NORD
Fig. 8.
ACDQ, galerie vitrée au nord et au-dessus;
ABDI, partie du toit complètement opaque;
BGEI, rideau opaque bleu, abritant la tête du modèle placé dessous. Ce rideau peut se déployer jusqu’en LM.
FKLM, rideau bleu demi-opaque, marchant en largeur côte à côte avec NOPQ, qui lui est pareil. Ces deux rideaux se déploient jusqu’au mur AC ; se recouvrent en NO sur LM et en FK sur GE ;
RSTC, rideau bleu très clair de tissu, marchant en travers vers DQ et passant sous tous les autres en RS et FK ;
DQ, partie vitrée, au versant de laquelle glissent des rideaux bleus demiopaques, en long, de DE vers Q.
Deuxième système permettant d’obtenir un éclairage diagonal dans deux directions.
Un de mes élèves , dont l’esprit investigateur s’est manifesté par plusieurs perfectionnements utiles, a inventé un système de rideaux très-ingénieux et qui pro-
ABCD, galerie vitrée ; BD, partie au nord;
B'D', coupe du toit de verre;
abcdef, etc., traverses en fer portant les verres;
X, coupe des deux tringles de fer l’une au-dessus de 1 autre;
RR' R" R'", rideaux indépendant se recouvrant les uns les autres; r,;/
MN, OP, tringles rondes en fer, sur lesquelles passent les corde» . ,
qui servent à attirer les rideaux; il en existe de pareilles a l au mité qui passent sur la tringle OP ; dans la position de 1 éclairag g ARR"'p, ces cordes sont attachées chacunes à un arrêt placé le long de verre BD et à hauteur commode YZ.
duit des effets extraordinaires. Sous chaque traverse a, b,c, d,e,f, en fer du toit de verre de la galerie (fig.9) BD', sont tendus deux fils de fer X au-dessous l’un de l’autre et séparés d’un centimètre et demi. Sur celui de dessous du côté du soleil, et du dessus de la travée d’à côté, glissent de petits anneaux portant un rideau bleu R, B.', R", R'", etc., qui, par conséquent, a la largeur du verre. Chacun des rideaux, qui, par la manière dont ils se recouvrent ne laissent point passer le soleil, est indépendant de l’autre et se tire par deux cordes qui passent tout simplement à droite et à gauche de la galerie, sur deux tringles rondes en fer YZ qui régnent d’un bout à l’autre. Pour les faire manœuvrer, supposons-en un tendu à une extrémité OM, on attache en bas une des cordes en YZ, on tire l’autre CjC'jC" ou C'", et le rideau se déploie. C’est le seul système qui permette des éclairages diagonaux dans les deux sens ÀB et BC , puisqu’on peut échelonner les rideaux suivant les deux diagonales du plafond de verre. Les effets produits sont des plus curieux et en même temps des plus utiles.
Troisième système au moyen d’un disque mobile.
Ce système peut être très-avantageusement remplacé par un disque (fi g. 10) en étoffe bleue opaque C, tendu
sur un cercle de deux mètres de diamètre et susceptible, au moyen de trois tringles posées deux et une EF sur AB et CD, d’une poulie P, de se mouvoir de devant en
tfOÏU)
Fig. 10.
arrière, de côté, et de haut en bas , au moyen d’une troisième petite poulie en R, au point de jonction des trois attaches.
Se garder d’éclairer trop. — Réflecteur horizontal.
En général on éclaire toujours trop un modèle : il vaut mieux augmenter le temps de pose et diminuer la lumière, surtout en été. On gagne ainsi en modelé et en profondeur dans les ombres. Surtout , ayez soin que le côté dans la demi-teinte soit assez éclairé pour laisser
deviner ses détails, et, en général, que la lumière frappe plutôt le visage en avant et presque horizontalement, que de trop haut. Tout cela est un effet de relation, de vigueur : tel éclairage ne vous donne que blanc et noir, non pas parce que vous avez trop peu de lumière dans le raccourci, mais parce que vous en avez trop dans le grand côté. Tirez un rideau, l’harmonie se rétablira et le modelé sera complet.
On obtient de très-beaux effets au moyen d’un réflecteur en deux châssis s’ouvrant comme un livre, se plaçant en avant du modèle, et soutenu par un chevalet mobile qu’on y adapte. On éclaire parfaitement de cette manière le dessous des orbites et des narines, mais le portrait manque souvent de vigueur, et j’ai dû y renoncer en beaucoup de cas, parce que la lumière renvoyée aux yeux est tellement vive que beaucoup de modèles ne peuvent la supporter.
Du parti pris. — Pourquoi la photographie vieillit le modèle. — Défaut des portraits au soleil.
Il faut encore distinguer avec soin le genre de portrait que l’on veut faire, et l’éclairage doit varier suivant les uns ou les autres. Sans contredit, le parti pris qui peut plaire à un artiste ne convient pas au public non
initié aux difficultés et aux charmes du clair-obscur. Pour la majeure partie des gens qui veulent un portrait, il faut un modelé doux, qui n’exagère pas les reliefs, et par conséquent ne vieillisse pas le sujet, car c’est un des grands reproches faits à la photographie par les gens du monde, les dames surtout. Il n’existe qu’un moyen, sans la retouche, de les contenter, c’est de sacrifier un peu de netteté à l’effet demandé. Comparons : l’âge accuse les traits légèrement flous de la jeunesse en faisant saillir les muscles et les os par l’affaissement des parties molles; si donc l’objectif exagère le relief naturel soit par la dureté de l’image, soit par l’opposition de l’éclairage, le public aura raison de dire: la photographie vieillit le modèle.
C’est par ces causes qu’un portrait fait au soleil ne peut jamais plaire, et rendra toujours la nature grotesque et grimaçante. Grostesque, parce qu’il aura des méplats et des rides que nous ne voyons pas à l’œil nu et à distance de vision ordinaire, et qu’il exagère ainsi les effets; grimaçante, parce que le visage ne peut supporter l’action du soleil sans contrainte, et surtout les yeux ne peuvent la soutenir sans contraction. Ce sont donc des jeux au moins inutiles et qui nuisent plus à la propagation delà photographie parmi le public, qu’ils ne servent à son étude»
Du mouvement dans le portrait. — « Chercher une pause tranquille. — Des formes gracieuses : sacrifier dans les groupes.
Il est connu de tout le monde qu’un portrait doit avoir du mouvement, c’est-à-dire que la tête et le corps ne doivent pas être dans le même plan; si l’un est de
Fig. il.
profil ou de trois quarts, l’autre sera de face et réciproquement. Ce n’est pas cependant que cette règle ne souffre jamais d’exception ; elle en comporte de nombreuses. D’abord dans les portraits que j’appellerai familiers, elle peut être inexécutée : mais alors le caractère est donné par l’inclinaison générale du corps ou la position aisée et non régulière des bras ; en second lieu,
quand la personne qui pose présente beaucoup d’embonpoint et une petite taille, ou encore quand elle est d’un grand âge, car dans ce cas un portrait mouvementé serait un contre-sens. Enfin dans beaucoup d’autres cas trop longs à énumérer : perte d’un bras, décorations nombreuses, certains uniformes, etc.; c’est au goût de l’artiste à décider.
C’est alors qu’il est utile que le photographe sache laisser son modèle libre de ses pensées et de ses mouvements assez de temps, avant d’exiger l’immobilité, pour pouvoir saisir au passage cette attitude favorite qui, à elle seule, constitue la moitié de la ressemblance. Ne cherchez jamais ces poses tourmentées, contournées, qui font ressembler les femmes à des mannequins maladroitement agencés, et, d’un autre côté, ne les posez pas droites et immobiles comme un soldat présentant les armes. La grâce a besoin d’abord d’aisance, et vous ne devez pas oublier que la grâce est chose variable, que chaque type, chaque attitude a sa grâce particulière que vous ne pouvez reproduire avec un autre type, une autre attitude. Il y a là un concours de lignes, un agencement de courbes dont l’œil est agréablement flatté, et que la plus légère différence rendra désagréables, parce que l’harmonie sera détruite. Le pourquoi des formes gracieuses n’est pas encore défini ni découvert, malgré les travaux commencés par Hogarth et continués de nos jours.
Il est à remarquer, surtout dans les groupes, qu’il faut nécessairement sacrifier d’autant plus de mains qu’il y a plus de figures ; sans cela, cette multitude de formes semblables a l’apparence de taches claires, émaillant les vêtements, et le spectateur éprouve beaucoup de peine à les rattacher aux bras et aux têtes auxquels elles appartiennent. Un portrait isolé gagne souvent beaucoup au sacrifice adroitement fait de l’une des mains du modèle.
Des groupes en général. — Deux, trois, quatre personnes. — Combinaisons diverses. — Groupes plus nombreux sortant du domaine de l’artiste au moyen de -la photographie.
Que dirai-je., à propos des groupes, la plus grande difficulté artistique que puisse rencontrer un photographe? Comme difficulté photographique, existe déjà celle de faire coïncider les attitudes avec un plan unique; mais, comme forme artistique!...
Le groupe de deux personnes est le plus facile. Si elles sont à peu près de même taille, placez l’une debout, l’autre assise (fig. 12). Si l’une est beaucoup plus grande que l’autre, mettez la plus grande assise, pourvu cependant que la différence ne soit point telle que les deux têtes soient à la même hauteur (fig. 1 4) ; dans ce cas,
DU COLLQDION HUMIDE.
il faudra mouvementer le groupe, et, comme presque toujours la plus petite personne est un enfant, mettez
Fig. 14.
celui-ci dans une attitude qui motive celle de la grande personne et s’y rattache (fig.13).
Le groupe de trois personnes est le plus beau, quand il affecte la forme d’un triangle, la base sur le sol (fig. \ 6) . Il peut être également gracieux dans l’arrangement in. verse, la base en haut. Pour ces formes, je considère
toujours comme sommet d’angle le centre de chacun des visages. Mettez trois personnes égales dans l’une ou
Eig. 15. Fig. 16.
