Œuvres de Diderot, Salons d’exposition. Belin
cole. D’un autre côté, le Discours sur V origine et Fêtât actuel de la peinture (1786) dit que Bouclier resta peu de temps en Italie, et dans un état de maladie continuel qui lui défendait toute application. Le Néc?'o~ loge et les brochures contredisent ces deux assertions, en nous montrant Boucher revenant d’Italie au bout des quatre ans que les élèves de l’Académie passaient en Italie L De toute manière, que la vérité, sur le séjour en Italie de Boucher, soit dans le Nécrologe , ou dans le Discours sur Fêtât actuel de la peinture, l’installation du futur peintre des Grâces à Rome fut assez piteuse. Le directeur Wleughels, dans une lettre à la date du 3 juin 1728, citée par M. Lecoy de la Marche, après avoir annoncé à S. G. que les jeunes gens honorés de sa protection sont arrivés dans l’après-midi du 1er mai, et qu’ils ont trouvé leurs chambres prêtes, ajoute : « Il y a encore un nommé Boucher (venu avec Yanloo), garçon simple et de beaucoup de mérite ; presque hors de la maison , il y avait un petit trou de chambre, je l’ay encore fourré là. Il est vrai que ce n’est qu’un trou, mais il est à couvert. »
Déjà estimé dans le petit monde des artistes, Boucher était encore inconnu à Paris hors de là. Il lui fallait étaler à tout prix, pour arriver jusqu’au public. C’est alors, sans doute, qu’un sculpteurmarbrier, nommé Dorbay, exploitait ce besoin et
1. Boucher était de retour en France en 1731 et était agréé à T Académie royale le 24 novembre de la même année. ( François Boucher par Paul Mantz. Qu an tin, 1879.)
BOUCHER
cette impatience du jeune homme en lui faisant remplir, presque pour rien, sa maison de peintures, au milieu desquelles figurait ce bel Enlèvement d’Europe, passé depuis dans la collection deM. Watelet. Après le marbrier venait un véritable amateur : le baron de Thiers commandait au jeune peintre des tableaux qui se trouvèrent comme à leur place dans sa précieuse galerie1,
Yif et prompt à toutes choses, mais surtout au plaisir, plein de cette ardeur qu’il garda toute sa vie, Boucher n’avait pas perdu sa jeunesse. Il avait gaiement et largement vécu, battant monnaie avec sa facilité, à tout moment pressé par des besoins d’argent, et se jetant au travail au sortir d’une partie de femmes, d’un souper, avec une verve singulière qu’échauffaient la fatigue et les folies de la nuit à peine envolée, de la fête à peine éteinte. Ses amours, sa peinture vous le dira : liaisons de caprice et d’à-propos, aventures charmantes et banales, bonnes fortunes auxquelles il donnaR sa bourse et qui ne lui demandaient rien de son cœur. Ce n’est pas lui qui, comme le peintre Doyen, amoureux de la petite Hus, eût pris si fort à cœur son amour qu’il en eût perdu la force de travailler. Les