DES ÉPREUVES POSITIVES PAR LES SELS D’URANE
suivantes, dont une partie se trouvait implicitement dans le rapport présenté par M. Chevreul à l’Institut, le Ier mars 1858; c’est sous sa dictée que nous avons essayé les premiers dosages et composé les premiers bains. Nous donnons donc le travail du maître et le résultat en même temps de notre expérience, et des modifications que nous avons déjà introduites dans les manipulations et les dosages primitivement essayés. Il est probable que nous changerons encore plusieurs fois avant de trouver le point où l’on s’arrêtera. Espérons que nombre d’autres chercheurs nous aideront de leurs perfectionnements et de leurs découvertes.
De l’azotate d’urane. — Sa formule atomique. — Manière de l’obtenir.
— Action de lumière sur ce sel.
L’azotate d’urane, qui est la base de ce procédé photographique, est un sel acide, de couleur jaune verdâtre que le commerce livre en cristaux irréguliers, semblables, sauf la couleur, à ceux de l’hyposulfite.
Sa formule -««atomique est :
U7 O3, Azo5 + 6HO.
C’est, par conséquent, un azotate de sesquioxyde d’uranium. Il contient, comme l’indique sa formule, une abondante eau de cristallisation ; et, en effet, elle
suffît pour qu’il y fonde. Il se prend, après l’avoir abandonnée en une masse cristalline. L’azote d’urane est soluble dans l’éther presque autant que dans l’eau, cette propriété devrait faire supposer que ce sel pourrait être directement appliqué au collodion, ce qui est vrai : mais le résultat ne produit pas la rapidité qu’on désire; force sera donc de chercher une autre combinaison neutre de l’uranium, pour le faire entrer dans les dosages à créer d’un collodion nouveau et propre à mille usages. Nous possédons plusieurs sels doubles, en ce moment à l’étude et promettant les plus heureux résultats.
Pendant que nous parlons de ce métal, disons qu’on le trouvait en poudre ou paillettes argentées, mais à cet état il était très-rare, parce que, pour le retirer du chlorure, il fallait l’intervention du potassium, qui luimême était fort cher; mais, depuis ces derniers temps, la découverte et les usages croissants de l’aluminium ayant forcé à fabriquer en grand le sodium et le potassium, le prix de ce dernier a beaucoup diminué, et par conséquent nous aurons bientôt pour nos besoins les sels d’uranium à un prix très-modéré.
Il résulte des expériences de M. Niepce que la lumière agit sur l’azotate et sur tous les sels d’urane d’une façon analogue. Pour l’azotate elle le rend insoluble dans les parties qu’elle a frappées. Par conséquent il est utile de tenir les flacons et les dissolutions à l’abri de la lumière ;
PAR LES SELS D’URANE
cependant, il est certain que les cristaux eux-mêmes, ou leur cristallisation après évaporation sur une lame de verre, sont absolument insensibles à l’action de la lumière.
Il est également indispensable que le papier que l’on emploie ne soit pas collé et qu’il ait été soustrait depuis plusieurs jours au moins à l’action de la lumière, en le renfermant dans un carton ou dans un tiroir. Sans ces précautions, les parties insolées se maculeraient sous l’action de l’azotate d’argent, ainsi qu’on en voit le rapport dans le mémoire cité plus haut.
M. Niepce a décrit sommairement la manière de faire trois genres d’épreuves positives : à l’azotate d’argent seul, au chlorure d’or acide et au bichlorure de mercure. Nous allons passer ces trois manières en revue.
Épreuves par l’azotate d’argent. — Formule. — Du bain d’urane. — Immersion du papier. — - Séchage. — Exposition à la lumière. — Opération délicate. — Apparition par le bain d’argent. — Sa formule. — Lavages. — Précautions à prendre. — Accidents divers.
Dissolvez dans :
Eau distillée. . 100 grammes.
Azotate d’urane . 20 —
Filtrez cette solution de couleur jaune d’or et conservez à l’obscurité dans un flacon bouché à l’émeri : im-
mergez-y ie papier 5' ou piacez-le à sa surface : dans un cas comme dans l’autre, la solution pénétrera la substance même du papier de part en part. Il nous semble cependant que le but à atteindre sera de maintenir l’azotate d’urane à la surface ou au plus dans la demi-épaisseur de la feuille ; l’épreuve n’aura plus alors autant de tendance à être un peu voilée par les peluches de papièr.