Fig. 17.
l’autre de ces poses ; une plus grande que deux autres, préférablement dans la seconde position (fig. 15) ; l’une plus petite que deux autres, dans la première, à moins que les têtes n’arrivent à la même hauteur ; mais alors, comme il s’agit d’un enfant, rattachez-le à l’une des
personnes par un mouvement motivé (fig. 17), sur les genoux, sous un bras, et mettez debout la troisième personne. Je ne puis prétendre indiquer la combinaison que l’âge et le sexe des modèles imposent, le bon goût doit être guide. Dans tous les cas, je ne consigne ici que des idées générales.
Le groupe de quatre personnes (fig. 18) est le plus
ingrat à former, et celui qui réussit le moins bien comme effet artistique. Deux assises , deux debout, si la figure prend l’aspect d’un trapèze et non d’un rectangle. Trois assises, une debout, si deux peuvent se relier par un mouvement motivé.
Je ne parle pas ici des groupes plus nombreux, je les regarde comme une affreuse chose qui ne ressort plus du domaine de l’artiste, mais lui est quelquefois imposée
à son grand désespoir. Quel que soit le groupe choisi, une règle doit encore y dominer, c’est que les attitudes doivent être variées pour chaque personnage, grave suivant l’âge, mouvementé suivant le sexe. Mais toujours la direction des yeux doit être variée dans chaque personnage, non qu’il faille les faire regarder chacun d’un côté différent, mais que l’ensemble concourre au même but, et que le spectateur s’aperçoive qu’il assiste à une réunion de famille ou d’amis, où chacun suit son instinct et ce qui l’intéresse, et non à un groupe de personnages effrayés et regardant simultanément un terrible événement qui s’accomplit sous leurs yeux.
Perspective appliquée à la photographie. — De la ligne d’horizon. — Importance de son choix. — Manière de se guider sur la glace dépolie. Aspect d’une sphère suivant le lieu de la ligne d’horizon. — Du point de vue principal.
Nous devons ici toucher un peu à la perspective en général, parce qu’elle a des rapports naturels avec la photographie, son plus fidèle interprète.
Tout le monde sait que la perspective a pour objet de représenter, sur une surface donnée, tableau, dessin, gravure, photographie, l’ensemble et les détails des objets extérieurs que la nature nous offre, dispersés à des distances différentes et inégales de notre œil. Ainsi que
nous l’avons fait remarquer à la Ir0 Partie, la forme et la couleur sont les deux manières par lesquelles le monde extérieur se manifeste à nous ; il faudra donc, dans la perspective, nous préoccuper de ces deux aspects qui donnent naissance à deux branches distinctes. La perspective linéaire qui applique les principes simples de la géométrie, et qui , pour la photographie, lui est donnée en partie par l’objectif; en second lieu, la perspective aérienne dont le photographe est beaucoup plus maître, tant à cause du procédé qu’il choisit que de l’éclairage approprié dont il dispose.
Ce second aspect a été traité tout naturellement dans la Ire Partie de cet ouvrage, en comparant les gammes du graveur et celle du photographe. Il me reste à dire quelques mots de la perspective linéaire appliquée au portrait photographique. Le choix de l’angle optique est ici une donnée invariable, puisque son ouverture est fixée par l’objectif ; mais le choix de l’horizon rationnel est une donnée variable qui reste à l’opérateur, et qui est d’une grande importance , parce qu’une fois fixé, l’instrument donne le reste; par conséquent, si l’opérateur fixe mal cet horizon, tout est mauvais, s’il le choisit bien, tout est bon.
La ligne d’horizon, presque toujours fictive dans le portrait, doit se trouver à la hauteur de l’œil du dessinateur, et suivant que ce dernier monte ou descend, cette ligne s’élève ou s’abaisse avec lui. L’œil qui dessine pour
DU COLLODTON HUMIDE.
nous, c’est l’objectif; par conséquent la ligne d’horizon réel ou fictif passera toujours par le centre de cet instrument, -et s’élèvera ou s’abaissera suivant le mouvement ou la position que nous lui ferons prendre ; fait sans discernement, le choix de l’horizon rend difforme, désagréable, difficile même à reconnaître au premier
Fig. 19.
coup-d’œil des objets que l’objectif a reproduits cependant avec exactitude et vérité.
D’autre part, le point de vue étant le sommet de l’angle optique qui embrasse un objet, il est naturellement au centre de l’objectif et peut être marqué d’avance sur la glace dépolie, comme point de centre de figure, qu’il suffira de placer avec intelligence sur l’image du modèle , pour chercher et obtenir le meilleur effet possible. La hauteur de l’horizon étant déterminée, le point de vue peut à volonté être placé sur chaque point de son étendue; mais pour nous il sera presque toujours cen-
tral, afin d’éviter les déformations. Nous aurons alors notre point de vue principal en face du portrait, et comme nous avons dit que ce point est un de ces points de la ligne d’horizon, il s’élèvera et s’abaissera avec elle.
Si le modèle est assis, le peintre debout (ou ce qui revient au même, l’objectif à la hauteur des yeux du peintre debout) , l’horizon passant beaucoup au-dessus
de la tête du modèle, les lignes seront déformées et la tête vue en-dessus offrira un ovale trop court et des angles trop saillants. Le même effet se produirait en sens inverse si, le modèle étant debout, le peintre était assis. L’horizon étant à mi-hauteur du sujet, l’ovale et les lignes du visage seraient nécessairement raccourcis et déformés, nous allons étudier comment. Nous voyons seulement dès à présent que la hauteur de l’objectif ou l’œil du photographe doivent être raisonnés. En effet tout le monde sait que la tête humaine est formée de
portions sphériques plus ou moins déformées ; par conséquent les règles perspectives applicables à la sphère doivent être présentes à l’esprit du photographe et le guider dans le choix que nous étudions. Il faut qu’il se souvienne d’abord qu’une sphère ne paraît parfaitement ronde qurâutant que le point de vue principal se trouve placé en face de son centre ; placé partout ailleurs la forme de la sphère semblera allongée , comme l’indiquent les deux figures ci-dessus.
Cette remarque nous explique pourquoi nous avons marqué sur la glace dépolie ce point de vue principal et central, et pourquoi nous cherchons les limites entre lesquelles on peut le faire varier en l’appliquant au modèle reproduit par l’objectif sur cette même glace dépolie, ou sur la surface sensible qui la remplacera.
Quand une sphère est plus élevée que l’horizon , les cercles horizontaux qui peuvent être tracés à sa surface, paraissent descendre et on aperçoit le dessous de la sphère. De même quand une tête humaine est placée au dessus de l’horizon, les lignes courbes que l’on ferait passer par les yeux et le sommet de l’oreille, par la partie inférieure du nez et les oreilles, par la bouche, sembleraient descendre et on voit le dessous des orbites, du nez, du menton : voir encore les deux figures cidessus.
Si au contraire l’horizon est trop haut, qu’il soit
beaucoup au-dessus de la tête, les lignes courbes dont
nous parlons paraissent monter, et l’ovale sera déformé, par conséquent la ressemblance moins complète.
Exemple du choix de la ligne d’horizon dans les portraits célèbres.
Devons-nous toujours faire passer la ligne d’horizon par les yeux du modèle, je ne le pense pas. C’est ici le cas d’étudier en quelques mots la manière des grands portraitistes et des maîtres. Nous verrons, par exemple, que dans son magnifique portrait de la Joconde, Léonard de Vinci a placé l’horizon à la hauteur des yeux ; David a fait de même dans le portrait du pape Pie VII ; Raphaël, le divin, adopta cette disposition dans plusieurs portraits.
La ligne d’horizon n’a pas été placée plus haut, mais elle l’a souvent été plus bas ; en voici quelques exemples faciles à vérifier. Dans Bacehus assis, Léonard de Vinci l’a fait descendre à la hauteur du nez ; à la ligne de la bouche dans le portrait de Charles VIII. Philippe de Champaigne, dans les portraits de Mansard et de Perrault, la place à la hauteur du menton.
Van-Dick la met sur la ligne des clavicules, dans les portraits de Charles Ier, d’Henriette; et encore Lawrence adopte cette disposition dans plusieurs portraits remarquables.
Raphaël, Titien, Rubens, Guerchin, ont souvent placé l’horizon à hauteur de la ligne des seins, et généralement cette disposition donne un grand air aux figures, Rigault a quelquefois même exagéré en plaçant son horizon à peine à mi-hauteur de ses portraits en pied.
Application particulière aux portraits photographiques.
Pour le portrait photographique tel que nous le faisons, il reste à expliquer différentes anomalies. En effet, nous recommandons de placer pour un personnage en pied la ligne d’horizon à une hauteur variable, entre la ligne des yeux et celle des seins, et l’épreuve nous donne, en moyenne, la ligne d’horizon aux environs des genoux. C’est que cette ligne n’est pas celle de l’horizon, mais l’intersection du plan de fond avec le parquet. Et comme le fond est indispensable, de quelque couleur qu’il soit, et doit venir en même temps que le portrait, il s’ensuit qu’il forme une ligne d’horizon factice et de convention, placée d’autant plus bas que le modèle est plus près de lui. Nous voyons donc que nous ferons monter cette ligne d’autant plus que nous éloignerons le modèle du fond. Si nous opérions en rase compagne, la ligne remonterait tellement qu’elle se confondrait
avec l’horizon réel et se trouverait couper le modèle à la hauteur exacte que nous aurions choisie.
Du choix de la ligne d’horizon dans les paysages photographiés. — Exemple des maîtres.
Le choix de la ligne d’horizon est aussi important que pour les portraits, dans les paysages et les scènes de la nature. En général plus on voudra de développement plus l’horizon s’élèvera, ce qui est rationnel, puisqu’alors on est censé monter avec lui et découvrir la plaine d’un point culminant. Cela n’est que bien rarement favorable à la photographie; en général l’horizon placé au-dessous de la stature d’homme lui permet des effets plus gracieux. Un horizon plus borné permet des effets très-brillants et en même temps laisse aux plans moins nombreux une plus grande homogénéité comme impressionnement de la couche sensible.
Les maîtres du paysage, ont en général approprié le choix de l’horizon à leur genre particulier. Van-Ostade, Karl-Dujardin, etc., ont rarement dépassé la hauteur de l’homme et souvent se sont tenus au-dessous, à mihauteur.
