‹ L'art du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 66 sur 72 · III · texte numérisé non relu

III

vaillant à ses côtés ; elle prenait ses repas avec lui ; elle tenait sa maison; elle s'occupait de l'éducation de sa fille, pour laquelle elle était tout à la fois une mère et une sœur aînée. Prudhon, qui n'avait eu que sa mère pour l'aimer, ne savait comment payer M"« Mayer de tant de dévouement et de tant de bonheur.

Dans sa reconnaissance, il rêvait de partager son talent avec cette « amie de son cœur » ; il voulait l'associer à sa gloire. La preuve de cette générosité du peintre, nous la trouvons dans cette suite de neuf dessins, conservée par M. de Boisfremont et qu'on pourrait appeler l'histoire d'un tableau de M"« Mayer. Ce sont toutes les études d'une Naïade lutinée par les amours et qui^, poussée à bout, ne sachant comment s'en débarrasser, leur jette l'eau de son urne. Il faut voir avec quelle patiente application, avec quel cœur Prudhon a mis, pour ainsi dire, toute la composition sous la main de M'*'' Mayer. Il y a des croquis d'ensemble, puis des études séparées où tous les détails sont cherchés et fixés, le mouvement de la Naïade, la débandade de la petite troupe, le culbutis des polissons nus que l'eau cingle; puis enfin, c'est le corps de la Naïade, une des académies les plus finies, les plus parfaites qui soient sorties du crayon de Prudhon. Mais ce n'est point assez que toutes ces indications qui dictent à M"'' Mayer toutes les lignes de son tableau : Prudhon veut faire passer son pinceau même dans les doigts de M'^^ Mayer ; à côté des études destinées il y a l'esquisse peinte

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du tableau, où Prudhon donne à M^'° Mayer l'accord des tons, les couleurs de sa palette, tant il met de soins à la guider, à lui souffler son inspiration, à l'approcher de son génie, tant il met d'ardeur et de patience à essayer de lui donner un peu de son immortalité !

En 1808, devant le tableau de « la Vengeance divine », l'Empereur donnait à Prudhon la croix de la Légion d'honneur.

Le dessinateur républicain ardent et convaincu de la Constitution de 1793 et des symboles patriotiques^

1, Prudhon, ainsi que presque tous les ai'tistes do son temps, s'était donné entièrement aux idées nouvelles. Nous avons son vote motivé pour le tableau de Brutus d'Harriet, comme membre du jury dans le concours des pris, de peinture de l'an H. Quand le jury se transforme en club révolutionnaire des Arts, Prudhon en devient le secrétaire adjoint, et dans la séance du 4 germinal, lit un discours où il « considérait les Arts sous des rapports philosophiques et en parlait dans le genre de Rousseau ». Il terminait en développant les idées d'Hassenjfratz, à savoir que les Arts, jusqu'alors tournés vers le goût de la classe des hommes paresseux, devaient maintenant parler au goiit des hommes laborieux. C'était le dessinateur de ces dessins : la Constitution, la Loi, l'Égalité, la liberté, au bas de laquelle il écrivait : Elle a renverse' l'hydre de la tyrannie et brise' le joug du despotisme, C'était le peintre de ces tableaux perdus, représentant les journées glorieuses de la Révolution, pour lesquels il eut une fois le prix de 5,000 francs, une autre fois le prix de 2,000, — et dont peut-être le tableau de la prise de la Bastille, composé de plus de cent cinquantes petites figures, que mentionne M. Lacroix, serait le sujet d'un de ses deux concours. C'était enfin, comme le raconte M. Sensier, d'après des traditions conservées dans la famille Fauconnier, l'habitué des Jacobins et des Cordeliers, l'homme qui rapportait chez lui, de l'éloquence de « l'Incorruptible, » une espèce de délire patriotique.

