PAR M. COYPEL
Écuier. Peintre du Roi, Directeur de l'Académie.
Monsieur
Ce que nous venons d’entendre fait connoître en vous le parfait ami et l’équitable connoisseur. Le connoisseur a sçu donner une juste mesure aux loüanges dont l’ami souvent est prodigue à l’excès.
Il faut en convenir, monsieur, sans cette sage modération, les éloges dictés par l’amitié peuvent devenir préjudiciables à ceux qu’elle veut exalter.
Nous blessons l’amour-propre des gens qui nous écoutent, en leur parlant d’un homme dans lequel nous ne voulons reconnoître aucun défaut, et l’on ne blesse presque jamais l’amour-propre impunément.
Je dis plus, lorsque nous en usons ainsi, nous devenons suspects aux auditeurs les plus modestes et les plus désintéressés : puisque l’expérience ne nous prouve que trop l’impossibilité d’atteindre à la perfection.
Enfin, monsieur, nous avons beau parler d'un mort, quand il s’agit de citer ses rares talens, le sûr moïen pour disposer ceux qui ont été ses rivaux, à nous croire et peut être à lui pardonner, c’est de convenir comme vous venez de faire, de ce que la critique pouvoit trouver à reprendre dans ses ouvrages et même dans son caractère.
Expliquons nous cependant. Je ne prétends pas dire qu’en pareil cas, pour acquérir la confiance que les hommes accordent à l’impartialité, l’on doive ramasser avec légèreté des anecdotes souvent fausses; capables de ridiculiser ou de flétrir la mémoire d’un illustre artiste. On se trompe bien lourdement lorsqu’on imagine que, pour rendre un écrit de cette nature plus curieux, plus intéressant et plus recommandable, il soit besoin d’y insérer des choses qui font mépriser, ou prendre en horreur celui qui a consacré ses veilles pour mériter nos suffrages.
L'écrivain qui suit ce faux principe attriste le lecteur. L’honnête homme est affligé quand il se voit dans la nécessité de mésestimer quiconque a sçu lui plaire. Mais ce même honnête homme qui gémit souvent à la vue de ses propres imperfections n’est pas toujours fâché d’apprendre que celui qui mérita l’admiration du public n’étoit pas absolument exempt des défauts attachés à l’humanité.
Je le redis encore, monsieur, dans ce que nous venons d’entendre vous avez trouvé le point juste. Permettés moi d’ajouter que, pour faire l’éloge historique de M . Wateau} vous avés choisi un genre
WATTEAU
d’écrire, qui pour les grâces naïves et, si j’ose le dire, pour les touches piquantes, ne peut se comparer qu’à l’aimable genre de peindre de cet excellent homme.
Lecture a été faite par le secrétaire soussigné de la vie de M. Watteau ci-devant transcrite, d’après laquelle lecture M. le Directeur a adressé à M. le comte de Caylus, auteur de cette Vie, le Discours en forme de réponse ici rapportée de suite. Le tout en l’assemblée tenue pour les conférences le 3 février 1748.
Lépicié.
NOTULES
Un mot, sur le manuscrit découvert, un jour faste, chez le bouquiniste de l’arcade Colbert, M. Lefèvre, — - le manuscrit dont nous avons extrait la vie de Watteau.
C’est un in-quarto, relié en veau, fleurdelisé sur le dos et les plats. 11 porte pour titre : Conférences et détails d’Administration de l’Académie Roïale de Peinture et de Sculpture .Rédigé et mis en ordre par Hulst. Année mdccxlviii.
11 ouvre par un journal des séances de l’Académie pendant ladite année, du plus grand intérêt pour la connaissance de l’histoire intime du vieux corps académique. Puis se succèdent pêle-mêle, avec des biographies d’académiciens, des Observations sur les avantages des Conférences Académiques par Resportes, des Dissertations sur la Poésie dans l’art de la Peinture par Watelet, des Discours de Coypel sur les devoirs d’un digne Premier Peintre du Roi, des Dissertations sur les devoirs de l’Amateur Académique par le comte de Caylus; biographies, observations, dissertations toutes certifiées à la fin par la signature de Lépicié. Les biographies d’académiciens contenues dans ce volume sont celles d’Eustacbe Lesueur, de Lemoyne, de Trémolières, de François Desportes, de Robert le Lorrain, de Watteau. La biographie de Watteau était la seule qui, manquant aux papiers de l’École des Beaux-Arts, n’avait pu être comprise par MM. Dussieux et Soulié dans leurs Mémoires
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inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Academie royale de Peinture et de Sculpture.
Le peintre très médiocre, au dire de Caylus, de Gersaint, d’Argenville, chez lequel fut placé Watteau par son père, était un peintre du nom de Jacques-Albert Gérin, une espèce de peintre officiel de la municipalité valenciennoise, dont Hécart, tout en vantant, dans un patriotisme de clocher, « la correction du dessin, la sagesse des compositions, la belle ordonnance des tableaux d’histoire », déplore l’absence de couleur ; un peintre dont Valenciennes ne possède, à l’heure qu’il est, que quelques œuvres insignifiantes. Croirait-on que les écrivains du cru ont l’ambition de vouloir faire croire à un Watteau formé par ce maître et par l’enseignement de l’art valenciennois, quand on sait que le manœuvre du pont Notre-Dame, c’est Gersaint qui l’affirme, ne se débrouilla que chez Gillot !
Watteau était, ainsi que l’a imprimé Gersaint, le fils d’un maître couvreur et charpentier de Valenciennes, et non d’un couvreur, comme le dit Caylus. M. Cellier [Antoine Watteau, son enfance, ses contemporains) qui, dans l’orgueil de son patriotisme valenciennois, semble affecté qu’on puisse croire son illustre compatriote le fils d’un simple couvreur, a fait des recherches sur la famille. 11 nous énumère les Watteau (Watti.au en rouchi) exerçant des positions lucratives à Valenciennes au xvne siècle ; il nous montre Jean-Philippe Watteau, père du peintre, chargé d’importantes entreprises, comme de la couverture de la petite boucherie, de l’école dominicale, des casernes, de la citadelle, etc. ; il nous le fait voir dans sa bourgeoisie aisée (Gersaint dit malaisée), possesseur d’un immeuble rue des Cardinaux, et habitant une maison neuve, bâtie au pourtour de l’abbaye de Saint-Jean.
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Où est la vérité sur les facilités ou les difficultés dans lesquelles se développa la vocation de Watteau? Est-ce dans la version de M. de Caylus, qui déclare formellement la vocation de Watteau entravée par son père ? Est-ce dans le texte des Figures de différents Caractères de paysages et d3 Études dessinées d’après nature , où M. de Julienne, un autre ami, un autre confident, s’exprime ainsi : « Ses parents, quoique d’une fortune et d’une condition médiocres, ne négligèrent rien pour son éducation. Ils ne consultèrent même que son penchant dans le choix de la profession qu’il voulait embrasser ; ainsi, comme il avoit déjà donné des marques de l’inclinaison naturelle qu’il avoit pour la peinture, son père, qui n’avoit aucune connoissance de cet art, mais qui vouloit seconder l’envie que son fils avoit de s’y appliquer, le mit, pour en apprendre les premiers principes, chez un assez mauvais peintre de la même ville. » Pour moi, j’aurais une tendance à croire Caylus, dont les allégations sont confirmées par Gersaint, qui nous montre le père, après quelque temps d’apprentissage, se refusant à payer plus longtemps, et laissant partir son enfant sans argent, sans hardes. Kj a-t-il pas une preuve encore plus probante ? c’esl; la misère incontestable et non secourue de Watteau pendant toutes ses premières années de Paris.
