tête de cette âme se trouve à 4 ou 5 millimètres du pied du chevalet vers le pied de l'instrument.
Cette place, pour les raisons que je viens d'indiquer, n'est définitivement arrêtée que lorsque l'instrument a été monté de ses cordes et qu'il a été essayé. Si on rapproche l'âme du pied du chevalet, on a généralement plus d'éclat sur la chanterelle, mais on perd dans le grave ; le contraire se produit si on l'éloigné. Mais, je le répète, il n'y a rien d'absolu : tout est affaire de tact et de tâtonnements. Dans tous les cas, la place de l'âme ne saurait varier que de 2 ou 3 millimètres au plus pour le violon.