A PROPOS
Les tables supérieures, dites tables d'harmonie, sont toujours voûtées dans la construction des instruments européens à cordes et à archet (4).
Plusieurs raisons miUtenten faveur de cette disposition. La pression, que subissent les instruments, s'exerçant au centre, trouve dans cette forme une résistance qui s'oppose à l'écrasement et favorise singulièrement la propagation des vibrations en transmettant celles-ci, par la poussée, aux deux extrémités de la table et aux flancs bas et hauts de Tinstrument.
La façon dont les voûtes sont obtenues, en les sculptant dans la masse du bois, fait comprendre que le fll de celui-ci se trouve tranché dans les deux parties qui s'inclinent vers les extrémités de la table aux points A et B de la figure 74.
Ces deux points, que je nommerai les reins de la voûte, sont précisément ses parties faibles, tandis que c'est là qu'il faudrait que la rigidité
Fig. 74. — Coupes de deix tables d'harmonie,
de la table étrésillonne les deux tasseaux en faisant opposition à leur rapprochement sous les efl'orts combinés du manche, incité à venir en
(1) Cette disposition s'applique d'ailleurs également aux tables inférieures (fonds)^ bien que dans l'ancienne lutherie la plupart des violes fussent à fond plat. Celte dernière façon de construire n'est plus admise aujourd'hui que pour les contrebasses de seconde qualité.
avant par le tirage des cordes, et du poids mort considérable produit par Tappai de ces cordes sur le chevalet.
Tout concourt donc à faire subir une déformation à cette voûte, surtout si elle n'est pas parfaitement comprise, si elle est trop élevée, et si la table n'est pas suffisamment étoffée. Alors, sous l'influence du travail constant, augmenté du poids et de l'appui de l'archet, il se forme une dépression centrale au profit des parties &ibles que j'ai marquées en A et en B, et peu à peu la table perd sa forme primitive pour prendre celle qui est indiquée dans le second profil de la figure 74.
J'ai exagéré le défaut pour mieux taire comprendre cette déformation qui s'accentue d'autant plus rapidement que les voûtes sont plus élevées, les gorges trop prononcées et trop creuses, la table trop mince, et que celui qui a emmanché l'instrument, ne tenant pas compte de l'élévation des voûtes, a donné à son chevalet la hauteur habituelle, sans se préoccuper que les cordes formant ainsi un angle plus aigu, leur pression sur le chevalet a augmenté dans des proportions considérables (1).
Lorsque ces conditions défectueuses se présentent, le manche vient généralement en avant, les extrémités de la voûte remontent jusqu'à atteindre quelquefois le dessous de la touche et celui du cordier et l'instrument devient sourd et injouable (2). Une réparation importante s'impose alors : il faut d'abord faire revenir la voûte, puis mettre à l'intérieur deux vigoureux couvre-joint à fil droit, formant un véritable arc doubleau. Souvent même, il est nécessaire de poser une pièce de renforcement à chaque extrémité, prenant de chaque tasseau pour venir finir à zéro vers le centre.
Les voûtes de hauteur moyenne sont dans des conditions meilleures de sensibilité aux vibrations et de résistance. D'abord, étant plus élastiqueS) elles reportent par l'intermédiaire de fâme une plus grande partie de leur charge sur le fond qui reçoit mieux les vibrations et amplifie la sonorité ; ensuite, la table, se rapprochant davantage par sa forme de la ligne droite, est bien plus rigide dans le sens de sa longueur, étrésillonne plus solidement les deux tasseaux extrêmes, et finalement est moins susceptible de se déformer et de laisser venir en avant le manche sous l'influence du tirage des cordes.
Stradivarius avait si bien étudié ces diverses causes de déformations,
(i) Voir ce que j'ai dit sur ce sujet à propos du renversement du manche, page 107.
(2) Un grand nombre d'instruments allemands anciens sont affligés de cette double fluxion.
que ses instruments de la belle époque (1090-1715) sont encore dans des conditions de stabilité parfaite.
Les voûtes, qui sont bien comprises, élégantes et d'élévation moyenne, donnent à ces instruments une sonorité ample et chaude qui ne peut être que la résultante de Texpérience que le maître avait acquise sur ce point es55entiel de la facture.