D’Argenville, dans Y Abrégé de la vie des plus fameux Peintres , après avoir dit que Watteau, par l’ardeur de son travail, s’étant rendu assez habile pour connaître le faible mérite de son Maître, l’avait quitté pour en suivre un autre qui avait du talent pour les décorations de théâtre, ajoute : En 1702 (remarquons que c’est l’année où Watteau a dixhuit ans et où Gérin meurt), Watteau vint avec lui à Paris où l’Opéra l’avait mandé, et travailla à ce genre de peinture; mais son maître, étant retourné en son pays, le laissa en cette ville. Et le récit est confirmé par M. de Ju-
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tienne, qui déclare que Watteau, à son arrivée à Paris, « travailla d’abord sous ce peintre à ce genre d’ouvrage ».
C’est sans doute à ces premiers travaux décoratifs que la peinture de Watteau prit le goût du théâtre, dont son pinceau savant tira plus tard tant de plaisantes représentations, tant de curieux tableaux, que ce pinceau mette en scène les comédiens italiens ou les comédiens français.
Les Comédiens François ! Qui n’a vu cette glorieuse estampe donnant la solennelle image de la tragédie, telle qu’elle fut conçue dans le cerveau d’un Racine, et déclamée, et chantée, et dansée par une Champmeslé; la tragédie dans le grandiose de sa pompe, de sa mimique, de sa mélopée; la tragédie sous ce portique ordonnancé par un Perrault; la tragédie figurée par ce quatuor, d’où les tirades semblent sortir des révérences d’un menuet; la tragédie avec ce Roi-Soleil de l’alexandrin, en grand habit, en cuissards de broderie, couronné d’une ample perruque ; la tragédie avec cette reine tragique au superbe panier, au corsage ocellé d’une queue de paon: la tragédie avec son confident et sa confidente, à l’attendrissement si noble e( si perspectif?
Les comédiens français, Watteau y revient, par-ci par-là, moins souvent cependant qu’aux comédiens italiens. Les comédiens italiens, les vrais amis et les familiers de son pinceau, il en peint la famille bariolée dans cette belle et tapageuse composition qui fait le pendant des comédiens français. R peint leur débandade pittoresque quand la ivlaintenon les chasse de France. Il peint leurs Amusements. II peint, sous la lumière des torches, leurs amours nocturnes mêlées de sérénades. Il peint leurs Vacances, leurs ébats en pleine nature, effarouchant les canards d’une paisible mare. Il peint et repeint, sur cent panneaux, leur Mezzetin et leur Colombine. Mais tout chatoyants que soient ses tableaux, il n’y aurait guère à remercier le hasard, qui
WATTEAU
a fait travailler Watteau au début de sa carrière chez un obscur décorateur, s’il n’avait pris que la soie de leurs habits, et s’il n’avait pas eu l’idée de faire de ces types transalpins le peuple poétique de ses scènes galantes et champêtres. En effet, par l’introduction de ces baladins aériens, de ces mimes gracieux, de ces créatures musicantes, de ces élégantes incarnations du rire délicat et de la fine comédie ; de ces femmes, de ces hommes, d’une matérialité si vague, d’une réalité si effacée sous le symbole et le mythe, les compositions du peintre n’apparaissent plus comme des compositions du monde réel. Le gazon de ses scènes galantes semble foulé par des êtres allégoriques, chez lesquels l’esprit et la légèreté de touche de Watteau n’ont rien laissé de l’acteur qui a servi de modèle, et l’on a l’illusion d’un Pays Vert habité par une Création de caprice et de fantaisie.
Sur la séparation de Watteau avec Gillot, joignons le récit de Gersaint au récit de Caylus : « Jamais caractères et humeur n’eurent plus de ressemblance ; mais comme ils avoient les mêmes défauts, jamais aussi il ne s’en trouva de plus incompatibles : ils ne purent vivre longtemps ensemble avec intelligence; aucune faute ne se passoit ni d’un côté ni de l’autre, et ils furent enfin obligés de se séparer tous les deux d’une manière assez désobligeante des deux parts; quelques-uns même veulent que ce fut une jalousie mal entendue que Gillot prit contre son disciple qui occasionna cette séparation; mais, ce qui est vrai, c’est qu’ils se quittèrent au moins avec autant de satisfaction qu’ils s’étoient auparavant unis. »
Watteau ne sortit pas seul de chez Gillot. 11 semble avoir entraîné Lancret, auquel il conseilla, écrit Gersaint, de se former sur la nature même , ainsi qu’il avoit fait. » Et si
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Lancret ne fut pas son élève dans le sens rigoureux d’un élève qui travaille dans l’atelier d’un peintre, il fut entièrement formé par l’étude de la manière de Watteau, les conversations du Maître, ses savantes réflexions sur son art.
A propos de ces grands arbres du Luxembourg, que Watteau, pendant son séjour chez Audran, dessinait sans cesse, disons que Watteau est un grand paysagiste, un paysagiste dont l’originalité n’a pas encore été mise en relief. Le peintre qui, de la maison de campagne de Crozat à Montmorency, a fait le tableau gravé sous le nom de la Perspective, est un créateur qui a inventé un genre neuf. Le paysage académique, autrement dit le paysage en quête d’une noblesse, d’une beauté extra-naturelle, Watteau l’a réalisé avec des qualités et des secrets qui n’ont rien des procédés et des éliminations de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Avec ses arbres à rameaux ruisselant et cascadant jusqu’à terre, avec ses bouquets dé charmille ouverts en éventail derrière une sieste d’amoureux, avec ses arcs de verdure s’ouvrant comme entre des portants de coulisses, avec ses clairières foulées par un menuet dans un rayon de soleil, avec ses grandes futaies imitant derrière les baigneuses un rideau à moitié déroulé, avec toute cette légère frondaison, touchée de sa fluide couleur, et meublée de balustres, de termes, de statues, de femmes de marbre, d’enfants de pierre, de fontaines enveloppées de pluie, Watteau a fait une nature plus belle que la nature. Mais est-ce seulement ce mélange de la vraie nature associée à un arrangement opéradique, qui a fait obtenir à Watteau cette victoire? Non. Watteau la doit, cette victoire, au poète dont est doublé le peintre. Regardez, dans tous ces dessous de bois, ces berceaux, ces bocages, dans toute cette ombre feuillue, regardez les trous, les jours, les percées, qui mènent toujours l’œil à du ciel, à des per-
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spectives, à des horizons, à du lointain, à de l’infini, à de l’espace lumineux et vide qui fait rêver... L’ennoblissement dont Watteau revêt son paysage académique à lui, c’est la poésie du peintre-poète, poésie avec laquelle il surnaturalise, pour ainsi dire, le coin de terre que son pinceau peint. Des paysages idéalisés, des paysages atteignant, dans leur composition poétique , ur certain surnaturel, auquel l’art matériel de la peinture ne semble pas pouvoir monter : c’est là le caractère du paysage de Watteau. C’est là le caractère de cette Isle enchantée, où, au bord d’une eau morte et rayonnante et se perdant sous des arbres transpercés d’un soleil couchant, des hommes et des femmes sont assis sur l’herbe, les yeux aux montagnes neigeuses de l’autre rive, à la plaine immense, à l’étendue sans bornes et sans limite, et tout accidentée des mirages de la lumière rasante des heures qui précèdent le crépuscule.
Cette gravure reste dans la mémoire, non comme le souvenir net d’une image, mais bien plus réellement comme la réminiscence flottante d’une description d'île enchantée, lue dans quelque livre d’imagination.