Claude le Lorrain, Salvator Rosa, Berghem, Swanevelt, Rubens, Ruysdaël, Wynantz, Wouwermans, Dominiquin, Carrache et autres maîtres à grandes manières,
ont rarement abaissé l’horizon au-dessous de deux statures d’hommes; le vaste développement de leur pensée eût été à l’étroit sans cela, et souvent trois et quatre statures d’hommes leur ont été nécessaires.
De l’appui-tête. — Ce qu’il devrait être.
Que jamais l’approche de l’appui-tête ne se dessine dans la pose générale du modèle; il ne doit pas être senti, encore moins le modèle en doit être gêné. Cette recommandation est encore plus importante quand il s’agit d’un portrait debout. Il est bien rare qu’on puisse obtenir un effet gracieux dans cette position, parce que jamais la pose ne peut être assez mouvementée. D’autre part, les appuisactuellementinventéssonttrop incomplets pour répondre aux besoins de ce genre de pose. Il reste encore à trouver un instrument qui, à une rigidité assez grande, joigne, sans une trop grande complication, un nombre suffisant d’articulations pour se dérober à la vue en suivant les contours du modèle. La seule idée qui me semble complète serait un appui à deux branches en bas : articulées en suivant exactement le genou et la hanche; se réunissant alors, par un boulon glissant dans une tige plate à rainure permettant un mouvement vertical. Cette tige porterait un appui pour la tête, un
pour la taille et un pour chaque bras; supports qui ne s’adapteraient qu’à volonté et pour les poses difficiles des groupes. Le malheur est que, même sans les supports auxiliaires des bras, cet ensemble fléchit ; il faudrait l’appuyer à un mur par un étai à hauteur des reins, et vous perdez alors complètement la facilité de varier et les mouvements et les effets de lumière suivant l’heure du jour.
De la couleur des vêtements du modèle.
La couleur du vêtement est une condition des plus importantes pour la beauté d’un portrait. Ailleurs nous avons traité cette question à un point de vue plus élevé (ire Partie). Ici nous ne dirons qu’un mot. Tâchez que la venue complète du vêtement coïncide avec le temps de pose nécessité par la carnation du modèle. Voilà la règle la plus commode, mais ce n’est pas celle qui donne les plus beaux effets artistiques ; car un teint éclatant, par exemple, le paraîtra bien davantage, rehaussé par un ajustement foncé et à larges plis. Dans ce cas, il faut abriter le visage et les mains. Je ne pense pas qu’on ait rien imaginé de meilleur et de plus commode que le disque de velours noir monté à une manche flexible de M. Claudet. On amène ainsi les vêtements au degré né-
cessaire pour avoir tous les plis, sans pour cela brûler les chairs. Il faut se souvenir que les vêtements à reflets brillants, même de couleur antiphotogéniques, viennent souvent très-vite, plus vite que des couleurs mates plus photogéniques.
De la couleur de l’atelier.
L’atelier de pose ou galerie sera peint uniformément en bleu pâle, le fond en gris ardoise peu intense. Cette teinte mixte répond à toutes les exigences. Elle est assez foncée pour un portrait à fond noir, elle donne une auréole assez claire sous le porte-auréole pour faire ressortir le portrait kepseake sur un fond demi-blanc.
Du temps de pose.
11 ne faut pas perdre de vue que la chaleur ralentit au lieu d’accélérer l’impression de la lumière sur les sels d’argent sensible, iodure et bromure. A l’endroit du spectre solaire où la chaleur est la plus intense, l’impression photographique est à peu près nulle. Dans les jours de grandes chaleurs, l’action lumineuse est des
plus lentes et des plus incomplètes; elle semble à son maximum pendant les journées d’hiver éclairées d’un beau soleil, ce qui placerait ce maximum entre +3° et + 10°.
Il ne faut pas oublier non plus que le soleil de l’aprèsmidi émet plus de rayons jaunes que celui du matin, et que souvent une après midi où le soleil est voilé de nuages blancs et lumineux produit une action photographique plus intense qu’un ciel bleu pur et sans nuages.
Du développement. — Dosage pour l’acide pyrogallique. — Manière de le varier. — Du flacon laveur. — De l’addition de l’azotate d’argent. — Du danger de voiler.
Arrivés au point où nous en sommes, l’opérateur n’a encore fait que des manipulations préparatoires, nécessaires sans doute, mais non décisives. Le développement constitue à lui seul la partie la plus délicate et la plus difficile du procédé sur collodion. Sans doute il est très-simple de prendre la glace et de la couvrir rapidement du liquide développant mis dans un verre à expérience, mais calculer le dosage précis du liquide qui convient le mieux, la quantité de nitrate qu’on lui ajoutera, le moment juste où on arrêtera le développement ou le renforcement, moment d’où dépend la beauté
de l’épreuve, ce ne sont plus là des choses si faciles. Aucune partie du procédé ne demande plus de pratique, plus de sang-froid et plus de réflexion.
Dire que le dosage du liquide développateur varie sans cesse, c’est demander une moyenne qui serve de point de départ; la voici :
Eau ordinaire . 150 cent, cubes.
Acide pyrogallique . 0g,50.
Acide acétique cristallisée . 6, à 12 c. c.
L’opérateur n’a besoin, pour faire varier à l’infini ce mélange, que de garder une des deux quantités comme constante et de faire varier la seconde. Celle que nous choisissons comme la plus commode à faire varier est l’acide acétique. On fera donc toujours la solution pyrogallique au plus bas titre indiqué d’acide acétique, et on aura auprès de soi, lors du développement de l’épreuve, une fiole graduée et remplie d’acide pur, dont on ajoutera au moment de répandre sur la glace la quantité que l’expérience aura rendue nécessaire, et qui est toujours très-minime. Dans les cas ordinaires de lumière et de couleur, on n’aura rien à ajouter. Ce qui doit préoccuper n’est pas que l’image vienne vite, mais qu’elle vienne bien ; qu’elle se développe également. A cet égard, il faut un développement relativement lent qui permette aux détails de ne pas se voiler ni se confondre, et que l’on puisse arrêter à temps. Sous ce rapport, notre collodion est très-commode, son adhérence
à la glace étant parfaite, il supporte sans dangers des développements et renforcements de plus d’une demiheure. Nous faisons préparer pour les personnes qui y sont habituées des flacons de collodion que nous ne livrons qu’après les avoir essayés nous-mêmes, et nous pouvons ainsi en garantir la parfaite constitution; comme le mouvement des voyages ne lui cause aucun préjudice, il est éminemment propre à être envoyé et emporté au loin sans aucune précaution.
Nous ferons remarquer que l’eau distillée n’est pas utile pour le développement.
Il faut s’arrêter alors que le liquide qui coule sur la glace contient un précipité nuisible de gallate d’argent
Fig, 21.
en poudre noire, Lavez alors à grande eau, au moyen du flacon laveur À ou B à deux tubulures , que l’on trouve dans tous les cabinets de chimie, et si l’épreuve n’a pas encore acquis la vigueur nécessaire, revenez à une nouvelle dose de liquide additionné de nitrate d’argent. Nous nous servons, pour faire ce mé-
lange facilement et surtout sûrement, d’un flacon C à large ouverture, fermé d’un bouchon traversé par un petit tube de verre. On remplace ce bouchon lorsque le contact du nitrate l’a décomposé. En renversant ce petit flacon et secouant doucement, on obtient un jet de quelques gouttes que l’on peut doser à peu près et que l’on connaît; cet usage permet de se rendre compte de la quantité mêlée par le nombre de fois quon agite. Tout ceci est une affaire de tact et d’habitude dans laquelle cependant ces moyens de régularisation et de contrôle sont précieux.
11 arrive quelquefois que, voulant accélérer outre mesure le développement d’une image , on mêle trop de nitrate à la solution pyrogallique : ce n’est pas le moyen d’aller vite : la réduction marche alors dans toute la masse du liquide, et atteint à peine la couche de collodion ; la liqueur devient trouble, et l’on y voit rouler des ondes argentées de particules noires et brillantes, alors qu’on en couvre la glace; il faut se hâter de rejeter ce liquide et de laver la couche à grande eau, parce que c’est le moment où se forme un précipité très-abondant et granuleux d’argent réduit qui peut s’attacher assez fortement à l’image pour la rendre impropre à tout usage en la voilant.
Explication proposée du développement de l’image sous l’acide pyrogallique.
Si l’on conserve, au contraire, un excès cl’acide pyrogallique, la décomposition marche lentement, l’acide s’unit à l’oxygène de l’air, pour lequel il a une affinité très-grande; une portion d’acide nitrique est mise en liberté et de l’argent se dépose sur les parties impressionnées par la lumière. Cette explication du phénomène est la plus simple et la plus généralement admise, mais elle n’est pas complètement satisfaisante, parce qu’il est constant que l’image contient des traces de carbone mêlé à l’argent ; par conséquent, il y aurait plus que brûlure de l’acide pyrogallique, il y aurait dépôt d’une partie du carbone qu’il contient. Cette supposition peut être rendue manifeste sans entrer dans des formules compliquées, et nous allons essayer de la rendre accessible à tout le monde. Si nous comparons les formules :
Acide pyrogallique = C6 H3 O3
et Acide gallique = C7 H3 O3 = C6 H3 O3 -f- CO2,
on reconnaît que le premier, venant du second, a perdu d’abord un équivalent d’acide carbonique CO2; mais ensuite, que, dans l’acide pyrogallique, l’oxygène et l’hy-
drogène représentent précisément 3 équivalents d’eau unis à une masse énorme de carbone C6. Par conséquent, rien de plus probable que, au contact de l’azotate d’argent qu’on y mêle (AgO, AzO5), qui contient une masse d’oxygène, l’eau H303se recompose; il reste en présence 6 équivalents d’oxygène pour 6 équivalents de carbone ; il se forme 3 parties d’acide carbonique, 3 (CO2) absorbent 3C, d’où un dépôt des 3G équivalents de carbone demeurés libres.
Nous simplifions encore évidemment les réactions, car nous ne tenons pas compte de la présence de l’acide acétique; ce corps ne semble, au reste, pas prendre part au phénomène, et demeure là comme préservateur ou affecté au ralentissement de la décomposition ; même après la précipitation complète de l’argent et la destruction de l’acide pyrogallique, il paraît rester entier et inattaqué dans la liqueur qui conserve son odeur et son acidité caractéristique. Cependant sa composition (C4H303.Ho), qui le rapproche de l’acide pyrogallique, permet de penser qu’il n’est pas absolument étranger à l’ordre des phénomènes que nous étudions, phénomènes très-complexes quand on songe à la quantité et à la variété des éléments en présence.