Suspendez à l’air libre et à l’obscurité : en cet état le papier se conserve indéfiniment. Cette opération peut, à la rigueur, se faire à la lumière diffuse et affaiblie du jour, mais il est à craindre que les épreuves n’en soient que plus voilées.
Exposez sous un négatif 1' à 10' au soleil, ‘15' à 60' à l’ombre ou par un temps couvert. En moyenne 3' à 5' au soleil suffisent à travers un négatif sur coliodion d’opacité ordinaire. Dans les jours de printemps nous en avons fait en 1', et par un beau soleil d’été, on les fera certainement en quelques secondes. Du temps de pose dépend la beauté de l’épreuve, et c’est sans contredit la partie la plus délicate du procédé; il faut poser assez, mais rester plutôt en dessous, parce qu’en prolongeant un peu le séjour aux bains révélateurs, l’image gagne en éclat. La teinte jaune, du papier doit être au moins citron; en le passant deux fois sur le bain, on augmente la dose de sels d’urane qu’elle contient, et la sensibilité dans la même proportion. Les expériences comparatives
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ne laissent pas de doutes à cet égard. Cette teinte s’altère aux endroits frappés par la lumière et passe au brun rouge faible, cette coloration est plus apparente en transparence qu’à la surface ; son degré d’intensité sert presque toujours (mais pas absolument) à juger du degré d’avancement de l’impression lumineuse. Nous avons sur ce point rencontré une grande indécision qui tient probablement à la nature de l’encollage des papapiers. Pour être dans de bonnes conditions, l’image, au sortir des châssis , doit être peu visible , elle peut également bien se développer au bout de 24 heures ou l\ 8 heures, gardée à l’obscurité absolue.
Plongez rapidement au bain suivant :
Eau distillée . 100 grammes.
Azotate d’argent cristallisé légèrement acide. 6 —
L’épreuve apparaît instantanément et se complète en 30" à 40"; elle sort avec un ton sépia-gris qui fonce au sépia-brun en le laissant jusqu’à 10'; mais les blancs tendent à se teinter en même temps que les noirs, de sorte que ces épreuves ne valent jamais celles qu’un juste temps de pose produit complètement en 45". Il faut alors les retirer rapidement, les laver à deux ou trois eaux, et elles sont fixées et inattaquables au cyanure bouillant1. Les chlorures et l’eau régale les altè-
i. On a plusieurs fois élevé une assertion contraire h ceci depuis le communiqué de ce travail à la Société française de Photographie. Sans doute une solution concentrée de cyanure qui emporte même le papier.
rent. S’il se forme des bulles en les mettant au bain d’argent, ne pas s’en occuper, la pénétration du liquide est si grande que la tache se comble et s’égalise sans laisser de trace; on peut les chasser avec un petit pinceau. Nous avons essayé de laver, à l’eau distillée avant, mais nous n’y avons pas trouvé d’avantage ; au contraire, les épreuves semblent affaiblies.
Si on laisse séjourner les épreuves dans l’eau pendant plusieurs heures, elles se tachent en brun; l’eau se décompose et il se forme un précipité brun marron qui paraît être un composé de chlorure d’argent formé par les chlorures alcalins de l’eau et de l’azotate d’urane mêmeinsolé, qui est soluble dans l’acide chlorhydrique ; lin précipité semblable se produit au bout de quelques heures en versant dans un verre à expérience de l’azotate dhirane sur de l’azotate d’argent, précipité en partie en chlorure.
Quelquefois il se forme à l’envers des épreuves une myriade de petites taches rouges qui tiennent sans doute à un dépôt de cristaux d’urane flottant dans le bain. Il s’en forme quelquefois des deux côtés ne se correspondant pas, ne traversant donc pas le papier, et devant être attribués à un dépôt quelconque, Nous ne connais-
le désagrégé, enlève aussi l’épreuve. Mais, ainsi que M. Niepce l’a expliqué à l’un des membres éminents, si dans une solution faible on met des preuves par l’urane et d’autres par l’argent, qu’on ajoute peu à peu du cyanure jusqu’à ce que l’une d’elles soit attaquée, ce sera toujours celle par l’argent, même fixée et virée au chlorure d’or.
