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VIOLON DE CHANOT

Un autre savant, Chanot, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, et frère aîné du très habile luthier de ce nom, présenta à l'Exposition de 4819 un violon sans coins et sans cordier. Les cordes pénétraient dans la table par un système analogue à celui des guitares. Quant à la forme du violon, elle n'avait rien de particulièrement nouveau, car elle se rapprochait beaucoup du dessin des anciennes violes du xvie siècle (Fig. 76).

Les journaux du temps prodiguèrent cependant de grands éloges à l'inventeur. A les entendre, c'en était fait de la vieille lutherie. M. Jouy, membre de l'Institut, chargé de rendre compte de la nouvelle découverte, s'exprima ainsi dans son rapport sur l'Exposition en question :

« La fabrication des violons ofl're plus d'un problème à résoudre et on ne doit pas s'étonner que la disposition des fibres résonnantes du corps sonore ait déjà exercé l'imagination de plus d'un savant. Il s'y trouve à la fois une foule de questions métaphysiques et mécaniques bien dignes d'être approfondies. Ce n'est qu'après une longue étude de ces matières qu'un mécanicien (sic) vient d'arriver à de beaux résultats en ce genre.

y> Par une modification raisonnée de toutes les parties du violon, M. Chanot a, de l'aveu de l'Académie des Sciences et du célèbre Boucher, perfectionné singulièrement cet instrument. S'il faut en croire le bruit public, les sons les plus riches, les plus pleins et les plus doux, toute la vigueur et la suavité des Stradivarius sont renfermés dans ces chefsd'œuvre qu'il livre pour cent écus. t>

Que pourrait-on ajouter à celle appréciation émanant d'un homme de science et qui se termine par une réclame commerciale ?

Il fallut cependant en rabattre bientôt de cet enthousiasme, car les instruments de Chanot, dont la différence de forme extérieure avec celle des violons ordinaires n'était qu'un Irompe-l'œil (1), avaient à leur actif de nombreux défauts. D'abord, ils étaient fort laids avec la volute à l'envers de la tête de leur manche.

La tête des basses était plus laide encore ; c'était une boite allongée se terminant sans enroulement et pourvue comme les contrebasses de vis sans fin qui se montaient avec une clef mobile qu'on était exposé à égarer ou simplement à oublier. Ce détail faisait dire à Franchomme que pour jouer ces basses, il fallait posséder qualre clefs : la clef de fa, la clef d'w/, la clef de sol et la clef de tête.

La seule chose qui pouvait véritablement modifier la sonorité était cette attache directe des cordes à la table qu'elles avaient d'ailleurs une tendance à arracher en augmentant la pression du chevalet qui recevait un poids mort plus considérable ^''^- ^^- " ^^'^*^^^ ^^ ^"^^^'^•

parce que l'angle formé par les cordes, à son sommet, était plus fermé. L'expérience ne tarda d'ailleurs pas à démontrer, ce qu'on aurait dû prévoir, que le son avait une raideur extrême résultant de cette pression exagérée (2). Aussi, après avoir été prônée par une réclame qui fut, j'aime à le croire, très convaincue, toute cette lutherie rfe Ta (/e^aV est-elle tombée bientôt dans le plus profond oubli.

(1) Si Ton considère on effet l'intérieur du coffre sonore d'un violon classique, on constate qu'il a la même forme et le môme volume que celui du violon de Chanot, puisque ses coins sont pleins.

(2) Uarrachement de la table était inévitable. Aussi la plupart des instruments que j'ai vus avaient été modifiés et montés avec un cordier ordinaire. Après ce changement, il ne restait plus rien du système, que le renversement de la volute de la tête destiné à faciliter la mise de la deuxième corde.

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