III
est devant vous, son génie rayonne à vos yeux dans une douce lueur, dans une expression tendre: ainsi se montrerait un dieu de Phidias sous un vers de Virgile. Le charme d'un sourire ému, la caresse du sentiment, voilà dans Prudhon la grâce nouvelle des divinités immortelles de la Fable. Il y a dans tout son OEuvre, d'une passion si suave, le souffle et le rayon de l'Amour ; et l'on croirait y voir lâchée, comme un essaim de petits génies familiers, toute la couvée de petits Cupidons que le poète grec disait logés dans son sein. Quelle jeunesse, quelle première fleur de l'imagination du poète, dans tous ces petits tableaux, baignés du soleil de Mitylène, oii le peintre, avec la grâce de Longus, donne au premier baiser l'ingénuité pour pudeur I Cependant son génie mûri l'appelle à un plus haut idéal; et c'est dans la plus fraîche, la plus pure et la plus ingénieuse légende de la Fable qu'il va chercher le plus éthérc et le plus attique symbole de l'amour: il peint cette figure mystique où se mêlent l'innocence et la curiosité de la vierge, cette transparente image, l'âme sous un voile de gaze, — Psyché. Puis, sous lombredes illusions et des années qui s'envolent, l'imagination du peintre se recueille et s'attriste. Les amoureuses images des mythes et des romans du paganisme s'éloignent de lui. La mélancolie, puis une désolation religieuse, envahissent son CEuvre comme son cœur. Et voilà qu'à la fin de ce poème voluptueux du peintre, la Psyché qu'il a peinte, enlevée par le Zéphyr sur l'oreiller des amours. Psyché,
retombée à terre, se spiritiialise et se transfigure. Purifiée par l'éprouve et la douleur, déchirant son voile, elle devient l'âme, cette Ame nue et ailée, dégagée des liens terrestres, repoussant du pied la vie, — ce rocher battu par une mer implacable, — et montant à la lumière, les mains tendues au ciel. Elle est l'âme chrétienne dont Prudhon jette l'aspiration dans une toile immense, en répétant à ses amis ces paroles du Psalmiste : « Oh! qui donnera à mon âme, comme à la colombe, des ailes pour s'envoler au lieu de mon repos! »
NOTULES
A propos de l'envoi de Prudhon à l'école de dessin de Dijon, tenue par Devosge, voici une pièce curieuse donnée dans les Annales de l'Académie de Màcon, t. XIV, année 1877, et tirée des Archives de Saône-et-Loire :