LES CORDES
En parlant des cordes, on comprendra que je néglige de traiter toutes les questions familières à ceux qui me liront, comme la nature des cordes employées en lutherie ou la façon de les fixer à un instrument. De même je laisserai de côté tout ce qui touche à leur fabrication et qui relève d*un métier tout à fait spécial et distinct de celui du luthier (1). Je m'arrêterai simplement quelques instants sur les mesures relatives à Tépaisseur des cordes et à leur écartement ; après quoi j'indiquerai la manière de les ajuster sur le chevalet.
Je considère les filières en usage pour mesurer le diamètre des cordes harmoniques comme des outils très commodes, mais très imparfaits. Il est rare de trouver deux filières identiques ; de sorte que, les numéros n'étant qu'une indication insuffisante, il est très difficile, si on n'a pas la possibilité de choisir soi-même ses cordes, de se les faire adresser de la grosseur qu'on désire sans envoyer un échantillon.
La mécanique et la facture des pianos possèdent un instrument de mesure parfait qu'on nomme le Palmer à friction (2). C'est donc à cet instrument de précision que j'ai eu recours pour donner le tableau des grosseurs habituelles des cordes des instruments du quatuor. Je dis : habituelles, car il n'y a rien de moins absolu que les grosseurs de cordes ; leur choix dépend du goût des artistes, de leur tempérament et aussi de celui des instruments. Les dimensions que j'indique, en centièmes de millimètres, sont celles qui sont le plus généralement adoptées par les artistes et par les meilleurs luthiers.
Grosseurs des cordes :
Violon. — Chanterelle, 60 ; la, 80 ; ré, 115 ; sol, 85. Alto. — La, 85 ; ré, 115 ; sol, 85 ; ut, 120. Ténor. — Mi, 95 ; la, H5 ; ré, 160 ; sol, 145.
(i) On consultera avec fruit une étude théorique fort intéressante sur les cordes due à M. J.-A. Plassiard et ayant pour titre : Des cordes harmoniques en général et spécialement de celles des instruments à archel^ à Mirecourt, 1880.
(2) Le Palmer à friction divise le millimètre en cent parties égales ; de plus, comme il ne comprime pas l'objet qu'il mesure, il ne peut y avoir d'écrasement, ce qui rend le calibrage parfait, même pour des cordes en boyaux.
Violoncelle. — La, 120 ; ré, 140 ; sol, 135 ; ut, 187. Contrebasse à 3 cordes. — La, 290 ; ré, 370 ; sol, 355. Contrebasse à 4 cordes. — Sol, 295 ; ré, 370 ; la, 355 ; mi, 450.
Grosseurs des traits en argent, cuivre argenté, maillechort et fer recuit, etc. y qui servent à filer les cordes basses :
Violon. — Sol, argent ou cuivre, 14.
Alto. — Sol, cuivre, 10 ; ut, cuivre, 28.
Ténor. — Sol, cuivre, 28.
Violoncelle. — Sol, cuivre, 15 ; ut, cuivre, 37.
Contrebasse. —Troisième corde, trait siniple, cuivre argenté ou maillechort, 43 ; quatrième corde, deux traits dont l'un en fer recuit de 31 et l'autre en maillechort de 46.
Basse de viole. — Sol, cuivre, 15 ; ré, cuivre, 30.
Viole d'amour. — Sol ou fa, cuivre, 10 ; ré, cuivre, 30.
Les chanterelles de violon en acier ont généralement 26 centièmes de millimètres d'épaisseur.
Écartement des cordes extrêmes sur le chevalet :
Violon, 34 milHmètres.
Alto, 38 millimètres.
Ténor, 40 millimètres.
Violoncelle, 45 millimètres.
Contrebasse à 3 cordes, 85 millimètres.
Contrebasse à 4 cordes, 90 millimètres.
Viole d'amour à 6 cordes, 64 millimètres.
Viole d'amour à 7 cordes, 68 millimètres.
Basse de viole (Gamba) à 6 cordes, 76 millimètres.
Basse de viole (Gamba) à 7 cordes, 80 millimètres. •
Écartement des cordes extrêmes au sillet :
Violon, 17 millimètres.
Alto, 18 milHmètres.
Ténor, 20 millimètres.
Violoncelle, 22 millimètres.
Contrebasse à 3 cordes, 30 millimètres.
Contrebasse à 4 cordes, 38 millimètres.
Viole d'amour à 6 cordes, 29 millimètres. Viole d'amour à 7 cordes, 34 millimètres. Basse de viole (Gamba) à 6 cordes, 36 millimètres. Basse de viole (Gamba) à 7 cordes, 39 millimètres.
Espaces entre V extrémité de la touche et les deux cordes extrêmes :
Violon. — Première, 4 millimètres ; quatrième, 5 millimètres.
Alto. — Première, 4 millimètres 1/2 ; quatrième, 5 millimètres 1/2.
Ténor. — Première, 5 millimètres ; quatrième, 6 millimètres.
Violoncelle. — Première, 6 millimètres ; quatrième, 7 millimètres.
Contrebasse à 3 ou 4 cordes. — Première, 8 millimètres ; dernière, 13 millimètres.
Viole d'amour à 6 ou 7 cordes. — Première, 4 millimètres 1/2 ; dernière, 5 millimètres 1/2.
Basse de viole à 6 ou 7 cordes. — Première, 4 millimètres ; dernière, 5 millimètres 1/2.
La hauteur définitive des cordes sur le chevalet ne sera réglée avec les limes queue de rat que lorsque leur écartement aura été mesuré au compas et marqué sur la couronne par des crans faits au canif. On montera ensuite l'instrument de ses cordes et on l'accordera au ton du diapason, de façon à ce que la tension de ces cordes opère son effet de tassement qui, bien que peu considérable, n'en est pas moins assez sensible. Sans cette précaution, on s'exposerait à trouver le chevalet trop bas, une fois le montage terminé.
Il est une autre question importante : non seulement il est indispensable que les cordes soient à une égale distance les unes des autres sur le chevalet, il faut encore que les cordes intermédiaires aient une saillie déterminée, afin qu'en jouant l'attaque puisse se faire facilement sur chacune d'elles sans que l'archet atteigne les cordes voisines.
Le luthier artiste ne s'en rapportera pas exclusivement à un gabarit qui laisserait une place aux erreurs occasionnées soit par la plus ou moins grande profondeur des crans, soit encore par le diamètre mal calculé des cordes.
Dans tous les cas, voici comment on étabfira un gabarit : on dressera d'un côté une lamelle de bois dur ou mieux encore d'os ou d'ivoire de l'épaisseur d'un millimètre environ et d'un centimètre de laideur sur 4 ou 5 de longueur. Avec une lime queue de rat, on pratiquera sur un des
bords, à égale distance des deux extrémité?, une encoche de la largeur au moins de la plus grosse corde et de la profondeur exacte de la saillie (1), puis on présentera leî gabarit de champ alternativement sur chacune des cordes intermédiaires. La saillie de ces cordes ne sera régulière que lorsqu'en logeant une quelconque d'entre elles dans le fond du cran, les deux cordes voisines viendront toucher le bord droit de routil.
Pour que cette opération soit d'une régularité absolue, je n'ai pas besoin de dire qu'il aura fallu monter l'instrument de cordes de la grosseur voulue.
C'est après cette opération qu'on pourra enfin terminer à la lime la couronne du chevalet en ne laissant aux crans qu'une profondeur correspondant au tiers environ du diamètre de chaque corde.