SÈCHES MOLLES
lo Copal dur ; 5^ Sandaraque ; 9° Elémi ;
2o Copal demi dur ; 6^ Mastic en larmes ; lO Animé ;
3o Succin ; 7° Dammar friable ; llo Térébenthines.
4o Gomme laque; 8© Benjoin ;
D Les résines dures donnent de la solidité, mais, employées seules, le vernis qu'on obtiendrait se gercerait ou s'écaillerait sous le moindre choc.
T> Les résines sèches empêchent celles trop dures de s'écailler et leur donnent du brillant; employées seules, elles farineraient.
D Enfin, les résines molles n'ont aucune solidité par elles-mêmes; mais elles communiquent de la souplesse aux résines dures, empêchent celles qui sont sèches de fariner et, par suite, rendent les unes et les autres plus résistantes et leur donnent du brillant.
» L'art de faire les vernis consiste donc à faire un mélange convenable de résines dures avec des résines sèches et des résines molles, dans des proportions diverses, suivant l'usage auquel on les destine
» La meilleure formule de vernis à l'alcool pour les instruments de musique est, sans contredit, celle de Watin. Nous la transcrivons :
» Sandaraque 125 grammes.
» Gomme laque en grains 62 — 50 cent.
D Mastic en larmes 62 — 50 —
^ Elémi 31 — 25 —
i> Térébenthine de Venise 62 — 50 —
» Alcool : un litre 1 . 000 centimètres cubes.
> On voit que Watin a prescrit l'élémi et la térébenthine de Venise pour donner de la souplesse à son vernis. Il y a ajouté le mastic en larmes pour lui donner du liant et le rendre plus résistant à l'action du frottement.
» Néanmoins, ce vernis est loin de satisfaire aux conditions nécessaires; il serait trop dur et beaucoup trop corsé ou épais pour pouvoir être facilement étendu
3> Si, sans aucun doute, il est préférable d'employer les vernis à l'essence, dans le genre de ceux que l'on faisait autrefois avec les résines tendres, il n'est cependant pas douteux que, pour des instruments moins
précieux, on pourrait aussi faire un vernis solide à l'alcool avec des résines tendres, en y ajoutant de Tessence grasse, qui ne séchera qu'en communiquant une grande souplesse aux autres résines (1) ; puis on ajoutera de l'huile de ricin, la seule qui soit soluble dans l'alcool, afin de donner encore plus de solidité au vernis ; il sera nécessairement plus long à sécher que celui à l'alcool pur, mais il s'étendra beaucoup plus facilement; on pourrait le formuler ainsi :
» Sandaraque 80 grammes.
3) Mastic en larmes 100 —
D Elémi 30 —
» Essence grasse 60 centimètres cubes.
» Huile de ricin 50 —
T> Alcool 1.000 —
y> Avant d'y introduire les résines, on colorera l'alcool avec les matières colorantes que nous avons indiquées plus haut ; ce qui sera très facile, puisque dans cet excipient on peut en faire dissoudre un plus grand nombre que dans l'essence
» Un vernis à l'essence et à l'huile sera toujours préférable, parce qu'il sera plus souple et plus solide tout à la fois.
» La grande solidité des vernis à l'essence, relativement à ceux à l'alcool, a dit M. Tripier-Deveaux, tient uniquement à la présence, dans la couche desséchée, de la partie de l'essence non évaporée ; que ce résidu, qui se combine avec les résines, est l'essence grasse ou oxyde d'essence, qui ne peut que s'épaissir et non se solidifier à l'air, ou, du moins, qu'après un long temps. On comprend, dès lors, pourquoi les résines desséchées du vernis à l'essence, enveloppées d'une pareille matière et protégées par elle contre les effets de l'air, résistent plus à son action destructive que celles du vernis à l'alcool, qui y reste exposées à nu
i> Après avoir posé ces principes, il ne nous reste plus qu'à formuler le vernis auquel nous nous sommes arrêté. Nous le faisons à froid ou au bain-marie, ce qui est la même chose comme résultat, en ce sens que les résines qu'on peut dissoudre dans le bain-marie sont également solubles à froid, ce n'est qu'une question de temps. Nous opérons ainsi pour deux
(1) Le vernis à l'alcool est toujours d'une application délicate : Tévaporation de son excipient est si prompte, en effet, qu'en revenant sur le coup de pinceau on risque de tacher ou d'arracher. Cependant je suis arrivé, par un tour de main que j'expliquerai en donnant plus loin la formule du vernis de Rambaux, à étendre ce vernis en évitant les dangers que je viens de signaler. (A. T...)