Des acides acétique, tartrique, formiqué et citrique. — Des dangers de l’acide acétique pyroligneux. — Dosage.
L’acide acétique a été remplacé avec quelque succès par d’autres corps, entre autres l’acide tartrique, l’acide formique et l’acide citrique : le premier, composé de C8H4O102HO, semble rattaché au même groupe de substances, et se décompose assez facilement en présence des métaux, en eau, acide carbonique et acide formique ; le second, dont la formule est C2H03.H0, est un produit de l’oxydation de l’alcool methylique, de même que l’acide acétique est un produit de l’oxydation de l’alcool ordinaire ou vinique, et se rattache évidemment aussi au même ordre. Quoi qu’il en soit, nous avons conservé l’usage de l’acide acétique. Quant à Facide citrique (C^HNFFSHO), ses caractères le rapprochent de l’acide tartrique, auprès duquel il se groupe tout naturellement. Nous sommes assurés que, de tous ces corps, celui qui remplit le mieux son but, c’est-à-dire avec le moins d’inconstance, c’est l’acide acétique pur; aussi nous l’avons exclusivement adopté. Nous avons rencontré dans le commerce des qualités d’acide acétique de bois qui étaient aussi bonnes que l’acide concentré et cristallisable, en tenant compte toutefois de leur richesse relative en acide ; mais nous en avons rencontré d’autres
dont la présence réduisait les glaces en noir. Ce résultat, qui peut être attribué à l’éther méthylacétique et à l’aldéhyde qui y sont souvent mêlés, n’a rien qui doive surprendre. Nous conseillons donc de se servir d’acide cristallisable, ou tout au moins d’acide acétique du Verdet qui ne peut retenir que quelques traces métalliques inoffensives.
Nous n’avons pas besoin de dire que cet acide doit être essayé au moyen d’un poids connu de potasse caustique qu’on lui fait neutraliser. On diminue en même temps l’eau à mettre dans le mélange, de la quantité représentée par le volume surabondant du liquide. Je suppose que l’on ait à mêler 100 d’eau et 10 d’acide acétique cristallisable, si l’on se sert d’acide du Verdet moitié moins riche, on composera son mélange de 90 d’eau et de 20 d’acide ’du Verdet.
Développement par le protosulfate de fer. — Production de l’image toute différente. — Positifs directs. — Formule de deux bains différents pour négatifs.
Nous ne pouvons omettre de dire que quelques opérateurs se servent du protosulfate de fer comme agent réducteur, et nous allons donner quelques dosages qui sont des plus simples et nous ont le mieux réussi dans nos essais comparatifs. L’effet de la réduction par le bain de fer est différent de tout point de ce qui se passe
en présence de l’acide pyrogallique; cet effet est instantané et ne peut être dosé que plus difficilement. Aussitôt que la couche argentifère est en présence du liquide ferré, la réduction a lieu instantanément et dans toute la masse; si bien qu’une très-faible portion de l’argent est portée sur les endroits impressionnés, et que la majeure partie est précipitée au fond du bain, sous la forme de poudre grise. Ce n’est qu’en renouvelant plusieurs fois la couche d’argent à la surface de l’épreuve et sa réduction par le bain, qu’on arrive à donner à l’image une opacité convenable. Ces faits sont très-précieux pour l’obtention des épreuves positives par réflexion sur collodion, et nous nous en servirons à ce chapitre; mais pour la production des négatifs, nous regardons ce procédé comme plus chanceux et plus long dans ses manipulations diverses, que l’acide pyrogallique.
On peut composer son bain ainsi :
Eau distillée .
Protosulfate de fer pur . .
Protoazotate de fer ... .
Acide acétique cristallisable
Alcool à 36° .
Azotate d’argent .
Ou bien encore :
Eau distillée. . . .
Protosulfate de fer. . . • .
Acide citrique .
Acide sulfurique .
Azotate d’argent . .
100 grammes.
105 grammes, à saturation.
5 gram.
5 gouttes.
1 gram.
L’aspect des épreuves développées au protosulfate de fer est caractéristique au point de vue de la qualité même des images négatives obtenues; généralement le fouillé et le modelé sont très-complets, mais la vigueur manque. On arrive cependant à un résultat très-satisfaisant en employant la méthode suivante, que nous mîmes surtout eu usage dès 1855, pour l’obtention d’épreuves négatives instantanées.
Développement par le protosulfate de fer à faible dose. — Formule et manipulation. — Diminution du temps de pose. — Éclairage approprié.
Prenez : Eau distillée et saturez-la de protosulfate de fer pur; c’est à tort que l’on indique le protosulfate de fer du commerce, sa composition est beaucoup moins certaine : il contient beaucoup de persulfate, qui a une action particulière sur la venue de l’image. Filtrez et conservez bouché.
Prenez : Eau ordinaire mélangée de 20 pour 1 00 de cette solution, et joignez-y acide acétique du Verdet, 6 pour 100; vous aurez une très-faible solution ferrée acide, qui, projetée vivement à la surface de la couche du collodion, y développera une image légère d’abord. En quelques secondes, la liqueur, qui était d’un beau
rouge limpide quand vous l’avez versée, devient, au
moment où le développement commence, d’une couleur jaune rouillée et boueuse; à la surface du liquide roulent des paillettes d’argent métallique, provenant de la réduction de la couche d’azotate d’argent qui mouillait la glace, et qui a fourni les matériaux du premier pas de l’apparition de l’image. Lavez alors ; mélangez dans le verre quatre cinquièmes environ de solution d’azotate d’argent à deux pour iOO, et un cinquième de la liqueur de fer à 20 pour 4 00 faite plus haut, et qui a commencé le développement. Versez à la surface de la glace, vous verrez l’épreuve prendre de la vigueur et arriver au point d’intensité nécessaire. Souvenez-vous, pour vous arrêter au moment précis par un lavage à l’eau, que ces épreuves prennent une grande vigueur en séchant. Fixez comme d’habitude.
Il est incontestable que ce mode d’opérer permet de diminuer le temps de pose de plus de moitié, ce qui est un grand avantage. Il est également certain que sous son influence, la couche de collodion est moins sujette à se couvrir de petites cristallisations noires sur le bord de la glace, donnant des points blancs. D’un autre côté, les différences d’épaisseur dans la couche du collodion (moutons et rides) provenant de la manière dont il a été étendu, apparaissent plus par le sulfate que par l’acide pyrogallique. Enfin, il ne faut pas craindre d’outrer les effets de lumière, ce procédé tendant à donner des épreuves trop égales de tons; sous ce rapport, l’éclai-
rage diffère essentiellement pour les deux procédés : doux pour l’acide pyrogallique, heurté pour le protosulfate de fer.
Considérations sur la nature de l’épreuve. — Du point où arrêter l’épreuve. — Lavage.
Les épreuves négatives ainsi obtenues sont formées d’une couche blanche légèrement grise ou jaunâtre, contrastant tout à fait avec le développement par l’acide pyrogallique. Je la crois formée absolument d’argent réduit, et cette composition corrobore encore ma théorie de la formation par du carbone de l’épreuve née sous l’action de l’acide pyrogallique. Les épreuves commencées au protosulfate de fer se laissent d’ailleurs parfaitement continuer à l’acide pyrogallique et prennent de suite le ton noir qui dénote le dépôt de carbone. Ce changement d’agent développateur se fait après le premier lavage, et on couvre la glace de la solution pyrogallique mêlée d’argent que nous avons indiquée plus haut. Prenez garde seulement, si vous employez le même verre, qu’il soit bien lavé, autrement vous formeriez de l’encre en mettant l’acide pyrogallique en présence de parcelles ou d’un dépôt de protosulfate de fer.
De tout ce qui précède, et surtout de ce fait que la présence de l’oxygène de l’air favorise et hâte l’ap-
parition de l’image , il faut en déduire que , du moment que la couche de collodion est bien couverte et en quelque sorte imbibée de la liqueur pyrogallique, il ne faut pas se presser de la reverser à sa surface, afin de donner le temps à l’air d’agir; et en effet on observera facilement que c’est à découvert que la réduction marche le plus rapidement. Il ne faudrait pas cependant pousser cette manière d’agir trop loin, parce que la couche mince adhérente est très-vite décomposée, et que s’il s’y attachait des poussières, il pourrait y avoir dépôt, cristallisation et tache définitive. Ce résultat se produit souvent entre des mains inexpérimentées, au bord des glaces de grandes dimensions, où le développement ne vient pas se renouveler assez vite et assez souvent.
Alors que l’image semble arrivée à son maximum d’effet, il faut tenir compte que notre collodion augmente beaucoup d’opacité en séchant, on peut évaluer ce renforcement à un tiers de la valeur totale. On arrête donc le développement en ne versant plus la liqueur révélatrice, et on lave avec soin la surface de la couche au flacon laveur rempli d’eau ordinaire filtrée. Ce lavage doit être abondant et est destiné non-seulement à enlever le dépôt probable de poudre argentine qui couvre la couche, mais encore l’acide acétique qui la baigne et dont l’aspect huileux, sous la nape d’eau qu’on verse, sert à faire reconnaître la présence. On peut laver même
la surface de l’envers, on n’en conservera que plus pur le bain fixateur d’hyposulfite, ce qui est une condition de succès.
Jugement du temps de pose. — Pose trop courte. — Pose trop longue.
De la manière dont se comporte l’épreuve pendant le développement, on doit conclure si la pose a été juste ou mal calculée. Souvenons-nous que l’image vient dans tous les cas faiblement d’abord, surtout avec notre collodion, et que les détails dans les ombres, le fouillé , en un mot, ne se développe que quand le liquide révélateur se trouble, devient gris, et que c’est à ce moment seulement qu’il convient d’y ajouter une ou deux gouttes de liqueur argentifère : plus tôt, l’action est inégale; plus tard, l’acide pyrogallique est complètement décomposé. Ne versez pas au même endroit, surtout quand vous avez ajouté du nitrate d’argent, parce que vous formeriez une tache ronde d’argent réduit. En profitant de cette propriété, vous pouvez transformer un défaut en une qualité, en versant avec intelligence le liquide sur les endroits de l’image qui demandent un renforcement plus prononcé.
