PRIT DU ON
ami, que vous seriez peiné de rompre le vœu que vous en faites, eh bien, moi pour vous en fémoir/ner ma vive reconnaissance, je veux faire mon possible pour m'en conserver éternellement le titre.
Il faudrait que je fusse singulièrement bizarre pour me bi'ouiller avec vous pour les justes l'aisons que vous avez de ne m' aider ni de me conseiller dans mon voyage projeté à Dijon, assurément je me voudrais mal d'en avoir eu seulement l'idée. Cependant je ci'ois, Monsieur, vos ci'aintes pour Naigeon un peu hazardéeSy et votre prévention pour mon médiocre et très médiocre talent un peu forte, car n'ai- je pas tout lieu de craindre qu'un ti'avail de trois ans après d'excellents modèles et sous un maître éclairé, ne l'ait mis ainsi que beaucoup d'autres bien au-dessus des faibles efforts c/ue je pourrai faire pour me distinguer dans le concours? Je ne vois pas, il est vrai, de moyen, cjuoique très douteux, plus prompt pour sortir de ma situation actuelle que ce concours de Dijon ; mais ne crains-je pas aussi, et avec liaison, de n'y faire que des tentatives infructueuses, et trois années perdues ne me donnent-elles pas de justes appréhensions et malheureusement trop bien fondées? La 'seule raison qui m'engage fortement à ce voyage, ce sont les études que je serai dans le cas et à portée de faire et qui, je crois, ne me seroyit pas inutiles.
Parlons un peu d'autres choses. Vous m'enhardissez, Monsieur, et je redoublerais avec ardeur mes instances pour vous engager à venir à Cluny, si je ne consultais que mon cœur, et si je ne craignais aussi de cous incommoder, car je préférerai, toujours quoi qu'il m'en conte
votre commodité et vos goûts à mes désirs, quelque violents qu'ils puissent être; cependant, je ne puis m'en tenir là quand je pense au plaisir de voir deux amis et un bienfaiteur ; allons, monsieur et mademoiselle, faitesmoi cette grâce sans répugnance, venez-y ; mon beaupère, ma belle-mère, mon épouse la désii^ent également et joignent leurs instances aux miennes pour obtenir de vous cette grande faveur; vous voyez, monsieur, mon cœur l'emporte et me fait déjà oublier que vos goûts et votre volonté doivent être les miens.
Je commence aujourd'hui votre gravw*e que je soignerai du mieux quil me sera possible, vos observations à l'éqard de Cipris (sic) et de la tombe sont fort justes et je m'y conformerai dans l'exécution de la planche.
Donnez-moi silvous pjlaît et au plus tôt les nouvelles de votre sayité qui ni'intéresse infiniment. Je crois que ces diables de rhumes tiennent tout le monde, car à Cluny on en est assommé.
Je suis, Monsieur, avec tout le dévouement et le respect possible ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Prudiion, peintre.
Mille choses de ma part à mademoiselle Dembrun ^
Cette liaison de patronage et de reconnaissance
dura ainsi pendant des années entre M. de Joursan-
vauU et Prudhon, qui continuait à s'occuper, pour
son protecteur, de menus travaux de dessin ' et de