s'était vite rallié à l'opinion publique. Facile à Tenthousiasme, il fut des premiers à saluer la jeune gloire du vainqueur d'Italie. Au Salon de l'an IX, il traduisait la pensée de la France et l'admiration de la patrie dans cette belle allégorie de la Paix* achetée par Bruun Neergaard, où Bonaparte, entre la Victoire et la Paix, est debout sur un char de triomphe que précèdent les Jeux et les Ris, que suivent les Muses, les Arts et les Sciences. Napoléon avait gardé souvenir de l'allégorie ; il appréciait bientôt le peintre. Et si Prudhon ne fut pas le peintre officiel de la nouvelle cour, il en fut du moins le peintre intime : il fut le portraitiste ordinaire et familier des femmes de la famille impériale. A lui revenait l'honneur de peindre l'impératrice Joséphine dans le frais décor de la Malmaison. On retrouve, dans les collections, des études, des esquisses, des ébauches à l'huile, toutes sortes de projets de portraits de la reine Hortense et des sœurs de l'Empereur. Et s'il laisse les portraits, c'est pour donner l'aide de son pinceau et de son imagination de décorateur aux pompes des fêtes publiques de l'Empire ^ à la célébration des victoires,

1. Sous le Directoire, dans une première composition, dont la gravure exécutée par Picot est assez rare, Prudhon avait témoigné son enthousiasme pour le vainqueur de l'Italie. Il avait fait monter dans le ciel, par un groupe d'amours, un portrait du général aux cheveux longs, qii'une Renommée volante désignait du doigt, tandis qu'une figure de l'Anarchie, les mains enchaînées derrièi'e le dos, le carcan au cou, était agenouillée dans un coin de son dessin. La composition portait pour titre : « Allégorie relative à Bitouaparte, général des armées françaises... »

2. Dans une lettie du 22 mai 1810, que nous communique M. Laperlier, Prudhon i-édame dii pi'étVt de la Seine, pour les dessins des pein-

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ou pour illustror do son crayon do vignettisto un roman de Lucien Bonaparte.

Le divorce de Joséphine n'enlevait à Prudhon rien de cette faveur. La protection impériale continuait pour le peintre, qui obtenait de commencer le portrait de la nouvelle impératrice. Il en a laissé un délicieux profil, surmonté d'un diadème à demi perdu dans les tresses et les boucles des cheveux, et dont la ligne a le style et la sévérité gracieuse d'un médaillon antique. 11 arrivait même que le goût de la nouvelle impératrice pour le dessin, le besoin d'une distraction qui l'occupât approchaient encore Prudhon des grâces de la cour. Marie-Louise ayant témoigné le désir d'avoir un maître de dessin, l'Empereur, sur la liste des candidats, nommait Prudhon que la liste avait oublié, et qui, fort étonné de recevoir son brevet, était obligé d'aller s'acheter le chapeau et l'habit à la française pour aller donner la première leçon à l'Impératrice -Reine. J'ai vu un curieux souvenir de ces leçons de Prudhon : c'est un pastel copié par Marie-Louise d'après une vierge du Guide, où le corrigé du maître perce partout, sous les lourdeurs, les tremblements et les maladresses de cette main d'impératrice jouant à la peinture.

tures coloriées ea transparent et représentant le sujet des Noces d'Hébe et d'Hercule, figures de six pieds et demi, au nombre de quarante et un, et de deux groupes de sculpture, composés de six autres figures de même proportion, placés sur les avant-corps de la loge de Leurs Majestés, une somme de 8,000 francs, ainsi qu'une somme de 9,000 francs pour les sculptui-es ornant le trône de Leurs Majestés.