A sa sortie de chez Audran, après avoir fait à Valenciennes, indépendamment du tableau de Sirois, «plusieurs études de campements et de soldats d’après nature », qui servirent à composer toute cette pimpante série de peintures militaires, Watteau était pris du désir de revenir à Paris. Gersaintdit : « Le"ca.ractère insconstant de Watteau, joint au peu d’émulation qu’il trouvoit à Valenciennes, où il n’avoit rien devant les yeux qui fût capable de l’animer et de l’instruire, le déterminèrent à revenir à Paris : sa réputation commençoit à s’y établir; les deux tableaux que mon beau-père possédoit furent vus de plusieurs curieux qui désirèrent en acquérir, et en peu de temps son mérite éclata et fut connu de tous les connoisseurs. »
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L’ironie naturelle de l’esprit de Watteau a mis sa marque à quelques-unes de ses compositions. Il a représenté la Peinture et la Sculpture sous des figures de singes. Une planche, ayant pour titre le Départ pour les Isles, nous montre, avec une intention évidemment caricaturale, la presse des filles de joie. Ses tableaux et ses dessins ont encore plusieurs fois attaqué la médecine et les médecins. Ce serait là toute l’œuvre satirique de Watteau, œuvre sans grande originalité, si nous n’avions, dans une note doucement railleuse, un petit chef-d’œuvre familier. Un médecin, le médecin solennel à la calotte noire, aux longs cheveux blanchis, à la houppelande faisant de grands plis sur son corps maigre, tâte, tout attentionné, le pouls d’un chat, enveloppé dans une couverture, dressé et appuyé contre les seins blancs d’une jeune gorge décolletée. Le chat se rebiffe, jure, tout prêt à griffer le ridicule personnage de la Faculté, pendant que sa maîtresse, la tête renversée, les yeux écarquiilés, les narines au vent, la bouche grande ouverte, les tétons remontés, se hausse pour voir ce qui va se passer entre le chat et le docteur consultant. Dans un coin, une tête narquoise de valet se rit du sérieux de l’épisode. L’invention n’est presque rien, mais Iris est si naturelle dans sa tendre alarme pour son minet et si drôlement charmante, mais le tableau est si joliment arrangé, mais la lumière est si bien distribuée, mais le comique de la scène-bouffe a tant de délicatesse, de légèreté, de grâce, que je ne connais pas une scène familière du temps qui possède le genre de charme de cette petite création. Même le vague de cet appartement, de ces costumes, de ces gens qui n’appartiennent bien nettement, par rien de désignateur, à un temps, à une époque, à un pays, ajoute à l’attrait de cette gravure l’attrait des choses d’art qui ne sont pas, trop écrites, trop arrêtées, trop définies. Disons aussi que cette planche a été gravée par Liotard avec un entrain, une liberté, une originalité, une bizarrerie de pointe qui font de cette estampe : Le
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Chat malade, une des rares estampes qui prennent le regard, le retiennent, — qui intriguent la pensée !
Gersaint écrit, après l’entrée de Watteau à l’Académie : « Watteau ne s’enfla pas de sa nouvelle dignité et du nouveau lustre dont il venoit d’être décoré : il continua à vouloir vivre dans l’obscurité; et, loin de se croire du mérite, il s’appliqua encore plus à l’étude et devint encore plus mécontent de ce qu’il faisoit. J’ai été souvent le témoin de son impatience et du dégoût qu’il avoit pour ses propres ouvrages, quelquefois je l’ai vu effacer totalement des tableaux achevés qui lui déplaisoient, croyant y apercevoir quelques défauts, malgré le prix honnête que je lui en offrois ; et même je lui en arrachai un des mains contre son gré, ce qui le mortifia beaucoup. »
Un intéressant portrait de Watteau a passé dans une vente de Vignières du 9 mars 1875. Watteau y est représenté assis devant un bureau, le compas à la main. Sous sa perruque à petites cornes relevées sur le sommet de la tête, dans son habit aux parements de cette fourrure que le Yalenciennois semble affectionner, le Maître n’est plus le maigre et étique personnage aux traits décharnés et un peu atrabilaires du portrait de Boucher. Watteau a la figure presque pleine, avec sur la physionomie quelque chose d'une enfance naïve gardée dans un visage d’homme mûr, un air un rien rustique, un rien villageois, déjà légèrement indiqué dans le portrait de Crespy, et qui concorde assez bien avec le moral de l’homme peint dans cette phrase de Caylus, « tendre et peut-être un peu berger ». Le portrait à mi-corps , enfermé dans un cartouche décoré d’enfants porteurs d’attributs et surmonté d’un aigle tenant dans ses serres une trompette de la Renommée, a été lavé au revers du titre des « Figures de différents Caractères « par
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Oppenort, qui a écrit au bas : Antoine Watteciu, Peintre du Roy , de V Académie de Peinture, d'après nature, par son ami Gille-Marie Oppenort, Ecuier, Directeur général des Bâtimens et Jardins de Sa Majesté.
Caylus est dans l’erreur, quand il avance que les peintures exécutées par Watteau dans la salle à manger de Crozat, l’ont été d’après des esquisses de La Fosse. Des quatre saisons, je possède les dessins des figures du Printemps et de I’Automne. Ces académies sont du dessin le plus accentué et le plus caractérisé de Watteau.
« Une des causes déterminantes de l’entrée de Watteau chez M. Crozat, dit Gersaint, c’étoit la connoissance qu’avoit Watteau des trésors en desseins que possédoit ce curieux ; il en profita avec avidité, et il ne connoissoit d’autres plaisirs que celui d’examiner continuellement et même de copier tous les morceaux des plus grands maîtres. » .
« Pour les desseins de Watteau, dit Gersaint, pour ses desseins, quand ils sont de son bon tems, c’est-à-dire depuis qu’il est sorti de chez M. Crozat, rien n’est au-dessus dans ce genre; la finesse, les grâces, la légèreté, la correction, la facilité, l’expression; enfin on n’y désire rien, et il passera toujours pour un des plus grands et des meilleurs dessinateurs que la France ait donnés. »
Et Gersaint a eu le courage, devant les attaques, de ne lien abandonner de son admiration. Le Dictionnaire abrégé de Peinture et de Sculpture, publié en 1746, lui reprochet-il son engouement pouf son ancien ami, Gersaint répond , dans le Catalogue Fonspertuis , qu’il s’étonne d’un déni de j justice à l’endroit de desseins auxquels il n’a jamais vu personne refuser son suffrage, personne parmi les plus
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opposés au genre Watteau, qui, tout en critiquant ses tableaux, le déclarent « admirable dans ses desseins ». Il parle du prix où on les pousse dans les ventes, quand ils sont de son bon tems. Et concédant à son adversaire que quelques-uns de ses tableaux sont négligés, qu’on y trouve des défauts, déjà signalés par lui, et provenant de l’impatience avec laquelle Watteau les peignait, en même temps que du dégoût qu’il avait de ses propres ouvrages, il finit par déclarer sa préférence pour ses dessins sur ses tableaux, même les plus parfaits. « Watteau, ajoute-t-il, conformément à ce qu’a déjà dit Caylus, pensoit de même à son égard. Il étoit plus content de ses Desseins que de ses Tableaux, et je puis assurer, que de côté là, l’amour-propre ne lui cachoit rien de ses défauts. 11 trouvoit plus d’agrément à Dessiner qu’à Peindre. Je l’ai vu souvent se dépiter contre lui-même, de ce qu’il ne pouvoit point rendre en Peinture, l’esprit et la vérité qu’il savoit donner à son Crayon. »
M. de Julienne s'exprimera ainsi en tête des 350 études guavées dans les Figures de Différents Caractères : « On ne s’est guère avisé de faire graver les études des peintres... Cependant on espère que le public verra d’un œil favorable les desseins du célèbre Watteau qu’on luy présente ici. Us sont d’un goût nouveau; ils ont des grâces tellement attachées à l’esprit de, l’auteur qu’on peut assurer qu’ils sont inimitables... »
Quel dessinateur, en effet, a mis en des dessins rapides et de premier coup le je ne sais quoi indicible, qu’y met WatLéau ? Qui a sa grâce de crayonnage piquante? qui a la science spirituelle d’un profil perdu, d’un bout de nez, d’une main? Les mains de Watteau! tout le monde les connaît, ces mains tactiles, si bellement allongées, si coquettement contournées autour d’un manche d’éventail ou de mandoline, et dont le crayon du Maître traduit amoureusement la vie nerveuse : — des mains, dirait Henri Heine, qui ont quelque chose d’intellectuel.