Si la pose a été trop courte il est évident que les grands clairs seuls auront émis assez de lumière pour
DO COLLODION HEJ3VIIDE.
impressionner l’iodure d’argent; on aura donc une image heurtée et incomplète. Si elle demeure telle après deux renforcements, elle se voilera ensuite à cause de la grande quantité d’argent qui se sera réduit à sa surface, et cette épreuve ne sera propre à rien de bon.
Si la pose a été dépassée, on aura des effets divers suivant la nature de la chose reproduite. S’il s’agit d’un portrait ou d’un objet éclairé par une lumière diffuse, la couche superficielle du collodion ne donnera pas l’image; celle-ci se trouvera longue à venir, terne et sans vigueur dans la profondeur même de la couche de collodion. S’il s’agit d’une vue, d’un paysage, l’excès de pose est presque toujours une condition de succès, ou pour parler plus simplement, la pose diffère de celle ordinairement adoptée et doit être suffisante pour que les grandes lumières aient acquis de la transparence. Car il se présente ce fait très-remarquable que la nature du dépôt, sur une partie brûlée, c’est-à-dire où la pose a été plus longue qu’une certaine mesure, n’est pas la même que sur une partie obtenue avec une pose moins longue. Dans le premier cas, la couche est rouge et transparente, et dans le second elle a retenu assez de dépôt pour être noire et d’une opacité complète. Il y a donc une pose vraie relative, proportionnelle et à la valeur des tons reproduits et à la propriété du collodion que l’on emploie d’être plus ou moins sensible. Presque toujours une couche qui fournit un paysage harmonieux
DU UOLLODION HUMIDE.
avec notre collodion, présente une légère teinte feuillemorte en transparence, et par réflexion une couleur verte très-prononcée. Si le cliché est rouge, la pose a été dépassée, et l’on n’a qu’une image plate et sans valeur. Presque toujours, à moins qu’une lumière exceptionnelle et de hasard que l’on ne rencontre pas souvent, toutes les fois que, sur le négatif, le ciel sera d’une opacité absolue, les premiers pians et les ombres manqueront de détails. Cette opacité absolue donnant des ciels blancs n’est pas, au reste, une condition de succès, et nuit plus à l’effet de l’épreuve positive qu’une teinte légèrement translucide du négatif, qui donne un ciel gris lumineux dégradé et harmonieux.
Réflexions sur l’action actinique de la lumière. — Reproduction des nuages.
L’action actinique de la lumière est proportionnelle à l’éloignement de l’objet, ou plutôt à la quantité de lumière interposée entre la couche sensible et lui; peutêtre les ondes ont-elles d’autant plus de force actinique qu’elles ont plus d’élan et viennent de plus loin. Quoi qu’il en soit, les ciels viennent d’abord à leur valeur, puis les lointains, et enfin les premiers plans. Avec un peu d’adresse, et quand la nature de l’objet ne s’y op-
pose pas, on peut, en obturant avec la main l’objectif de bas en haut, obtenir des modifications de tons très-remarquables : avec de la patience et quelques insuccès, cette manœuvre est d’une réussite assez certaine.
Il est extrêmement facile de reproduire les nuages avec notre collodion en démasquant l’objectif double un temps très-court, ou en se servant de l’objectif simple pendant cinq à quinze secondes ; mais on n’a que d’incomplètes épreuves, parce que les objets terrestres se.découpent toujours en silhouettes, la pose ne pouvant pas donner leurs détails. Il en est de même des vues de mer, et l’inharmonie des effets obtenus de cette manière en rend la portée artistique très-minime; aussi ces tours de force qui ne prouvent rien, ont-ils très-peu d’application. Une belle page de paysage artistement éclairée et ornée, si l’on veut, d’un ciel naturel, habilement rapporté et éclairé du même côté, aura toujours beaucoup plus de valeur réelle et d’effet artistique.
Des positifs directs par transparence, ou épreuves ampliipositives. — Exemple de cette anomalie.
Nous ne devons pas abandonner ce chapitre sans y rattacher nos travaux sur les épreuves ampliipositives,
dont l’obtention intermittente doit frapper d’étonnement tous ceux qui s’occupent de ces phénomènes remarquables.
Il existe des cas fort singuliers de positifs directs sur collodion par transparence. Déjà plusieurs fois j’avais observé que, sur des glaces voilées en partie, une certaine portion de l’image négative virait en positive par transparence, sans m’être rendu compte du fait. Une dernière épreuve assez remarquable est venue me mettre, je pense, sur la voie, sinon de l’explication exacte du phénomène, au moins d’une hypothèse plausible de sa formation.
Nous avions à faire les portraits de deux petits enfants auxquels une pose, même très-courte, était impossible ; nous avons dû éclairer à toute lumière la galerie vitrée, et agir instantanément. Le collodion, au cadmium, trèsfluide, donna une fine image sous un développement à l’acide pyrogallique; cette image, trop faible pour former un beau positif, avait besoin d’un renforcement au nitrate; mais au moment où le mélange d’acide pyrogallique et de nitrate couvrait l’image, un précipité d’argent se fit instantanément, et elle vira au positif par transparence, c’est-à-dire que les parties éclairées ou noires du négatif devinrent complètement transparentes.
Or on pense que ces parties sont formées d’argent métallique réduit, précipité par l’acide pyrogallique et
retenu par les pores du collodion, argent jouissant de la singulière propriété de s’assimiler les particules de même matière en réduction dans un mélange versé à sa surface. Dans le cas présent, la couche réduite devait être excessivement mince, puisque le collodion était très-liquide et que la pose avait été instantanée. Ne peut-on pas penser que la force réductrice du mélange versé ayant été supérieure à la cohésion de la couche d’argent à la surface du collodion, cette couche a été enlevée dans le mouvement de précipité moléculaire et unie au dépôt noir qui se formait, et qui, empâtant les parties non éclairées ou blanches du négatif, a formé le voile gris général qui donnait à la positive son aspect par transparence?
De même, quand ce phénomène s’est présenté par places sur des négatifs, cela a toujours été sur des par* ties voilées par une réduction préalable. Ne peut-on pas admettre encore que l’argent déjà précipité en faible quantité à la surface du collodion, ait été emporté par le mouvement précipitant du liquide réducteur projeté à la surface de l’épreuve ?
Explique qui pourra ce phénomène qui a dû arriver à beaucoup d’opérateurs, et que je n’ai vu relaté nulle part. Je crois qu’il est facile de le reproduire à volonté en se plaçant dans les mêmes conditions, et dans ce cas il y aurait matière à une nouvelle application de ces produits, qui remplaceraient peut-être les positifs trans-
parents que l’on obtient pour stéréoscopes, et qui seraient d’un prix beaucoup moins élevé et d’une plus rapide obtention.
Autre exemple du même fait dans des circonstances différentes.
Depuis les remarques ci dessus, faites il y a plusieurs mois, un cas analogue s’est présenté avec une persistance digne de remarque, mais qui infirme peut-être une partie de notre essai d’explication, ou plutôt qui indique que les épreuves amphipositives peuvent être produites par des causes multiples.
En se servant par mégarde d’un vieux bain d’argent très-chargé d’azotate de potasse, puisqu’il avait longtemps servi à du collodion à base d’iodure de potassium seul, avec un collodion à base de cadmium, un de mes élèves a, pendant deux jours, obtenu sans relâche de semblables épreuves. Dans les premières de cette série, la partie inférieure, de la glace, la tête, était seule positive; dans les dernières, toute l’épreuve le devenait. En changeant le bain d’argent et se servant du même collodion ou cadmium, l’effet a disparu. A quoi tient-il exactement? au lieu d’en chercher la cause dans le bain avec le liquide réducteur, ne la trouverait-on peut-être pas dans la composition du collodion que je fais, et où
il entre toujours quelques chlorures? J’appelai donc ces images amphipositives, et je créai à dessein ce néologisme, parce que plusieurs lecteurs de mes premiers travaux sur ce sujet m’ont fait observer que le mot amphitype, que j’avais adopté alors, semblait indiquer deux images, tandis que, dans le genre de phénomènes qui nous occupe, il n’en existe réellement qu’une, qui présente le singulier spectacle d’être positive par la transmission et par la réflexion de la lumière.
Les premières remarques ci-dessus avaient pour but d’attirer et de provoquer l’étude des photographes sur ce sujet, et nous avons vu y répondre un habile et zélé amateur du Havre, M. Fortin; personne autre que lui n’a daigné y porter attention, et cependant le sujet en vaut la peine, car c’est un des exemples les plus curieux de disposition moléculaire, je dirai même d’oscillation des molécules autour d’un des axes de leur figure propre. Il est difficile, en effet, comme nous le verrons tout à l’heure, de se rendre compte autrement de ce singulier phénomène.
Recherches à ce sujet faites en Angleterre.
Si nous n’avons pas été plus entendu en France, voici que nos voisins d’Angleterre reprennent ces observa-
lions, et, avec leur persévérance habituelle, je ne doute pas qu’ils parviennent bientôt à élucider la question. C’est dans la séance du 5 novembre dernier, sous la présidence de lord Pollock, que la société photographique de Londres a vu cet intéressant débat agité dans son sein. Peut-être comme l’a fait remarquer M. Fortin dans sa réponse à mon premier travail, on peut douter que cette manière d’opérer ait une application immédiate dans la pratique, quoique, d’après mes recherches, le dernier mot ne soit pas dit : mais ne fût-ce que comme chimie expérimentale, l’expérience est assez intéressante pour être étudiée. Quant à nous, nous appelons ici l’aide bienveillante d’un observateur micrographe intelligent et habile, pour lui soumettre des recherches qui, nous n’en doutons pas, amèneront de très-curieuses révélations.