raisons : la première est que si l'on faisait cuire les résines dans l'essence colorée à feu nu, on pourrait altérer ou carboniser une certaine quantité de la couleur, qui se trouverait ainsi afîaiblie; et, la seconde, est qu'il y aurait le plus grand danger à dissoudre des résines dans l'essence à feu nu, parce que, lorsqu'elle entrera en ébullition, elle pourra sortir du matras, s'enflamnier, faire d'atroces brûlures à l'opérateur et mettre le feu, si à ce moment on perd la tête, au lieu de calmer l'effervescence avec de l'essence^roide réservée à cet effet, lo
Après avoir écarté les quatre résines dures et le benjoin, qui n'est pas soluble dans l'essence de térébenthine, M. Mailand limite son choix aux cinq suivantes :
(c lo Le mastic en larmes, qui était la résine qu'on employait le plus depuis l'an 1550. Nous nous en servirons pour faire la base de notre vernis, parce que c'est la résine la plus liante, la plus élastique, si on peut s'exprimer ainsi, celle enfin qui supporte mieux le poli et l'action des frottements :
» 2o L'ambre blanc. Nous pensons, ainsi que nous l'avons déjà dit, que c'est la résine qu'on a nommée depuis copal tendre, et qu'on appelle aujourd'hui dammar friable. Elle a peu de valeur employée seule, même dans les essences qui, seules, la dissolvent ; mais à cause de sa sécheresse, elle peut modifier les résines plus molles et rendre les vernis à l'essence plus sicatifs.
» Elle pourra donc être employée utilement pour une partie dans les vernis des instruments de musique ;
D 30 Les térébenthines, nous les écîarterons, parce qu'elles rendraient le vernis trop poisseux ;
» 40 et 5° L'élémi et l'animé : ces deux résines donneraient beaucoup trop de souplesse aux vernis à l'essence et les rendraient trop mous.
T> On met quelquefois du camphre, même dans les vernis à l'essence, pour leur donner de la souplesse. Mais il a une action décolorante assez forte et altère les couleurs. Celte raison suffit pour que nous ne nous en servions pas.
3> Par suite, nous composerons notre formule ainsi qu'il suit :
» Mastic en larmes 10 grammes.
2) Dammar friable 5 —
> Essence colorée suivant l'une
des formules sus-indiquées. 100 centimètres cubes.
» Puis, lorsque les résines seront dissoutes, on ajoutera 5 centimètres cubes d'huile de lin non cuite, celle rendue siccative épaissirait trop le liquide, et la litharge qu'elle retient pourrait altérer la couleur. Nous préférons une huile ayant une année au moins depuis sa fabrication à celle qui serait trop récemment préparée, parce qu'elle sera dépouillée de ses impuretés par le repos. On pourra sans doute augmenter la dose d'huile que nous venons d'indiquer et la porter même jusqu'à 10 ou 42 centimètres cubes pour 400 d'essence ; mais plus on en mettra, moins le vernis sera siccatif.
» Manière d'opérer :
-ù Versez dans une bouteille large et à fond plat 400 centimètres cubes au plus d'essence colorée. Ajoutez-y 40 grammes pour 400 de verre pilé grossièrement, afin d'empêcher les résines de se coller au fond de la bouteille, puis mettez le mastic en larmes, qui sera environ vingt-quatre heures à se dissoudre en été et trente heures en hiver. Lorsqu'il sera fondu, ajoutez-y le dammar friable réduit en poudre, qui mettra à peu près le même temps pour se dissoudre. Il suffira de remuer la bouteille deux ou trois fois chaque jour. Lorsque ces résines seront fondues, vous ajouterez l'huile; on remuera un peu et le mélange se fera de suite. Il est bien entendu que la formule étant à la dose de 400 centimètres cubes d'essence, soit un dixième de litre, il faudrait augmenter la dose des résines et d'huile dans la même proportion qu'on augmenterait celle de Tessence.
