‹ L'art du photographeChapitre 6 sur 46 · PE L’ ACTION PHOTOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

PE L’ ACTION PHOTOGRAPHIQUE

par conséquent les lignes d’un paysage vont en s’éteignant pour l’œil jusqu’aux horizons, qui s’égalisent enfin avec la couleur du ciel et se confondent avec lui. Cependant, remarquons que dans la nature le ciel est toujours la partie la plus lumineuse du tableau, circonstance dont la photographie démontre la vérité à chaque épreuve, mais dont une grande quantité de peintres ne se soucient guère, le ciel pour eux, servant de repoussoir à des premiers plans chargés de lumières exagérées; mais, je le répète, la photographie procède exactement; pour elle la gradation lumineuse a son action maxima au ciel; la lumière va en s’éteignant du ciel aux premiers plans. On peut donc dire que, comparé au résultat final à obtenir, le premier travail de la photographie est complètement faux, puisque si l’on arrête son action trop tôt, les lointains ont une valeur déjà effacée quand les premiers plans sont complètement privés de lumière et ne laissent distinguer aucun des détails qui doivent, autant par leur nombre que par leur éclat lumineux, rapprocher le premier plan de l’œil. Prenons pour exemple frappant un paysage d’été; nous nous apercevons, à la seule inspection sommaire, que le ciel, extrêmement photogénique comme couleur, quand même il ne le serait pas comme source de lumière, se traduira par des blancs absolus, les lointains bleus et gris presque aussi éclairés, par des gris à peine sensibles ou disparaissant peut-être dans un blanc eom-

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plet, viennent aux plans intermédiaires des arbres: quoiqu’un peu illuminés par la couleur bleue de l’air interposée, ils donnent une teinte trop foncée comme relation, et enfin le premier plan vert ou jaune du gazon ou des arbres, les buissons, les chemins jaunes et poudreux quoiqu’en plein soleil, se traduiront en noir absolu.

En contemplant cette épreuve, aurons-nous une idée exacte du paysage reproduit? Évidemment non. Heureusement qu’en modifiant la durée de l’exposition à la lumière, il se produit un effet singulier, celui de la transparence des noirs négatifs donnant un peu de gris aux tons clairs et permettant aux couleurs verte et jaune d’impressionner suffisamment la couche sensible.

Cette observation photographique, très-connue aujourd’hui et très-étudiée, est la seule ressource pour obtenir un peu d’harmonie dans les effets; elle manque cependant quand les parties vertes dominent seules comme dans les vues de forêts. 11 faut alors un grand tact, tout en prolongeant l’exposition à sa dernière limite, pour ne pas la dépasser et n’avoir plus qu’une image terne, grise et sans vigueur. Heureusement les surfaces brillantes de certaines feuilles, renvoyant la lumière sans la décomposer entièrement, produisent des effets de vigueur très-heureux parfois : en outre, les tons automnaux, qui tirent sur le rouge et le gris,

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massent les arbres en plus larges parties et permettent des effets que rien ne pourrait donner.

Effets impossibles. — Photographie .non coloriste.

On comprend dès à présent que cette ressource ne pare pas à toutes les éventualités, ne satisfait pas toutes les combinaisons de couleurs, et que son emploi ne suffit pas à rendre des tons inabordables; tels que dans certains pays, des édifices peints en jaune et en rouge, couverts de tuiles rouges et dominés par des massifs d’arbres verts, tels que le sapin et les arbres des montagnes. Jamais la photographie ne rendra ces effets (avec ses moyens actuels), pas plus que les ruines jaunes et étincelantes de l’Orient; car, pour l’œil, l’objet est extrêmement brillant, et pour la couche sensible, il est presque complètement noir. Même effet pour une draperie rouge sur un fond vert, jaune ou indigo, pour une décoration verte, jaune ou rouge sur un habit noir.

On a donc tort de dire que la photographie est essentiellement coloriste, puisqu’elle donne souvent un effet faux pour notre œil. Comment la photographie est coloriste, quand il lui est presque impossible de rendre les plis de certaines draperies de velours! Et certes, pour notre œil, le velours jaune» rouge, vert, cramoisi,

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ne produit pas une impression d’obscurité. Comment, elle est coloriste, lorsqu’elle rend aussi foncée la teinte des cheveux blonds que celle des cheveux châtains, à cause de la présence du jaune antiphotogénique! Non, ce n’est qu’au moyen d’artifices et de précautions nombreuses que la photographie peut être amenée à donner des reproductions vraies, et encore elle a des écueils à surmonter quelle tournera seulement, tant que ses bases actuelles seront employées. En général, l’épreuve photographique manque de fermeté si elle abonde en finesse, et manque de détails si on la fait trop ferme. Le juste-milieu est un tour de force que le hasard produit quelquefois entre les mains d’opérateurs habiles, ~mais qu’eux-mêmes avouent n’être jamais certains de répéter.

Que Ion ne voie pas dans ces lignes une idée de dénigrement de l’art admirable au développement duquel nous sommes voués ; mais sa part véritable est si belle, son domaine naturel si étendu, qu’il est bien permis de lui montrer son côté faible et les bornes qu’il ne peut franchir.

Comparaison des gammes de la gravure et de la photographie. — Grou pement résumant ces expériences. — Palettes différentes, sauf dan s les points extrêmes.

Rapprochons, pour en tirer la dernière conséquence, les uns des autres, les modes de représentation de nos

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