On peut en quelques mots résumer ainsi les travaux des membres de la société de Londres. D’abord M. Jakson « croit pouvoir donner une méthode sûre « pour produire d’un seul coup des positifs par trans- « parence dans la chambre noire, » opération que nous ne regardons pas comme aussiconstante qu’il semble l’affirmer. D’après lui, « deux manières d’opérer peuvent « être principalementemployées : la première ne diffère « en rien des manipulations ordinaires ; seulement, dès « que l’image apparaît sous le développement pyrogalli- « que, on l’arrête par un lavage complet et on plonge d«
« nouveau la glace dans le bain d’argent pendant deux à « trois minutes. Revenant alors à l’acide pyrogallique, « les ombres amphipositives par transparence et par ré- « flexion se révèlent peu à peu, les plus intenses d’a- « bord, et en même temps les blancs sont devenus trans- « lucides et ne semblent pas altérés, vus par réflexion. » Nous ajouterons seulement ici que toujours une auréole transparente se déclare entre le fond, gris le plus souvent, et les contours des ombres ou habillements plus foncés et les blancs ou chairs. Reprenons : « la seconde « méthode consiste à développer les images à la lumière « diffuse, après que la glace est recouverte de l’agent « révélateur. »
Cette seconde méthode la plus inconstante de toutes, ne réussit guère complètement que dans certaines circonstances de lumière encore inétudiée. Ï1 en existe enfin une troisième que l’auteur anglais ne connaît pas, ce semble, puisqu’il ne l’indique pas, et qui ne manque jamais son effet : elle consiste à projeter une très-minime partie de solution d’hyposulfite, quelques gouttes, une souvent dans l’acide pyrogallique révélateur. Nous reviendrons à cette expérience.
Après M. Jakson, M. Malone rappelle a qu’il y a plu- « sieurs années il a obtenu une positive semblable par « une pose exagérée dans la chambre noire. » Il est probable que cette pose a eu lieu par une journée des moins éclairées et à une heure avancée du jour, ainsi
que M. Fortin le fait remarquer dans sa lettre; nous devons regretter que l’habile photographe anglais n’ait pas appuyé sur cette particularité qui, selon nous, a une grande importance dans la production du phénomène.
M. Fenton « a vu souvent les épreuves amphiposi- « tives se produire, mais il n’a jamais eu de résultats « constants ni réguliers; il a vu aussi, » ce que nous avons constaté nous-même et ce que nous possédons encore, « des épreuves mi-partie négatives et mi-partie « amphipositives, » donnant des positifs par contact qui offrent la même disposition.
M. Schadbodt, qui prend la parole, « pense que le « meilleur moyen de réussir consiste à exposer assez « longtemps pour que les blancs soient complètement « détruits et que la lumière ne fasse que commencer à « agir sur les noirs. » Cette opinion, soit dit en passant, est complètement erronée , l’expérience concluante de M. Fortin la combat et nos propres observations aussi. Cependant il existe une autre influence que celle de la quantité de lumière : il y a, sans contredit, la qualité de la lumière. Je souligne ce mot à dessein, parce que, cette année surtout, nous avons été favorisés de journées d’une couleur jaune si intense, quelle a frappé les yeux les moins initiés à ses propriétés et les moins habitués à en considérer l’action.
Troisième exemple d’amphipositives et circonstances qui l’ont produit.
— Réflexions diverses.
Pendant les après-midi de ces journées nous ayons reproduit plusieurs cas d’amphipositives qui appuient ce que nous avançons plus haut. Une première épreuve sur coilodion est faite. Après quelques secondes de contact avec la solution pyrogallique, elle se développe légèrement et reste stationnaire : vous pouvez, presque à coup sûr, dire que cette épreuve va devenir amphipositive : pour cela ajoutez une seule goutte de solution faible d’azotate d’argent à la solution développante : versez, et immédiatement, comme un voile qui se déploie, vous voyez l’image virer. En un clin d’œil le précipité qui se faisait sur les clairs semble enlevé et porté sur les ombres : les premiers deviennent transparents, les secondes opaques, et cela d’un seul coup, sans hésitation comme obéissant à une affinité électrique. Quelle mystérieuse action a passé là? Nul jusqu’à présent ne le sait. Comme je le disais lors de mes observations de 1856, normalement le précipité d’argent se fait sur les parties frappées de la lumière : Ici nous le voyons se faire sur celles qui en sont préservées, d’autant plus puissant qu’elles ont
moins reçu l’impression lumineuse, et, fait remarquable, une fois le visage opéré, l’image se laisse développer et continuer comme un négatif ordinaire.
Cette épreuve faite, nous préparâmes une seconde glace, même bain, même collodion, même temps de pose; 10 minutes seulement entre les deux expériences, et par conséquent une déchéance rapide dans la lumière, puisque nous opérions fin décembre, à 2 heures et demie du soir : même agent révélateur : l’image vient en négatif parfait et très-vigoureux? Où est la cause? M. Fortin demande peu de lumière; il a raison avec la première expérience, tort avec la seconde. M. Jakson veut un développement à la lumière diffuse : mon cabinet obscur ne contient que de la lumière jaune, tellement affaiblie à l’heure dont il s’agit, qu’elle était presque insuffisante, et, de plus, elle fut la même pour l’une et l’autre glace. Remarquons qu’en définitive ma manière de produire les amphipositives n’est que celle que M. Jakson donne, puisque je remplace le retour au bain d’argent par quelques gouttes mêlées à l’acide pyrogallique, quantité qui suffit et au delà à l’effet qu’on veut et quelquefois que l’on ne voudrait pas produire. Le développement des épreuves négatives par le protosulfate de fer donne lieu aux mêmes phénomènes; ils se manifestent également après un temps d’arrêt dans l’apparition de l’image et au moment où elle est baignée
par le liquide faiblement additionné d’argent. Les cas
les plus inexplicables signalés par moi dès 1856 et depuis par M. Fenton, et dont, je Y ai dit, je possède des exemplaires très-curieux, sont ceux dont une partie seulement des noirs passe à l’amphipositif. Généralement cette partie est la moins éclairée, mais le cas contraire existe aussi, et, dans certaines images, le phénomène agit transversalement et sur une portion régulière de l’épreuve.
D’un autre côté, si nous attribuons, comme je suis tenté de le faire, l’amphipositivisme ordinaire à une action purement physique de la qualité de la lumière agissant sur le groupement des molécules, comment faire concorder le fait du même phénomène produit par la présence de l’hyposulfite de soude dans le développement? Tient-il donc à une action chimique ou à une action physique? Telle est la première question, elle n’est pas du tout résolue. Il faut cependant remarquer que la présence de l’hyposulfite détermine la transformation sur toute la surface de l’image, et jamais partiellement; en dernier lieu, que dans les expériences que je rapporte, faites dans mes ateliers, il est matériellement impossible que le fait chimique de la présence de l’hyposulfite se présente autrement que volontairement, puisque le laboratoire aux hyposulfites est complètement séparé de celui du collodion, et que tous les ustensiles et produits nécessaires à chacun d’eux sont eux-mêmes rigoureusement séparés.
Nous ne pouvons manquer, en terminant, de rappeler que nous avons constaté aussi le même résultat d’hamphipositivisme en 1856, par suite de l’épuisement des bains sensibilisateurs et d’usage de collodion à base différente de celle de ce bain. Quoique nous ne pensions pas aujourd’hui que là soit la cause efficace, nous rappelons cette observation.
Quatrième exemple.
Un nouveau fait par nous consigné peut servir à jeter un peu de clarté sur l’origine de ces phénomènes : une couche de notre collodion sec ayant été impressionnée, fut plongée au bain de retour et retirée sans avoir été suffisamment égouttée. Une quantité assez grande d’azotate d’argent acide restait donc à sa surface. Cette couche fut vivement réduite par le protosulfate employé ; il en résulta des moirures d’argent métallique précipitées en noir sur la couche de collodion. Toutes les parties de l’image comprises sous la réduction furent amphipositives immédiatement, tout le reste de l’image négatif. Nos autres épreuves faites en même temps et développées successivement furent parfaites, sans réduction, parce quon égoutta assez, et toutes entière-
ment négatives. C’est le premier exemple que nous ayons remarqué d’amphipositives produites par le protosulfate de fer.
Hypothèse présentée pour expliquer ces faits.
Maintenant est-il besoin de bâtir des hypothèses? La première période des recherches que je désire doit être purement physique, le microscope le plus puissant y est nécessaire ; en effet, il est possible, même probable, que le groupement cristallin de la couche réduite produise seul cette différence de transparence. Supposons, en effet, des particules d’argent en follioles minces analogues, en plus petit, aux lamelles du mica, ou semblables à des prismes plats et allongés ; supposons que ces molécules soient d’autant plus dressées sur leurs tranches minces (perpendiculaires au plan de la glace) qu elles sont précipitées sur une partie moins éclairée, d’autant plus à plat qu’elles sont précipitées sur une partie plus vivement impressionnée, nous aurons l’aspect ordinaire d’une négative, transparente, d’autant plus que les ombres sont plus puissantes ; opaques, d’autant plus que les lumières sont plus vives. Si maintenant nous regardons une telle image avec réflexion, la lumière frappant sur ces lamelles diversement inclinées,
se reflétera vers notre œil, en nous donnant une image d’autant plus intense, par places, qu’elle se réfléchira mieux. Or, les plus vives lumières étant formées de lamelles à plat et faisant le mieux possible office de miroir, nous verrons là les blancs les plus intenses; et, de même., sur les lamelles perpendiculaires, le moins possible de lumière réfléchie, c’est-à dire des noirs. On peut supposer que la formation du sel d’argent à la surface du collodion ait lieu tout d’abord en lamelles parallèles entre elles, suivant un certain axe général, et perpendiculaires toutes au plan de la glace, et que ce soit l’action de la lumière formant l’image qui les incline proportionnellement à son intensité. Cette inclinaison serait ensuite rendue sensible par la précipitation due à l’acide pyrogallique; d’où, apparition de l’image formée dans ce cas des surfaces plus ou moins argentées métalliquement par le réducteur. Appliquons ceci et arrivons à présent aux amphipositives. Qu’une cause quelconque, qu’une force inconnue, vienne à déranger cet équilibre basé sur la vigueur de vibration imprimée aux lamelles par la lumière absorbée dans la création de l’image, nous verrons alors un autre ordre de phénomènes se présenter. Si la force qui, dans un certain cas, produit les négatifs , agit dans le sens inverse, nous verrons les noirs se charger de molécules à plat et les blancs de molécules redressées. Dans ce cas, il semble que le positivisme par réflexion devrait être dé-
truit; i! n’en est pas ainsi, peut-être par suite du croisement des molécules; mais cependant on doit remarquer que l’image réfléchie présentée par les amp hi positive s est beaucoup moins vigoureuse que le même aspect fourni par un grand nombre de négatifs, et à plus forte raison par les positifs directs sur verre. Les amphiposilifs sont toujours très-voilés, et gris par réflexion ; leur véritable aspect est à la lumière transmise, où quelques-uns sont réellement fort beaux et aussi nets et vigoureux que les positifs obtenus exprès sur notre collodion sec, et dont l’aspect rivalise avec celui de l’albumine. Depuis quelques mois, les amateurs ont repris ces expériences en France et en Angleterre, mais sans rien consigner de nouveau sur les faits signalés par nous depuis trois ans et que nous avons les premiers décrits. Il est regrettable que même ces opérateurs citent nos expériences et nos méthodes sans daigner dire où ils en ont puisé la première idée.
