‹ L'art du XVIIIme siecleChapitre 25 sur 62 · Galerie Françoise , par Restout · texte numérisé non relu

Galerie Françoise , par Restout

L’ART DU XVIIIe SIÈCLE.

femmes qui passent dans une vie laborieuse sans l’occuper, les Manon, les Morfil1, voilà les femmes à sa guise : il aime les romans tout faits. Un de ses biographes lui rend le témoignage qu’il n’employa jamais la séduction2 : le mot juge Boucher et ses maîtresses.

Un peu lassé de la vie de garçon, Boucher avait songé à se marier. Il avait épousé, le 21 avril 1733, Marie-Jeanne Buseau3, une fort jolie personne de

1. Boucher eut une plus haute aventure. Le Palais-Royal , ou Mémoires secrets de la duchesse d'Orlcans (Hambourg, 1806) donnent Boucher pour premier amant à la mère de Philippe-Égalité. Le livre n’a aucune valeur historique, le récit de l’aventure est arrangé; cependant il y a quelque raison de croire que l’arrangeur n’est que l’écho d’une anecdote de cour; et à ce titre le passage suivant mérite d’être cité :

« Henriette n’avait point à se plaindre de son époux, il l’accablait de soins, de tendresse ; il cherchait à deviner tout ce qui pouvait lui plaire ; il employait les plus habiles artistes pour fixer sur la toile des traits qu’il ne trouvait jamais assez multipliés : elle se prêtait avec indolence à leurs soins. Un seul l’intéressa : ce fut le peintre des Grâces et de» Amours, Boucher, enfin ; il sut saisir ce doux abandon qui annonce qu’une belle n’attend que l’heureux instant de sa-défaite. Mme la duchesse de Chartres avait permis au peintre de terminer d’après nature le tableau qui représentait Hébé faisant boire le nectar à Paigle de Jupiter. Une guirlande posée sur une gaze légère était la seule draperie de la déesse de la jeunesse. L’heureux artiste, qui avait eu recours à des modèles bien inférieurs pour la beauté à la princesse, eut e dangereux honneur, dans la dernière séance, de placer lui même la guirlande. Sa main était au moment de s’égarer, un regard échappe des longues paupières d’Henriette... elle passe un de ses beaux bras autour du cou du peintre, elle approche sa bouche de son sein... Quel homme eût pu échapper à une si douce séduction?... Boucher était jeune, beau, aimait les belles femmes comme les beaux tableaux, les statues antiques et généralement tout ce qui était rare, et jamais un joli modèle ne sortit de son atelier sans qu'il eût obtenu d’elle les dernières faveurs... »

Page 1