‹ L'art du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 55 sur 72 · III · texte numérisé non relu

III

Dans cette longue énumération de peintures et de dessins, tout Fragonard n'est pas encore là. Dans l'Œuvre de Fragonard ainsi que dans l'Œuvre de Prudhon, il est une partie secrète de leur talent qu'il faut découvrir dans l'Œuvre de la femme associée à la vie du peintre. Et il y a beaucoup de l'imagination et de la main de Fragonard dans l'Œuvre de M''" Gérard qui avoue parfois la collaboration du maître et de l'ami comme dans ces planches de I'Enfant Chéri et des Premiers Pas de l'Enfance, au bas desquelles se lit : Pemt par H. Fragonard et yWi'*-' Gérard.

lequel les parents ramènent triomphalement le vainqueur du concours qu'applaudissent ses petits rivaux. Une variante de la récompense, au crayon et à l'aquarelle, se vendait 165 francs k la vente de la collection de M. Walferdin.

Quand Tinspiration de Watteau disparut de noire école; quand le xyiu'' siècle fut rejeté dans le passé, avec ses mœurs, ses idées, ses modes et ses goûts; quand ce grand renouvellement de l'âme d'une nation et de la pensée d'un peuple, une révolution sociale, appela les arts à un nouvel avenir en déplaçant leur idéal, deux hommes se rencontrèrent en France qui, avec des aptitudes opposées, un tempérament contraire, des fortunes différentes, tentèrent de ramener la peinture aux leçons de l'antiquité rappelée ou plagiée par les hommes, par les événements mêmes de leur temps.

Le premier retournait au génie antique parWinckelmann, aux lignes antiques par des académies anatomiques. Il peignait les Horaces et Brutus, il croyait retrouver Rome en restituant une forme de fauteuil ou le dessin d'un glaive : c'était là ce qu'il appelait lui-môme « le style antique ». Plus tard il

reconnaissait que les Romains n'avaient été que des demi-barbares auprès des Grecs : il quittait le style romain, il cherchait le </rec pur en copiant des statues qu'il ne se cachait pas de reproduire religieusement dans ses tableaux. De ce « grec pur » sortait « l'Enlèvement des Sabines ». Plus tard encore, entraîné à la suite de la petite société des «penseurs » de son atelier, il se tournait vers les primitifs grecs, vers les primitifs gothiques ; et quel tableau sortait de cette inspiration du sentiment naïf, si innocemment anti-académique, des œuvres qui dans toute école annoncent le beau en semblant l'enfanter? « Léonidas aux Thermopyles». Imagination sèche et déclamatoire, main patiente mais non inspirée, conscience hésitante, dessinateur pénible et matériel, incapable de rien dessiner sans le modèle, et auquel rien n'apparaissait dans Tensemble de la vision intérieure, c'était toujours par le décalque et la copie qu'il s'approchait de l'art antique, dont il croyait embrasser l'âme lorsqu'il n'en embrassait que le squelette.

Cet homme, gâté par les adorations de l'admiration publique, immortel de son vivant, était proclamé, par le goût et aussi par les passions des contemporains, le restaurateur de l'antiquité : c'était David.

A l'écart, dans l'ombre, il y avait un peintre que David appelait avec mépris « le Boucher de son temps ». Cependant celui-ci portait dans la tête la Grèce et les Dieux. Il n'arrachait pas lambeau à lam-

beau les beautés de TarL antique; il les trouvait dans son àmc, elles rayonnaient sous sa main. L'intuition était sa science. Sans modèle, il animait ses créations avec le mouvement et la lumière de la vie, il faisait courir le sang sous la chair, et la divinité dans ses personnages. Les statues sacrées marchaient et respiraient sous ses pinceaux, comme des marbres sortis de terre qui prendraient leur essor dans la peinture d'une Renaissance. Et le génie de l'antiquité allait une dernière fois revivre dans son OEuvre. Mais le nom de ce peintre ne devait être populaire que dans la postérité : il s'appelait Prudhon'.

Le i avril 1758, Pierre Moreau, marchand épicier de la ville de Gluny, et dame Ursule Mutin, épouse de François Biais, marchand de ladite ville, présentaient au baptême un pauvre enfant né le jour même : c'était le dixième fils de Christophe Prudhon. tailleur de pierres, et de Françoise Piremol, Pierre Prudhon -, qui plus tard, sur son acte de ma-

1. Je conserve l'orthographe consacrée du nom de Prudhon qui n'a pas plus de raison de s'écrire Prud'hon que Prudon.

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