En 1810, quand la ville de Paris songea à offrir ce berceau et cette toilette dont elle voulait faire les dignes cadeaux d'un peuple à un empereur, c'était au maître de dessin de l'Impératrice, au peintre choisi entre tous pour faire le portrait du roi de Rome, que la ville recourait, comme à l'homme dont le talent et l'invention devaient être le plus particulièrement agréables à Leurs Majestés. Et c'était Prudhonqui imaginait tout ce mobilier. Il dessinait l'écran exécuté en vermeil et en lapis, et ses barques égyptiennes surmontées de figures d'Isis, emblème de la ville, portant les autels de l'hymen enguirlandés de fleurs, et ses colonnes de laurier et de lierre enserrant la glace, et son entablement corinthien où deux amours, aux deux côtés de Mars et de Minerve, rapprochent l'aigle d'Autriche et l'aigle do France. Il dessinait la table à miroir dont le miroir était encadré de fleurs liées par le Plaisir volant, et couronné d'une Flore entourée des génies du Commerce, de l'Industrie, du Goût, de l'Harmonie. L'allégorie du peintre animait ainsi tout le mobilier par des personnifications et des images. Cette ingénue de la fable antique qui occupa si longtemps sa pensée, Psyché, enchaînait l'Amour dans la ligne ondulante d'un bras de fauteuil; et sur le berceau, le berceau impérial, dessiné pour être exécuté en vermeil, burgau et nacre, Prudhon montrait la Gloire planant sur le monde et soutenant « la couronne de triomphe et d'immortalité » ; au milieu de cette couronne brillait Vastre Napoléon, tandis qu'au pied du berceau

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un jouno aiglon, prêl à s'envoler, semblait essayer ses forces et aspirer à Tespaco.

Cette liaison de M"" Mayer semblait porter bonheur à Prudhon. M. de Sommariva qui lui avait acheté son Zkpuyr lui commandait d'autres tableaux. M. de Talleyrand lui demandait son portrait et venait se faire peindre dans son atelier ^ La critique était forcée de s'incliner devant son nom et de saluer ses œuvres. L'Institut lui ouvrit ses portes. La mode adoptait sa gloire. L'argent venait le trouver. Il avait à son foyer la douce et enthousiaste adoration d'une femme à laquelle il rapportait tous ses actes, toutes ses pensées, toutes ses espérances. Le présent et l'avenir, la vieillesse elle-même, lui souriaient, quand un coup de foudre brisa sa vie et son cœur.

Impressionnable et exaltée de nature, M'^'^ Mayer était arrivée à l'âge où souvent, chez la femme, l'âme cède à l'inquiétude et au tourment des agitations nerveuses, et semble perdre, à la plus misérable contrariété, la mesure des choses de la vie,

1. Prudhon ayant fait une répétition de ce portrait de M. de Talleyrand pour la duchesse de Courlande, et, réclamant pour cette répétition une somme de 7,000 francs, écrivait à la duchesse, en 1817, à propos d'une difficulté sur ce prix, « que ces sortes de discussions n'étaient faites ni pour son talent ni pour sa personne » ; et il demandait k reprendre son portrait. (Lettres de Prudhon, communiquées par M. Laperlier.)

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au moindre chagrin, le sang-froid de la raison. Déjà, sur des soupçons sans motif, elle avait éclaté en scènes de jalousie*, et par moments son esprit ardent et qui se troublait se répandait en paroles étranges. M"'' Mayer se trouvait dans cet état d'irritation et d'excitation maladive, quand le renvoi des artistes de la Sorbonne était réclamé et obtenu par la Faculté de théologie. Mille craintes aussitôt montaient à son esprit, affluaient à son cœur. Préoccupée de sa situation fausse, sur laquelle elle croyait fixés les yeux du monde, elle voulut voir dans ce déménagement forcé un éclat, la publicité de sa liaison avec Prudhon. Peut-être la nécessité d'une rupture lui apparut-elle...

