II. Procédé Henry Draper , de Dublin
Au lieu de préparer le papier à l’azotate d’urane seul, j’emploie le bain suivant :
Eau distillée . 30 grammes.
Azotate d’urane . . 5 —
Azotate d’argent . 0,50 —
Placez le papier à la surface, suspendez pour sécher. L’exposition à la lumière n’est pas plus longue qu’avec le premier procédé trouvé; et si M. Draper se plaint d’avoir eu besoin de temps de pose plus long que celui indiqué par M. Niepce de Saint-Victor, c’est qu’il oublie que Dublin n’est pas sous la même latitude que Paris.
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L’épreuve apparaît comme avec le chlorure d’argent anciennement employé, et n’exige pas de développement. Il apparaît une teinte jaune au sortir du châssis, elle s’efface en faisant sécher la feuille devant un feu clair, mais celle-ci reste toujours rougeâtre.
Nota. Je pense qu’en la virant au bain d’or on lui donnerait un ton plus riche et tel que M. Draper peut le désirer.
III. Remarques de M. Crespon , de Nîmes, extraits de la Revue photographique .
Cet article est si complet et rempli de remarques si importantes et si judicieuses, que nous ne pouvons mieux faire que de l’emprunter au savant recueil auquel il était adressé.
« Admirateur passionné de la photographie, je suis avec un grand intérêt tous les perfectionnements qui, de jour en jour, viennent ajouter quelque chose d’utile aux procédés de cet art merveilleux. A ce titre, j’ai applaudi avec enthousiasme à la belle découverte dont M. Niepce de Saint-Victor nous a si généreusement dotés; et je ne veux pas être le dernier à apporter mon concours aux études nouvelles qui hâteront le moment où cette méthode pourra entrer dans le domaine de la pratique avec tous ses avantages.
« Tous ceux qui ont vu les épreuves positives obtenues au moyen du nitrate d’urane, ont dû être frap-
pés de leur finesse et du rendu de leur modelé. Ces épreuves reproduisent avec la plus grande fidélité tous les détails du cliché, et surtout cette dégradation harmonieuse des demi-teintes légères, si difficile à obtenir par le procédé usuel.
« A voir la perfection des résultats obtenus dès les premiers jours et la facilité des manipulations, on était tenté de croire qu’il ne restait plus rien à trouver, et que dès à présent le nitrate d’urane pouvait remplacer les chlorures, les hyposulfites et leur cortège de lavages interminables. En suivant la filiation d’idées et d’expériences qui paraît avoir amené cette remarquable découverte, il était en effet légitime de croire que de simples lavages suffiraient pour enlever l’excès des sels solubles qui concourent à produire l’épreuve.
« Malheureusement, il n’en est pas ainsi. La solidité des épreuves obtenues par le procédé proposé dès le principe par M. de La Blanchère laisse beaucoup à désirer. En étudiant avec attention les réactions qui doivent se produire, on s’aperçoit qu’il ne saurait en être autrement : car, abstraction faite de toute explication théorique du rôle que joue le nitrate d’urane dans ce procédé, on ne peut mettre en doute que l’action de la lumière ne modifie profondément sa constitution moléculaire, et peut-être mieux sa composition, puisque l’image, au sortir du châssis, est entièrement formée et en partie visible.
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« Il y a là plus qu’une simple absorption de lumière; le rôle du nitrate d’urane n’est point un rôle purement passif, et l’on peut même espérer que parmi les nombreux sels métalliques, autres que ceux d’argent, de platine et. d’or, il s’en recontrera qui seront aptes à se désoxygéner au contact du nitrate d’urane ainsi modifié, et à reproduire le développement complet de l’image.
« Si nous admettons que le nitrate d’urane, en présence de matières organiques, soit décomposé par l’action des rayons lumineux, et que, par exemple, une partie de son acide, étant éliminée, se porte sur le papier et entraîne la formation d’un nitrate neutre ou basique, peu ou point soluble, il est évident que de simples lavages à l’eau ne pourront enlever cette portion du sel engagée dans les pores du papier,
« En outre, l’immersion dans le nitrate d’argent doit produire forcément des sels insolubles, chlorures et carbonates, qui se fixent sur la surface de l’image et que l’eau ne saurait enlever. L’action subséquente de la lumière est là pour le démontrer de la manière la plus évidente. Ceci n’affecte que les blancs de l’épreuve ; quant aux noirs, il faut espérer qu’ils seront à l’abri de toute altération. Toutefois, c’est au temps et à l’expérience qu’il faut en appeler pour confirmer ces espérances. L’oxide d’argent est loin d’être d’une stabilité absolue, et il se pourrait qu’une partie des ineon-
vénients qu’on attribue généralement à l’emploi de l’hyposulfite de soude, ne fût que le résultat de la réaction lente des impuretés accidentelles du papier, sur le composé d’argent (sous-sel ou oxyde), qui forme les noirs des images obtenues par le chlorure d’argent.