PAR LES SELS ü’üRANE.
sons pas encore le remède, mais le mal n’arrive que de temps à autre.
Si l’on n’acidule pas assez le bain d argent, alors qu’on retire la feuille pour la plonger dans l’eau, les parties les plus noires, c’est-à-dire les plus impressionnées, se colorent en jàune citron ; cette coloration disparaîtra en les virant au chlorure d’or ci-après. Elle disparaît même en chauffant l’épreuve au feu vif pour la sécher, et ces parties prennent un ton noir brun trèsvigoureux. Ce virage à l’or donne à toutes les épreuves qui nous occupent la couleur violacée que l’on obtient par la méthode ordinaire.
Épreuves par le chlorure d’or acide. — Formule. — Pose. — Développement. — Virage.
Dans 1000 grammes d’eau distillée, dissolvez 2 gr. de chlorure d’or ordinaire , additionnez de quelques gouttes d’acide chlorhydrique. Plongez l’image dans ce bain au sortir du châssis : elle apparaît instantanément, peut-être plus vite encore que dans l’azotate d’argent; elle a des tons bleus un peu froids qui peuvent, en prolongeant beaucoup la pose, aller jusqu’au noir. Pour obtenir de l’effet, la pose doit être presque double de celle exigée pour le tirage par l’azotate d’argent.
Retirez rapidement, lavez à deux ou trois eaux; l’é-
preuve est fixée, elle prend beaucoup de vigueur en séchant au feu.
Le véritable emploi de ce bain est de virer au violet riche et au no^r violet les épreuves lavées et développées au bain d’argent. Son action est un peu moins instantanée et doit se prolonger pendant un temps suffisant pour que le virage soit complet, souvent dix minutes.
L’image la meilleure sera presque complètement brune au sortir du bain d’argent. En sa qualité de chTorure dissolvant de l’azotate d’urane, même insolé, le chlorure d’or tend à dévoiler les épreuves trop venues ou couvertes de brume.
Épreuves par le bichlorure de mercure. — Formule du bain. — Donne des tons noirs de gravure. — Manière d’opérer.
Ce sel sert à donner aux épreuves des tons noir gris, noir vert et noir de gravure. Il faut commencer par impressionner vivement la feuille, en la soumettant à une exposition trois fois plus longue que pour les précédentes méthodes, parce que l’azotate d’urane, comme nous l’avons dit, étant soluble dans les chlorures, nous tendons ici non seulement à enlever les parties préservées, mais encore les parties frappées. Prenez :
100 grammes.
Eau ordinaire.
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Bichlorure de mercure à saturation, aune température de 10 degrés centigrades. S’il faisait plus chaud, la solution serait trop énergique ; on l’étendrait d’eau. L’épreuve plongée dans ce bain se décolore au bout de 2 à 3 minutes : elle est à son point quand le papier est devenu blanc. On lave avec soin, on passe au bain d’argent; l’image se révèle lentement et se renforce d’une manière continue pendant 10 à 13 minutes : plus elle reste, plus elle devient noire; cependant, à un certain point, elle demeure stationnaire et se cendre. Elle met d’autant plus de temps à se révéler qu’elle en a mis davantage à se décolorer dans le bichlorure.
Lavez à plusieurs eaux et l’épreuve est terminée.
Pose trop longue. — Papier déjà salé. — Papier gélatiné et albuminé. — Formule du bain de gélatine. — Gélatine uranée sur glace. — Propre à la gravure. — Gomme uranée. — Collodion urané. — Manière d’opérer.
Si la pose a été trop longue ou le séjour trop prolongé dans le bain d’argent, et que les blancs de l’épreuve soient voilés, on peut les décolorer en lavant l’épreuve avec une eau très-faiblement chargée d’acide chlorhydrique. Il se formera un peu de chlorure d’urane entièrement soluble.