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Un coup de crayon, disons-le hautement, qui n’appartient qu’à Watteau, à Watteau seul, un coup de crayon dont l’esprit n’a pas besoin de signature L Voyez, sur toutes ces têtes d’hommes et de femmes, l’espèce de piétinement qu’y fait ce crayon, revenant sur l’estompage, avec des sabrures, des petits traits géminés, des accentuations épointées, des tailles rondissantes dans le sens d’un muscle, des riens et des bonheurs d’art qui sont tout, — un tas enfin de petits travaux de verve et d’inspiration trouvés devant le modèle, animant le dessin de mille détails de nature, vivifiant presque la teinte plate du plat papier, du relief et de l’épaisseur d’une touche. Et ces coiffures de femmes, charbonnées à plat, avec le gros bout d’une pierre noire, dont le large égrenage rend le laineux et le frisotant d’une chevelure. Et ces robes galantes, ces négligés aux plis cassés, à la rocaille tantôt précieusement détaillée avec la pointe de la plus aiguë mine de plomb, tantôt superbement indiquée dans la carrure d’un trait large, comme un trait fusiné. Et toujours ce beau contour sinueux, courant, serpentant, ondulant, où s’écrase, aux ressauts de la forme, une grasse sanguine. Car la sanguine est le procédé de prédilection de Watteau ; il ne l’aime pas seulement parce que, grâce à elle, «il obtient des contre-épreuves qui lui donnent pour ses tableaux les deux côtés de ses personnages », il l’aime, le Vénitien français, pour sa tonalité, pour sa chaleur: il a même une sanguine qui semble lui appartenir en propre, une sanguine d’un ton de pourpre, qui se distingue de la sanguine brunâtre de tous, et qui prend sa couleur charmante et son incarnat de vie de l'habileté des oppositions du gris et du noir. Sanguine, du reste, que je croirais cette sanguine d’Angleterre , dont les manuels technologiques vantent la supériorité, et dont une boîte se vendait comme une rareté, à la vente du peintre Venevault. Et peut-être Watteau en manquait-il ? quand, mentionnant dans sa lettre à M. de Julienne la dureté de sa pierre de sanguine et l’impossibilité de s’en procurer
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d’autre, il se plaignait de ne pouvoir en faire ce qu’il voulait dans ses 'pensées : ces pensées, qui semblent, en les dernières années de la vie du peintre, Tunique œuvre de ses matinées, — des bonnes heures de sa vie malade.
Des merveilles que les sanguines de Watteau, "mais des merveilles moins charmeresses que ses dessins aux trois crayons, ces dessins qu’on peut dire peints. J’ai là, sous les yeux, une étude de bras et de main, où les tons et les transparences de l’épiderme, — c’est à ne pas y croire, — sont rendus avec la fonte au pouce d’un peu de sanguine, d’un peu de plombagine. Dessins peints : c’est le mot. Watteau fait sur une figure, avec des entre-croisements de hachures noires et de hachures rouges, les passages de ton d’une face humaine. Watteau fait, avec du blanc mourant dans le crayon rouge d’un tournant de pommette, de la vraie chair lumineuse. Qu’on s’arrête , au Louvre, devant le n° 1326, le dessin provenant de la vente d’Ymecourt, et qu’on regarde ces têtes de femmes en 'toque, crayonnées avec de la sanguine, de la pierre d’Italie, de la craie, sur le jaunissement d’un vieux papier teinté, baptisé papier chamois dans les catalogues de vente; on sera étonné de voir ces têtes colorées de la lumière ambrée, que Rubens trouve sur une toile avec sa palette.
Les ventes les plus riches en dessins de Watteau ont été, au siècle dernier, la vente de Crozat, du chevalier de la Roque, de M. de Julienne, de Mariette, d’Argenville, et dans ce siècle-ci, les ventes de Paignon-Dijonval, de Vil lenave, de Saint, de Norblin, d’Ymecourt, où le Louvre a acheté les trois importantes feuilles d’études qui garnissent le fond de la salle de Watteau. Les plus nombreuses réunions de dessins de Watteau sont aujourd’hui au Louvre, qui en compte 31, au British Muséum qui en possède 1S des plus importants, à YAlbertina de Vienne, chez Miss Ja-
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mes, riche de 80, chez le duc d’Aumale, qui a acheté ceux de M. Reiset, chez le baron Schwiter, chez moi.
Les eaux-fortes de Watteau ne sont pas les eaux-fortes que les amateurs goûtent sous le joli burinage et l’aimable petit métier des Thomassin et des Simonneau. L’eau-forte de Watteau,, avec son manque d’habitude et l’artistique maladresse d’un peintre qui touche par hasard à la pointe, ressemble à un griffonnage de peintre italien. C’est une improvisation libre, courante, ingénue : du cuivre sabré, griffé, bâtonné, avec une morsure à la diable, quelque chose où le Maître n’a guère sa signature que dans l’esprit savant des extrémités — des mains. Cela est si vrai, et le merveilleux crayonneur qu’était Watteau ignore si bien les oppositions des travaux qui s’accordent, que Simonneau n’a jamais pu faire, en la reprenant, de la Troupe italienne, une planche passable.
Les eaux-fortes de Watteau, quand elles ne sont que de lui, avouons-le, sont, avant tout, des curiosités, mais des curiosités dans l’ordre des choses rarissimes.