« La résistance des unes et des autres aux dissolvants immédiats ne paraît pas différer beaucoup. Si des expérimentateurs ont vu que les nouvelles épreuves résistent à l’action du cyanure de potassium bouillant, cela ne ferait que constater une fois de plus les différences notables qui existent entre les divers échantillons de ce sel fourni par le commerce. Je n’ai jamais pu traiter à froid les épreuves humides ou sèches, sans les altérer rapidement par des solutions que j’ai fait varier de 10 à 1 pour 100.
« Voici maintenant la part que j’apporte à l’éclaircissement de toutes ces questions, part bien petite, il est vrai, mais qui témoignera de mon désir de contribuer à l’amélioration tant désirée des épreuves positives sur papier :
« J’extrais des notes de mon registre d’observations; elles pourront contenir quelques redites ; on me les pardonnera, car employer du temps à une nouvelle rédaction serait diminuer d’autant celui que j’emploierai plus utilement à d’autres expériences.
« Les feuilles préparées au nitrate d’urane h 20 pour 100 d’eau et exposées 10 minutes sur cette solution sont
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clans de bonnes condi lions pour l’obtention d’une image positive fine, vigoureuse et modelée. Ce bain est bon jusqu’à épuisement. Il n’en est pas de même lorsque l’on emploie des feuilles gélatinées, car après en avoir fait passer un petit nombre, la gélatine qui n’est pas coagulée se dissout peu à peu dans le bain d’urane, et finit par empêcher la préparation égale et certaine des papiers, et entraîne aussi par là de grandes pertes de ce sel. II est bien des moyens de coaguler la gélatine, tel qu’un bain de tanin ou d’acide gallique, sur lesquels on peut mettre la feuille gélatinée; mais ces substances colorent en brun-rouge le nitrate d’urane, et ces moyens sort des complications au précédé qu’on doit chercher à simplifier. On peut aussi, si l’on veut, mettre le nitrate d’urane dans l’alcool, qui le dissout parfaitement dans la proportion de 20 pour 100. Mais l’alcool, tout en coagulant la gélatine de la feuille, imbibe trop facilement cette dernière, et alors le résultat est encore manqué. Il ne reste donc pour les photographes qui voudront employer la gélatine, pour profiter des bons résultats qu’elle donne, et qui ne craindront pas de la payer par une petite perte de nitrate d’urane, que de verser sur une glrce juste la quantité voulue pour chaque feuille, et en suivant la méthode de M. de La Blanchère pour les autres opérations, on obtiendra à tout coup des épreuves fort jolies, et qui ne laisseraient rien à désirer si elles étaient solidement fixées.
« Mais elles ne le sont pas; pour s’en assurer, on n’a qu’à exposer une de ces épreuves en plein soleil, après en avoir protégé la moitié au moyen d’un éclan : au bout de quelques heures on pourra juger des altérations qu’elles auront subies. Ces altérations proviennent, de quelques sels que les lavages rapides n’ont pu dissoudre. D’un autre côté, et on en a déjà fait la remarque, si on prolonge ces mêmes lavages, le papier se tache. Il faut donc trouver un fixateur qui permette à ce procédé de donner tout ce qu’il promet. Voici la marche qui m’a le mieux réussi : Au sortir du châssis, après avoir passé l’épreuve au bain d’argent et l’avoir lavée à trois ou quatre eaux, je la mets sur une solution de chlorure d’or acide, ou mieux encore sur du sel d’or ou d’hydrosulfite d’or de Fordos et Gélis, et, après avoir fait virer le ton de l’épreuve, je la passe dans un bain faible d’hyposulfite de soude; par ce moyen, le peu de chlorure ou autres sels insolubles qui ont pu se former, sont immédiatement enlevés. Le séjour de l’épreuve dans l’hyposulfite de soude ne doit pas être prolongé, c’est inutile, car ce seraitjetomber dans les inconvénients de l’ancien procédé ; l’épreuve s’affaiblirait et les modelés seraient altérés. On lavera ensuite à l’eau que l’on renouvelle deux ou trois fois de suite, et on la laisse une heure ou deux dans un bain d’eau abondant. Les épreuves ainsi traitées gagnent en solidité, car exposées au soleil toute une journée, et une journée du
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mois de juin, elles n’ont été nullement altérées. Quant à l’hyposulfite de soude, nous n’avons pas dans ce cas à en craindre les effets destructeurs, car il n’agit ici que comme simple dissolvant, et les réactions qui naissent de son contact prolongé avec de grandes quantités de chlorure d'argent et les inconvénients qui en résultent ne peuvent se prod uire.
« Des épreuves qui auraient subi une exposition trop prolongée au soleil peuvent être ramenées à des tons très-doux et très-harmonieux, en prolongeai!, le séjour dans l’hyposulfite de soude. Je dois faire remarquer aussi qu’il y a un très-grand avantage à faire virer l’épreuve sur le sel d’or, avant de la passer à l’hyposulfîte de soude ; car lorsqu’on la plonge dans ce dernier bain au sortir du bain d’argent, l’épreuve perd beaucoup de sa vigueur et de son modelé. On peut aussi remplacer l’hyposulfite de soude par une solution très-faible de cyanure de potassium, mais le résultat est moins certain et moins brillant dans ses effets.