» l’on se servait de papiers positifs déjà salés, on
IG
obtiendrait des tons roux et des fonds jaunes. On a, du reste, une décomposition de l’azotate d’urane en présence du chlorure et de l’eau. L’acidité de l’azotate d’urane coagule immédiatement l’albumine dans laquelle on le verse. Par conséquent, on ne peut, jusqu’à présent, se servir de glaces albuminées, mais on peut se servir de papier albuminé et gélatiné. Nous nous sommes servi de papier Saxe posé 5 minutes sur gélatine tiède à 5 pour 100 d’eau, et sur albumine de même, qu’on laisse flotter 10 minutes sur le bain d’azotate d’urane à 20 pour 100. L’épreuve est beaucoup plus superficielle que dans l’autre méthode, elle semble aussi plus vigoureuse et plus fine : elle offre ce fait remarquable qu’elle n'apparaît pas sur la couche de gélatine au sortir du châssis positif, mais elle se développe aussi rapidement au bain d’argent et se vire au sel d’or avec les mêmes tons violets. Le papier gélatiné permet la retouche, celui albuminé ne la souffre pas.
L’azotate d’urane se mêle bien à la gélatine sur glace, il peut et doit remplacer le bichromate de potasse dans ces applications à la lithographie et à la gravure, parce qu’il donne des reliefs très-purs et très fins; il servira également à la gravure, parce que les parties devenues insolubles peuvent être rendues solides et inattaquables, et dès lors permettre la morsure. Joint à la gomme et à la gélatine et coulé sur une glace, il donne
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des épreuves par contact extrêmement fines et belles, mais dont le fixage dans les bains est difficile, à cause de la solubilité de la couche subjacente et de son peu de ténacité.
Tous ces procédés, que nous n’avons pu qu’efïïeurer et que nous n’avons pas eu le temps d’approfondir, seront le sujet d’études prochaines, dont nous nous empresserons de publier les curieux résultats. On peut dissoudre directement l’azotate d’urane dans du collodion non sensibilisé. En prenant du pharmaceutique à 3 pour 1G0 de pyroxyde, on a une couche plus épaisse et une image plus intense. On laisse sécher le collodion, sans mouiller, bien entendu, et on tire par contact des positifs d’une finesse admirable qui s’appliqueront parfaitement aux épreuves stéréoscopiques transparentes. On peut encore laisser sécher du collodion non sensibilisé sur la glace, la plonger 10 minutes au bain d’azotate d’urane à 20 pour 100, laisser sécher et agir de même : l’image est un peu moins intense.
Pour composer un coîlodion rapide, il faudra trouver un sel neutre ou alcalin d’urane, parce que l’excès d’acide azotique de celui-ci doit retarder l’action sur le coîlodion, un sel composé d’urane et d’ammoniaque, ou d’uranium et d’iode, qui, plongé au bain d’azotate d’argent, formerait de l’iodure d’argent, de l’azotate d’urane. Peut-être même le temps des iodures, bromures
et chlorures est-il fini et allons-nous voir les composés de furanium se substituer à eux et nous donner les résultats plus remarquables encore que ceux obtenus jusqu’ici.
Second mémoire. — Moyen de combattre le voile plucheux. — Réflexions diverses.
Nous conservions quelques doutes, lors de nos premières expériences et parla rédaction de notre premier mémoire, que les épreuves de ce procédé pussent être jamais exemptes du voile plucheux qui recouvrait presque constamment leur surface. Ce défaut venait uniquement du manque d’équilibre entre les préparations, et aujourd’hui que plus de pratique nous a fait trouver de meilleurs dosages, nous pouvons affirmer que les épreuves obtenues par l’azotate d’urane sont au moins aussi pures, aussi dépouillées et aussi belles que celles obtenues parle chlorure d’argent et l’hyposulfite. Elles ont sur celles-ci l’avantage d’être faites et complètement prêtes à être montées en 15' à 20', avantage énorme et que surtout les photographes de profession apprécieront : elles vont désormais, grâce à cette rapidité (et ce sera un grand bienfait), remplacer les épreuves sur verre positif, épreuves si peu artistiques et généralement livrées au public à un bon marché extrême, mais
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dans les conditions les plus déplorables de fabrication, et qui, sans parler de leur fragilité, ont presque tous les défauts de la plaque, sans une seule de ses qualités. Avec les nouveaux bains ci-après, le prix de revient sera presque aussi abaissé, et au moins le public pourra exfger des épreuves dans de bonnes conditions et facilement transportables.