» Par suite, si l'on voulait faire 500 centimètres cubes de vernis, soit un demi-litre, il faudrait 50 grammes de mastic, 25 de dammar friable et 25 centimètres cubes d'huile de lin.
» Ce vernis fait, il faut boucher la bouteille et la mettre à l'abri d'une lumière trop vive qui pourrait oxyder la couleur. On laissera reposer pendant douze ou quinze jours, afin que le liquide dépose tous les corps étrangers qu'il peut avoir conservés en suspension puis on filtrera au coton (4) ou au papier, dans un entonnoir en verre que Ton nettoiera facilement avec de l'alcool. Il ne faut jamais employer un vernis à l'essence trop récemment fait, parce que les résines ne seraient pas assez unies à
(1) « On filtre au coton en mettant dans le fond d'un entonnoir de la ouate qu'on aura préalablement bien imbibée du liquide à filtrer ; par dessus, à un ou deux centimètres du coton, on placera un rond de carton ou de fer blanc percé de plusieurs trous. Cette précaution a pour but d'empêcher le coton de se soulever lorsqu'on verse le liquide ; néanmoins, le filtrage au papier est toujours plus fin mais, par suite, il est plus long, surtout si le filtre est mal ployé. »
l'essence ; il est préférable de le laisser vieillir pendant six ou huit mois, il n'en aura que plus de corps.
D Parmi les cinq résines dont nous avions le choix, nous nous sommes abstenus d'introduire dans ce vernis l'élémi, l'animé et les térébenthines, parce qu'elles l'auraient rendu mou, poisseux, long à sécher et, par suite, peu solide. Nous avons préféré l'assouplir par l'huile de lin qui, en même temps lui donnera plus de sohdité et un aspect plus ferme, plus homogène et se rapprochant davantage des exemples que les luthiers italiens nous ont laissés.
» Nous n'avons mis dans ce vernis que 45 grammes de résine pour 100 centimètres cubes d'essence, parce que, d'une part, les matières colorantes lui donnent déjà beaucoup de corps; que, par suite, si on l'épaississait ou le corsait davantage, il deviendrait difficile à étendre sans faire de taches. On sait qu'il faut une certaine habitude pour bien poser un vernis coloré, parce que toute reprise du pinceau, alors que le vernis a déjà commencé à prendre, marque sans qu'on puisse l'effacer. Cette proportion de 15 pour 100 nous a toujours donné de bons résultats dans l'essence colorée par le santal, ou le santal et caliatour ; mais si l'essence avait été colorée avec la gomme gutte et sang-dragon, il ne faudrait mettre que 12 pour 100 de résine, soit : mastic en larmes, 8 grammes et dammar friable, 4 grammes; la quantité d'huile resterait la même, parce que ces deux résines colorantes donnent plus de corps au vernis que le santal et le caliatour.
T> La difficulté qu'on peut éprouver à étendre un vernis tient à sa densité plus ou moins grande ; plus il est épais et corsé, plus il sera difficile à poser. Pour le rendre plus maniable, il suffira donc de le liquéfier en le chargeant de moins de résines, comme nous venons de le dire : c'est ce qu'on appelle msttre un vernis de bonne consistance. Afin de faciliter l'extension de la couche, on pourrait employer le moyen indiqué par Alexis et les autres auteurs. Il consiste à le chauffer au moment de s'en servir en mettant le vase, dans lequel on le versera, sur un bain de sable, sur des cendres chaudes ou même au soleil, pourvu qu'il ne reste pas découvert ; la chaleur, en le liquéfiant, le rendra plus facile à poser.
i> Du reste, ceci dépend de l'habileté de chacun ; quant à nous, nous préférons le vernis dans l'état de consistance modérée que donne la formule que nous avons indiquée, parce qu'un vernis trop épais a, en outre, l'inconvénient d'être trop long à sécher et de se rider ; il est donc préférable, sous tous les rapports, de mettre des couches minces, sauf à en poser une de plus si cela est nécessaire. Trois ou quatre couches nous
d70 LE VERNIS.
paraissent suffisantes pour qu'un instrument soit très bien verni ; dans tous les cas, il sera très essentiel de laisser complètement sécher chaque couche avant d'en mettre une autre, parce qu'autrement, nous le répétons, on s'exposerait à faire faïencer le vernis.