Le reproche sur l’abus de l’huile grasse est unanime chez les biographes contemporains. 11 se rencontre chez d’Argenville, chez Mariette, etc. Gersaint, après une déploration sur la mauvaise direction des premières études de Watteau, digne de M. de Caylus, s’exprime ainsi : « A l’égard de ses ouvrages, il auroit été à souhaiter que ses premières études eussent été pour le genre historique, et qu’il eût vécu plus long tems; il est à présumer qu’il seroit devenu un des plus grands Peintres de France; ses Tableaux se ressentent un peu de l’impatience et de l’inconstance qui formoient son caractère; un objet qu’il voyoit quelque tems devant lui, l’ennuyoit : il ne cherehoit qu’à voltiger de sujets en sujets; souvent même il com-
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mençoit une ordonnance, et il en étoit déjà las à moitié de sa perfection ; pour se débarrasser plus promptement d’un ouvrage commencé et qu’il étoit obligé de finir, il mettoit beaucoup d’huile grasse à son pinceau afin d’étendre plus facilement sa couleur ; il faut avouer que quelques-uns de ses Tableaux périssent par là de jour en jour; qu’ils ont totalement changé de couleur ou qu’ils deviennent très-sales, sans aucune ressource ; mais aussi ceux qui se trouvent exempts de ce défaut, sont admirables et se soutiendront toujours dans les plus grands cabinets. »
M. de Julienne dit que Watteau resta chez Wleughels jusqu’en 1718.
« Le 'pis-aller , n'est-ce pas F hôpital? On n,ry refuse personnel » Cette réponse de Watteau à M. de Caylus, s’inquiétant de l’avenir du peintre, quand il n’y aurait que cette réponse seule dans toute la pédante et agressive bio^ graphie de l’académicien honoraire, elle suffirait à rendre cette biographie précieuse. Par elle, on a la clef de ce caractère qui n’est point un caractère du temps, qui n’a rien des préoccupations matérielles et ouvrières du peintre français d’alors. Watteau commence l’artiste moderne dans la belle et désintéressée acception du mot, l’artiste moderne avec sa recherche d’idéal, son mépris de l’argent, son insouciance du lendemain, sa vie de hasard, — de bohème, allais-je dire, si le mot n’était pas tombé si bas.
Au sujet du désintéressement de Watteau , Gersaint ajoute cependant que « dans le voyage d’Angleterre, où ses ouvrages étoient courus et bien payés, Watteau commença à prendre du goût pour l’argent dont il n’avoit fait jusques alors aucun cas, le méprisant même jusque s à le laisser avec indifférence, et trouvant toujours que ses ouvrages étoient payés beaucoup plus qu’ils ne valoient* m
La maladie de Watteau remontait plus haut que ne l’indique Caylus. L’originalité de ses humeurs et la misanthropie de son caractère disent assez que Watteau a été un malade toute sa vie. Dans tous les portraits, dans toutes les études que le Maître a laissés de son osseuse personne et de sa silhouette dégingandée, — apparaît le phtisique. Il est même un portrait saisissant, terrible, presque macabre du poitrinaire, que personne n’a signalé. C’est le portrait de Watteau donné dans la planche 213 du recueil de M. de Julienne. Cette espèce de Démocrite en bonnet de nuit, regardez-le dans cette estampe, qui, sans conteste, est la gravure du dessin désigné dans le catalogue de la Roque sous le n° 559 : « Watteau riant et fait par luimême . » Regardez-le, et il vous semble voir une tête d’hôpital, convulsée dans une agonie sardonique !
Une lettre du catalogue de M, Benjamin Fillon, — estelle bien authentique ? — confirme l’état maladif et vaporeux de Watteau. Cette lettre de Sirois adressée à Madame Josset, libraire à Paris, et datée du 23 novembre 1811, s’exprime ainsi : « Cet original qui fait d’abondant dans la peinture, comme Monsieur Le Sage fait des comédies et des livres, avec la différence que Monsieur Le Sage est quelquefois content de ses livres et de ses comédies, et que le pauvre Watteau n’est jamais satisfait de ses tableaux; ce qui ne l’oppose d’estre un des roys présens du pinceau. Il m’a promis de peindre pour moy une feste de la Foire du Landit , de quoy j’ai advancé cent livres des trois cents convenues. Elle sera son chef d’œuvre, s’il y met la dernière tousche ; mais s’il est repris de son humeur noire et possession d’esprit, le voilà loin du logis et adieu le chef d’œuvre. Monsieur Le Sage lui a procuré la commande de deux pendans tirés du Diable boiteux , à cent trente livres la pièce. Il n’espère qu’on les aura, car Watteau peint à sa fantaisie et n’aime les sujets commandés.
WATTEAU
S’il se peut fixer, son premier tableau sera pour Monsieur Duchange, sans qu’il en sache rien, crainte de mescompte. Le médecin l’a remis au régime du quinquina cinq jours après sa venue. »
L’enseigne de Gersaint terminée, Watteau tombe dans une langueur qui lui fait appréhender d’incommoder Gersaint, chez lequel il habitait depuis six mois; il le prie de lui chercher un logement convenable. « J’aurois résisté inutilement, dit Gersaint, il étoit volontaire, et il ne falloit pas répliquer; je le satisfis donc, mais il ne jouit pas longtemps de cette nouvelle demeure; sa maladie augmenta, son ennui redoubla; son inconstance se ranima; il crut qu’il seroit beaucoup mieux à la campagne ; l’impatience s’en mêla, et enfin il ne devint tranquille que quand il apprit que M. le Febvre, alors intendant des Menus, lui avoit accordé dans sa maison de Nogent, au-dessus de Vincennes, une retraite, à la sollicitation de feu M. l’abbé Haranger, chanoine de Saint-Germain de l’Auxerrois, son ami; je l’y conduisis, et j’allois le voir et le consoler tous les deux ou trois jours.
« Le désir de changer le tourmenta encore de nouveau; il crut pouvoir se tirer de cette maladie en prenant le parti de retourner dans son air natal, il me communiqua ses idées, et, pour en venir à bout, il me pria de faire faire un inventaire du peu d’effets qu’il avoit et d’en faire la vente, qui monta environ à 3,000 livres dont il me fit le gardien. G’étoit là tout le fruit de ses travaux avec 6,000 livres que M. de Julienne lui avoit sauvées du naufrage dans le temps qu’il partit pour l’Angleterre,' *t qui furent rendues à sa famille après sa mort, ainsi que les 3,000 livres que j’avois entre les mains. Watteau espéroit de jour en jour gagner assez de force pour pouvoir entreprendre ce voyage, où je devois l’accompagner; mais sa défaillance
augmentant de plus en plus, et la nature manquant chez lui tout à coup, il mourut entre mes bras audit Nogent. »
Dans ce court et dernier séjour de Watteau à Nogent, sous l’influence des idées de pardon qu’amènent les approches de la mort, Watteau eut un remords de sa conduite envers son compatriote et son élève Pater, qu’il avait eu la dureté de renvoyer de chez lui, où son père l’avait placé, « trop impatient, dit Gersaint, pour se prêter à la foihlesse et à l’avancement d’un élève. » Il se faisait des reproches de n’avoir pas rendu assez justice aux dispositions naturelles qu’il avait reconnues dans Pater, et avouait même à Gersaint « qu’il l’avoit redouté ». Mais laissons la parole à Gersaint. qui nous montre le mourant, dans un touchant et sublime repentir d’artiste, racheter, avec les dernières heures de sa vie, tout entières données à Pater, la mauvaise action de son passé ; « Il me pria de le faire venir à Nogent, pour réparer en quelque sorte le tort qu’il lui avoit fait en le négligeant, et pour qu’il pût du moins profiter des instructions qu’il étoit encore en état de lui donner. Watteau le fît travailler devant lui et lui abandonna les derniers jours de sa vie; mais Pater ne put profiter que pendant un mois de cette occasion si favorable : la mort enleva Watteau trop promptement. Il m’a avoué depuis qu’il devoit tout ce qu’il savoit à ce peu de tems, qu’il avoit mis à profit. Il oublia totalement les fâcheux momens qu’il avoit essuyés chez ce maître pendant sa jeunesse, et il a toujours eu pour lui une reconnoissance parfaite; il a su rendre justice à son mérite, toutes les fois qu’il trouvoit occasion d’en parler. » (Catalogue de Lorangère. Notice de Pater.)
Un tableau, passé sous le n° 530 à la vente de l’abbé de Gevigney, garde des titres et généalogies de la Bibliothè-
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que du Roi, tableau dont la plus grande partie « des figures étoient peintes par Watteau et le reste par Pater», donnerait à supposer que les tableaux laissés inachevés par Watteau furent terminés par Pater.