Voici donc une première manière d’opérer :
Choix du papier.
Prenez un papier très-épais : Turner ou Wathmann font très-bien, Saxe de même, le bristol est excellent. Evitez, quel qu’il soit, de le toucher avec les doigts; renfermez-le huit à quinze jours dans un carton ou un tiroir obscur. Évitez de placer sur des feuilles insolées par hasard , des feuilles passées au premier bain, parce que la feuille frappée par la lumière impressionnera l’autre et vous aurez une trace au bain révélateur.
Bain sensibilisateur ad Libitum. — Formule. — Manière de l’employer. — Inflammabilité du papier urané.
Eau distillée. . .
Azotate d’urane
100 grammes.
Ce bain sert jusqu’à épuisement et ne s’affaiblit pas, puisqu’il ne s’exerce à sa surface qu’une action de capillarité. Filtrez avant de vous en servir. Il s’agit, tout en étendant à la surface du papier une couche impressionnable très-homogène, de ne pas laisser au liquide letemps de pénétrer dans la substance même de la feuille, afin que l’image reproduite reste le plus possible extérieure. En conséquence , placez la feuille à la surface du bain sans bulles deux minutes au plus, ou ce qui vaut mieux une minute deux fois de suite en séchant au feu entre chaque. Il est certain qu’en séchant rapidement au feu le papier sensibilisé, on augmente la sensibilité. Il faut faire attention que ce papier est très-inflammable , ce qu’il doit à l’azotate d’urane qui l’imprègne; il brûle à un centimètre d’une plaque chauffée à 30°, et se rougit avec une facilité proportionnelle.
2° Bain sensibilisateur. — Formule avec l’oxyde d’urane. — Manière de le préparer.
Eau distillée . 100 grammes.
Acide azotique . 12,65 = 5 -f- 7,65.
Oxyde d’urane . • . à saturation.
À la température de 13°, cette eau accidulée à 5 pour 100 dissout 8 grammes d’oxide; portée à-f- 100°, elle en dissout 20 grammes, avec addition de-j-7,63
PAR LES SELS D’lRANE.
d’acide. À e£ moment, je conserve un léger excès d’oxyde pour avoir la liqueur la moins acide possible. Pour ce bain, comme pour le précédent, il faut se régler sur l’épaisseur du papier : la sensibilité étant d’autant plus grande que la couche d’azotate d’urane est plus épaisse à la surface; on craindra plus la pénétration si on se sert de papier plus mince, on craindra moins en présence du bristol.
Ces deux bains ne donnent pas la même teinte aux épreuves , le dernier fournit, après le passage au bain d’argent révélateur, un ton plus violacé analogue au virage produit par un bain d’or un peu faible.
L’oxide d’urane du commerce contient souvent des corps étrangers, particulièrement deux métaux : le cuivre et l’arsenic. Leur présence dans la couche insolée a pour effet une grande diminution de sensibilité, et donne la clef des tons si divers que peuvent prendre les épreuves.
Pour chasser ces métaux, il suffît de faire passer dans la liqueur un courant de gaz hydrogène sulfuré, qui précipite les deux métaux à l’état de sulfure* on filtre, et la solution d’azotate d’urane est pure.
Il est important que la solution contienne le moins possible d’acide nitrique libre par ce fait, que quand, après l’insolation, vous appliquez la solution argentifère relative, l’argent est réduit par la reconstitution du peroxide d’urane qui, pour changer l’état de protoxide
où il était descendu, a besoin d’absorber* de l’oxigène. Si au lieu de cela un oxidant aussi énergique que l’acide nitrique est en présence, il fournira à la réaction et l’oxide d’argent ne sera pas réduit.
3° Bain sensibilisateur. — Formule par le chlorure double d’uranium et de potassium. — Réaction dans le bain d’argent. — Passage à l’ammoniaque. — Impression un peu plus longue.
