‹ L'art du luthierChapitre 85 sur 106 · LE REHAUSSEMENT DES ÉCLISSES · texte numérisé non relu

LE REHAUSSEMENT DES ÉCLISSES

Pour rehausser les éclisses qui seraient trop basses ou qui auraient été malencontreusement baissées, on commencera par dresser le champ du côté où Ton doit ajouter, en ménageant la contre-éclisse qui cependant va s'enlever, mais qui, pour l'instant, donne encore une certaine consistance à réclisse et en facilite le dressage.

Cette opération terminée, on enlèvera cette contre-éclisse et l'on en préparera une autre à laquelle on donnera en plus de la hauteur ordinaire celle de ce rehaussement. On la cintrera au fer bien exactement et on la collera en place en la laissant déborder de la hauteur, au moins, de ce qu'on doit ajouter à rédisse, en ayant soin de la faire adhérer exacte ment afin qu'elle ne déverse ni en dedans, ni en dehors. On laissera sécher, et pendant ce temps on préparera des petites bandes d'échsse de la hauteur nécessaire et d'un bois aussi semblable que possible aux éclisses originales ; on cintrera au fer, on enlèvera la colle qui peut avoir fait bourrelet et l'on collera à l'aide de béquetles en surveillant le jointoiement qui doit être aussi peu visible que possible. Je conseillerai de tenir ces rehausses une idée plus épaisses que les éclisses primitives afin de pouvoir les régulariser plus facilement à la lime et au ratissoir sans intéresser celles-ci.

Si quelques accidents avaient déterminé des trous dans les éclisses, on les reboucherait avec du bois de même nature et de même aspect, et en donnant toujours au trou à reboucher une forme ronde ou elliptique. II faut en effet éviter de poser des pièces de forme rectangulaire, sous peine, si bien ajustées qu'elles soient, que la restauration soit très apparente. Quand on met cependant une pièce à une table, on peut quelquefois se servir du fil du sapin pour dissimuler un joint dans le sens des

fibres du bois, mais on a soin alors d'arrondir la pièce à ses extrémités. Ces détails relèvent du goût et de l'intelligence du réparateur et il est assez difficile de les assujettir à des règles fixes.

Revenons au rehaussement : celui-ci n'a rien qui le tienne à l'endroit des tasseaux qui ont disparu, non plus qu'à la place des coins qui sont devenus trop bas. Pour les coins, on les porte à la hauteur voulue en les doublant avec des morceaux de bois de tilleul qui peuvent être placés de fil sans inconvénient (1). On peut même en faire autant pour les tasseaux, si on les a conservés (2) ; dans le cas contraire, on fait des tasseaux neufs et l'on procède, pour remonter les éclisses sur le fond de l'instrument, de la façon que je vais indiquer (3).

Lorsque les éclisses auront été ramenées à leur hauteur normale, on dressera avec soin la portion qui se collera au fond, on préparera les vis à tabler et l'on présentera sur le fond et à sa place chaque demi-jeu d'éclisses en maintenant les coins à l'aide de petites presses serrées sur des contre-parties. Quand on aura ajusté les éclisses de manière à uniformiser la saillie des bords et qu'un certain nombre de vis à tabler maintiendra le tout en place, on pourra, pour coller, enlever celles-ci l'une après l'autre ou par petites séries, mais jamais un trop grand nombre à la fois; de même, pour plus de sûreté, on devra avoir collé et fixé un coin avant de desserrer l'autre. On procédera ainsi progressivement en serrant toujours sur la partie qu'on vient de coller avant de desserrer les vis voisines pour continuer le collage. De cette manière, rien ne se dérangera et l'on pourra conduire le travail à son aise. Pour plus de facilité, on fera également bien de n'entreprendre qu'un côté à la fois.

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