D On perdra certainement moins de temps en attendant huit ou dix jours entre chaque couche, qu'en s'exposant à l'inconvénient que nous venons de signaler, parce qu'alors on serait obligé de détruire ce qu'on aurait fait et de recommencer.
D Si le vernis était trop fort en couleur, il arriverait qu'après une ou deux couches le ton fût suffisant et que, cependant, il n'y eut pas assez d'épaisseur de vernis sur l'instrument ; on pourrait terminer par une seule couche avec un vernis blanc composé de :
» Mastic en larmes 20 grammes.
y> Dammar friable 10 —
T> Essence récemment distillée. . iOO centimètres cubes.
y> Huile de lin 42 —
i> Quoique plus corsé en résines que le vernis à l'essence coloré, il séchera néanmoins plus vite ; mais il faudra que l'essence employée soit la même que celle colorée qui aura servi à étendre les premières couches ; car si elles avaient été posées avec un vernis fait à l'essence de romarin, on ne pourrait par dessus en mettre un à l'essence de térébenthine sans s'exposer à faire faïencer le vernis ; l'essence de romarin étant plus grasse et plus longue à sécher que celle de térébenthine, il faudrait au moins être très certain de la parfaite dessiccation des premières couches. Néanmoins, il serait préférable, dans ce cas, de faire un vernis blanc à l'essence de romarin, en y faisant dissoudre les résines indiquées dans la formule ci-dessus.
i> On nous a demandé s'il serait possible de vernir un instrument avec une seule couche. Cela n'est pas douteux : il suffira de faire absorber par l'essence autant de couleur qu'elle pourra en dissoudre et d'y incorporer les résines à 30 pour 100 comme dans la formule ci-dessus. Ce vernis, quoique très corsé, ne sera cependant pas difficile à étendre, car ce n'est jamais la première couche qui est difficile à poser. Néanmoins nous préférons, par suite de ce que nous avons dit plus haut, trois ou quatre couches minces à une ou deux épaisses ; le vernis séchera beaucoup mieux, il ne se gercera pas, il sera plus fin, mieux étendu et, par suite, beaucoup plus beau.
D Un temps sec et chaud convient mieux pour appliquer un vernis à
Tessence, parce que les ondes que laissent le pinceau se fondent plus également; rhunnidité fait rider et ternir le vernis. Il faudra éviter de se mettre dans un courant d'air, parce qu'il serait saisi ou ferait prise trop promptement et qu'on aurait plus de peine à l'étendre sans faire de taches. Enfin, nous pensons qu'il serait préférable de se placer au soleil, derrière une fenêtre fermée, parce que la chaleur maintiendrait le vernis liquide et faciliterait la pose.
i> Nous avons acquis la certitude, par des expériences répétées pendant trois ans, que ce vernis répond à toutes les conditions nécessaires ; le mastic en larmes et le dammar friable, modifiés l'un par l'autre, lui donnent la solidité qui lui permettra de résister à l'action des frottements, le liant qui l'empêchera de se gercer, le brillant et l'éclat qui en feront la beauté, enfin l'essence et l'huile une souplesse et une solidité qui ne pourront pas nuire à la vibration des tables.
» Nous sommes convaincu que les anciens luthiers italiens n'ont pas fait autre chose, par cette raison dominante qu'à l'époque où ils travaillaient on ne savait pas faire autrement. i>
Après s'être excusé d'être entré dans des détails qui peuvent paraître trop minutieux, M. Mailand résume ainsi, pour terminer, les opérations nécessaires pour fabriquer le vernis :
< lo Faites dissoudre 100 grammes de santal rouge en poudre par litre d'alcool ; mettez la bouteille contenant le liquide dans une étuve, sur un poêle ou au soleil, agitez une ou deux fois par jour, laissez infuser pendant dix jours, puis filtrez dans une bouteille à travers un linge placé sur un entonnoir en verre que vous recouvrirez.
» Remettez 100 grammes de santal ou de caliatour dans cet alcool déjà coloré et vous continuerez à opérer comme la première fois.