Nous avons essayé le chlorure double d’uranium et de potassium. C’est un sel jaune pâle, en cristaux irréguliers, légèrement déliquescent et un peu acide. Beaucoup moins soluble que l’azotate, il ne se dissout que :
Eau distillée . 100 grammes.
Chlorure d’uranium et de potassium. . . 20 — au plus.
Posez 5' à la surface; le papier est moins jaune qu’avec l’azotate, et l’image doit être tirée avec la même intensité.
Plongé au bain d’argent, il se forme dans la feuille du chlorure d’argent, et dans le bain de l’azotate de potasse. Le chlorure d’argent que contient le papier s’impressionnerait très-facilement à la lumière et ferait noircir la feuille. En sortant donc du bain révélateur, l’image est rougeâtre ; on la lave dans plusieurs eaux pendant dix minutes, puis on la plonge dans :
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Eau distillée. . .
Ammoniaque pur.
i 00 grammes.
le chlorure d’argent se dissout; au bout de quelques minutes on retire l’image, et elle a pris une belle teinte rouge plus foncée, que l’on vire au violet dans le bain de chlorure d’or, après un bon lavage.
Sans qu’on puisse bien se rendre compte du pourquoi, on obtient avec ce sel des épreuves plus vigoureuses, mieux fouillées et plus superficielles qu’avec tout autre. Le sel double est un peu moins sensible à l’impression lumineuse, et le procédé demande un bain de plus : voilà ses inconvénients, l’opérateur appréciera.
Impressionnement de la feuille. — Différents temps de pose. — Sels d’urane insensibles aux rayons jaunes.
Le temps de pose est très-délicat ; cependant avec un peu d’habitude, on se familiarise assez vite avec lui. En général, il vaut mieux que la pose soit un peu faible , parce que l’image, dans ce cas, se renforce peu à peu dans le bain révélateur et d’une manière analogue aux images négatives; on a donc l’avantage de pouvoir l’arrêter à temps, au moment où elle acquiert toutes ses qualités.
Pour du papier très-urané, on peut poser au soleil
de \ ' à 37 au plus. Si l’image est trop visible (il faut, pour qu’elle soit bien, qu’elle soit peu apparente), on la virera de suite et directement au bain d’or qui dépouille beaucoup plus que le bain d’argent. Mais, dans ce cas, si le papier a été très-sensible, les blancs euxmêmes ont subi un commencement d’action et ils restent jaunes en transparence.
De même que les sels d’argent, les sels d’urane sont insensibles aux rayons jaunes. Nous avons couvert une épreuve à moitié d’un papier noir épais, et le tout d'une feuille de verre jaune (ce qu’il y a de plus curieux c’est que cette feuille est colorée elle-même par l’oxide d’urane), et, au bout d’une journée d’exposition, la feuille n’offrait aucune image, et, plongée au bain révélateur, n’a rien produit. La disposition adoptée devait cependant nous faire saisir les traces les plus fugitives. On peut donc agir, protégé par des verres jaunes, qui forment l’obscurité pour le papier sensibilisé.
Bain révélateur à l’azotate d’argent. — Formule. — Bain révélateur à l’azotate de cadmium. — Bain vieux. — Formule d’un second bajn révélateur donnant des tons violets. — Iode sans affinité pour l’azotate d’urane insolé.
Eau distillée .
Azotate d’argent cristallisé.
Acide azotique pur. . . . ,
100 grammes.
traces.
PAR LES SELS D’üRANE.
Plongez rapidement; enlevez de même les bulles avec un pinceau bien propre consacré à cet usage et trempé dans une portion du bain mis dans un verre à expérience. L’image se développe peu à peu, se renforce seule comme dans le procédé des négatifs et arrive à l’intensité voulue. Le ton est un brun roux particulier aux sels d’argent, assez désagréable.