« En ce qui concerne le bain d’argent, il est quelques observations qui pourront être utiles; bien souvent il s’altère et ne donne plus que des épreuves incomplètes. J’en attribue la cause, non pas à l’épuisement du nitrate, car jusqu’à la dernière goutte il est dans les mêmes conditions de proportions, mais plutôt à la formation accidentelle des sels étrangers qui en changent complètement les effets et sa nature.
« Une autre remarque digne d’attention, c’est qu’avec des clichés un peu faibles ou trop uniformes, il est difficile d’obtenir des épreuves positives, satisfaisantes, et c’est surtout lorsqu’on emploie le nitrate d’argent cristallisé du commerce qu’on est particulièrement exposé à ce fâcheux inconvénient, qui d’ailleurs se produit également dans les épreuves fournies par le chlorure d’argent, de même que dans les bains d’argent qui servent à faire les négatifs sur collodion. L’argent fondu, qui à la fin de sa préparation a été chauffé un peu fortement, tend, au contraire, à exagérer les oppositions de lumière des clichés, et c’est par un choix judicieux de ces nitrates ou par leur mélange en diverses proportions qu’on peut tirer le meilleur parti possible de clichés notablement différents en intensité. Il est bien entendu qu’il est des teintes, dont on ne peut sortir, et que, dans tous les cas, il ne s’agit ici que de ceux dont la venue et l’intensité sont satisfaisantes. J’emploie le sel d’or dans les proportions de I gramme pour 700 centimètres cubes d’eau.
« Quant au chlorure d’or, il doit être beaucoup plus faible, sans quoi il ronge l’épreuve et salit les blancs.
« L’emploi du bichlorure de mercure ne m’a pas donné les résultats que j’en attendais, son action corrodante détruit l’harmonie des demi-teintes, et d’ailleurs la durée de la force nécessaire devient d’une longueur
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fastidieuse. Je dois à un chimiste de mes amis l’idée de substituer au chlorure de mercure le nitrate de la même base, employé d’une manière un peu différente.
« C’est au sortir du bain d’argent que je passe l’épreuve sur une solution concentrée de nitrate de mercure ; elle acquiert des formes d’une richesse inattendue en conservant des blancs irrépochables. »
Méthode par l’alcool.
Les remarques faites parM. Niepcede Saint-Victor sur la solution alcoolique de nitrate d’urane ont donné lieu à une méthode très-bonne. Voici l’expérience type : si deux solutions alcooliques de nitrate d’urane sont exposées à la lumière, que l’un des flacons soit couvert d’un écran, la liqueur de celui-ci restera jaune tandis que l’autre prendra une couleur feuille morte foncée presque noire. Ajoutons alors de l’azotate d’argent aux deux solutions et nous le verrons réduit fortement par la liqueur noircie, et respecté par l’autre. On peut croire que dans la première le peroxide du sel d’urane est descendu à l’état de protoxide et que dans cet état il réduit les sels d’argent. Il est à remarquer, qu’en exposant à l’air la solution réductrice noircie, elleabsorbe de l’oxigène, le sel d’urane se sature, la liqueur rede-
vient jaune verdâtre et la réduction du sel d’argent n’a plus lieu.
Or, dans le procédé d’impression des épreuves positives la fibre (cellulose) du papier constitue un corps éminemment réducteur ou oxidant (C^2 H10 O10) qui joue le rôle de l’alcool dans la solution uramque.
On voit donc qu’il est important de débarrasser le papier des encollages qu’il peut conteniretqui, empêchant le contact immédiat de la solution uranée avec la cellulose, retardent la réaction et souvent laparalysent. C’est à la plus grande abondance de l’encollage à la surface du papier qu’on peut attribuer la propension qu’ont les épreuves uraniennes à se produire dans la profondeur de la feuille. En effet, là, l’encollage est moins abondant et la réaction a eu plus d’intensité.
Il est donc utile de plonger le papier dans de l’eau distillée en ébullition, de l’y maintenir pendant quelques minutes, le passer dans de l’eau froide, le placer entre des feuilles de buvard bien net, et pendant qu’il est encore moite, le plonger une minute sur la so^tion d’azotate d’urane. On le retire, on le suspend à l’obscurité, et dans cet état il peut se conserver fort longtemps.
Ilne faut pas oublier, § 13 ci-dessus, que la présence de l’alcool ou de l’éther dans le bain d’argent, donne des épreuves plus intenses et d’un ton violet riche : mais cette addition est surtout importante parce qu’elle permet de réduire le temps de pose. II est possible que
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l’action de l’alcool sur l’oxide d’urane, soit analogue à celle de l’acide pyrogallique sur l’iodure d’argent; dans tous les cas, le mélange de l’alcool au nitrate d’urane du papier ne produit aucun effet, tandis que sa présence dans la solution révélatrice d’azotate d’argent est favorable à la rapidité de développement et au ton des épreuves.
Des épreuves colorées monochromes.