Le fait d’un Christ en croix, peint par Watteau pour le curé de Nogent, fait affirmé par Caylus, est confirmé par le passage, en 1779, dans la vente Marchand, de ce tableau ou d’une esquisse de ce tableau, cnnsi catalogué par Paillet : « Watteau, le Christ en croix entouré d’anges (H., 46 p.; L.,35 p.) ». Il fut vendu 130 livres.
Indépendamment des dessins légués en mourant à MM. de Julienne, Henin, Gersaint et à l’abbé Haranger, Watteau aurait laissé quelques autres dessins aux amis qu’il avait faits pendant son séjour en Angleterre. Un dessin, un portrait d’homme, passé à la vente de Samuel Rogers le poète, faite en 1856 à Londres, portait : a Dessein que Watteau a laissé en mourant à moy son ami Payleur , Juliet 1721. »
Un renseignement sur les prix misérables qui payèrent la peinture de Watteau, toute sa vie durant, c’est la quittance donnée en 1719 au Régent de France par le grand peintre pour un tableau de huit figures :
JJay reçu , de Monseigneur le due d'Orléans , 260 livres 'pour un petit tableau qui représente un jardin avec huit figures *
Fayt à Pcuis , le 14 aoust 1719.
Antoine Wateau.
(Quittance tirée des papiers du baron Hoschild, publiée par les Archives des Arts.)
L’ART DU X V 1 1 Ie SIÈCLE.
Dans les premières années du xvme siècle, en ce temps où la littérature parle si rarement delà peinture, une brochurette publiée en 1736, YEnnuy d’un Quart-d’ heure , consacre deux pièces devers à Watteau. La première porte le titre de : l’Art et la Nature réunis par Wateaux, et dit que la comtesse de Verrue, MM. de Glucq et de Julienne, dont le goût exquis est connu, ont une bonne partie de ses originaux. La seconde est intitulée : la Mort de Wateaux, ou la Mort et la Teinture.
Watteau (peintre flamand de l’Académie royale), ainsi que l’appelle M. de Julienne dans le second volume du tirage de son Œuvre fixé à cent exemplaires de premières épreuves imprimées sur grand papier, est bien un Flamand de naissance et de début. Avant son séjour chez Audran, avant sa fréquentation de la galerie du Luxembourg, les tableaux de Watteau, qui ne portent pas encore la marque visible de sa descendance de Rubens, attestent une filiation avec les petits maîtres flamands. Au moment où, d’un pinceau sec, semblable à une plume de corbeau, Watteau découpe encore, dans une tache d’huile vermilîonnée, ses tort il s de cheveux, ses yeux, ses nez, ses bouches, au moment où, dans ses négligés galants, il éclaire les cassures de sa rocaille, des filets de blancs avec lesquels le xvie siècle découpe les plis de ses draperies; à ce premier moment de son talent, çà et là dans sa peinture, de petits morceaux se font remarquer par la touche des. petits toucheurs . Mais cette touche change bientôt, elle change dans le passage des études de Watteau des petits aux grands flamands, et bientôt nous le voyons enfermer, dans des tableautins de quelques pouces, toute la largeur des procédés et la belle traîne des pinceaux de Rubens.
Alors Watteau mériterait le titre sous lequel le désigne M. de Julienne, si, simultanément à cette appropriation de Rubens, son talent ne s’assimilait pas d'une manière
WATTEAU
aussi habile, aussi intelligente, aussi complète, la manière d’autres maîtres, l’esthétique d’une autre école. Un curieux renseignement nous est donné à cet égard par le n° 268 de la collection La Gaze. Ce tableau de Jupiter et d’ÂNtiope vous met sous les yeux une des plus étonnantes conquêtes d’un peintre par un autre. Ce sont les jambes laqueuses du Titien, le noir fauve des ombres s’allongeant sous les bras de ses dormeuses, l’empâtement de ses visages de lumière, la molle blondeur de ses ventres, le bel emportement de tons mettant une vie violente sous une chair qui n’a rien du joli de la chair d’un tableau français. Ce tableau n’est qu’un pastiche, je le sais ; mais de ce pastiche du Titien, et d’autres pastiches de Véronèse mêlés de pastiches de Rubens, Watteau s’élève au faire du tableau de I’Automne, à la peinture de ces chairs dorées et pourprées semblables aux grenades que tient l’Amour da-ns le pan de sa chemise relevée, — Watteau s’élève à l’invention de cette pâte, pour ainsi dire à lui, cette pâte à la fois fluide et cristallisée.
r C’est ainsi que chez Watteau les appropriations vénitiennes corrigent, atténuent, dissimulent ce que sa peinture a d’instinctivement flamand, lui créent un procédé, une cuisine d’art qui n’est ni italienne ni flamande, une palette d’éblouissement meublée de l’exquis des tons des coloristes des deux pays, une palette qu’il fait française par tout ce qui se reflète d’un pays dans un tableau fait sous son ciel, ce je ne sais quoi de léger, de spirituel, de galant, dirai-je presque, que prend sa touche matérielle dans la patrie de la vie civilisée. Alors Watteau n’est plus un peintre flamand, c’est un peintre français, et un Français par le faire , qu’on l’entende bien, et sans tenir compte de sa- création et de sa poétique toute française. En elfet, de quelle école sort tel ou tel des tableaux de Watteau peint avec une originalité de couleur qui semble n’avoir ni précédent ni avant-coureur, une fantaisie de tons qui semble chercler quelque chose au-delà de ce que
L’ART DU X Y ï 1 1* SIÈCLE.
peut donner la matière colorante? Voici la Finette du Louvre, voici ce tableau dont le ciel, la robe, la femme, apparaissent comme le caprice et la veine d’un marbre. Rien qu’un ton verdâtre un peu chauffé dans le fond du rouge d’un orage, un ton verdâtre qui met sa teinte glauque jusque sur les cheveux de la guitariste, et vous laisse entrevoir la femme au visage rose, dans une couleur ou, pour mieux dire, dans un clapotement d’eau de mer, sillonné de remous scintillants.
Mais parlons de ce chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre françaisj de cette toile qui a sa place marquée avant cinquante ans sur l’un des murs du salon carré : L’Embarquement de Cythère.
Voyez tout ce terrain à peine recouvert d’une huile transparente et mordorée, tout ce terrain gâché d’un barbotage rapide, effleuré d’un frottis léger. Voyez ce vert des arbres transpercés de tons roux, pénétré de l’air ventilant, de la lumière aqueuse de l’automne. Voyez sur le délicat aquarellage d’huile grasse, sur le lisse général de la toile, le relief de cette pannetière, de ce capuchon, voyez la pleine pâte des petites figures avec leur regard dans le contour noyé d’un œil, avec leur sourire dans le contour noyé d’une bouche. La belle et coulante fluidité de pinceau sur ces décolletages et ces morceaux de nu semant leur rose voluptueux dans l’ombre dubois! Les jolis entre-croisements de pinceau pour faire rondir une nuque! Les beaux plis ondulants aux cassures molles, pareils à ceux que l'ébauchoir fait dans la glaise! Et l’esprit et la galantise de touche que met aux fanfioles, aux chignons, aux bouts de doigts, à tout ce qu’attaque le pinceau de Watteau ! Et l’harmonie de ces lointains ensoleillés, de ces montagnes à la neige rose, de ces eaux reflétées de verdures ; et encore ces rayons de soleil courant sur les robes roses, les robes jaunes, les jupes zinzolin, les camails bleus, les vestes gorge-de-pigeon, les petits chiens blancs aux taches de feu! Car nul peintre n’a rendu
WATTEAU
comme Watteau la transfiguration des choses joliment colorées sous un rayon de soleil, leur doux pâlissement, l’espèce d’épanouissement diffus de leur éclat dans la pleine lumière. Arrêtez un moment vos regards sur cette bande de pèlerins et de pèlerines se pressant sous le soleil couchant, près de la galère d’amour prête à appareiller : c’est la gaieté des plus adorables couleurs de la terre surprises dans un rayon de soleil, et toute cette soie nuée et tendre dans le fluide rayonnant vous fait involontairement vous ressouvenir de ces brillants insectes qu’on retrouve morts, avec leurs couleurs encore vivantes, dans la lumière d’or d’un morceau d’ambre.
