‹ L'art du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 71 sur 72 · FRAGMENT DE PENSÉES · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE PENSÉES

La douce chaleur de tes vertus faisait éclore des qualités dans mon âme. Tu étais le génie bienfaisant qui, avec un soin affectueux et délicat, détournait de ma vie les épines du chagrin.

1. Il y a pour la défense du fils aîné de Prud'hon ce passage d'une lettre du cadet à sa sœur, lors de son mariage : « Maintenant que tu nés plus sous la tutelle de M"« Mayer, je me permets de te charger d'uiip lettre pour mon frère aîné.... Il est le plus malheureux de la famille, puisqu'il a perdu l'amitié d'un père et tout cela causé par le méchant génie d'une femme... ».

Ta sensibilité avait fait naître et entretenait le bonheur au fond de mon âme.

Ton affection active, toujours surveillante, était sans cesse attentive à ce que rien ne la flétrît... Quel germe funeste a élevé dans ton âme les sombres vapcws de la plus noire mélancolie dont le poison violent a bouleversé ton imagination et t'a portée à te détruire!... Qui aurait cru que ce bonhew de notre mutuelle affection finirait par une catastrophe aussi affreuse ?

Seul sur la terre, qu'est-ce qui m'attache à la vie?... Hélas ^ je n'y tenais que par les liens du cœur, que par les sentiments affectueux. La mort les a brisés dans ce qui m'était le plus cher... Que me reste t-il à la place du bonheur?... Le néant d'une existence sans âme, un vide sans appui, d'épaisses ténèbres sans lueur d'espérance... La mort viendra-t-clle assez tôt pour me tirer de ce trouble sans bornes, et me rendre ce calme que je ne puis trouver qu'en elle?... Toi qui devais me suivre, tu n'es plus, — toutes mes pensées, mes sensations, et tout ce qui me reste d'existence s'est attachée à ta tombe; c'est là que tendent tous mes vœux.

A Marie-Françoise-Constance Mayer la Martinière, peintre, P.-P. Prudhon, son maître et son ami.

Elle n'est plus cette âme céleste et avec elle tout s'est évanoui : touchante sensibilité, épanchement de Vàme, source de sentiments et de grâce si bien rendus sous ses pinceaux; qu'êtes-vous devenus, soins généreux, bonté, inaltérable affection remplie de charmes, avec elle vous êtes disparus!... Elle n'est plus cette âme céleste. Adieu, bonheur, consolation, douce espérance, — la tombe atout englouti. — Tous les sentiments du cœur sont éteints... Elle n'est plus.

Il ne reste à son ami malheureux que la douleur'^!

1. Les corps des deux amants furent réunis ainsi que nous l'apprend cette note copiée par M.Charles Gueulette sur les registres du cimetière du Père-Lachaise : « 1822, du 27 mars, acquis par Pierre-Paul Prudhon, peintre d'histoire, un terrain, n» 14870, 29' division, à 8 mètres

Lo 3 jnnvier 1823, cinq semaines avant sa mort, Prndlion répondait à l'invitation à dîner d'une amie :

(( ...Je ne puis, comme j'y comptais, avoir le plaisir daller demain dîner chez vous. Une douleur au côté gauche, très sensible quand je respire, plus vive encore quand je tousse, est précisément venue, le premier de Van, me clouer dans ma chambre et s'opposer au plaisir que je me promettais pour le samedi suivant. Le mal n'est que musculaire, comme par exemple un torticolis, fespcre donc qu'il ne passera pas son c^uatrirme jour ». (Lettre publiée par M. Clément.)

de l'allée du Dragon, à l'entrée sur la droite, à 3 mètres d'Hippolyte. — Réuni à demoiselle Mayer Lamartinière Marie-Françoise-Constance, âgée de 46 ans, 4 mètres. »

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