Des ciels factices dans les paysages.
Il peut être utile à quelques opérateurs de faire un ciel factice en harmonie avec un paysage; voici un moyen très-simple et qui réussit, pour peu que la main qui l’exécute ait l’habitude de la peinture et soit guidée
par quelqu’un qui en comprend les effets. On prend une feuille de papier végétal très-transparente, on la mouille avec soin, ce qui demande quelque habitude, pour ne pas la froisser et n’y pas marquer des cassures qui ne s’effacent plus. On a eu soin de vernir son cliché sur collodion, de laisser bien sécher, et l’on applique le papier végétal sur le côté collodionné et verni. On retourne le tout, et on colle légèrement sur le bord de la glace le papier, que l’on a tenu un peu plus grand qu’elle ; en cet état, on retourne à plat et on laisse sécher. Le papier se tend et permet de tracer soit à l’aquarelle, soit à l’estompe des ciels fort harmonieux; il va sans dire que ce tour de main réussit surtout pour des ciels translucides et un peu brûlés, et dont on rétablit ainsi la lumière avec à propos. N’oubliez pas de quel côté vient la lumière sur les objets terrestres représentés, et accordez tout pour l’éclairage des nuages de manière à ne pas produire de contre-sens L’épreuve ne perd pas sensiblement en finesse par l’interposition du papier végétal bien choisi.
On peut encore tendre des papiers semblables sur de légers châssis en bois plus grands que les glaces et un peu moins épais qu’elle; on les interpose alors en les variant à volonté, ce qui change l’effet des épreuves du même négatif. Mais quoi que l’on fasse, un vrai ciel bien photographié, et adroitement repéré avec l’épreuve auquel on le destine, vaudra encore mieux.
Fixage de l’épreuve négative. — De l’hyposulfite de soude. — Soutenir la glace avec un crochet. — Sa confection.
Avant tout, les cuvettes, flacons, linges, etc., servant aux manipulations de l’hyposulfite, doivent être relégués dans un laboratoire à part, ou du moins dans un compartiment distinct et séparé du laboratoire où se font les opérations précédentes. L’agent fixateur le plus ordinaire et le plus commode à employer à cause de son innocuité, c’est l’hyposufite de soude. Il est inutile de donner un dosage, le plus simple 100 pour 100 d’eau ordinaire filtrée est le meilleur.
La capacité de saturation de sel d’argent de la dissolution s’élevant à peu près comme son titre, il n’y a jamais lieu de craindre qu elle soit trop concentrée.
Pour obtenir un effet constant et être certain que la solution ne laissera ni ne produira aucun voile, il faut l’employer toujours neuve. Dans les conditions dont nous venons de parler, le dépouillement d’un cliché se fait en quelques secondes., la couche laiteuse des sels sensibles disparaît à vue d’œil. Il est bon de verser une quantité de liquide dans une cuvette en gutta, d’y plonger doucement la glace collodion en dessus en la soutenant d’un crochet ad hoc , et de se servir de ce bain un
petit nombre de fois et seulement tant qu’il est limpide; sitôt qu’il jaunit et se trouble, mettez-le au baquet de rebut, hors du laboratoire. Vous en retirerez l’argent sous forme de poudre noire en y projetant du persulfure de potassium.
Je recommande de soutenir la glace avec un crochet, parce que le déplacement du bain, qui est un liquide assez dense, produit sur les bords un refoulement qui tend à soulever le collodion, et peut produire des déchirures irrémédiables. Ces crochets se font avec la plus grande facilité, au moyen d’une lanière recourbée de plaque d’argent a daguerréotype, attachée par deux petits rivets à une hampe de pinceau plat; on donne 5 à 6 centimètres de large à ces lanières , sur autant de longueur, et on les recourbe de 1 centimètre à angle droit.
La quantité d’iodure d’argent que l’hyposulfite de soude peut dissoudre, est assez minime; il se forme un sel double de soude et d’argent et de l’iodure de sodium. Il peut encore se former un grand nombre d’autres corps, parce qu’il arrive souvent qu’on ne lave qu’imparfaitement l’envers de la glace où a pu passer du développement acide, et qu’en plongeant cette glace à l’hyposulfite, il y a libération de soufre et décomposition. Quelle que soit la cause, il existe une grande différence entre une épreuve dégorgée par un bain pur concentré et neuf, et la même dégorgée par un vieux
bain jaune et chargé de sels complexes. En agissant successivement sur deux moitiés en long d’une même glace, on peut en faire facilement l’expérience.
Lavages abondants. — Accidents après un lavage insuffisant. — Gommage. — Vernis à la benzine.
En sortant la glace de l’hyposuîfite, il est de la plus grande importance de la laver abondamment et longtemps ; on se sert pour cela du flacon laveur, auquel on met un tube un peu plus large de section. On ne lave jamais trop, et souvent pas assez ; il faut cependant bien se pénétrer que la conservation du négatif dépend de ce soin. S’il reste de l’hyposulfite dans la couche, ou sous la couche de coilodion, alors qu’elle s’est soulevée (cas où il est très-difficile de l’enlever radicalement, et où un lavage adroitement dirigé et périlleux est nécessaire) ; s’il reste, dis-je, des traces d’hyposulfite, vous verrez, au bout de quelques semaines, de petites étoiles cristallines se former sur les bords du cliché, s’espacer à peu près régulièrement, et, comme autant de centres d’attraction, commencer leur œuvre de destruction. La substance noire, argent ou carbone, on ne sait, disparaît, peu à peu autour de chaque étoile, le mal gagne, se confond; le sel qui se forme devient efïlorescent, et
le cliché s’efface sans retour; le collodion inattaqué reste transparent. Quand le mal est peu avancé, un lavage prolongé et fait avec beaucoup de précaution peut l’arrêter, car ce sel étant soluble, s’en va. Il faut prendre garde que le collodion ainsi mouillé se dilate inégalement et tende à se déchirer.
Lavez donc avec persévérance pendant qu’il en est temps, et que la couche s’y prête par son humidité et sa fraîcheur ; versez de suite et de la même manière que du collodion, sur la couche légèrement égouttée, une solution filtrée de gomme arabique à 10 pour 100; dressez sur un coin et laissez sécher doucement à l’abri de la poussière. La solution de gomme dont nous parlons fermente facilement en été, et se décompose en perdant ses propriétés et se troublant de dépôts organiques; il ne faut pas en faire pour longtemps, la plus fraîche est la meilleure, et il faut, avant de s’en servir, la filtrer avec soin dans un filtre de papier que l’on humecte avant d’y verser la solution ; dans la nuit tout peutfiltrer. Cepréservatifappliqué ainsi m’a faitéviter une foule d’insuccès redoutés de beaucoup d’opérateurs; les fendillements, les crevasses, les soulèvements sont inconnus par cette méthode. Quand le cliché est sec, on le vernit définitivement, s’il en vaut la peine, en versant à sa surface, et toujours comme du collodion, le mélange suivant:
Vernis blanc n° 1 , à tableaux . 1 5 grammes.
Benzine Colas . 100 —
Dü COLLODION HUMIDE.
On filtre avec soin. Ce vernis à base de mastic est généralement très-fluide dans les conditions ci-dessus et ne doit jamais être employé épais» parce qu’il est à craindre qu’il n’imprègne la couche de collodion et ne la rende laiteuse en se résinifiant.
On dresse sur un angle sur du buvard, et on laisse sécher, ce qui demande au moins 24 heures; il est même bon, crainte d’accidents, de sécher à l’envers, au-dessus ou devant un feu vif.
Vernis à la gomme-laque et autres.
On peut encore faire dissoudre de la gomme laque ainsi :
Alcool à 36° . . . 100 grammes.
Essence de lavande . 23 —
* Gomme laque choisie et blanche ....... 10 —
Le vernis ainsi fait a presque la même couleur que le premier; comme il est à base d'alcool, il faut nécessairement sécher le cliché avant de le répandre : et encore cette opération rencontre-t-elle quelquefois de singulières chances d’insuccès; le vernis, en séchant, devient blanc, laiteux par places, et le cliché est perdu sans ressource : une seconde couche aggrave le mal au lieu d’y remédier. Ce vernis a l’avantage, d’un autre
côté, de sécher plus promptement, en quelques heures.
On peut encore dissoudre de l’ambre jaune ou succin dans du chloroforme, ce qui forme le vernis anglais, dont la surface est magnifique, mais dont l’emploi me semble offrir de graves inconvénients pour la santé des opérateurs.
On fait un excellent vernis à négatif en mettant dans un matras en verre, sur un fourneau au bain-marie les substances suivantes :
Alcool à 36° . 4 00 grammes.
Gomme laque blanche pulvérisée . 4 —
Benjoin choisi . 2 —
Gomme élémi. . . . . 2 —
Sandaraque pulvérisée . 2 —
Camphre . 0sr,50.
Térébenthine de Venise . 0gr,50.
On fait bouillir au moins une heure, en remplaçant l’alcool évaporé. On a eu soin d’ajouter 5 à 6 grammes de verre pilé, pour empêcher les résines d’adhérer au vase si on n’emploie pas le bain-marie, si on l’emploie on peut se passer de cette addition.
On laisse reposer 12 heures et on décante la partie claire.