Nous avons remarqué qu’en nous servant d’un vieux bain négatif de collodion, nous obtenions des épreuves d’une coloration gris violet analogue au sel d’or; nous avons attribué ce fait à la présence de l’azotate de cadmium, abondant dans ce bain. Nous avons dissous de l’azotate de cadmium, et en nous en servant comme bain révélateur seul, nous n’avons pas développé d’image, mais en le mélangeant au bain d’azotate d’argent, nous avons obtenu des tons gris violets assez agréables. Nous avons reconnu d’autre part que la richesse en argent du bain révélateur devait être beaucoup moins grande que celle indiquée dans notre premier mémoire, afin que l’épreuve n’apparaisse pas empâtée et se développe graduellement.
Une troisième observation a été consignée et mise à profit, c’est que les épreuves sont plus belles et viennent d’un plus beau ton dans un bain révélateur vieux que dans un neuf. Or ces bains ne diffèrent entre eux que par la quantité d’azotate d’urane qui se dissout à chaque immersion d’épreuves dans le bain d’azotate
d’argent, quantité qui se manifeste assez vite par la couleur jaune qu’elle communique à ce bain. Nous avons dosé cette quantité et nous avons placé un bain neuf dans les mêmes conditions; il a donné des résultats identiques. Enfin la présence de l’alcool semble utile.
Nous avons composé le bain suivant après de nombreuses recherches. Il développe peu à peu l’image et donne sans virages de très-beaux tons violets :
Eau distillée . 100 grammes.
Alcool à 36° . 10 —
Azotate d’argent . 3 —
Azotate de cadmium . 1 —
Azotate d’urane . 1 —
Acide azotique pur . traces.
Il faut que tous les bains révélateurs soient acides le moins possible ; mais s’ils sont neutres ou alcalins., les épreuves sont voilées et cendrées de gris.
La présence des azotates alcalins (soude, potasse ou ammoniaque) est nuisible : on peut facilement s’en convaincre en se servant, comme bain révélateur, d’un vieux bain à papier positif. Ce bain contient en excès un azotate alcalin qui dépend de la base dont on s’est servi : l’épreuve à l’urane viendra rouge et grenue : elle pourra néanmoins être virée au chlorure d’or.
L’iode n’a pas d’affinité pour l’azotate d’urane insolé ; en révélant une image uranée au moyen de l’eau iodée, on obtient une épreuve négative blanche sur fond bleu. Ce qui prouve que î’iodure d’amidon s’est formé par-
PAR LES SELS DÙjRANE.
tout où la lumière n’a pas agi, par conséquent où l’azotate d’urane n’est pas insolé, en lavant et plongeant cette image négative au bain d’azotate d’argent l’iodure d’amidon est décomposé et dissous, le papier redevient blanc, et, la réduction commençant l’image apparaît.
Bain révélateur au chlorure d’or. — Formule. — Exposition prolongée.
— Virage.
Le bain de chlorure d’or se compose de :
Eau distillée . 1000 grammes.
Chlorure d’or ordinaire . 1 —
Acide chlorhydrique pur. . . . 1 à 2 gouttes.
Pour révéler avec ce bain , prolongez l’exposition à la lumière du double, vous obtiendrez des tons bleus, et, suivant la nature du cliché, des noirs bleus assez intenses. Ce bain tend à ronger les demi-teintes, l’acide chlorhydrique qu’il contient dissolvant l’azotate d’urane même insolé ; cette action s’exerce encore, mais plus faiblement, au virage des épreuves révélées par l’azotate d’argent et dont la pose a été insuffisante. En employant un chlorure d’or neutre, le même effet se produit, mais avec moins d’intensité : on doit donc l’attribuer de préférence à la solubilité de l’azotate d’urane dans les chlorures, ou à une action particulière et en¬
core inconnue.
Si le bain était très-acide, les épreuves seraient bleues partout et voilées, le développement en étant très-mauvais, et la teinte peu agréable.
Bain révélateur au bichlorure de mercure. — Formule. — Manière
d’opérer.
Les épreuves obtenues par la méthode ci-dessous sont les plus belles comme effet, et les plus puissantes comme ton : seulement la manière de les obtenir est plus compliquée.
Eau ordinaire . 2000 grammes.