D On procédera de même pour dissoudre le sang-dragon, si ce n'est que la dose sera réduite à 160 grammes, soit 80 grammes pour chaque solution ;
» 2o Si vous voulez colorer 200 centimètres cubes d'essence, soit un cinquième de litre, mettez dans la bouteille graduée dont nous avons parlé 300 centimètres cubes d'alcool coloré, ou 400 si vous préférez une couleur très foncée, mais 300 donnent un ton très suffisant et plus harmonieux ; placez-la dans le bain-marie, faites réduire à un peu moins de moitié afin de ne pas mêler trop d'alcool avec l'essence ;
i> Si vous avez pris la quantité de 300 centimètres, retirez du bain-marie lorsque le liquide est descendu à 160 centimètres cubes ; laissez-le refroi-
dir avant de mêler l'essence avec Talcool, afin de ne pas précipiter la couleur, ce qui arrive quelquefois, ou faites chauffer les 200 centimètres d'essence au bain-marie de manière à ce qu'elle acquière à peu près la température de l'alcool. Versez-la dans l'extrait alcoolique que vous venez de faire ; remettez au bain-marie et chauffez jusqu'à ce que le liquide ne bouillonne plus; l'alcool alors sera vaporisé et les divisions graduées sur la bouleille devront vous indiquer que le liquide sera réduit à 250 centimètres cubes ; après qu'il sera refroidi, il diminuera un peu ; néanmoins, il vous restera plus de 230 centimètres cubes d'essence, les matières en ayant augmenté le volume. Si vous voulez modifier le ton des couleurs rouges, ajoutez de la gomme gutte ou une solution de cette résine et de bitume de Judée.
t> Nous ne saurions trop recommander, afin d'éviter les accidents, de ne se servir que de bouteilles ou récipients d'un large diamètre et de n'y verser qu'une quantité de liquide qui n'excède pas la moitié de leur capacité, afin que les vapeurs alcooliques puissent librement circuler et que, lorsque le liquide bout, il ne sorte pas du récipient;
D 3o Lorsque le liquide est refroidi, mettez vos résines, remuez pour aider l'action solvante de l'essence. Lorsqu'elles seront dissoutes, laissez reposer pendant une quinzaine de jours, afin que le liquide rejette les matières étrangères ou la couleur carbonisée par la chaleur qu'il peut retenir en suspension ; puis filtrez au papier, et si le mélange des couleurs a été bien fait, le vernis ne déposera jamais.
» On voit que ces opérations ne présentent aucune difficulté, et nous espérons avoir rendu les manipulations assez pratiques pour qu'elles soient à la portée de tous et que chaque luthier puisse faire lui-môme son vernis. Cela est toujours préférable, parce qu'il est le meilleur appréciateur de ce qui convient à son instrument. "»
La recette dont on vient de lire la longue, description, et que M. Mailand a élaborée avec tant de soin en la déduisant de ses connaissances théoriques et de ses expériences répétées, est-elle bien celle des anciens luthiers crémonais ? Lui-même paraît en douter, étant donnée l'impossibilité de l'analyse complète des anciens vernis. Je dois dire cependant que son vernis est tellement dans les données du vernis recherché pour les instruments du quatuor et qui doit réunir les qualités de souplesse, solidité, grande transparence et facilité d'application, que l'on doit savoir gré à son auteur d'avoir bien voulu le vulgariser en le faisant connaître aux luthiers de notre époque. Malheureusement, ce qui entravera ton-
jours l'extension de la recette de M. Mailand, c'est d'abord. la nécessité d'opérer soi-même, par conséquent d'avoir un laboratoire, ce qui n'est pas toujours chose facile ni à la portée de tout le monde, notamment dans les grandes villes ; ensuite, il est si simple d'aller chercher chez le marchand de couleurs du vernis du commerce, de le colorer avec des laques broyées à l'huile, d'y ajouter du bitume de Judée pour lui donner cette teinte si répandue, qui de loin fait bien, qu'on dissuadera difficilement un luthier de se servir d'un produit de la qualité duquel il ne saurait cependant répondre, pour cette bonne raison qu'il en ignore la composition et qu'il le sait préparé pour des usages très divers.
Quant à moi, je suis d'autant plus pénétré des belles qualités du vernis de M. Mailand, que l'ayant fait d'après sa formule et l'ayant apphqué sur des instruments, j'ai obtenu des résultats qui ont été appréciés des amateurs.