« Son imagination s'échaufl'a, — dit M. Charles Blanc dans sa charmante et délicate notice, — et tant d'inquiétudes, se joignant à l'altération de sa santé, achevèrent de troubler sa raison. Le matin du 26 mars 1821, M. Brâle lui trouva le front horriblement plissé, l'œil hagard. Elle avait auprès d'elle une petite fille de douze ans, nommée Sophie, qui était son élève; elle eut la présence d'esprit de lui donner congé ce jour-là; mais, comme l'enfant s'éloignait, M^^^ Mayer, dit-on, la rappela, se mit à l'embrasser avec effusion, et, prenant une bague,

1. Les éludés historiques et artistiques publiées par MM. Fillon et Rochebrune racontent qu'en 1818, M"« Mayer trouvant sur le chevalet un portrait de visiteuse dont la beauté avait entraîné Prudhon à solliciter la permission de faire une esquisse, — esquisse faite con amore, — elle mit en pièces le portrait et du même coup détériora le dessin de la médaille destinée à rappeler la victoire de Manuel aux élections.

elle lui en fit cadeau, avec prière de bien la conserver, sans s'apercevoir que la petite Sophie était tout étonnée de cette expansion subite, de cet adieu inexpliqué. Peu de temps après, on entend la chute d'un corps; on accourt, on trouve M"° Mayer étendue par terre et baignée dans son sang. Elle avait pris les rasoirs de Prudhon, et, après avoir essayé le tranchant sur sa main, elle s'était placée devant la glace et s'était coupé la gorge. L'hémorrhagie n'avait duré que quelques minutes : elle était morte ^ .

1. Toutes sortes de causes amenèrent au suicide cette créature passionnée et inquiète : de méchants cancans, et à la fois la crainte d'être abandonnée, et des scrupules donnés à la dernière heure par une amie, peut-être même aussi un tardif éveil sur sa ruine, — toute sa petite fortune, 80,000 francs s'étaient fondus dans le désordre de la maison de l'artiste. Mais le suicide n'était encore qu'une tentation lointaine, le rêve du noir de ses idées petidant une heure, quand un mot cruel de Prudhon en fit une résolution subite. M"" Belloc racontait à M. Clément que le matin du jour où Bràle avait été frappé de l'air hagard de M"" Maj'er, on avait apporté une lettre à Prudhon qui lui apprenait une maladie de M""* Prudhon dont l'annonce semblait mortelle. Tout à coup M"* Mayer dit à son amant : « Monsieur Prudhon, si vous devenez veuf, vous remarierez- vous? »> Prudhon, tout à la pensée de ce qu'il avait souffert avec sa femme, s'écria avec un geste d'effroi. « Ah! jamais! >•> Sur ce jamais, sans un mot, M"« Mayer passe dans le cabinet où Prudhon avait coutume de s'habiller, prend un rasoir, descend, traverse la cour, remonte dans l'appartement, entre dans le petit salon, se met devant une glace et

Un procès-verbal, dressé par Monyer, commissaire de police, en présence de M. Cloquet, médecin, et donné par M. Jal, dans son Bictionnaire critique de biographie et d'histoire, s'exprime ainsi :

« La demoiselle Mayer (Constance), étant dans l'appartement de M. Prud'hon. artiste peintre, où elle avait une partie de ses effets, M''« Sophie Duprat, élève en peinture de la défunte, venant de la quitter vers les onze heures, et de la laisser seule dans cet appartement... se porta deux coups de rasoir, dont le dernier pénétra jusqu'au vertèbre cervical {sic)... elle dut mourir sur-le-champ. Elle s'était placée devant une glace pour se porter le deuxième coup et était tombée sur le dos, les pieds tournes du côté de la porte de communication. »

Prudhon travaillait dans son atelier. Devant aller ce jour-là à l'Institut, il se leva pour s'habiller sans doute ; mais, apercevant des visages pâles, et sur une légère rumeur qui s'apaisait à son approche, il eut le pressentiment de son malheur. En vain M. Pajou voulut l'entraîner, on ne put le retenir, et il sut tout de ses yeux... »