Il faut faire tiédir la glace pour le bien étendre, et le sécher de même à une douce chaleur ; ce vernis est trèsdur et très-adhérent. Comme il est très-fluide, il s’étend avec la plus grande facilité. Le meilleur dissolvant pour
en débarrasser les glaces est l’alcool; on a toujours des résidus de lavages à utiliser à cela.
La retouche des négatifs. — Encre appropriée.
Si le négatif offre quelques à-jours, ou quelque objet dont la retouche soit utile : un ciel à contourner, un appui-lête à faire disparaître, on compose l’encre suivante, qui prend parfaitement sur le collodion et sur l’albumine.
Broyez ensemble, sur une plaque de verre dépoli avec une molette un peu chauffée : encre de Chine, gomme arabique pulvérisée, un peu d’eau et quelques gouttes de cire blanche. Nous nous abstenons de donner des proportions, parce quelles varient beaucoup avec ce que l’on veut obtenir. Pour un ciel, on mettra plus d’encre de Chine ; pour des retouches demi-opaques, moins. C’est une affaire d’un peu d’habitude. L’essentiel est d’avoir une encre grasse siccative qui presse sur le collodion et l’albumine, qualité que celle-ci réunit.
Transport du collodion sur papier gélatiné.
Le poids énorme des glaces et en même temps leur fragilité, ont fait chercher à les remplacer par une matière plus légère et d’un maniement plus commode. On . a donc transformé des clichés en négatifs sur le papier. Cette opération se fait très-simplement, et la réussite en est certaine. Malheureusement, les épreuves sont retournées, et il se produit quelquefois, à la dessication, des fissures ou fendillements irrémédiables et qui tiennent à ce que, au tirage, la chaleur du soleil fait dilater inégalement le papier et la couche de collodion et de gélatine qui y adhère.
Sur un bain d’eau distillée . 100 grammes.
Gélatine blanche ou colle de poisson ..... 3 —
fondue à une douce chaleur et maintenue tiède, étendez cinq minutes et sans bulles une feuille de papier négatif mince et bien choisi. Relevez sans temps d’arrêt, suspendez à l’abri de la poussière et laissez sécher; serrez alors dans un carton pour éviter que ces feuilles se roulent sur elles-mêmes, ce qui vous gênerait dans la suite de l’opération. Conservez au sec indéfiniment.
Pour opérer le transport, mettez à tremper dix minutes une de ces feuilles dans une cuvette d’eau froide :
plongez dans une seconde cuvette le négatif sur glace, le collodion en dessus, même verni. Laissez dans l’eau dix à quinze minutes sans remuer la cuvette. Sortez alors la feuille de papier imbibée et étendez-la doucement, le côté gélatiné en dessous, sur l’eau qui recouvre le négatif. Il est suffisant qu’il y ait 1 centimètre d’eau entre le collodion de la glace et le papier. Saisissez alors, en même temps et par le bord le plus près de vous, la glace et le papier ensemble, sortez de l’eau doucement, en retirant vers vous et d’une manière continue ; la feuille s’étendra très-uniformément. Laissez sécher de nouveau. Quand la feuille est bien sèche, tracez avec une pointe à couper un trait à un demicentimètre de chacun des bords de la glace, et mettez le tout dans une cuvette d’eau. Au bout d’un temps qui varie de 10 minutes à 2 heures, la feuille de papier se soulèvera, emportant avec elle le collodion. Vous la retournerez et la mettrez à sécher entre du buvard bien uni et en presse sous un poids léger. Ces épreuves doivent être conservées entre des cartons bristols, crainte qu'elles ne se roulent, ce qui peut les faire écailler.
On peut également se servir de papier ciré d’avance, ce qui est préférable à le cirer quand il porte la couche de collodion.
Positifs directs sur glace, etc. — Collodion spécial. — Formule. — Bain d’argent. — Exposition. — Développement. — Métallisation et fixage. — Lavage.
Les épreuves positives sur verre plaisent à quelques personnes, et, quoique donnant des résultats très-imparfaits, nous devons indiquer la manière la plus simple de les obtenir avec leur maximum d’éclat. Elles peuvent être utiles pour reproduire des objets ou des personnes auxquelles une pose, quelque rapide qu’elle soit, est impossible. Cependant, même dans ces circonstances, avec de l’adresse et une lumière convenablement vive, on peut saisir au vol un très-bon négatif, qui a au moins l’avantage de se multiplier.
Le collodion dont on se sert doit être beaucoup plus fluide que celui que nous employons pour les négatifs; il contiendra aussi le plus d’éther possible; en même temps il fout une ioduration faible, parce que les épreuves ne doivent être formées qu’à la surface. Nous prendrons donc :
Collodion pharmaceutique normal à 3 pour 1 00. 1 00 grammes.
Éther sulfurique . 150 —
Liqueur sensibilisatrice . 10 —
Du moment où nous employons une couche fort
mince et très-peu iodurée, il faut que le bain d’argent soit proportionnellement moins riche, mais il est indispensable qu’il soit acide et assez fortement, le bain neutre donnant un voile constant. Il faut :
Eau distillée . 100 grammes.
Azotate d’argent cristallisé . 4 —
Liqueur sensibilisatrice. . . . .v . quelques gouttes.
Le collodion étant peu ioduré, il est indispensable que le bain soit saturé d’iodure avec beaucoup de soin, pour qu’il ne dissolve pas celui des premières couches qu’il sensibilisera.
L’exposition est quatre fois moindre que celle nécessaire pour l’obtention des négatifs.
Le développement se fait très-bien avec l’un ou l’autre des bains de protosulfate indiqué au chapitre des épreuves négatives.
La plus grande difficulté consiste à obtenir des blancs purs métallisés et exempts de nuances jaunes ; ce résultat dépend du temps exact de la pose et de l’ioduration du collodion : si on pose trop, les blancs offrent des détails inutiles en transparence, et ne les laissent plus voir par réflexion; souvent même l’épreuve est voilée en partie ou en totalité. Si, avec une pose juste, les blancs n’offrent pas les détails qu’ils doivent comporter, c’est que la couche de collodion est trop iodurée; le remède est facile : il suffit d’y ajouter du collodion pharmaceutique et de l’éther dans les proportions
indiquées ci-dessus. Avec une pose par trop courte, on n’a pas de détails dans les ombres.
Si, après un long usage le bain de fer donne des voiles, il faut y ajouter de l’acide acétique, car chaque fois que le bain est en contact avec l’air, il s’en produit une évaporation assez rapide.
Que l’on développe l’image par une solution d’acide pyrogallique ou par une solution de protosulfate de fer, elle a besoin d’être fixée; pour cet objet, le cyanure de potassium est préférable à l’hyposulfite de soude. Le premier donne des blancs plus blancs que le second. On plonge donc la glace dans du cyanure dissous dans 100 fois son poids d’eau dans la proportion de 25 gr. pour 1000 d’eau distillée. Il est bon de se servir d’une cuvette en gutta ou en verre doublé de papier noir en dessous pour juger parfaitement du moment où l’épreuve est dégorgée, parce que le cyanure exerçant sur la couche de collodion une action éminemment désorganisante, il importe de la soustraire le plus vite possible à son influence.
Lavez à grande eau, gommez, et laissez sécher sur une feuille de papier buvard, la face appuyée contre le mur.
Précautions applicables à tous les négatifs sur glace pour les sécher sans accidents.
En hiver, où les glaces sèchent peu rapidement, il est bon d’y veiller parce que l’humidité se concentre
vers le haut, y séjourne quelquefois vingt-quatre heures et forme des cernes qui marquent de traces indélébiles l’épreuve aussi bien négative que positive. Il importe dans ce cas de retourner la glace et de mettre en bas la partie qui était en haut.
La meilleure méthode consiste à laisser égoutter les épreuves une heure et ensuite à achever devant le feu leur dessication. Je rejette la lampe à alcool parce qu’elle porte une trop grande chaleur sur un espace trop limité et peut causer des accidents; quelques charbons dans un fourneau portatif sont beaucoup préférables. On peut encore quand on ne craint pas la poussière, laisser sécher le négatif appuyé contre le mur, la couche de collodion en dessus.
Transports sur toile cirée.
Pour transporter les épreuves sur toile cirée on étend celle-ci d’abord sur une solution d’eau gommée à 20 pour 100, on suspend et on laisse sécher. Quand le cliché est encore humide, on le plonge dans une cuvette d’eau pure ; on fait séparément imbiber la toile couverte de gomme; on l’apporte ensuite sur l’eau de la cuvette où est la glace, et on agit absolument comme nous l’avons expliqué pour le transport des négatifs sur papier. Lorsque d’avance on sait que cette opéra-
tion doit être faite, on peut augmenter dans le collodion la dose de coton-poudre pour lui donner plus de corps, mais on risque de perdre en finesse et en effet ce qu’on gagne en solidité. Avec un peu d’adresse, le premier dosage indiqué se prête à cette manipulation.
Positifs directs sur toile cirée.
On peut encore faire directement et sans transport les positifs sur la toile cirée. Pour cela ou coupe un morceau de la grandeur d’une glace sur laquelle on le fait adhérer en la mouillant très-légèrement d’alcool. On étend le collodion, qui doit être assez épais, directement sur la toile cirée ; on plonge le tout au bain, etc.; on traite enfin les deux comme une glace ordinaire.
L’épreuve étant fixée, lavée et sèche, on la vernit avec le vernis blanc à tableaux mêlé de benzine, dont nous avons donné la formule ; si elle a étant sèche, un aspect laiteux qui indique un collodion trop ioduré, on peut la rendre transparente en la couvrant très-rapidement d’une couche d’éther. Dans ce cas, elle n’a plus besoin d’être vernie, elle est inaltérable au frottement. Cette opération est malheureusement délicate et difficile à réussir et souvent on gâte une épreuve que l’on regrette ensuite.
Beaucoup d’autres substances se prêtent à ces rnanipu-
lations, certains papiers vernis, la toile, le cuir, etc. ; mais tout cela ne constitue ni des procédés usuels ni des résultats artistiques. Ce sont des jeux d’adresse pour le photographe amateur, mais qui ne sont cependant pas sans utilité, parce qu’il y gagne l’habitude des tours de mains.
Accidents des épreuves sur collodion.