DE VUILLAUME JUSQU'A CELUI DE LA POCHETTE DU XVIIU* SIÈCLE
adroite, soit à gauche et obligent par suite l'ouvrier inhabile à reporter les cordes d'un côté ou de l'autre afin que les pieds restent à une égale distance du centre et des ff.
Ces* irrégularités, peu apparentes dans les tables des instruments oeufs, sont très sensibles dans les vieux. Le forcement indispensable de la barre imprime aux instruments neufs un certain gauchissement qui tend à élever le- côté du grave; tandis que c'est le contraire qui se manifeste dans
les vieux instrumenls. Dans ces derniers, c'est en effet la barre qui a cédé et Tàme qui, par son inflexibilité de bois debout, a feiit opposition. Cest alors le côté de la chanterelle qui est le plus élevé. La conséquence, dans Tun et Tautre cas, est que si Ton pose le chevalet bien à cheval sur Taxe de l'instrument, et en admettant naturellement que celui-ci ait les pieds d'une égale hauteur, son centre se trouvera reporté vers la partie déprimée. Ce déàiut est bien plus sensible lorsqu'il s'agit d'une basse ou d'une contrebasse, car les chevalets de ces instruments étant plus hauts parrapport à leur largeur que celui du violon, les différences de niveau produisent des écarts plus grands à leur sommet. On comprend dès lors comment un habile luthier, en modifiant la hauteur des pieds d'un chevalet, parviendra à régulariser celui-ci quelque difforme que soit la voûte de l'instrument qu'il aura à monter.
Ceci dit, parlons de l'ajustage. Le chevalet se pose dans l'axe d'une ligne imaginaire (1) qui réunit les crans des ff. On n'a pas oublié le point central dont j'ai parlé à propos de la détermination de la longueur du diapason (Voir pages 404 et 405) ; ce point, qui indique exactement le milieu de la table, pennet de placer le chevalet au centre. On fera au chevalet une marque du côté qui regarde la touche pour éviter les erreurs de sens ; on dégrossira l'ajustement des pieds et on le présentera à sa place bien exactement. Il sera facile de se rendre compte de quel côté il verse en regardant par le bout du manche et en se guidant aux bords de la touche. On finira alors de le redresser et de l'ajuster complètement.
Une observation importante trouve ici sa place : c'est que le chevalet doit toujours être un peu plus haut du côté de la quatrième corde que de celui de la chanterelle. Cette différence est surtout très sensible pour le violoncelle oii elle est motivée par la nécessité d'avoir assez de hauteur entre la touche et la quatrième corde pour pouvoir attaquer cette dernière avec vigueur sans la faire frher contre la touche. Mais cette différence. de niveau, qui peut aller de 4 à 6 millimètres, donne au chevalet une attitude boiteuse désagréable à l'œil. Aussi quelques luthiers emploient-ils un subterfuge pour équilibrer le chevalet et lui donner nne posture plus normale : ils font faire au manche un petit mouvement giratoire vers le grave lorsqu'ils l'ajustent et le collent ; c'est ce que Ton nomme, en argot de métier, donner de la poiriette.
Pour finir, quand on aura donné au chevalet une inclinaison en arrière
(i) Dans le cas on Ton voudrait opérer pliis sûrement, un léger trait fait, avec un crayon tendre pourrait guider suffisamment.
égale à son épaisseur, on dégrossira et parera avec le canif les pieds qu'on rendra semblables ainsi que la couronne. On fera bien de ménager le centre (le cœur) et de le laisser un peu plus épais que les bords afin qu'il conserve assez de rigidité pour ne pas plier sous l'effort des cordes. Cette déformation rendrait en effet le chevalet élastique et lui ferait absorber une partie des vibrations qu'il doit transmettre intégralement à la table.
Pour ajuster un chevalet de violoncelle ou de contrebasse, on opérera de la même façon ; seulement on le dégrossira de façon qu'il puisse se tenir debout seul sur l'instrument qu'on aura posé à plat sur l'établi, ce qui permettra, en suivant de l'œil alternativement chacun des bords de la touche, de voir s'il y a lieu de retrancher du bois sous un des pieds pour que le chevalet ne verse ni à droite, ni à gauche. On finira d'ajuster côlui-ci en maintenant une indinaison en arrière destinée à neutraliser, en partie, sa tendance à venir en avant, par suite du tirage des cordes. Cette iûdîlâison rétablira l'angle droit entre le derrière du chevalet et la làbie.
II ertà remarquer que les fabricants de chevalets laissent toujours une grande épaisseur superflue aux pieds, autant pour faciliter l'ajustement que pour permettre de proportionner la hauteur des jambes à celle du chfiVÉhit et de ne pas arriver trop près du cœur lorsqu'on réglera déflnitiveÉBent la hauteur des cordes, ce qui serait du plus disgracieux effet.
Ce que je viens de dire des soins à donner à l'ajustement du chevalet est applicable à tous les instruments du quatuor.
Voici, çnfin, quelques mesures se rapportant aux chevalets qui, pour n'avoir rien d'absolu, n'en ont pas moins été généralement adoptées par l'usage et qui donnent les meilleurs résultats. J'y ai ajouté, dans un intérêt rétrospectif, les mesures correspondantes de plusieurs instruments disparus.
Epaisseur des chevalets :
Violon. — Aux pieds, 4 millimètres ; à la tête, 2 millimètres. Alto. — Aux pieds, 5 millimètres ; à la tête, 2 millimètres fort. Ténor. — Aux pieds, 7 millimètres ; à la tête, 2 millimètres 1/2. Violoncelle. — Aux pieds, 12 millimètres ; à la tête, 3 millimètres. Contrebasse. — Aux pieds, 25 millimètres ; à la tête, 7 millimètres. Viole d'amour. — Aux pieds, 6 miUimètres ; à la tête, 2 millimètres 1/2. Basse de viole (Gamba). — Aux pieds, 14 millimètres ; à la tête, 3 millimètres.