Arraché de ce corps sanglant qu'il tenait embrassé, Prudhon fut emmené chez M. de Boisfremont. Il vécut encore deux années, deux années longues comme un exil. Ce sang, cette mort, le 25 mars 1821, lui étaient toujours présents ; et replié sur lui-même, solitaire, enfermé dans ses souvenirs et ses regrets, embrassant cette ombre qu'on ne pouvait lui ravir, détaché des orgueils de l'artiste, insensible au bruit de son nom, de sa gloire, abandonnant son corps à l'accablement de son âme, lassé de vivre, peut-être tenté par l'exemple et sollicité parle suicide, il écrivait à sa fille :

« ...Oh! que la chaîne de la vie est pesante; seul su?' la terre, qui m'y retient encore? Je ny tenais que par les liens du cœur ; la mort a tout détruit... Ma vie est le néant... Uespérance ne détruit j^oint l'horreur des ténèbres qui ni environnent !.. . Elle n'est plus, celle qui devait me survivre, i. La mort que j'attends viendra-t-elle bien-

Il résulte encore de cette pièce que M"« Mayer, au dire de M. Trézel, qui la connaissait depuis dix-huit ans, était atteinte d'une maladie noire, dont les caractères avaient paru plus graves depuis quinze jours, et que cette gravité s'était manifestée par un débordement extraordinaire de bile, dont elle avait été traitée par Dagommer. (Arc/at-es de lu police, carton des événements, an 1821, n» 9863-8400.)

tôt me donner le calme oh f aspire?... C'est à la tombe, à mon amie, que s'attachent toutes mes pensées, tous mes vœux!.., )>

11 n'y avait plus, pour donner à Pruclhon la patience (le vivre et la force de souffrir, que les choses qui lui parlaient de celle qui n'était plus, que les reliques qui lui faisaient toucher sa mémoire. Le courage de peindre ne lui revenait que pour reprendre « la Famille malheureuse, » laissée inachevée sur le chevalet par M'*® Mayer.

Revenant sur ses traits qu'il avait tracés, repassant sur ces tons qu'elle avait posés, promenant le pinceau partout où le sien s'était promené, Prudhon trouvait un acre plaisir, une douloureuse et chère volupté à se rapprocher ainsi de la morte. Il travaillait lentement, s'attardant à finir cette scène désolée, où il mettait les plus pieuses caresses de son pinceau. On eût dit qu'il prolongeait un dernier tête-à-tête, un suprême adieu. Et, le tableau fini, il ne voulait pas encore le quitter; il le dessinait sur pierre lui-même, et donnait cette lithographie qui fit presque une émeute chez Engeimann.

Puis ce furent des jours que Prudhon comparait lui-même à un demi-sommeil oppressif; ce fut une vie lourde, lente, monotone et lugubre. Enfermé dans la retraite sauvage de son atelier, agenouillé à toute heure devant cette chère et sainte mémoire vers laquelle sa pensée montait comme une prière et comme une litanie, déjà souffrant de cette maladie du chagrin, un squirre au foie, donnant le matin.

par habitude, une heure ou deux au dessin, Prudhon ne sortait plus que pour visiter la tombe du Père-Lachaise , ou errer sur les boulevards extérieurs du haut de la rue du Rocher. La mort enfin avait pitié de lui; mais, comme elle approchait, Prudhon fut tout à coup pris d'une fièvre de travail. Le peintre de l'Assomption se mit à jeter, avec feu et en hâte, comme s'il se savait attendu, le reste de ses forces, le dernier effort de sa vie sur un Christ en croix, commandé par la ville de Metz. C'est le Christ qu'on admire aujourd'hui au Louvre, cette toile désespérée qu'emplissent les ténèbres de la troisiènie heure et le gémissement du Lamma Sabbactaniy c^ martyre d'un Dieu que Prudhon mourant semble avoir peint avec les souffrances de son corps et les crucifiements de son cœur...

Puis les pinceaux lui échappèrent des mains. De son lit de mort, il dit à ses amis : Ne me plem^ez pas, c'est mon bonhew. On eût dit qu'il s'envolait de la vie.

Le 16 février 1823 \ la France avait perdu Prudhon^.

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