Ce tableau, I’Embarquement de Cythère, est la merveille des merveilles du Maître. Cependant tout Watteau n’est pas là. 11 est un Watteau inconnu en France, avec lequel il est bon que les amis de Watteau fassent connaissance. Le peintre des fonds moirés d’une chaude écaille, des ciels embrasés par Forage, des arbres frottés de terre de Sienne brûlée, des carnations semblables à cette main du Faux Pas, qui semble refléter du feu sur la jupe de femme qu’elle attouche, ce peintre bitumineux a exécuté les tableaux les plus clairs, les plus délicieusement froids qu’il soit possible d’imaginer. Tout le monde connaît la peinture de Pater, son harmonie gris-perle et ses cantonnades aux petites taches bleu, cendre verte, jaune soufre. Cela semble l’originalité du petit maître. Le musée de Dresde vous détrompe, vous apprend que toute cette gamme clairette , tout ce cliquetis de tons frigidement papillotants, descendent de la palette qui a peint les deux tableaux figurant dans le musée allemand. Watteau n’a pas même laissé à son meilleur élève la propriété de deux ou trois taches en peinture.
Watteau est le Maître dominateur qui asservit à sa ma- ; nière, à son goût, à son optique, toute la peinture du
XYine siècle. Je ne parle pas seulement ici « de ses singes », de ses continuateurs serviles : Pater et Lancret. Je parle de tous les autres peintres, des grands et des petits. Je parle du peintre de Troy, qui dans ses planches familières, les passe-temps et les hais de la Régence, se contente d'enfler les grâces et les encapuchonnages de Watteau. Je parle de Charles Coypel qui lui dérobe, avec Y aigu spirituel de ses profils, la laque vénitienne de ses chairs. Je parle de Boucher... vraiment, il semble qu’en ses vingtsix ans de peinture Watteau ait tout épuisé! La chinoiserie que Boucher exploite comme en vertu d’un brevet d’invention, n’est-ce pas Watteau qui l’a inaugurée sur les lambris de la Muette? Et plus tard encore l’espagnol erie de Vanloo, ne sera-ce pas le manteau de Mezzetin, reparaissant au milieu des cours d’amour à collerettes des fêtes galantes?
Les tableaux de Chardin seuls exceptés, tous les tableaux du siècle qui ne sont pas consacrés aux Grecs et aux Romains ressuscitent les attitudes, les airs de tête, le goût de coiffure, le coloris, le dessin, la touche du Maître mort. Watteau s’impose, Watteau règne partout. Cet Olivier, ce gentil peintre du prince de Conti, que fait-il autre chose que répéter dans sa peinture et ses eaux-fortes les Figures de Caractères de Watteau ? Où prend ses premières leçons Fragonard? dans les copies des Fatigues et des Délassements de la guerre, qui se vendent en vente comme une curiosité. Parlerai-je de Liotard?... Mais cette influence toute-puissante, elle s’exerce sur les plus rebelles aux traditions, sur les plus jaloux de leur originalité, sur Gabriel de Saint-Aubin, qui expose au salon de la Blancherie des paysages avec figures dans le genre de Watteau. Enfin ne voilà-t-il pas qu’au bout, tout au bout du siècle, dans les années qui précèdent la Révolution, il se trouve un bonhomme Portail, un crayonneur à la Watteau, pour fixer et peindre les grâces mourantes du siècle, avec ces mêmes trois crayons de l’illustre artiste de la Régence? Que dire
WATTEAU
encore ! les artistes ont si avant dans les yeux la création de Watteau, que dans les petits voyages que le graveur Wille fait faire à ses élèves pour étudier la nature, les élèves de Wille, en leurs croquis de la sauvage vallée de Chevreuse d’alors, — où ils couchaient sur des traversins faits de coquilles d’œufs, — les élèves de Wille peuplent le paysage de petits paysans et de petites paysannes qui sont des enfants de Watteau.
ŒUVRE GRAVÉ
DE WATTEAU'
Eaux-fortes de la main du maître.
Les Habits sont italiens (la Troupe italienne), rarissime planche dont je crois posséder la seule épreuve qui existe. — Recrue
ALLANT IOINDRE LE RÉGIMENT. — FlGURES DE MODES,* 1, L'homme
accoudé; 2, Le promeneur vu de face; 3, L’homme appuyé; 4, Le promeneur vu de profil; 5, La femme marchant à gauche; 6, La femme marchant au fond; 7. La femme assise.
Portraits.
A. Watteau., par Crépy. — Antoine Watteau, par Lépicié,
— Watteau par la nature orné d heureux talents , par Boucher.
— Watteau (médaillon), par Boucher. — Watteau (la planche des Figures des Différents Caractères), par Benoît Audran. — Assis auprès de toy sous ces charmants ombrages , par Tardieu.
— Mercier et sa famille, par Mercier. — Rebel, par Moyreau.
— Antoine de La Roque, par Lépicié. — Retour de chasse (Mu® de Vermanton), par Audran. — La plus belle des fleurs ne dure qu*un matin (la Rosalba), par Liotard. — Vleughels.
1. Je renvoie pour le détail des pièces à mon catalogue raisonné de Y Œuvre peint, dessiné et gravé d'Antoine Watteau , un vol. in-8° publié chez Rapilly, 1875. Les capitales indiquent les pièces gravées avec un titre, l’italique les pièces gravées dont le titre est fait d’un vers ou d’une ligne de prose, la romaine les pièces sans titre, sous l’appellation donnée par les catalogues.
L’ART DU XVIIIe SIÈCLE.
On pourrait encore classer dans les portraits « le Concert italien » où Sirois se retrouve sous les traits de Mezetin; la planche des « Différents Caractères » qui passe pour représenter Facteur La Thorillière ; la composition du « Concert champêtre » où figure, jouant de la viole, M. Bougi auquel l’estampe est dédiée; enfin la « Conversation », curieuse par la représentation de Watteau et de M. de Julienne dans un parc.
Pièces satiriques ou allégoriques.
La Peinture, par Desplaces. — La Sculpture, par Desplaces. — Départ pour les isles, par Dupin. — - Le Naufrage, par Caylus. — Qu’ay-je fait , assassins maudits , par Caylus. — Prenez des pilules, prenez des pilules (le docteur Misabin), par Arthur Pound. — Ce manant de Dandin.
Sujets religieux.
David attentif aux inspirations divines, par Scotin. — Le Pénitent, par Fillœul. — Tobie faisant enterrer les morts, par Huquier. — La Sainte Famille, par Jeanne Renard du Bos.
Sujets mythologiques.
Acis et Galathée, par Caylus. — L’Amour désarmé, par Audran. — L’Amour mal accompagné, par Dupin. — Les AmusemenS de Cythère, par Surugue. — Diane au bain, par Aveline.