Bichlorure de mercure. . * 0 . . 1 —
L’image demande à être extrêmement venue au châssis positif : c’est par erreur que nous avons dit, dans notre premier mémoire, qu’elle devait disparaître : ceci n’arrive que quand elle est trop faible. Il faut la laisser 2 à 3 minutes au plus dans le bain de bichlorure : de ce temps juste dépend la réussite : il est d’autant plus difficile à calculer que l’épreuve ne change presque pas sous l’influence de ce bain. Mais quand elle est parfaitement lavée et qu’on la plonge au bain révélateur d’azotate d’argent, on s’aperçoit de suite si l’action du bichlorure a été bien calculée; si elle a été trop longue, les demi-teintes sont rongées ; si elle ne l’a pas été assez,
. l’épreuve n’est pas dépouillée et sort beaucoup trop
PAR LES SELS d’üRANE.
foncée et sans détails accusés. On peut essayer alors de la dégorger au chlorure d’or. Mais quand le temps du bain de bichlorure a été bien calculé, l’épreuve prend au bain d’argent des tons noirs magnifiques. Ce développement est lent et demande quelquefois 10 minutes : il ressemble beaucoup à celui d'une épreuve négative soumise à l’action d’une solution gallique.
Lavages. — Manière de les conduire.
L’épreuve étant arrivée au point où elle a le plus d’éclat, retirez-la des bains. Si elle est révélée à l’azotate d’argent, passez-!a d’abord dans de l’eau ordinaire, puis dans une eau légèrement ammoniacale. Ce lavage dégorge parfaitement les blancs et enlève les traces d’acide qui peuvent y exister.
Passez ensuite dans deux eaux ordinaires, en tout 10 à 15 minutes, et l’épreuve est fixée : on augmente sa vigueur en la séchant au feu vif. Si elle est fixée au chlorure d’or, en la chauffant de 60 à 80 degrés, elle prend des tons pourpres bruns, analogues à ceux du pourpre de Cassius. Les lavages peuvent être moins répétés après le chlorure d’or qu’après l’azotate d’argent, le premier abandonnant plus facilement que le second la trame du papier. Si les épreuves sont imparfaitement
lavées, elles deviendront, au bout de quelques semaines, d’un rouge brique uniforme sur toute la feuille.
De la fixité de ces épreuves.
On agite dès a présent la question de la fixité de ces épreuves : il semble qu’elles en auront une plus grande que celles produites à l’hyposulfite. Leur résistance au cyanure de potassium même bouillant, pourvu qu’il ne soit pas concentré à désagréger le papier, est déjà une expérience chimique fort intéressante; mais il est d’autres considérations que nous allons indiquer. Les agents destructeurs des épreuves à l’urane peuvent être appelés les agents chloreux; les agents destructeurs des épreuves à riiyposulfite de soude paraissent être, d’après les nombreuses expériences que l’on a faites, les agents sulfureux. Or, dans nos demeures, dans les conditions de la vie actuelle, dans le milieu où l’immense majorité des épreuves fournies par la photographie doit séjourner, les agents sulfureux sont très-communs et à chaque instant renouvelés, tandis que les agents chloreux ne peuvent pas y demeurer sans décomposition, n’y existent qu’à de très-rares intervalles, et toujours produits exprès, par conséquent de manière que l’on puisse leur soustraire les épreuves qu’ils pourraient
PAR LES SELS d’üRANE.
détériorer. Ces raisons bien simples sont concluantes, mais il est un agent dont nous ne connaissons pas encore l’action, c’est l’humidité longtemps prolongée .* des expériences répétées et malheureusement des faits trop nombreux ont démontré combien elle est fatale aux épreuves à l’hyposulfite; espérons, et cependant nous n’y avons pas grande confiance, que celles à l’azotate d’urane résisteront mieux. Ce sera surtout en faisant ces expériences qu’il sera important de n’agir qu’avec des épreuves parfaitement dégorgées et privées absolument du sel d’urane et d’argent qu’elles auront pu contenir.
Méthode par le protosulfate de fer.
Comme je l’espérais dans mon premier mémoire, nombre de chercheurs apportent leur contingent de perfectionnement , et malgré l’entêtement routinier de quelques rares détracteurs, cette méthode marche et promet de donner de magnifiques résultats.