ET UNE FRACTURE A L'AME
répercute immédiatement sur le fond par l'intermédiaire de Tâme et y détermine une fissure qui tend toujours à s'agrandir sous Je poids mort du chevalet (Fig. 80).
D'un autre côté, le manche, incité à venir en avant par le tirage constant des cordes, tend à arracher le talon qui tient tout (Fig. 86 et 87). Cetacci'dent est surtout à craindre, lorsque les filets du fond ont été trop profonddément encastrés et que le manche a peu ou point d'enclavement ; la rupture en question est plus fréquente dans les très vieux instruments dont les manches étaient simplement posés et collés à plat sur les éclisses ou quelquefois fixés par deux ou trois clous plantés dans leur pied après avoir traversé le tasseau (1).
Quant aux fractures latérales du fond, je crois inutile d'en parler ; la
manière de les recoller et de les soutenir étant identique à celle que j'ai décrite pour faire la même réparation à la table et sur laquelle il serait superflu de s'étendre à nouveau.
Il sera bon de savoir seulement que, pour exécuter la réparation d'un fond, il ne faut pas hésiter à enlever les éclisses.
La réparation la plus fréquente, celle qui ferait le plus douter de la scimce profonde attribuée à la plupart des anciens luthiers, consiste dans la nécessité où l'on se trouve presque toujours de doubler les poitrines des fonds des anciens ins*truments, surtout celles des violoncelles italiens (Fig. 88). Bien souvent, en voyant ouvrir de superbes instruments anciens, je me suis de^
Fig. 87. - PIÈCE A DEMI-BOIS ET A QUEUE maudé pourquoi ils sout si fréquem- POUR RECONSTITUER LE TALON ET PIÈCE A meut dépourvus d'épalssour cen- Bois FORCÉ A L'AME. ivaley alors que leurs constructeurs
ne pouvaient ignorer que c'est de ce centre que rayonaent les vibrations.
Que de beaux Bergonzi, Montagnana, Guarnerius et autres instrument»
de maîtres ont dû être doublés pour pouvoir sonner 1
(1) Comme dans les instruments de Stradivarius.
Pour poser cette doublure centrale d'un fond, après que les fractures auront été collées, on préparera un moule identique à celui que j'ai décrit pour la table ; on lui donnera la même épaisseur, on le fera de même bois et on rajustera avec les mêmes soins. On aura encore recours au sac de sable chaud, au papier savonné, à la calle, etc., etc. Je dois dire cependant que pour les grands instruments : alto, ténor, violoncelle et contrebasse, on pourra se servir de moules réduits, c'est-à-dire qui ne seront que des contre-parties locales des portions à doubler.
Il est très important qu'un moule destiné à coller une doublure à un fond soit sans aucun gauche. Il est également essentiel, lorsqu'on applique cette doublure et qu'on serre, de s'assurer que rien n'a bougé ; car, si par inadvertance le fond ne se trouvait pas placé bien dans l'axe du moule, si la doublure se mettait un peu de travers, on constaterait fatalement, en desserrant, que le fond est devenu gauche. Rien ne pourrait alors ramener ce fond ; les éclisses le suivraient inévitablement, puis la table, et tout le violon aurait un mouvement de torsion en aile de moulin à vent.
Il ne resterait plus qu'à enlever la doublure et à recommencer le travail. J'ai vu cet accident se produire et c'est pourquoi je tiens à mettre mes lecteurs en garde.
Le moyen le plus simple de l'éviter est de placer le fond exactement sur le moule, et de le maintenir dans la bonne position avec quatre pointes plantées sur le bord de ce moule, dans
L'échancrure située au-dessus de
, . -AU ^'K- 8^- — Pièce de poitrine en bois forcé.
chaque corn, ce qui empêchera ®
tout mouvement de la pièce de se produire pendant le serrage.
Quand la doublure n'est posée que pour augmenter l'épaisseur de la
poitrine, comme dans l'opération que je viens de décrire, un simple
ratissage de la partie intéressée suffit. Mais, lorsqu'il y a fracture d'âme,
quelques réparateurs mettent parfois une pièce locale en bois ajusté sans
préjudice de la doublure complète de la poitrine qu'ils y appliquent ensuite. Ainsi que je Tai expliqué pour la table, je ne suis pas partisan de cette superposition de deux pièces et je préfère un seul doublage sérieux avec un bois fernne dont le fil soit légèrennent croisé avec celui du fond.
Il faut, autant que possible, choisir pour les doublures du bois d'érable sur maille ou sur couche, bien sec, et dont les fibres sont un peu tortueuses (1), en évitant cependant les nœuds ou les tournants.