— Les Enfants de Bacchus, par Fessard. — Les Enfants de Sylène, par Dupin. — L’Enlèvement d’Europe, par Aveline.
— Festes au dieu Pan, par Aubert. — Pomone, par Boucher.
— Le Sommeil dangereux, par Liotard. — Le Triomphe de Cérès, par Crespy. — Le Triomphe de Vénus, par Mercier. — Vénus et l’Amour, par Parizeau. — Le Printems, par Desplace. — L’Esté, par Renard du Bos. — L’Automne, par Faissar. — L’Hyver, par Audran.
Sujets historiques.
Louis XIV mettant le cordon bleu a Monsieur de Bourgogne, PÈatE de Louis XV, par de Larmessin.
WATTEAU
Scènes militaires.
Recrue allant ioindre le régiment, par Thomassin. — Détachement faisant alte, par Cochin. — Camp volant, par Cochin. — Retour de campagne, par Cochin. — Les Fatigues de la guerre, par Scotin. — Les Délassemens de la guerre, par Crépy fils. — Escorte d’équipage, par Cars. — Alte, par Moyreau. — Défilé, par Moyreau. — Départ de garnison, par Ravenet. — Pillement d’un village par, l'ennemy, par Baron.
— La Revanche des Païsans, par Baron. — La Vivandière, par Dupin.
Scènes de théâtre.
L’Alliance de la Musique et de la Comédie, par Moyreau.
— Comédiens François, par Liotard. — L’Amour au théâtre François, par Cochin. — Spectacle François, par Dupin. — Adonis (sans nom de graveur). — Comédiens italiens,, par Baron. — if Amour, au théâtre italien, par Cochin. — Le Départ des comédiens italiens, par Jacob. — Les habits sont italiens, par Simonneau. — La Troupe italienne, par Boucher. — La troupe italienne en vacances, par Mercier. — Le Docteur, par Audran. — Arlequin, Pierrot et Scapin, par Surugue. — Belle, n'écoutez rien , Arlequin est un traître , par Cochin. — Pour garder V honneur d’une belle , par Cochin. — Coquette qui pour voir galans au rendez-vous, par Thomassin. — Comédiens comiques, Le Rendé-vous comique, deux planches gravées en couleur, par Janinet.
Figures de caractères.
L’Amante inquiète, par Aveline. — La Fileuse, par Audran.
— La Finette, par Audran. — L’Indifférent, par Scotin. — La Map.motte, par Audran. — Mezetin, par Audran. — La P olonnoise, par Aubert. — La Rêveuse, par Aveline. — La Sultane, par Audran. — La Villageoise, par Aveline. — Le petit sabotier Boudet.
Scènes de la vie familière.
L'OrcurATroN selon l’age, par Dupuis. — Le Chat malade,
par Liotard. — La Toilette du matin, par Mercier. — L’Enseigne, par Aveline. — Le Bain, par Alliamet.
Pastorales galantes.
L’Accord parfait, par Baron. — L’Accordée de village, par de Larmessin. — Les Agréments de l’esté, par de Favannes. — Les Agrémens de l’été, par Joulin. — L’Amant repoussé, par Mercier. — L’Amour paisible, par Baron. — L’Amour paisible, par de Favannes. — Amusemens champêtres, par Audran. — Amusemens champêtres (deux compositions différentes chez le sieur Godenesche). — Les Amusemens italiens, par Ransonnette. — L’Assemblée galante par Le Bas. — L’Aventurière, par Audran. — Le Bain rustique, par Cardon. — Le Bal champestre, chez les sieurs Vanhek. — Le Bal champêtpje, par Couché. — Le Bosquet de Bacchus, par Cochin. — La Boudeuse, par Mercier. — La Cascade, par Scotin. — Les Champs-Elysées, par Tardieu. — Les ChapvMes de la vie, par Aveline. — La Colation, par Moyreau. — Le Concer/t champêtre, par Audran. — Le Conteur, par Cochin. — Le Conteur de fleurettes, chez Crespy fils. — La Contredanse, par Brion. — La Conversation, par Liotard. — Les Deux Cousines, par Baron. — Le Danseur aux castagnettes, sans nom de graveur. — La Diseuse d’aventure, par Cars. — L’Embarquement pour Cyti-ière, par Tardieu. — L’Emploi du bel âge, par Aveline. — L’Enchanteur, par Audran. — Entretiens amoureux, par Liotard. — Les Entretiens badins, par Audran. — L'Escarpolette, chez Declaron. — La Famille, par Aveline. — La Femme à leventaii, sans nom de graveur, à l’adresse :1e Gersaint. — Fêtes vénitiennes, par Cars. — La Game d’amour, par Le Bas. — H arlequin jaloux; par Chedel. — L’Hyver, par Filloeul. — L’Isle enchantés, par Le Bas. — L’Ile de Cythère, par Larmessin. — The Island of CYTHEPvEA,par Picot. — Les Jaloux, par Scotin. — Le Galant Jardinier, par de Favannes. — Leçon d’amour, par Dupuis. L’Heureux Loisir , par Audran. — Le Lorgneur, par Scotin. — La Lorgneuse, par Scotin. — La Mariée de village. par Cochin. — La Musette, par Moyreau. — La Partie quarrée, par Moyreau. — Le Passe-Temps, par Audran. — La Perspective, par Crespy. — Pierrot content, par Jeaurat. —
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Le plaisir pastoral, par Tardieu. — Les Plaisirs du bal, par Scotin. — La Promenade, par Mercier. — Promenade sur les remparts, par Aubert. — La Proposition embarrassante, par Tardieu. — Qu’en dira-t-on, chez Basset. — Récréation italienne, par Aveline. — Récréation musicale, par Pye. — Le Rendez-vous, par Audran. — Le Rendez-vous champêtre, par Liotard. — Le Rendez-vous de chasse, par Aubert. — Sérénade italienne, par Scotin. — La Signature du contrat de la noce de village, par Cardon. — La Surprise, par Audran. — Le Teste a Teste, par Audran. — Bon Voyage, par Audran.
— Donnez-moi la main , par Liénard. — Dans ce beau jardin , chez Dupin. — En vain nous prêche-t-on de mépriser Sylvie, chez Dupuis. — Du bel âge où les jeux remplissent vos désws , par Moyreau. — Heureux âge! âge d'or où sans inquiétude, par Tardieu. — Iris , cest de bonne heure avoir l’air à la danse, sans nom de graveur. — Par la tendresse et par les soins , par Surugue. — Sons un habit de Mezetin. par Thomassin. — Voulez-vous triompher des belles , par Thomassin. — Le Printemps, par Brillon. — L’Eté, par Moyreau. — L’Automne, par Audran. — L’Hyver,, par de. Larmessin.
Paysages et sujets rustiques.
La Vraie Gaieté, par de Jamars. — La Danse champestre, par Dupin. — Colation champestre, par Crépy fils. — Le Colin-Maillard, par Brion, — Le Repas de campagne, par Desplace.
— L’Indiscret, par Aubert. — L’Occupation champêtre, par de Rochefort. — La Chasse aux oiseaux, par Caylus. — La Chute d’eau, par Moyreau. — La Ruine, par Buquoy. — Le Marais, par Jacob. — L’Abreuvoir, par Jacob. — Retour de guinguette, par Chedel. — Veue de Vincennes, par Boucher.
— Le Moulin de Quinquengrogne, par Elis. Cousinet,
Arabesques.
Panneaux de lambris . — Plafonds. — Dessus de portes . — Paravents. — Dessus de clavecins . — Éventails.